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  • A l’ombre des jeunes filles en fleurs — Troisième partie

    A l’ombre des jeunes filles en fleurs — Troisième partie

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    Produced by Sue Asscher, Walter Debeuf, Patrick Narzul, and Marie Lebert

    MARCEL PROUST

    A L'OMBRE DES JEUNES FILLES EN FLEURS

    TROISIÈME PARTIE

    Une fois M. de Charlus parti, nous pûmes enfin, Robert et moi, aller
    dîner chez Bloch. Or je compris pendant cette petite fête que les
    histoires trop facilement trouvées drôles par notre camarade étaient
    des histoires de M. Bloch, père, et que l'homme «tout à fait curieux»
    était toujours un de ses amis qu'il jugeait de cette façon. Il y a un
    certain nombre de gens qu'on admire dans son enfance, un père plus
    spirituel que le reste de la famille, un professeur qui bénéficie à
    nos yeux de la métaphysique qu'il nous révèle, un camarade plus avancé
    que nous (ce que Bloch avait été pour moi) qui méprise le Musset de
    l'Espoir en Dieu quand nous l'aimons encore, et quand nous en serons
    venus au père Leconte ou à Claudel ne s'extasiera plus que sur:

    «A Saint-Blaise, à la Zuecca

    Vous étiez, vous étiez bien aise».

    en y ajoutant:

    «Padoue est un fort bel endroit

    Ou de très grands docteurs en droit

    …Mais j'aime mieux la polenta

    …Passe dans son domino noir

    La Toppatelle.»

    et de toutes les «Nuits» ne retient que:

    «Au Havre, devant l'Atlantique,

    A Venise, à l'affreux Lido,

    Où vient sur l'herbe d'un tombeau

    Mourir la pâle Adriatique.»

    Or, de quelqu'un qu'on admire de confiance, on recueille, on cite avec
    admiration, des choses très inférieures à celles que livré à son
    propre génie on refuserait avec sévérité, de même qu'un écrivain
    utilise dans un roman, sous prétexte qu'ils sont vrais, des «mots», des
    personnages, qui dans l'ensemble vivant font au contraire poids mort,
    partie médiocre. Les portraits de Saint Simon écrits par lui sans
    qu'il s'admire sans doute, sont admirables, les traits qu'il cite
    comme charmants de gens d'esprit qu'il a connus, sont restés médiocres
    ou devenus incompréhensibles. Il eût dédaigné d'inventer ce qu'il
    rapporte comme si fin ou si coloré de Mme Cornuel ou de Louis XIV,
    fait qui du reste est à noter chez bien d'autres et comporte diverses
    interprétations dont il suffit en ce moment de retenir celle-ci: c'est
    que dans l'état d'esprit où l'on «observe», on est très au-dessous du
    niveau où l'on se trouve quand on crée.

    Il y avait donc, enclavé en mon camarade Bloch, un père Bloch, qui
    retardait de quarante ans sur son fils, débitait des anecdotes
    saugrenues, et en riait autant au fond de mon ami que ne faisait le
    père Bloch extérieur et véritable, puisque au rire que ce dernier
    lâchait non sans répéter deux ou trois fois le dernier mot, pour que
    son public goûtât bien l'histoire, s'ajoutait le rire bruyant par
    lequel le fils ne manquait pas à table de saluer les histoires de son
    père. C'est ainsi qu'après avoir dit les choses les plus
    intelligentes, Bloch jeune, manifestant l'apport qu'il avait reçu de
    sa famille, nous racontait pour la trentième fois quelques-uns des
    mots que le père Bloch sortait seulement (en même temps que sa
    redingote) les jours solennels où Bloch jeune amenait quelqu'un qu'il
    valait la peine d'éblouir: un de ses professeurs, un «copain» qui
    avait tous les prix, ou, ce soir-là, Saint-Loup et moi. Par exemple:
    «Un critique militaire très fort, qui avait savamment déduit avec
    preuves à l'appui pour quelles raisons infaillibles dans la guerre
    russo-japonaise, les Japonais seraient battus et les Russes
    vainqueurs», ou bien: «C'est un homme éminent qui passe pour un grand
    financier dans les milieux politiques et pour un grand politique dans
    les milieux financiers.» Ces histoires étaient interchangeables avec
    une du baron de Rothschild et une de sir Rufus Israël, personnages mis
    en scène d'une manière équivoque qui pouvait donner à entendre que M.
    Bloch les avait personnellement connus.

    J'y fus moi-même pris et à la manière dont M. Bloch père parla de
    Bergotte, je crus aussi que c'était un de ses vieux amis. Or, tous les
    gens célèbres, M. Bloch ne les connaissait que «sans les connaître»,
    pour les avoir vus de loin au théâtre, sur les boulevards. Il
    s'imaginait du reste que sa propre figure, son nom, sa personnalité ne
    leur étaient pas inconnus et qu'en l'apercevant, ils étaient souvent
    obligés de retenir une furtive envie de le saluer. Les gens du monde,
    parce qu'ils connaissent les gens de talent original, qu'ils les
    reçoivent à dîner, ne les comprennent pas mieux pour cela. Mais quand
    on a un peu vécu dans le monde, la sottise de ses habitants vous fait
    trop souhaiter de vivre, trop supposer d'intelligence, dans les
    milieux obscurs où l'on ne connaît que «sans connaître». J'allais m'en
    rendre compte en parlant de Bergotte. M. Bloch n'était pas le seul qui
    eût des succès chez lui. Mon camarade en avait davantage encore auprès
    de ses sœurs qu'il ne cessait d'interpeller sur un ton bougon, en
    enfonçant sa tête dans son assiette; il les faisait ainsi rire aux
    larmes. Elles avaient d'ailleurs adopté la langue de leur frère
    qu'elles parlaient couramment, comme si elle eût été obligatoire et la
    seule dont pussent user des personnes intelligentes. Quand nous
    arrivâmes, l'aînée dit à une de ses cadettes: «Va prévenir notre père
    prudent et notre mère vénérable.–Chiennes, leur dit Bloch, je vous
    présente le cavalier Saint-Loup, aux javelots rapides qui est venu
    pour quelques jours de Doncières aux demeures de pierre polie, féconde
    en chevaux.» Comme il était aussi vulgaire que lettré, le discours se
    terminait d'habitude par quelque plaisanterie moins homérique:
    «Voyons, fermez un peu vos peplos aux belles agrafes, qu'est-ce que
    c'est que ce chichi-là? Après tout c'est pas mon père!» Et les
    demoiselles Bloch s'écroulaient dans une tempête de rires. Je dis à
    leur frère combien de joies il m'avait données en me recommandant la
    lecture de Bergotte dont j'avais adoré les livres.

    M. Bloch père qui ne connaissait Bergotte que de loin, et la vie de
    Bergotte que par les racontars du parterre, avait une manière tout
    aussi indirecte de prendre connaissance de ses œuvres, à l'aide de
    jugements d'apparence littéraire. Il vivait dans le monde des à peu
    près, où l'on salue dans le vide, où l'on juge dans le faux.
    L'inexactitude, l'incompétence, n'y diminuent pas l'assurance, au
    contraire. C'est le miracle bienfaisant de l'amour-propre que peu de
    gens pouvant avoir les relations brillantes et les connaissances
    profondes, ceux auxquels elles font défaut se croient encore les mieux
    partagés parce que l'optique des gradins sociaux fait que tout rang
    semble le meilleur à celui qui l'occupe et qui voit moins favorisés
    que lui, mal lotis, à plaindre, les plus grands qu'il nomme et
    calomnie sans les connaître, juge et dédaigne sans les comprendre.
    Même dans les cas où la multiplication des faibles avantages
    personnels par l'amour-propre ne suffirait pas à assurer à chacun la
    dose de bonheur, supérieure à celle accordée aux autres, qui lui est
    nécessaire, l'envie est là pour combler la différence. Il est vrai que
    si l'envie s'exprime en phrases dédaigneuses, il faut traduire: «Je ne
    veux pas le connaître» par «je ne peux pas le connaître». C'est le
    sens intellectuel. Mais le sens passionné est bien: «je ne veux pas le
    connaître.» On sait que cela n'est pas vrai mais on ne le dit pas
    cependant par simple artifice, on le dit parce qu'on éprouve ainsi, et
    cela suffit pour supprimer la distance, c'est-à-dire pour le bonheur.

    L'égocentrisme permettant de la sorte à chaque humain de voir
    l'univers étagé au-dessous de lui qui est roi, M. Bloch se donnait le
    luxe d'en être un impitoyable quand le matin en prenant son chocolat,
    voyant la signature de Bergotte au bas d'un article dans le journal à
    peine entr'ouvert, il lui accordait dédaigneusement une audience
    écourtée, prononçait sa sentence, et s'octroyait le confortable
    plaisir de répéter entre chaque gorgée du breuvage bouillant: «Ce
    Bergotte est devenu illisible. Ce que cet animal-là peut être
    embêtant. C'est à se désabonner. Comme c'est emberlificoté, quelle
    tartine!» Et il reprenait une beurrée.

    Cette importance illusoire de M. Bloch père était d'ailleurs étendue
    un peu au delà du cercle de sa propre perception. D'abord ses enfants
    le considéraient comme un homme supérieur. Les enfants ont toujours
    une tendance soit à déprécier, soit à exalter leurs parents, et pour
    un bon fils, son père est toujours le meilleur des pères, en dehors
    même de toutes raisons objectives de l'admirer. Or celles-ci ne
    manquaient pas absolument pour M. Bloch, lequel était instruit, fin,
    affectueux pour les siens. Dans la famille la plus proche, on se
    plaisait d'autant plus avec lui que si dans la «société», on juge les
    gens d'après un étalon, d'ailleurs absurde, et selon des règles
    fausses mais fixes, par comparaison avec la totalité des autres gens
    élégants, en revanche dans le morcellement de la vie bourgeoise, les
    dîners, les soirées de famille tournent autour de personnes qu'on
    déclare agréables, amusantes, et qui dans le monde ne tiendraient pas
    l'affiche deux soirs. Enfin, dans ce milieu où les grandeurs factices
    de l'aristocratie n'existent pas, on les remplace par des distinctions
    plus folles encore. C'est ainsi que pour sa famille et jusqu'à un
    degré de parenté fort éloigné, une prétendue ressemblance dans la
    façon de porter la moustache et dans le haut du nez faisait qu'on
    appelait M. Bloch un «faux duc d'Aumale». (Dans le monde des
    «chasseurs» de cercle, l'un qui porte sa casquette de travers et sa
    vareuse très serrée de manière à se donner l'air, croit-il, d'un
    officier étranger, n'est-il pas une manière de personnage pour ses
    camarades?)

    La ressemblance était des plus vagues, mais on eût dit que ce fût un
    titre. On répétait: «Bloch? lequel? le duc d'Aumale?» Comme on dit:
    «La princesse Murat? laquelle? la Reine (de Naples)?» Un certain
    nombre d'autres infimes indices achevaient de lui donner aux yeux du
    cousinage une prétendue distinction. N'allant pas jusqu'à avoir une
    voiture, M. Bloch louait à certains jours une victoria découverte à
    deux chevaux de la Compagnie et traversait le Bois de Boulogne,
    mollement étendu de travers, deux doigts sur la tempe, deux autres
    sous le menton et si les gens qui ne le connaissaient pas le
    trouvaient à cause de cela «faiseur d'embarras», on était persuadé
    dans la famille que pour le chic, l'oncle Salomon aurait pu en
    remontrer à Gramont-Caderousse. Il était de ces personnes qui quand
    elles meurent et à cause d'une table commune avec le rédacteur en chef
    de cette feuille, dans un restaurant des boulevards, sont qualifiés de
    physionomie bien connue des Parisiens, par la Chronique mondaine du
    _Radical_. M. Bloch nous dit à Saint-Loup et à moi que Bergotte savait
    si bien pourquoi lui M. Bloch ne le saluait pas que dès qu'il
    l'apercevait au théâtre ou au cercle, il fuyait son regard. Saint-Loup
    rougit, car il réfléchit que ce cercle ne pouvait pas être le Jockey
    dont son père avait été président. D'autre part ce devait être un
    cercle relativement fermé, car M. Bloch avait dit que Bergotte n'y
    serait plus reçu aujourd'hui. Aussi est-ce en tremblant de
    «sous-estimer l'adversaire» que Saint-Loup demanda si ce cercle était
    le cercle de la rue Royale, lequel était jugé «déclassant» par la
    famille de Saint-Loup et où il savait qu'étaient reçus certains
    israélites. «Non, répondit M. Bloch d'un air négligent, fier et
    honteux, c'est un petit cercle, mais beaucoup plus agréable, le cercle
    des Ganaches. On y juge sévèrement la galerie.–Est-ce que sir Rufus
    Israël n'en est pas président», demanda Bloch fils à son père, pour
    lui fournir l'occasion d'un mensonge honorable et sans se douter que
    ce financier n'avait pas le même prestige aux yeux de Saint-Loup
    qu'aux siens. En réalité, il y avait au Cercle des Ganaches non point
    sir Rufus Israël, mais un de ses employés. Mais comme il était fort
    bien avec son patron, il avait à sa disposition des cartes du grand
    financier, et en donnait une à M. Bloch, quand celui-ci partait en
    voyage sur une ligne dont sir Rufus était administrateur, ce qui
    faisait dire au père Bloch: «Je vais passer au cercle demander une
    recommandation de sir Rufus.» Et la carte lui permettait d'éblouir les
    chefs de train. Les demoiselles Bloch furent plus intéressées par
    Bergotte et revenant à lui au lieu de poursuivre sur les «Ganaches»,
    la cadette demanda à son frère du ton le plus sérieux du monde car
    elle croyait qu'il n'existait pas au monde pour désigner les gens de
    talent d'autres expressions que celles qu'il employait: «Est-ce un
    coco vraiment étonnant, ce Bergotte? Est-il de la catégorie des grands
    bonshommes, des cocos comme Villiers ou Catulle?–Je l'ai rencontré à
    plusieurs générales, dit M. Nissim Bernard. Il est gauche, c'est une
    espèce de Schlemihl.» Cette allusion au conte de Chamisso n'avait rien
    de bien grave, mais l'épithète de Schlemihl faisait partie de ce
    dialecte mi-allemand, mi-juif, dont l'emploi ravissait M. Bloch dans
    l'intimité, mais qu'il trouvait vulgaire et déplacé devant des
    étrangers. Aussi jeta-t-il un regard sévère sur son oncle. «Il a du
    talent, dit Bloch.–Ah! fit gravement sa sœur comme pour dire que
    dans ces conditions j'étais excusable.–Tous les écrivains ont du
    talent, dit avec mépris M. Bloch père.–Il paraît même, dit son fils
    en levant sa fourchette et en plissant ses yeux d'un air
    diaboliquement ironique qu'il va se présenter à l'Académie.–Allons
    donc! il n'a pas un bagage suffisant, répondit M. Bloch le père qui ne
    semblait pas avoir pour l'Académie le mépris de son fils et de ses
    filles. Il n'a pas le calibre nécessaire.–D'ailleurs l'Académie est
    un salon et Bergotte ne jouit d'aucune surface», déclara l'oncle à
    héritage de Mme Bloch, personnage inoffensif et doux dont le nom de
    Bernard eût peut-être à lui seul éveillé les dons de diagnostic de mon
    grand'père, mais eût paru insuffisamment en harmonie avec un visage
    qui semblait rapporté du palais de Darius et reconstitué par Mme
    Dieulafoy, si, choisi par quelque amateur désireux de donner un
    couronnement oriental à cette figure de Suse, ce prénom de Nissim
    n'avait fait planer au-dessus d'elle les ailes de quelque taureau
    androcéphale de Khorsabad. Mais M. Bloch ne cessait d'insulter son
    oncle, soit qu'il fût excité par la bonhomie sans défense de son
    souffre-douleur, soit que, la villa étant payée par M. Nissim Bernard,
    le bénéficiaire voulût montrer qu'il gardait son indépendance et
    surtout qu'il ne cherchait pas par des cajoleries à s'assurer
    l'héritage à venir du richard. Celui-ci était surtout froissé qu'on le
    traitât si grossièrement devant le maître d'hôtel. Il murmura une
    phrase inintelligible où on distinguait seulement: «Quand les
    Meschorès sont là.» Meschorès désigne dans la Bible le serviteur de
    Dieu. Entre eux les Bloch s'en servaient pour désigner les domestiques
    et en étaient toujours égayés parce que leur certitude de n'être pas
    compris ni des chrétiens ni des domestiques eux-mêmes exaltait chez
    M. Nissim Bernard et M. Bloch leur double particularisme de «maîtres»
    et de «juifs». Mais cette dernière cause de satisfaction en devenait
    une de mécontentement quand il y avait du monde. Alors M. Bloch
    entendant son oncle dire «Meschorès» trouvait qu'il laissait trop
    paraître son côté oriental, de même qu'une cocotte qui invite ses
    amies avec des gens comme il faut, est irritée si elles font allusion
    à leur métier de cocotte, ou emploient des mots malsonnants. Aussi,
    bien loin que la prière de son oncle produisît quelque effet sur M.
    Bloch, celui-ci, hors de lui, ne put plus se contenir. Il ne perdit
    plus une occasion d'invectiver le malheureux oncle. «Naturellement,
    quand il y a quelque bêtise prudhommesque à dire, on peut être sûr que
    vous ne la ratez pas. Vous seriez le premier à lui lécher les pieds
    s'il était là», cria M. Bloch tandis que M. Nissim Bernard attristé
    inclinait vers son assiette la barbe annelée du roi Sargon. Mon
    camarade depuis qu'il portait la sienne qu'il avait aussi crépue et
    bleutée ressemblait beaucoup à son grand-oncle.

    –Comment, vous êtes le fils du marquis de Marsantes? mais je l'ai
    très bien connu, dit à Saint-Loup M. Nissim Bernard. Je crus qu'il
    voulait dire «connu» au sens où le père de Bloch disait qu'il
    connaissait Bergotte, c'est-à-dire de vue. Mais il ajouta: «Votre père
    était un de mes bons amis.» Cependant Bloch était devenu excessivement
    rouge, son père avait l'air profondément contrarié, les demoiselles
    Bloch riaient en s'étouffant. C'est que chez M. Nissim Bernard le goût
    de l'ostentation, contenu chez M. Bloch le père et chez ses enfants,
    avait engendré l'habitude du mensonge perpétuel. Par exemple, en
    voyage à l'hôtel, M. Nissim Bernard comme aurait pu faire M. Bloch le
    père, se faisait apporter tous ses journaux par son valet de chambre
    dans la salle à manger, au milieu du déjeuner, quand tout le monde
    était réuni pour qu'on vît bien qu'il voyageait avec un valet de
    chambre. Mais aux gens avec qui il se liait dans l'hôtel, l'oncle
    disait ce que le neveu n'eût jamais fait, qu'il était sénateur. Il
    avait beau être certain qu'on apprendrait un jour que le titre était
    usurpé, il ne pouvait au moment même résister au besoin de se le
    donner. M. Bloch souffrait beaucoup des mensonges de son oncle et de
    tous les ennuis qu'ils lui causaient. «Ne faites pas attention, il est
    extrêmement blagueur», dit-il à mi-voix à Saint-Loup qui n'en fut que
    plus intéressé, étant très curieux de la psychologie des menteurs.
    «Plus menteur encore que l'Ithaquesien Odysseus qu'Athènes appelait
    pourtant le plus menteur des hommes, compléta notre camarade Bloch.–Ah!
    par exemple! s'écria M. Nissim Bernard, si je m'attendais à dîner
    avec le fils de mon ami! Mais j'ai à Paris chez moi, une photographie
    de votre père et combien de lettres de lui. Il m'appelait toujours «mon
    oncle», on n'a jamais su pourquoi. C'était un homme charmant,
    étincelant. Je me rappelle un dîner chez moi, à Nice où il y avait
    Sardou, Labiche, Augier…–Molière, Racine, Corneille, continua
    ironiquement M. Bloch le père, dont le fils acheva l'énumération en
    ajoutant: Plaute, Ménandre, Kalidasa.» M. Nissim Bernard blessé
    arrêta brusquement son récit et, se privant ascétiquement d'un grand
    plaisir, resta muet jusqu'à la fin du dîner.

    «Saint-Loup au casque d'airain, dit Bloch, reprenez un peu de ce
    canard aux cuisses lourdes de graisse sur lesquelles l'illustre
    sacrificateur des volailles a répandu de nombreuses libations de vin
    rouge.»

    D'habitude après avoir sorti de derrière les fagots pour un camarade
    de marque les histoires sur sir Rufus Israël et autres, M. Bloch
    sentant qu'il avait touché son fils jusqu'à l'attendrissement, se
    retirait pour ne pas se «galvauder» aux yeux du «potache». Cependant
    s'il y avait une raison tout à fait capitale, comme quand son fils par
    exemple fut reçu à l'agrégation, M. Bloch ajouta à la série habituelle
    des anecdotes cette réflexion ironique qu'il réservait plutôt pour ses
    amis personnels et que Bloch jeune fut extrêmement fier de voir
    débiter pour ses amis à lui: «Le gouvernement a été impardonnable. Il
    n'a pas consulté M. Coquelin! M. Coquelin a fait savoir qu'il était
    mécontent» (M. Bloch se piquait d'être réactionnaire et méprisant pour
    les gens de théâtre).

    Mais les demoiselles Bloch et leur frère rougirent jusqu'aux oreilles
    tant ils furent impressionnés quand Bloch père, pour se montrer royal
    jusqu'au bout envers les deux «labadens» de son fils, donna l'ordre
    d'apporter du champagne et annonça négligemment que pour nous
    «régaler», il avait fait prendre trois fauteuils pour la
    représentation qu'une troupe d'Opéra-Comique donnait le soir même au
    Casino. Il regrettait de n'avoir pu avoir de loge. Elles étaient
    toutes prises. D'ailleurs il les avait souvent expérimentées, on était
    mieux à l'orchestre. Seulement, si le défaut de son fils, c'est-à-dire
    ce que son fils croyait invisible aux autres, était la grossièreté,
    celui du père était l'avarice. Aussi, c'est dans une carafe qu'il fit
    servir sous le nom de champagne un petit vin mousseux et sous celui de
    fauteuils d'orchestre il avait fait prendre des parterres qui
    coûtaient moitié moins, miraculeusement persuadé par l'intervention
    divine de son défaut que ni à table, ni au théâtre (où toutes les
    loges étaient vides) on ne s'apercevrait de la différence. Quand M.
    Bloch nous eut laissé tremper nos lèvres dans les coupes plates que
    son fils décorait du nom de «cratères aux flancs profondément
    creusés», il nous fit admirer un tableau qu'il aimait tant qu'il
    l'apportait avec lui à Balbec. Il nous dit que c'était un Rubens.
    Saint-Loup lui demanda naïvement s'il était signé. M. Bloch répondit
    en rougissant qu'il avait fait couper la signature à cause du cadre,
    ce qui n'avait pas d'importance, puisqu'il ne voulait pas le vendre.
    Puis il nous congédia rapidement pour se plonger dans le _Journal
    Officiel_ dont les numéros encombraient la maison et dont la lecture
    lui était rendue nécessaire, nous dit-il, «par sa situation
    parlementaire» sur la nature exacte de laquelle il ne nous fournit pas
    de lumières. «Je prends un foulard, nous dit Bloch, car Zephyros et
    Boréas se disputent à qui mieux mieux la mer poissonneuse, et pour peu
    que nous nous attardions après le spectacle, nous ne rentrerons qu'aux
    premières lueurs d'Eôs aux doigts de pourpre. A propos, demanda-t-il à
    Saint-Loup quand nous fûmes dehors et je tremblai car je compris bien
    vite que c'était de M. de Charlus que Bloch parlait sur ce ton
    ironique), quel était cet excellent fantoche en costume sombre que je
    vous ai vu promener avant-hier matin sur la plage?–C'est mon
    oncle», répondit Saint-Loup piqué. Malheureusement, une «gaffe» était
    bien loin de paraître à Bloch chose à éviter. Il se tordit de rire:
    «Tous mes compliments, j'aurais dû le deviner, il a un excellent chic,
    et une impayable bobine de gaga de la plus haute lignée.–Vous vous
    trompez du tout au tout, il est très intelligent, riposta Saint-Loup
    furieux.–Je le regrette car alors il est moins complet. J'aimerais du
    reste beaucoup le connaître car je suis sûr que j'écrirais des
    machines adéquates sur des bonshommes comme ça. Celui-là, à voir
    passer, est crevant. Mais je négligerais le côté caricatural, au fond
    assez méprisable pour un artiste épris de la beauté plastique des
    phrases, de la binette qui, excusez-moi, m'a fait gondoler un bon
    moment, et je mettrais en relief le côté aristocratique de votre
    oncle, qui en somme fait un effet bœuf, et la première rigolade passée,
    frappe par un très grand style. Mais, dit-il, en s'adressant cette
    fois à moi, il y a une chose dans un tout autre ordre d'idées, sur
    laquelle je veux t'interroger et chaque fois que nous sommes ensemble,
    quelque dieu, bienheureux habitant de l'Olympe, me fait oublier
    totalement de te demander ce renseignement qui eût pu m'être déjà et
    me sera sûrement fort utile. Quelle est donc cette belle personne avec
    laquelle je t'ai rencontré au Jardin d'Acclimatation et qui était
    accompagnée d'un monsieur que je crois connaître de vue et d'une jeune
    fille à la longue chevelure?» J'avais bien vu que Mme Swann ne se
    rappelait pas le nom de Bloch, puisqu'elle m'en avait dit un autre et
    avait qualifié mon camarade d'attaché à un ministère où je n'avais
    jamais pensé depuis à m'informer s'il était entré. Mais comment Bloch
    qui, à ce qu'elle m'avait dit alors, s'était fait présenter à elle
    pouvait-il ignorer son nom? J'étais si étonné que je restai un moment
    sans répondre. «En tous cas, tous mes compliments, me dit-il, tu n'as
    pas dû t'embêter avec elle. Je l'avais rencontrée quelques jours
    auparavant dans le train de Ceinture. Elle voulut bien dénouer la
    sienne en faveur de ton serviteur, je n'ai jamais passé de si bons
    moments et nous allions prendre toutes dispositions pour nous revoir
    quand une personne qu'elle connaissait eut le mauvais goût de monter à
    l'avant-dernière station.» Le silence que je gardais ne parut pas
    plaire à Bloch. «J'espérais, me dit-il, connaître grâce à toi son
    adresse et aller goûter chez elle plusieurs fois par semaine, les
    plaisirs d'Eros, chers aux Dieux, mais je n'insiste pas puisque tu
    poses pour la discrétion à l'égard d'une professionnelle qui s'est
    donnée à moi trois fois de suite et de la manière la plus raffinée
    entre Paris et le Point-du-Jour. Je la retrouverai bien un soir ou
    l'autre.»

    J'allai voir Bloch à la suite de ce dîner, il me rendit ma visite,
    mais j'étais sorti et il fut aperçu, me demandant, par Françoise,
    laquelle par hasard bien qu'il fût venu à Combray ne l'avait jamais vu
    jusque-là. De sorte qu'elle savait seulement qu'un «des Monsieurs» que
    je connaissais était passé pour me voir, elle ignorait «à quel effet»,
    vêtu d'une manière quelconque et qui ne lui avait pas fait grande
    impression. Or j'avais beau savoir que certaines idées sociales de
    Françoise me resteraient toujours impénétrables, qui reposaient
    peut-être en partie sur des confusions entre des mots, des noms
    qu'elle avait pris une fois, et à jamais, les uns pour les autres, je
    ne pus m'empêcher, moi qui avais depuis longtemps renoncé à me poser
    des questions dans ces cas-là, de chercher vainement, d'ailleurs, ce
    que le nom de Bloch pouvait représenter d'immense pour Françoise. Car
    à peine lui eus-je dit que ce jeune homme qu'elle avait aperçu était
    M. Bloch, elle recula de quelques pas tant furent grandes sa stupeur
    et sa déception. «Comment, c'est cela, M. Bloch!» s'écria-t-elle d'un
    air atterré comme si un personnage aussi prestigieux eût dû posséder
    une apparence qui «fît connaître» immédiatement qu'on se trouvait en
    présence d'un grand de la terre, et à la façon de quelqu'un qui trouve
    qu'un personnage historique n'est pas à la hauteur de sa réputation,
    elle répétait d'un ton impressionné, et où on sentait pour l'avenir
    les germes d'un scepticisme universel: «Comment c'est ça M. Bloch! Ah!
    vraiment on ne dirait pas à le voir.» Elle avait l'air de m'en garder
    rancune comme si je lui eusse jamais «surfait» Bloch. Et pourtant elle
    eut la bonté d'ajouter: «Hé bien, tout M. Bloch qu'il est, Monsieur
    peut dire qu'il est aussi bien que lui.»

    Elle eut bientôt à l'égard de Saint-Loup qu'elle adorait une
    désillusion d'un autre genre, et d'une moindre dureté: elle apprit
    qu'il était républicain. Or bien qu'en parlant par exemple de la Reine
    de Portugal, elle dît avec cet irrespect qui dans le peuple est le
    respect suprême «Amélie, la sœur à Philippe», Françoise était
    royaliste. Mais surtout un marquis, un marquis qui l'avait éblouie, et
    qui était pour la République, ne lui paraissait plus vrai. Elle en
    marquait la même mauvaise humeur que si je lui eusse donné une boîte
    qu'elle eût cru d'or, de laquelle elle m'eût remercié avec effusion et
    qu'ensuite un bijoutier lui eût révélé être en plaqué. Elle retira
    aussitôt son estime à Saint-Loup, mais bientôt après la lui rendit,
    ayant réfléchi qu'il ne pouvait pas, étant le marquis de Saint-Loup
    être républicain, qu'il faisait seulement semblant, par intérêt, car
    avec le gouvernement qu'on avait, cela pouvait lui rapporter gros. De
    ce jour sa froideur envers lui, son dépit contre moi cessèrent. Et
    quand elle parlait de Saint-Loup, elle disait: «C'est un hypocrite»,
    avec un large et bon sourire qui faisait bien comprendre qu'elle le
    «considérait» de nouveau autant qu'au premier jour et qu'elle lui
    avait pardonné.

    Or la sincérité et le désintéressement de Saint-Loup étaient au
    contraire absolus et c'était cette grande pureté morale qui, ne
    pouvant se satisfaire entièrement dans un sentiment égoïste comme
    l'amour, ne rencontrant pas d'autre part en lui l'impossibilité qui
    existait par exemple en moi de trouver sa nourriture spirituelle autre
    part qu'en soi-même, le rendait vraiment capable, autant que moi
    incapable, d'amitié.

    Françoise ne se trompait pas moins sur Saint-Loup quand elle disait
    qu'il avait l'air comme ça de ne pas dédaigner le peuple, mais que ce
    n'est pas vrai et qu'il n'y avait qu'à le voir quand il était en
    colère après son cocher. Il était arrivé en effet quelquefois à Robert
    de le gronder avec une certaine rudesse, qui prouvait chez lui moins
    le sentiment de la différence que de l'égalité entre les classes.
    «Mais, me dit-il en réponse aux reproches que je lui faisais d'avoir
    traité un peu durement ce cocher, pourquoi affecterais-je de lui
    parler poliment? N'est-il pas mon égal? N'est-il pas aussi près de moi
    que mes oncles ou mes cousins? Vous avez l'air de trouver que je
    devrais le traiter avec égards, comme un inférieur! Vous parlez comme
    un aristocrate», ajouta-t-il avec dédain.

    En effet, s'il y avait une classe contre laquelle il eût de la
    prévention et de la partialité, c'était l'aristocratie, et jusqu'à
    croire aussi difficilement à la supériorité d'un homme du monde, qu'il
    croyait facilement à celle d'un homme du peuple. Comme je lui parlais
    de la princesse de Luxembourg que j'avais rencontrée avec sa tante:

    –Une carpe, me dit-il, comme toutes ses pareilles. C'est d'ailleurs
    un peu ma cousine.

    Ayant un préjugé contre les gens qui le fréquentaient, il allait
    rarement dans le monde et l'attitude méprisante ou hostile qu'il y
    prenait, augmentait encore chez tous ses proches parents le chagrin de
    sa liaison avec une femme «de théâtre», liaison qu'ils accusaient de
    lui être fatale et notamment d'avoir développé chez lui cet esprit de
    dénigrement, ce mauvais esprit, de l'avoir «dévoyé», en attendant
    qu'il se «déclassât» complètement. Aussi, bien des hommes légers du
    faubourg Saint-Germain étaient-ils sans pitié quand ils parlaient de
    la maîtresse de Robert. «Les grues font leur métier, disait-on, elles
    valent autant que d'autres; mais celle-là, non! Nous ne lui
    pardonnerons pas! Elle a fait trop de mal à quelqu'un que nous
    aimons.» Certes, il n'était pas le premier qui eût un fil à la patte.
    Mais les autres s'amusaient en hommes du monde, continuaient à penser
    en hommes du monde sur la politique, sur tout. Lui, sa famille le
    trouvait «aigri». Elle ne se rendait pas compte que pour bien des
    jeunes gens du monde, lesquels sans cela resteraient incultes
    d'esprit, rudes dans leurs amitiés, sans douceur et sans goût,
    c'est bien souvent leur maîtresse qui est leur vrai maître et les
    liaisons de ce genre la seule école morale où ils soient initiés à une
    culture supérieure, où ils apprennent le prix des connaissances
    désintéressées. Même dans le bas peuple (qui au point de vue de la
    grossièreté ressemble si souvent au grand monde), la femme, plus
    sensible, plus fine, plus oisive, a la curiosité de certaines
    délicatesses, respecte certaines beautés de sentiment et d'art que, ne
    les comprît-elle pas, elle place pourtant au-dessus de ce qui semblait
    le plus désirable à l'homme, l'argent, la situation. Or, qu'il
    s'agisse de la maîtresse d'un jeune clubman comme Saint-Loup ou d'un
    jeune ouvrier (les électriciens par exemple comptent aujourd'hui dans
    les rangs de la Chevalerie véritable), son amant a pour elle trop
    d'admiration et de respect pour ne pas les étendre à ce qu'elle-même
    respecte et admire; et pour lui l'échelle des valeurs s'en trouve
    renversée. A cause de son sexe même elle est faible, elle a des
    troubles nerveux, inexplicables, qui chez un homme, et même chez une
    autre femme, chez une femme dont il est neveu ou cousin auraient fait
    sourire ce jeune homme robuste. Mais il ne peut voir souffrir celle
    qu'il aime. Le jeune noble qui comme Saint-Loup a une maîtresse, prend
    l'habitude quand il va dîner avec elle au cabaret d'avoir dans sa
    poche le valérianate dont elle peut avoir besoin, d'enjoindre au
    garçon, avec force et sans ironie, de faire attention à fermer les
    portes sans bruit, à ne pas mettre de mousse humide sur la table, afin
    d'éviter à son amie ces malaises que pour sa part il n'a jamais
    ressentis, qui composent pour lui un monde occulte à la réalité duquel
    elle lui a appris à croire, malaises qu'il plaint maintenant sans
    avoir besoin pour cela de les connaître, qu'il plaindra même quand ce
    sera d'autres qu'elle qui les ressentiront. La maîtresse de
    Saint-Loup–comme les premiers moines du moyen âge, à la chrétienté–lui
    avait enseigné la pitié envers les animaux car elle en avait la
    passion, ne se déplaçant jamais sans son chien, ses serins, ses
    perroquets; Saint-Loup veillait sur eux avec des soins maternels et
    traitait de brutes les gens qui ne sont pas bons avec les bêtes.
    D'autre part, une actrice, ou soi-disant telle, comme celle qui vivait
    avec lui–qu'elle fût intelligente ou non, ce que j'ignorais–en
    lui faisant trouver ennuyeuse la société des femmes du monde et
    considérer comme une corvée l'obligation d'aller dans une soirée,
    l'avait préservé du snobisme et guéri de la frivolité. Si grâce à elle
    les relations mondaines tenaient moins de place dans la vie de son
    jeune amant, en revanche tandis que s'il avait été un simple homme de
    salon, la vanité ou l'intérêt auraient dirigé ses amitiés comme la
    rudesse les aurait empreintes, sa maîtresse lui avait appris à y
    mettre de la noblesse et du raffinement. Avec son instinct de femme et
    appréciant plus chez les hommes certaines qualités de sensibilité que
    son amant eût peut-être sans elle méconnues ou plaisantées, elle avait
    toujours vite fait de distinguer entre les autres celui des amis de
    Saint-Loup qui avait pour lui une affection vraie, et de le préférer.
    Elle savait le forcer à éprouver pour celui-là de la reconnaissance, à
    la lui témoigner, à remarquer les choses qui lui faisaient plaisir,
    celles qui lui faisaient de la peine. Et bientôt Saint-Loup, sans plus
    avoir besoin qu'elle l'avertît, commença à se soucier de tout cela et
    à Balbec où elle n'était pas, pour moi qu'elle n'avait jamais vu et
    dont il ne lui avait même peut-être pas encore parlé dans ses lettres,
    de lui-même il fermait la fenêtre d'une voiture où j'étais, emportait
    les fleurs qui me faisaient mal, et quand il eut à dire au revoir à la
    fois à plusieurs personnes, à son départ, s'arrangea à les quitter un
    peu plus tôt afin de rester seul et en dernier avec moi, de mettre
    cette différence entre elles et moi, de me traiter autrement que les
    autres. Sa maîtresse avait ouvert son esprit à l'invisible, elle avait
    mis du sérieux dans sa vie, des délicatesses dans son cœur, mais tout
    cela échappait à la famille en larmes qui répétait: «Cette gueuse le
    tuera, et en attendant elle le déshonore.» Il est vrai qu'il avait
    fini de tirer d'elle tout le bien qu'elle pouvait lui faire; et
    maintenant elle était cause seulement qu'il souffrait sans cesse, car
    elle l'avait pris en horreur et le torturait. Elle avait commencé un
    beau jour à le trouver bête et ridicule parce que les amis qu'elle
    avait parmi les jeunes auteurs et acteurs, lui avaient assuré qu'il
    l'était, et elle répétait à son tour ce qu'ils avaient dit avec cette
    passion, cette absence de réserves qu'on montre chaque fois qu'on
    reçoit du dehors et qu'on adopte des opinions ou des usages qu'on
    ignorait entièrement. Elle professait volontiers, comme ces comédiens,
    qu'entre elle et Saint-Loup le fossé était infranchissable, parce
    qu'ils étaient d'une autre race, qu'elle était une intellectuelle et
    que lui, quoi qu'il prétendît, était, de naissance, un ennemi de
    l'intelligence. Cette vue lui semblait profonde et elle en cherchait
    la vérification dans les paroles les plus insignifiantes, les moindres
    gestes de son amant. Mais quand les mêmes amis l'eurent en outre
    convaincue qu'elle détruisait dans une compagnie aussi peu faite pour
    elle les grandes espérances qu'elle avait, disaient-ils, données, que
    son amant finirait par déteindre sur elle, qu'à vivre avec lui, elle
    gâchait son avenir d'artiste, à son mépris pour Saint-Loup s'ajouta la
    même haine que s'il s'était obstiné à vouloir lui inoculer une maladie
    mortelle. Elle le voyait le moins possible tout en reculant encore le
    moment d'une rupture définitive, laquelle me paraissait à moi bien
    peu vraisemblable. Saint-Loup faisait pour elle de tels sacrifices
    que, à moins qu'elle fût ravissante (mais il n'avait jamais voulu me
    montrer sa photographie, me disant: «D'abord ce n'est pas une beauté
    et puis elle vient mal en photographie, ce sont des instantanés que
    j'ai faits moi-même avec mon Kodak et ils vous donneraient une fausse
    idée d'elle»), il semblait difficile qu'elle trouvât un second homme
    qui en consentît de semblables. Je ne songeais pas qu'une certaine
    toquade de se faire un nom, même quand on n'a pas de talent, que
    l'estime, rien que l'estime privée, de personnes qui vous imposent,
    peuvent (ce n'était peut-être du reste pas le cas pour la maîtresse de
    Saint-Loup) être même pour une petite cocotte des motifs plus
    déterminants que le plaisir de gagner de l'argent. Saint-Loup qui sans
    bien comprendre ce qui se passait dans la pensée de sa maîtresse, ne
    la croyait complètement sincère ni dans les reproches injustes ni
    dans les promesses d'amour éternel, avait pourtant à certains moments
    le sentiment qu'elle romprait quand elle le pourrait, et à cause de
    cela, mû sans doute par l'instinct de conservation de son amour, plus
    clairvoyant peut-être que Saint-Loup n'était lui-même, usant
    d'ailleurs d'une habileté pratique qui se conciliait chez lui avec les
    plus grands et les plus aveugles élans du cœur, il s'était refusé à lui
    constituer un capital, avait emprunté un argent énorme pour qu'elle ne
    manquât de rien, mais ne le lui remettait qu'au jour le jour. Et sans
    doute, au cas où elle eût vraiment songé à le quitter, attendait-elle
    froidement d'avoir «fait sa pelote», ce qui avec les sommes données
    par Saint-Loup demanderait sans doute un temps fort court, mais tout
    de même concédé en supplément pour prolonger le bonheur de mon nouvel
    ami — ou son malheur.

    Cette période dramatique de leur liaison–et qui était arrivée
    maintenant à son point le plus aigu, le plus cruel pour Saint-Loup,
    car elle lui avait défendu de rester à Paris où sa présence
    l'exaspérait et l'avait forcé de prendre son congé à Balbec, à côté de
    sa garnison–avait commencé un soir chez une tante de Saint-Loup,
    lequel avait obtenu d'elle que son amie viendrait pour de nombreux
    invités dire des fragments d'une pièce symboliste qu'elle avait jouée
    une fois sur une scène d'avant-garde et pour laquelle elle lui avait
    fait partager l'admiration qu'elle éprouvait elle-même.

    Mais quand elle était apparue, un grand lys à la main, dans un costume
    copié de l'«Ancilla Domini» et qu'elle avait persuadé à Robert être
    une véritable «vision d'art», son entrée avait été accueillie dans
    cette assemblée d'hommes de cercles et de duchesses par des sourires
    que le ton monotone de la psalmodie, la bizarrerie de certains mots,
    leur fréquente répétition avaient changés en fous-rires d'abord
    étouffés, puis si irrésistibles que la pauvre récitante n'avait pu
    continuer. Le lendemain la tante de Saint-Loup avait été unanimement
    blâmée d'avoir laissé paraître chez elle une artiste aussi grotesque.
    Un duc bien connu ne lui cacha pas qu'elle n'avait à s'en prendre qu'à
    elle-même si elle se faisait critiquer.

    –Que diable aussi, on ne nous sort pas des numéros de cette
    force-là! Si encore cette femme avait du talent, mais elle n'en a et
    n'en aura jamais aucun. Sapristi! Paris n'est pas si bête qu'on veut
    bien le dire. La société n'est pas composée que d'imbéciles. Cette
    petite demoiselle a évidemment cru étonner Paris. Mais Paris est plus
    difficile à étonner que cela et il y a tout de même des affaires qu'on
    ne nous fera pas avaler.

    Quant à l'artiste, elle sortit en disant à Saint-Loup:

    –Chez quelles dindes, chez quelles garces sans éducation, chez quels
    goujats m'as-tu fourvoyée? J'aime mieux te le dire, il n'y en avait
    pas un des hommes présents qui ne m'eût fait de l'œil, du pied, et
    c'est parce que j'ai repoussé leurs avances qu'ils ont cherché à se
    venger.

    Paroles qui avaient changé l'antipathie de Robert pour les gens du
    monde en une horreur autrement profonde et douloureuse et que lui
    inspiraient particulièrement ceux qui la méritaient le moins, des
    parents dévoués qui, délégués par la famille, avaient cherché à
    persuader à l'amie de Saint-Loup de rompre avec lui, démarche qu'elle
    lui présentait comme inspirée par leur amour pour elle. Robert
    quoiqu'il eût aussitôt cessé de les fréquenter pensait, quand il était
    loin de son amie comme maintenant, qu'eux ou d'autres en profitaient
    pour revenir à la charge et avaient peut-être reçu ses faveurs. Et
    quand il parlait des viveurs qui trompent leurs amis, cherchent à
    corrompre les femmes, tâchent de les faire venir dans des maisons de
    passe, son visage respirait la souffrance et la haine.

    –Je les tuerais avec moins de remords qu'un chien qui est du moins
    une bête gentille, loyale et fidèle. En voilà qui méritent la
    guillotine, plus que des malheureux qui ont été conduits au crime par
    la misère et par la cruauté des riches.

    Il passait la plus grande partie de son temps à envoyer à sa maîtresse
    des lettres et des dépêches. Chaque fois que, tout en l'empêchant de
    venir à Paris, elle trouvait, à distance, le moyen d'avoir une
    brouille avec lui, je l'apprenais à sa figure décomposée. Comme sa
    maîtresse ne lui disait jamais ce qu'elle avait à lui reprocher,
    soupçonnant que, peut-être, si elle ne le lui disait pas, c'est
    qu'elle ne le savait pas et qu'elle avait simplement assez de lui, il
    aurait pourtant voulu avoir des explications, il lui écrivait:
    «Dis-moi ce que j'ai fait de mal. Je suis prêt à reconnaître mes
    torts», le chagrin qu'il éprouvait ayant pour effet de le persuader
    qu'il avait mal agi.

    Mais elle lui faisait attendre indéfiniment des réponses d'ailleurs
    dénuées de sens. Aussi c'est presque toujours le front soucieux et
    bien souvent les mains vides que je voyais Saint-Loup revenir de la
    poste où, seul de tout l'hôtel avec Françoise, il allait chercher ou
    porter lui-même ses lettres, lui par impatience d'amant, elle par
    méfiance de domestique. (Les dépêches le forçaient à faire beaucoup
    plus de chemin.)

    Quand quelques jours après le dîner chez les Bloch ma grand'mère me
    dit d'un air joyeux que Saint-Loup venait de lui demander si avant
    qu'il quittât Balbec elle ne voulait pas qu'il la photographiât, et
    quand je vis qu'elle avait mis pour cela sa plus belle toilette et
    hésitait entre diverses coiffures, je me sentis un peu irrité de cet
    enfantillage qui m'étonnait tellement de sa part. J'en arrivais même à
    me demander si je ne m'étais pas trompé sur ma grand'mère, si je ne la
    plaçais pas trop haut, si elle était aussi détachée que j'avais
    toujours cru de ce qui concernait sa personne, si elle n'avait pas ce
    que je croyais lui être le plus étranger, de la coquetterie.

    Malheureusement, ce mécontentement que me causaient le projet de
    séance photographique et surtout la satisfaction que ma grand'mère
    paraissait en ressentir, je le laissai suffisamment apercevoir pour
    que Françoise le remarquât et s'empressât involontairement de
    l'accroître en me tenant un discours sentimental et attendri auquel je
    ne voulus pas avoir l'air d'adhérer.

    –Oh! monsieur, cette pauvre madame qui sera si heureuse qu'on tire
    son portrait, et qu'elle va même mettre le chapeau que sa vieille
    Françoise, elle lui a arrangé, il faut la laisser faire, monsieur.

    Je me convainquis que je n'étais pas cruel de me moquer de la
    sensibilité de Françoise, en me rappelant que ma mère et ma grand'mère
    mes modèles en tout, le faisaient souvent aussi. Mais ma grand'mère
    s'apercevant que j'avais l'air ennuyé, me dit que si cette séance de
    pose pouvait me contrarier elle y renoncerait. Je ne le voulus pas, je
    l'assurai que je n'y voyais aucun inconvénient et la laissai se faire
    belle, mais crus faire preuve de pénétration et de force en lui disant
    quelques paroles ironiques et blessantes destinées à neutraliser le
    plaisir qu'elle semblait trouver à être photographiée, de sorte que si
    je fus contraint de voir le magnifique chapeau de ma grand'mère, je
    réussis du moins à faire disparaître de son visage cette expression
    joyeuse qui aurait dû me rendre heureux et qui, comme il arrive trop
    souvent tant que sont encore en vie les êtres que nous aimons le
    mieux, nous apparaît comme la manifestation exaspérante d'un travers
    mesquin plutôt que comme la forme précieuse du bonheur que nous
    voudrions tant leur procurer. Ma mauvaise humeur venait surtout de ce
    que cette semaine là ma grand'mère avait paru me fuir et que je
    n'avais pu l'avoir un instant à moi, pas plus le jour que le soir.
    Quand je rentrais dans l'après-midi pour être un peu seul avec elle,
    on me disait qu'elle n'était pas là; ou bien elle s'enfermait avec
    Françoise pour de longs conciliabules qu'il ne m'était pas permis de
    troubler. Et quand ayant passé la soirée dehors avec Saint-Loup je
    songeais pendant le trajet du retour au moment où j'allais pouvoir
    retrouver et embrasser ma grand'mère, j'avais beau attendre qu'elle
    frappât contre la cloison ces petits coups qui me diraient d'entrer
    lui dire bonsoir, je n'entendais rien; je finissais par me coucher,
    lui en voulant un peu de ce qu'elle me privât, avec une indifférence
    si nouvelle de sa part, d'une joie sur laquelle j'avais tant compté,
    je restais encore, le cœur palpitant comme dans mon enfance, à écouter
    le mur qui restait muet et je m'endormais dans les larmes.

    * * * * *

    Ce jour-là, comme les précédents, Saint-Loup avait été obligé d'aller
    à Doncières où en attendant qu'il y rentrât d'une manière définitive,
    on aurait toujours besoin de lui maintenant jusqu'à la fin de
    l'après-midi. Je regrettais qu'il ne fût pas à Balbec. J'avais vu
    descendre de voiture et entrer, les unes dans la salle de danse du
    Casino, les autres chez le glacier, des jeunes femmes qui, de loin,
    m'avaient paru ravissantes. J'étais dans une de ces périodes de la
    jeunesse, dépourvues d'un amour particulier, vacantes, où partout–comme
    un amoureux, la femme dont il est épris–on désire, on
    cherche, on voit la beauté. Qu'un seul trait réel–le peu qu'on
    distingue d'une femme vue de loin, ou de dos–nous permette de
    projeter la Beauté devant nous, nous nous figurons l'avoir reconnue,
    notre cœur bat, nous pressons le pas, et nous resterons toujours à demi
    persuadés que c'était elle, pourvu que la femme ait disparu: ce n'est
    que si nous pouvons la rattraper que nous comprenons notre erreur.

    D'ailleurs, de plus en plus souffrant, j'étais tenté de surfaire les
    plaisirs les plus simples à cause des difficultés mêmes qu'il y avait
    pour moi à les atteindre. Des femmes élégantes, je croyais en
    apercevoir partout, parce que j'étais trop fatigué si c'était sur la
    plage, trop timide si c'était au Casino ou dans une pâtisserie, pour
    les approcher nulle part. Pourtant, si je devais bientôt mourir,
    j'aurais aimé savoir comment étaient faites de près, en réalité, les
    plus jolies jeunes filles que la vie pût offrir, quand même c'eût été
    un autre que moi, ou même personne, qui dût profiter de cette offre
    (je ne me rendais pas compte, en effet, qu'il y avait un désir de
    possession à l'origine de ma curiosité). J'aurais osé entrer dans la
    salle de bal, si Saint-Loup avait été avec moi. Seul, je restai
    simplement devant le Grand-Hôtel à attendre le moment d'aller
    retrouver ma grand'mère, quand, presque encore à l'extrémité de la
    digue où elles faisaient mouvoir une tache singulière, je vis
    s'avancer cinq ou six fillettes, aussi différentes, par l'aspect et
    par les façons, de toutes les personnes auxquelles on était accoutumé
    à Balbec, qu'aurait pu l'être, débarquée on ne sait d'où, une bande de
    mouettes qui exécute à pas comptés sur la plage–les retardataires
    rattrapant les autres en voletant–une promenade dont le but semble
    aussi obscur aux baigneurs qu'elles ne paraissent pas voir, que
    clairement déterminé pour leur esprit d'oiseaux.

    Une de ces inconnues poussait devant elle, de la main, sa bicyclette;
    deux autres tenaient des «clubs» de golf; et leur accoutrement
    tranchait sur celui des autres jeunes filles de Balbec, parmi
    lesquelles quelques-unes il est vrai, se livraient aux sports, mais
    sans adopter pour cela une tenue spéciale.

    C'était l'heure où dames et messieurs venaient tous les jours faire
    leur tour de digue, exposés aux feux impitoyables du face-à-main que
    fixait sur eux, comme s'ils eussent été porteurs de quelque tare
    qu'elle tenait à inspecter dans ses moindres détails, la femme du
    premier président, fièrement assise devant le kiosque de musique, au
    milieu de cette rangée de chaises redoutée où eux-mêmes tout à
    l'heure, d'acteurs devenus critiques, viendraient s'installer pour
    juger à leur tour ceux qui défileraient devant eux. Tous ces gens qui
    longeaient la digue en tanguant aussi fort que si elle avait été le
    pont d'un bateau (car ils ne savaient pas lever une jambe sans du même
    coup remuer le bras, tourner les yeux, remettre d'aplomb leurs
    épaules, compenser par un mouvement balancé du côté opposé le
    mouvement qu'ils venaient de faire de l'autre côté, et congestionner
    leur face), et qui, faisant semblant de ne pas voir pour faire croire
    qu'ils ne se souciaient pas d'elles, mais regardant à la dérobée pour
    ne pas risquer de les heurter, les personnes qui marchaient à leurs
    côtés ou venaient en sens inverse, butaient au contraire contre elles,
    s'accrochaient à elles, parce qu'ils avaient été réciproquement de
    leur part l'objet de la même attention secrète, cachée sous le même
    dédain apparent; l'amour–par conséquent la crainte–de la foule
    étant un des plus puissants mobiles chez tous les hommes, soit qu'ils
    cherchent à plaire aux autres ou à les étonner, soit à leur montrer
    qu'ils les méprisent. Chez le solitaire, la claustration même absolue
    et durant jusqu'à la fin de la vie, a souvent pour principe un amour
    déréglé de la foule qui l'emporte tellement sur tout autre sentiment,
    que, ne pouvant obtenir quand il sort l'admiration de la concierge,
    des passants, du cocher arrêté, il préfère n'être jamais vu d'eux, et
    pour cela renoncer à toute activité qui rendrait nécessaire de sortir.

    Au milieu de tous ces gens dont quelques-uns poursuivaient une pensée,
    mais en trahissaient alors la mobilité par une saccade de gestes, une
    divagation de regards, aussi peu harmonieuses que la circonspecte
    titubation de leurs voisins, les fillettes que j'avais aperçues, avec
    la maîtrise de gestes que donne un parfait assouplissement de son
    propre corps et un mépris sincère du reste de l'humanité, venaient
    droit devant elles, sans hésitation ni raideur, exécutant exactement
    les mouvements qu'elles voulaient, dans une pleine indépendance de
    chacun de leurs membres par rapport aux autres, la plus grande partie
    de leur corps gardant cette immobilité si remarquable chez les bonnes
    valseuses. Elles n'étaient plus loin de moi. Quoique chacune fût d'un
    type absolument différent des autres, elles avaient toutes de la
    beauté; mais, à vrai dire, je les voyais depuis si peu d'instants et
    sans oser les regarder fixement que je n'avais encore individualisé
    aucune d'elles. Sauf une, que son nez droit, sa peau brune mettait en
    contraste au milieu des autres comme dans quelque tableau de la
    Renaissance, un roi Mage de type arabe, elles ne m'étaient connues,
    l'une que par une paire d'yeux durs, butés et rieurs; une autre que
    par des joues où le rose avait cette teinte cuivrée qui évoque l'idée
    de géranium; et même ces traits je n'avais encore indissolublement
    attaché aucun d'entre eux à l'une des jeunes filles plutôt qu'à
    l'autre; et quand (selon l'ordre dans lequel se déroulait cet ensemble
    merveilleux parce qu'y voisinaient les aspects les plus différents,
    que toutes les gammes de couleurs y étaient rapprochées, mais qui
    était confus comme une musique où je n'aurais pas su isoler et
    reconnaître au moment de leur passage les phrases, distinguées mais
    oubliées aussitôt après), je voyais émerger un ovale blanc, des yeux
    noirs, des yeux verts, je ne savais pas si c'était les mêmes qui
    m'avaient déjà apporté du charme tout à l'heure, je ne pouvais pas les
    rapporter à telle jeune fille que j'eusse séparée des autres et
    reconnue. Et cette absence, dans ma vision, des démarcations que
    j'établirais bientôt entre elles, propageait à travers leur groupe un
    flottement harmonieux, la translation continue d'une beauté fluide,
    collective et mobile.

    Ce n'était peut-être pas, dans la vie, le hasard seul qui, pour réunir
    ces amies les avait toutes choisies si belles; peut-être ces filles
    (dont l'attitude suffisait à révéler la nature hardie, frivole et
    dure), extrêmement sensibles à tout ridicule et à toute laideur,
    incapables de subir un attrait d'ordre intellectuel ou moral,
    s'étaient-elles naturellement trouvées, parmi les camarades de leur
    âge, éprouver de la répulsion pour toutes celles chez qui des
    dispositions pensives ou sensibles se trahissaient par de la timidité,
    de la gêne, de la gaucherie, par ce qu'elles devaient appeler «un
    genre antipathique», et les avaient-elles tenues à l'écart; tandis
    qu'elles s'étaient liées au contraire avec d'autres vers qui les
    attiraient un certain mélange de grâce, de souplesse et d'élégance
    physique, seule forme sous laquelle elles pussent se représenter la
    franchise d'un caractère séduisant et la promesse de bonnes heures à
    passer ensemble. Peut-être aussi la classe à laquelle elles
    appartenaient et que je n'aurais pu préciser, était-elle à ce point de
    son évolution où, soit grâce à l'enrichissement et au loisir, soit
    grâce aux habitudes nouvelles de sport, répandues même dans certains
    milieux populaires, et d'une culture physique à laquelle ne s'est pas
    encore ajoutée celle de l'intelligence, un milieu social pareil aux
    écoles de sculpture harmonieuses et fécondes qui ne recherchent pas
    encore l'expression tourmentée, produit naturellement, et en
    abondance, de beaux corps aux belles jambes, aux belles hanches, aux
    visages sains et reposés, avec un air d'agilité et de ruse. Et
    n'étaient-ce pas de nobles et calmes modèles de beauté humaine que je
    voyais là, devant la mer, comme des statues exposées au soleil sur un
    rivage de la Grèce?

    Telles que si, du sein de leur bande qui progressait le long de la
    digue comme une lumineuse comète, elles eussent jugé que la foule
    environnante était composée d'êtres d'une autre race et dont la
    souffrance même n'eût pu éveiller en elles un sentiment de solidarité,
    elles ne paraissaient pas la voir, forçaient les personnes arrêtées à
    s'écarter ainsi que sur le passage d'une machine qui eût été lâchée et
    dont il ne fallait pas attendre qu'elle évitât les piétons, et se
    contentaient tout au plus, si quelque vieux monsieur dont elles
    n'admettaient pas l'existence et dont elles repoussaient le contact
    s'était enfui avec des mouvements craintifs ou furieux, précipités ou
    risibles, de se regarder entre elles en riant. Elles n'avaient à
    l'égard de ce qui n'était pas de leur groupe aucune affectation de
    mépris, leur mépris sincère suffisait. Mais elles ne pouvaient voir un
    obstacle sans s'amuser à le franchir en prenant leur élan ou à pieds
    joints, parce qu'elles étaient toutes remplies, exubérantes, de cette
    jeunesse qu'on a si grand besoin de dépenser même quand on est triste
    ou souffrant, obéissant plus aux nécessités de l'âge qu'à l'humeur de
    la journée, on ne laisse jamais passer une occasion de saut ou de
    glissade sans s'y livrer consciencieusement, interrompant, semant sa
    marche lente — comme Chopin la phrase la plus mélancolique — de
    gracieux détours où le caprice se mêle à la virtuosité. La femme d'un
    vieux banquier, après avoir hésité pour son mari entre diverses
    expositions, l'avait assis, sur un pliant, face à la digue, abrité du
    vent et du soleil par le kiosque des musiciens. Le voyant bien
    installé, elle venait de le quitter pour aller lui acheter un journal
    qu'elle lui lirait et qui le distrairait, petites absences pendant
    lesquelles elle le laissait seul et qu'elle ne prolongeait jamais au
    delà de cinq minutes, ce qui lui semblait bien long, mais qu'elle
    renouvelait assez fréquemment pour que le vieil époux à qui elle
    prodiguait à la fois et dissimulait ses soins eût l'impression qu'il
    était encore en état de vivre comme tout le monde et n'avait nul
    besoin de protection. La tribune des musiciens formait au-dessus de
    lui un tremplin naturel et tentant sur lequel sans une hésitation
    l'aînée de la petite bande se mit à courir: elle sauta par-dessus le
    vieillard épouvanté, dont la casquette marine fut effleurée par les
    pieds agiles, au grand amusement des autres jeunes filles, surtout de
    deux yeux verts dans une figure poupine qui exprimèrent pour cet acte
    une admiration et une gaieté où je crus discerner un peu de timidité,
    d'une timidité honteuse et fanfaronne, qui n'existait pas chez les
    autres. «C'pauvre vieux, y m'fait d'la peine, il a l'air à moitié
    crevé», dit l'une de ces filles d'une voix rogommeuse et avec un
    accent à demi-ironique. Elles firent quelques pas encore, puis
    s'arrêtèrent un moment au milieu du chemin sans s'occuper d'arrêter la
    circulation des passants, en un conciliabule, un agrégat de forme
    irrégulière, compact, insolite et piaillant, comme des oiseaux qui
    s'assemblent au moment de s'envoler; puis elles reprirent leur lente
    promenade le long de la digue, au-dessus de la mer.

    Maintenant, leurs traits charmants n'étaient plus indistincts et
    mêlés. Je les avais répartis et agglomérés (à défaut du nom de
    chacune, que j'ignorais) autour de la grande qui avait sauté par
    dessus le vieux banquier; de la petite qui détachait sur l'horizon de
    la mer ses joues bouffies et roses, ses yeux verts; de celle au teint
    bruni, au nez droit, qui tranchait au milieu des autres; d'une autre,
    au visage blanc comme un œuf dans lequel un petit nez faisait un arc de
    cercle comme un bec de poussin, visage comme en ont certains très
    jeunes gens; d'une autre encore, grande, couverte d'une pèlerine (qui
    lui donnait un aspect si pauvre et démentait tellement sa tournure
    élégante que l'explication qui se présentait à l'esprit était que
    cette jeune fille devait avoir des parents assez brillants et plaçant
    leur amour-propre assez au-dessus des baigneurs de Balbec et de
    l'élégance vestimentaire de leurs propres enfants pour qu'il leur fût
    absolument égal de la laisser se promener sur la digue dans une tenue
    que de petites gens eussent jugée trop modeste); d'une fille aux yeux
    brillants, rieurs, aux grosses joues mates, sous un «polo» noir,
    enfoncé sur sa tête, qui poussait une bicyclette avec un dandinement
    de hanches si dégingandé, en employant des termes d'argot si
    voyous et criés si fort, quand je passai auprès d'elle (parmi lesquels
    je distinguai cependant la phrase fâcheuse de «vivre sa vie»)
    qu'abandonnant l'hypothèse que la pèlerine de sa camarade m'avait fait
    échafauder, je conclus plutôt que toutes ces filles appartenaient à la
    population qui fréquente les vélodromes, et devaient être les très
    jeunes maîtresses de coureurs cyclistes. En tous cas, dans aucune de
    mes suppositions, ne figurait celle qu'elles eussent pu être
    vertueuses. A première vue–dans la manière dont elles se
    regardaient en riant, dans le regard insistant de celle aux joues
    mates–j'avais compris qu'elles ne l'étaient pas. D'ailleurs, ma
    grand-mère avait toujours veillé sur moi avec une délicatesse trop
    timorée pour que je ne crusse pas que l'ensemble des choses qu'on ne
    doit pas faire est indivisible et que des jeunes filles qui manquent
    de respect à la vieillesse, fussent tout d'un coup arrêtées par des
    scrupules quand il s'agit de plaisirs plus tentateurs que de sauter
    par dessus un octogénaire.

    Individualisées maintenant, pourtant la réplique que se donnaient les
    uns aux autres leurs regards animés de suffisance et d'esprit de
    camaraderie, et dans lesquels se rallumaient d'instant en instant
    tantôt l'intérêt, tantôt l'insolente indifférence dont brillait
    chacune, selon qu'il s'agissait de l'une de ses amies ou des passants,
    cette conscience aussi de se connaître entre elles assez intimement
    pour se promener toujours ensemble, en faisant «bande à part»,
    mettaient entre leurs corps indépendants et séparés, tandis qu'ils
    s'avançaient lentement, une liaison invisible, mais harmonieuse comme
    une même ombre chaude, une même atmosphère, faisant d'eux un tout
    aussi homogène en ses parties qu'il était différent de la foule au
    milieu de laquelle se déroulait lentement leur cortège.

    Un instant, tandis que je passais à côté de la brune aux grosses joues
    qui poussait une bicyclette, je croisai ses regards obliques et
    rieurs, dirigés du fond de ce monde inhumain qui enfermait la vie de
    cette petite tribu, inaccessible inconnu où l'idée de ce que j'étais
    ne pouvait certainement ni parvenir ni trouver place. Toute occupée à
    ce que disaient ses camarades, cette jeune fille coiffée d'un polo qui
    descendait très bas sur son front m'avait-elle vu au moment où le
    rayon noir émané de ses yeux m'avait rencontré. Si elle m'avait vu,
    qu'avais-je pu lui représenter? Du sein de quel univers me
    distinguait-elle? Il m'eût été aussi difficile de le dire que, lorsque
    certaines particularités nous apparaissent grâce au télescope, dans un
    astre voisin, il est malaisé de conclure d'elles que des humains y
    habitent, qu'ils nous voient, et quelles idées cette vue a pu éveiller
    en eux.

    Si nous pensions que les yeux d'une telle fille ne sont qu'une
    brillante rondelle de mica, nous ne serions pas avides de connaître et
    d'unir à nous sa vie. Mais nous sentons que ce qui luit dans ce disque
    réfléchissant n'est pas dû uniquement à sa composition matérielle; que
    ce sont, inconnues de nous, les noires ombres des idées que cet être
    se fait, relativement aux gens et aux lieux qu'il connaît–pelouses
    des hippodromes, sable des chemins où, pédalant à travers champs et
    bois, m'eût entraîné cette petite péri, plus séduisante pour moi que
    celle du paradis persan,–les ombres aussi de la maison où elle va
    rentrer, des projets qu'elle forme ou qu'on a formés pour elle; et
    surtout que c'est elle, avec ses désirs, ses sympathies, ses
    répulsions, son obscure et incessante volonté. Je savais que je ne
    posséderais pas cette jeune cycliste si je ne possédais aussi ce qu'il
    y avait dans ses yeux. Et c'était par conséquent toute sa vie qui
    m'inspirait du désir; désir douloureux, parce que je le sentais
    irréalisable, mais enivrant, parce que ce qui avait été jusque-là ma
    vie ayant brusquement cessé d'être ma vie totale, n'étant plus qu'une
    petite partie de l'espace étendu devant moi que je brûlais de couvrir,
    et qui était fait de la vie de ces jeunes filles, m'offrait ce
    prolongement, cette multiplication possible de soi-même, qui est le
    bonheur. Et, sans doute, qu'il n'y eût entre nous aucune habitude–comme
    aucune idée–communes, devait me rendre plus difficile de me
    lier avec elles et de leur plaire. Mais peut-être aussi c'était grâce
    à ces différences, à la conscience qu'il n'entrait pas dans la
    composition de la nature et des actions de ces filles, un seul élément
    que je connusse ou possédasse, que venait en moi de succéder à la
    satiété, la soif–pareille à celle dont brûle une terre altérée–d'une
    vie que mon âme, parce qu'elle n'en avait jamais reçu jusqu'ici
    une seule goutte, absorberait d'autant plus avidement, à longs traits,
    dans une plus parfaite imbibition.

    J'avais tant regardé cette cycliste aux yeux brillants qu'elle parut
    s'en apercevoir et dit à la plus grande un mot que je n'entendis pas
    mais qui fit rire celle-ci. A vrai dire, cette brune n'était pas celle
    qui me plaisait le plus, justement parce qu'elle était brune, et que
    (depuis le jour où dans le petit raidillon de Tansonville, j'avais vu
    Gilberte), une jeune fille rousse à la peau dorée était restée pour
    moi l'idéal inaccessible. Mais Gilberte elle-même ne l'avais-je pas
    aimée surtout parce qu'elle m'était apparue nimbée par cette auréole
    d'être l'amie de Bergotte, d'aller visiter avec lui les cathédrales.
    Et de la même façon ne pouvais-je me réjouir d'avoir vu cette brune me
    regarder (ce qui me faisait espérer qu'il me serait plus facile
    d'entrer en relations avec elle d'abord), car elle me présenterait aux
    autres, à l'impitoyable qui avait sauté par-dessus le vieillard, à la
    cruelle qui avait dit: «Il me fait de la peine, ce pauvre vieux»; à
    toutes successivement, desquelles elle avait d'ailleurs le prestige
    d'être l'inséparable compagne. Et cependant, la supposition que je
    pourrais un jour être l'ami de telle ou telle de ces jeunes filles,
    que ces yeux dont les regards inconnus me frappaient parfois en jouant
    sur moi sans le savoir comme un effet de soleil sur un mur, pourraient
    jamais par une alchimie miraculeuse laisser transpénétrer entre leurs
    parcelles ineffables l'idée de mon existence, quelque amitié pour ma
    personne, que moi-même je pourrais un jour prendre place entre elles, dans
    la théorie qu'elles déroulaient le long de la mer–cette supposition
    me paraissait enfermer en elle une contradiction aussi insoluble que
    si, devant quelque frise attique ou quelque fresque figurant un
    cortège, j'avais cru possible, moi spectateur, de prendre place, aimé
    d'elles, entre les divines processionnaires.

    Le bonheur de connaître ces jeunes filles était-il donc irréalisable?
    Certes ce n'eût pas été le premier de ce genre auquel j'eusse renoncé.
    Je n'avais qu'à me rappeler tant d'inconnues que, même à Balbec, la
    voiture s'éloignant à toute vitesse m'avait fait à jamais abandonner.
    Et même le plaisir que me donnait la petite bande, noble comme si elle
    était composée de vierges helléniques, venait de ce qu'elle avait
    quelque chose de la fuite des passantes sur la route. Cette fugacité
    des êtres qui ne sont pas connus de nous, qui nous forcent à démarrer
    de la vie habituelle où les femmes que nous fréquentons finissent par
    dévoiler leurs tares, nous met dans cet état de poursuite où rien
    n'arrête plus l'imagination. Or dépouiller d'elle nos plaisirs, c'est
    les réduire à eux-mêmes, à rien. Offertes chez une de ces
    entremetteuses que, par ailleurs, on a vu que je ne méprisais pas,
    retirées de l'élément qui leur donnait tant de nuances et de vague,
    ces jeunes filles m'eussent moins enchanté. Il faut que l'imagination,
    éveillée par l'incertitude de pouvoir atteindre son objet, crée un but
    qui nous cache l'autre, et en substituant au plaisir sensuel l'idée de
    pénétrer dans une vie, nous empêche de reconnaître ce plaisir,
    d'éprouver son goût véritable, de le restreindre à sa portée.

    Il faut qu'entre nous et le poisson qui si nous le voyions pour la
    première fois servi sur une table ne paraîtrait pas valoir les mille
    ruses et détours nécessaires pour nous emparer de lui, s'interpose,
    pendant les après-midi de pêche, le remous à la surface duquel
    viennent affleurer, sans que nous sachions bien ce que nous voulons en
    faire, le poli d'une chair, l'indécision d'une forme, dans la fluidité
    d'un transparent et mobile azur.

    Ces jeunes filles bénéficiaient aussi de ce changement des proportions
    sociales caractéristiques de la vie des bains de mer. Tous les
    avantages qui dans notre milieu habituel nous prolongent, nous
    agrandissent, se trouvent là devenus invisibles, en fait supprimés; en
    revanche les êtres à qui on suppose indûment de tels avantages, ne
    s'avancent qu'amplifiés d'une étendue postiche. Elle rendait plus aisé
    que des inconnues, et ce jour-là ces jeunes filles, prissent à mes yeux
    une importance énorme, et impossible de leur faire connaître celle que
    je pouvais avoir.

    Mais si la promenade de la petite bande avait pour elle de n'être
    qu'un extrait de la fuite innombrable de passantes, laquelle m'avait
    toujours troublé, cette fuite était ici ramenée à un mouvement
    tellement lent qu'il se rapprochait de l'immobilité. Or, précisément,
    que dans une phase aussi peu rapide, les visages non plus emportés
    dans un tourbillon, mais calmes et distincts, me parussent encore
    beaux, cela m'empêchait de croire, comme je l'avais fait si souvent
    quand m'emportait la voiture de Mme de Villeparisis, que, de plus
    près, si je me fusse arrêté un instant, tels détails, une peau grêlée,
    un défaut dans les ailes du nez, un regard benêt, la grimace du
    sourire, une vilaine taille, eussent remplacé dans le visage et dans
    le corps de la femme ceux que j'avais sans doute imaginés; car il
    avait suffi d'une jolie ligne de corps, d'un teint frais entrevu, pour
    que de très bonne foi j'y eusse ajouté quelque ravissante épaule,
    quelque regard délicieux dont je portais toujours en moi le souvenir
    ou l'idée préconçue, ces déchiffrages rapides d'un être qu'on voit à
    la volée nous exposant ainsi aux mêmes erreurs que ces lectures trop
    rapides où, sur une seule syllabe et sans prendre le temps
    d'identifier les autres, on met à la place du mot qui est écrit, un
    tout différent que nous fournit notre mémoire. Il ne pouvait en être
    ainsi maintenant. J'avais bien regardé leurs visages; chacun d'eux je
    l'avais vu, non pas dans tous ses profils, et rarement de face, mais
    tout de même selon deux ou trois aspects assez différents pour que je
    pusse faire soit la rectification, soit la vérification et la «preuve»
    des différentes suppositions de lignes et de couleurs que hasarde la
    première vue, et pour voir subsister en eux, à travers les expressions
    successives, quelque chose d'inaltérablement matériel. Aussi, je
    pouvais me dire avec certitude que, ni à Paris, ni à Balbec, dans les
    hypothèses les plus favorables de ce qu'auraient pu être, même si
    j'avais pu rester à causer avec elles, les passantes qui avaient
    arrêté mes yeux, il n'y en avait jamais eu dont l'apparition, puis la
    disparition sans que je les eusse connues, m'eussent laissé plus de
    regrets que ne feraient celles-ci, m'eussent donné l'idée que leur
    amitié pût être une telle ivresse. Ni parmi les actrices, ou les
    paysannes, ou les demoiselles du pensionnat religieux, je n'avais rien
    vu d'aussi beau, imprégné d'autant d'inconnu, aussi inestimablement
    précieux, aussi vraisemblablement inaccessible. Elles étaient, du
    bonheur inconnu et possible de la vie, un exemplaire si délicieux et
    en si parfait état, que c'était presque pour des raisons
    intellectuelles que j'étais désespéré de ne pas pouvoir faire dans des
    conditions uniques, ne laissant aucune place à l'erreur possible,
    l'expérience de ce que nous offre de plus mystérieux la beauté qu'on
    désire et qu'on se console de ne posséder jamais, en demandant du
    plaisir–comme Swann avait toujours refusé de faire, avant Odette–à
    des femmes qu'on n'a pas désirées, si bien qu'on meurt sans avoir
    jamais su ce qu'était cet autre plaisir. Sans doute, il se pouvait
    qu'il ne fût pas en réalité un plaisir inconnu, que de près son
    mystère se dissipât, qu'il ne fût qu'une projection, qu'un mirage du
    désir. Mais, dans ce cas, je ne pourrais m'en prendre qu'à la
    nécessité d'une loi de la nature–qui si elle s'appliquait à ces
    jeunes filles, s'appliquerait à toutes–et non à la défectuosité de
    l'objet. Car il était celui que j'eusse choisi entre tous, me rendant
    bien compte, avec une satisfaction de botaniste, qu'il n'était pas
    possible de trouver réunies des espèces plus rares que celles de ces
    jeunes fleurs qui interrompaient en ce moment devant moi la ligne du
    flot de leur haie légère, pareille à un bosquet de roses de
    Pennsylvanie, ornement d'un jardin sur la falaise, entre lesquelles
    tient tout le trajet de l'océan parcouru par quelque steamer, si lent
    à glisser sur le trait horizontal et bleu qui va d'une tige à l'autre,
    qu'un papillon paresseux, attardé au fond de la corolle que la coque
    du navire a depuis longtemps dépassée, peut pour s'envoler en étant
    sûr d'arriver avant le vaisseau, attendre que rien qu'une seule
    parcelle azurée sépare encore la proue de celui-ci du premier
    pétale de la fleur vers laquelle il navigue.

    Je rentrai parce que je devais aller dîner à Rivebelle avec Robert et
    que ma grand'mère exigeait qu'avant de partir, je m'étendisse ces
    soirs-là pendant une heure sur mon lit, sieste que le médecin de
    Balbec m'ordonna bientôt d'étendre à tous les autres soirs.

    D'ailleurs, il n'y avait même pas besoin pour rentrer de quitter la
    digue et de pénétrer dans l'hôtel par le hall, c'est-à-dire par
    derrière. En vertu d'une avance comparable à celle du samedi où à
    Combray on déjeunait une heure plus tôt, maintenant avec le plein de
    l'été les jours étaient devenus si longs que le soleil était encore
    haut dans le ciel, comme à une heure de goûter, quand on mettait le
    couvert pour le dîner au Grand-Hôtel de Balbec. Aussi les grandes
    fenêtres vitrées et à coulisses restaient-elles ouvertes de
    plain-pied avec la digue. Je n'avais qu'à enjamber un mince cadre de
    bois pour me trouver dans la salle à manger que je quittais aussitôt
    pour prendre l'ascenseur.

    En passant devant le bureau j'adressai un sourire au directeur, et sans
    l'ombre de dégoût, en recueillis un dans sa figure que, depuis que
    j'étais à Balbec, mon attention compréhensive injectait et
    transformait peu à peu comme une préparation d'histoire naturelle. Ses
    traits m'étaient devenus courants, chargés d'un sens médiocre, mais
    intelligible comme une écriture qu'on lit et ne ressemblaient plus en
    rien à ces caractères bizarres, intolérables que son visage m'avait
    présentés ce premier jour où j'avais vu devant moi un personnage
    maintenant oublié, ou, si je parvenais à l'évoquer, méconnaissable,
    difficile à identifier avec la personnalité insignifiante et polie
    dont il n'était que la caricature, hideuse et sommaire. Sans la
    timidité ni la tristesse du soir de mon arrivée, je sonnai le lift qui
    ne restait plus silencieux pendant que je m'élevais à côté de lui dans
    l'ascenseur, comme dans une cage thoracique mobile qui se fût déplacée
    le long de la colonne montante, mais me répétait:

    «Il n'y a plus autant de monde comme il y a un mois. On va commencer à
    s'en aller, les jours baissent.» Il disait cela, non que ce fût vrai,
    mais parce qu'ayant un engagement pour une partie plus chaude de la
    côte, il aurait voulu que nous partîmes tous le plus tôt possible afin
    que l'hôtel fermât et qu'il eût quelques jours à lui, avant de
    «rentrer» dans sa nouvelle place. Rentrer et «nouvelle» n'étaient du
    reste pas des expressions contradictoires car, pour le lift, «rentrer»
    était la forme usuelle du verbe «entrer». La seule chose qui m'étonnât
    était qu'il condescendît à dire «place», car il appartenait à ce
    prolétariat moderne qui désire effacer dans le langage la trace du
    régime de la domesticité. Du reste, au bout d'un instant, il m'apprit
    que dans la «situation» où il allait «rentrer», il aurait une plus
    jolie «tunique» et un meilleur «traitement»; les mots «livrée» et
    «gages» lui paraissaient désuets et inconvenants. Et comme, par une
    contradiction absurde, le vocabulaire a, malgré tout, chez les
    «patrons», survécu à la conception de l'inégalité, je comprenais
    toujours mal ce que me disait le lift. Ainsi la seule chose qui
    m'intéressât était de savoir si ma grand'mère était à l'hôtel. Or,
    prévenant mes questions, le lift me disait: «Cette dame vient de
    sortir de chez vous.» J'y étais toujours pris, je croyais que c'était
    ma grand-mère. «Non, cette dame qui est je crois employée chez vous.»
    Comme dans l'ancien langage bourgeois, qui devrait bien être aboli,
    une cuisinière ne s'appelle pas une employée, je pensais un instant:
    «Mais il se trompe nous ne possédons ni usine, ni employés.» Tout d'un
    coup, je me rappelais que le nom d'employé est comme le port de la
    moustache pour les garçons de café, une satisfaction d'amour-propre
    donnée aux domestiques et que cette dame qui venait de sortir était
    Françoise (probablement en visite à la caféterie ou en train de
    regarder coudre la femme de chambre de la dame belge), satisfaction
    qui ne suffisait pas encore au lift car il disait volontiers en
    s'apitoyant sur sa propre classe «chez l'ouvrier» ou «chez le petit» se
    servant du même singulier que Racine quand il dit: «le pauvre…».
    Mais d'habitude, car mon zèle et ma timidité du premier jour étaient
    loin, je ne parlais plus au lift. C'était lui maintenant qui restait
    sans recevoir de réponses dans la courte traversée dont il filait les
    nœuds à travers l'hôtel, évidé comme un jouet et qui déployait autour
    de nous, étage par étage, ses ramifications de couloirs dans les
    profondeurs desquels la lumière se veloutait, se dégradait,
    amincissait les portes de communication ou les degrés des escaliers
    intérieurs qu'elle convertissait en cette ambre dorée, inconsistante
    et mystérieuse comme un crépuscule, où Rembrandt découpe tantôt
    l'appui d'une fenêtre ou la manivelle d'un puits. Et à chaque étage
    une lueur d'or reflétée sur le tapis annonçait le coucher du soleil et
    la fenêtre des cabinets.

    Je me demandais si les jeunes filles que je venais de voir habitaient
    Balbec et qui elles pouvaient être. Quand le désir est ainsi orienté
    vers une petite tribu humaine qu'il sélectionne, tout ce qui peut se
    rattacher à elle devient motif d'émotion, puis de rêverie. J'avais
    entendu une dame dire sur la digue: «C'est une amie de la petite
    Simonet» avec l'air de précision avantageuse de quelqu'un qui
    explique: «C'est le camarade inséparable du petit La Rochefoucauld.»
    Et aussitôt on avait senti sur la figure de la personne à qui on
    apprenait cela une curiosité de mieux regarder la personne favorisée
    qui était «amie de la petite Simonet». Un privilège assurément qui ne
    paraissait pas donné à tout le monde. Car l'aristocratie est une chose
    relative. Et il y a des petits trous pas cher où le fils d'un marchand
    de meubles est prince des élégances et règne sur une cour comme un
    jeune prince de Galles. J'ai souvent cherché depuis à me rappeler
    comment avait résonné pour moi sur la plage, ce nom de Simonet, encore
    incertain alors dans sa forme que j'avais mal distinguée, et aussi
    quant à sa signification, à la désignation par lui de telle personne,
    ou peut-être de telle autre; en somme empreint de ce vague et de cette
    nouveauté si émouvants pour nous dans la suite, quand ce nom dont les
    lettres sont à chaque seconde plus profondément gravées en nous par
    notre attention incessante, est devenu (ce qui ne devait arriver pour
    moi, à l'égard de la petite Simonet, que quelques années plus tard) le
    premier vocable que nous retrouvions, soit au moment du réveil, soit
    après un évanouissement, même avant la notion de l'heure qu'il est, du
    lieu où nous sommes, presque avant le mot «je», comme si l'être qu'il
    nomme était plus nous que nous-même, et comme si après quelques moments
    d'inconscience, la trêve qui expire avant toute autre était celle
    pendant laquelle on ne pensait pas à lui. Je ne sais pourquoi je me
    dis dès le premier jour que le nom de Simonet devait être celui d'une
    des jeunes filles, je ne cessai plus de me demander comment je
    pourrais connaître la famille Simonet; et cela par des gens qu'elle
    jugeât supérieurs à elle-même ce qui ne devait pas être difficile si
    ce n'étaient que de petites grues du peuple, pour qu'elle ne pût avoir
    une idée dédaigneuse de moi. Car on ne peut avoir de connaissance
    parfaite, on ne peut pratiquer l'absorption complète de qui vous
    dédaigne, tant qu'on n'a pas vaincu ce dédain. Or, chaque fois que
    l'image de femmes si différentes pénètre en nous, à moins que l'oubli
    ou la concurrence d'autres images ne l'élimine, nous n'avons de repos
    que nous n'ayons converti ces étrangères en quelque chose qui soit
    pareil à nous, notre âme étant à cet égard douée du même genre de
    réaction et d'activité que notre organisme physique, lequel ne peut
    tolérer l'immixtion dans son sein d'un corps étranger sans qu'il
    s'exerce aussitôt à digérer et assimiler l'intrus; la petite Simonet
    devait être la plus jolie de toutes–celle, d'ailleurs, qui, me
    semblait-il, aurait pu devenir ma maîtresse, car elle était la seule
    qui à deux ou trois reprises, détournant à demi la tête, avait paru
    prendre conscience de mon fixe regard. Je demandai au lift s'il ne
    connaissait pas à Balbec, des Simonet. N'aimant pas à dire qu'il
    ignorait quelque chose, il répondit qu'il lui semblait avoir entendu
    causer de ce nom-là. Arrivé au dernier étage, je le priai de me faire
    apporter les dernières listes d'étrangers.

    Je sortis de l'ascenseur, mais au lieu d'aller vers ma chambre je
    m'engageai plus avant dans le couloir, car à cette heure-là le valet
    de chambre de l'étage, quoiqu'il craignît les courants d'air, avait
    ouvert la fenêtre du bout, laquelle regardait, au lieu de la mer, le
    côté de la colline et de la vallée, mais ne les laissait jamais voir,
    car ses vitres, d'un verre opaque, étaient le plus souvent fermées. Je
    m'arrêtai devant elle en une courte station et le temps de faire mes
    dévotions à la «vue» que pour une fois elle découvrait au delà de la
    colline à laquelle était adossé l'hôtel et qui ne contenait qu'une
    maison posée à quelque distance mais à laquelle la perspective et la
    lumière du soir en lui conservant son volume donnait une ciselure
    précieuse et un écrin de velours, comme à une de ces architectures en
    miniature, petit temple ou petite chapelle d'orfèvrerie et d'émaux qui
    servent de reliquaires et qu'on n'expose qu'à de rares jours à la
    vénération des fidèles. Mais cet instant d'adoration avait déjà trop
    duré, car le valet de chambre qui tenait d'une main un trousseau de
    clefs et de l'autre me saluait en touchant sa calotte de sacristain,
    mais sans la soulever à cause de l'air pur et frais du soir, venait
    refermer comme ceux d'une châsse les deux battants de la croisée et
    dérobait à mon adoration le monument réduit et la relique d'or.
    J'entrai dans ma chambre.

    Au fur et à mesure que la saison s'avança,
    changea le tableau que j'y trouvais dans la fenêtre. D'abord il
    faisait grand jour, et sombre seulement s'il faisait mauvais temps;
    alors, dans le verre glauque et qu'elle boursoufflait de ses vagues
    rondes, la mer, sertie entre les montants de fer de ma croisée comme
    dans les plombs d'un vitrail, effilochait sur toute la profonde
    bordure rocheuse de la baie des triangles empennés d'une immobile
    écume linéamentée avec la délicatesse d'une plume ou d'un duvet
    dessinés par Pisanello, et fixés par cet émail blanc, inaltérable et
    crémeux qui figure une couche de neige dans les verreries de Gallé.

    Bientôt les jours diminuèrent et au moment où j'entrais dans la
    chambre, le ciel violet semblait stigmatisé par la figure raide,
    géométrique, passagère et fulgurante du soleil (pareille à la
    représentation de quelque signe miraculeux, de quelque apparition
    mystique), s'inclinait vers la mer sur la charnière de l'horizon comme
    un tableau religieux au-dessus du maître-autel, tandis que les parties
    différentes du couchant exposées dans les glaces des bibliothèques
    basses en acajou qui couraient le long des murs et que je rapportais
    par la pensée à la merveilleuse peinture dont elles étaient détachées,
    semblaient comme ces scènes différentes que quelque maître ancien
    exécuta jadis pour une confrérie sur une châsse et dont on exhibe à
    côté les uns des autres dans une salle de musée les volets séparés que
    l'imagination seule du visiteur remet à leur place sur les prédelles
    du retable. Quelques semaines plus tard, quand je remontais, le soleil
    était déjà couché. Pareille à celle que je voyais à Combray au-dessus
    du Calvaire à mes retours de promenade et quand je m'apprêtais à
    descendre avant le dîner à la cuisine, une bande de ciel rouge
    au-dessus de la mer compacte et coupante comme de la gelée de viande,
    puis bientôt, sur la mer déjà froide et bleue comme le poisson appelé
    mulet, le ciel du même rose qu'un de ces saumons que nous nous ferions
    servir tout à l'heure à Rivebelle, ravivaient le plaisir que j'allais
    avoir à me mettre en habit pour partir dîner. Sur la mer, tout près du
    rivage, essayaient de s'élever, les unes par-dessus les autres, à
    étages de plus en plus larges, des vapeurs d'un noir de suie mais
    aussi d'un poli, d'une consistance d'agate, d'une pesanteur visible,
    si bien que les plus élevées penchant au-dessus de la tige déformée et
    jusqu'en dehors du centre de gravité de celles qui les avaient
    soutenues jusqu'ici, semblaient sur le point d'entraîner cet
    échafaudage déjà à demi-hauteur du ciel et de le précipiter dans la
    mer. La vue d'un vaisseau qui s'éloignait comme un voyageur de nuit me
    donnait cette même impression que j'avais eue en wagon, d'être
    affranchi des nécessités du sommeil et de la claustration dans une
    chambre. D'ailleurs je ne me sentais pas emprisonné dans celle où
    j'étais puisque dans une heure j'allais la quitter pour monter en
    voiture. Je me jetais sur mon lit; et, comme si j'avais été sur la
    couchette d'un des bateaux que je voyais assez près de moi et que la
    nuit on s'étonnerait de voir se déplacer lentement dans l'obscurité,
    comme des cygnes assombris et silencieux mais qui ne dorment pas,
    j'étais de tous côtés entouré des images de la mer.

    Mais bien souvent ce n'était, en effet, que des images; j'oubliais que
    sous leur couleur se creusait le triste vide de la plage, parcouru par
    le vent inquiet du soir, que j'avais si anxieusement ressenti à mon
    arrivée à Balbec; d'ailleurs, même dans ma chambre, tout occupé des
    jeunes filles que j'avais vu passer, je n'étais plus dans des
    dispositions assez calmes ni assez désintéressées pour que pussent se
    produire en moi des impressions vraiment profondes de beauté.
    L'attente du dîner à Rivebelle rendait mon humeur plus frivole encore
    et ma pensée, habitant à ces moments-là la surface de mon corps que
    j'allais habiller pour tâcher de paraître le plus plaisant possible
    aux regards féminins qui me dévisageraient dans le restaurant
    illuminé, était incapable de mettre de la profondeur derrière la
    couleur des choses. Et si, sous ma fenêtre, le vol inlassable et doux
    des martinets et des hirondelles n'avait pas monté comme un jet d'eau,
    comme un feu d'artifice de vie, unissant l'intervalle de ses hautes
    fusées par la filée immobile et blanche de longs sillages horizontaux,
    sans le miracle charmant de ce phénomène naturel et local qui
    rattachait à la réalité les paysages que j'avais devant les yeux,
    j'aurais pu croire qu'ils n'étaient qu'un choix, chaque jour
    renouvelé, de peintures qu'on montrait arbitrairement dans l'endroit
    où je me trouvais et sans qu'elles eussent de rapport nécessaire avec
    lui. Une fois c'était une exposition d'estampes japonaises: à côté de
    la mince découpure de soleil rouge et rond comme la lune, un nuage
    jaune paraissait un lac contre lequel des glaives noirs se profilaient
    ainsi que les arbres de sa rive, une barre d'un rose tendre que je
    n'avais jamais revu depuis ma première boîte de couleurs s'enflait
    comme un fleuve sur les deux rives duquel des bateaux semblaient
    attendre à sec qu'on vînt les tirer pour les mettre à flot. Et avec le
    regard dédaigneux, ennuyé et frivole d'un amateur ou d'une femme
    parcourant, entre deux visites mondaines, une galerie, je me disais:
    «C'est curieux ce coucher de soleil, c'est différent, mais enfin j'en
    ai déjà vu d'aussi délicats, d'aussi étonnants que celui-ci.» J'avais
    plus de plaisir les soirs où un navire absorbé et fluidifié par
    l'horizon apparaissait tellement de la même couleur que lui, ainsi que
    dans une toile impressionniste, qu'il semblait aussi de la même
    matière, comme si on n'eût fait que découper son avant, et les
    cordages en lesquels elle s'était amincie et filigranée dans le bleu
    vaporeux du ciel. Parfois l'océan emplissait presque toute ma fenêtre,
    surélevée qu'elle était par une bande de ciel bordée en haut seulement
    d'une ligne qui était du même bleu que celui de la mer, mais qu'à
    cause de cela je croyais être la mer encore et ne devant sa couleur
    différente qu'à un effet d'éclairage. Un autre jour la mer n'était
    peinte que dans la partie basse de la fenêtre dont tout le reste était
    rempli de tant de nuages poussés les uns contre les autres par bandes
    horizontales, que les carreaux avaient l'air par une préméditation ou
    une spécialité de l'artiste, de présenter une «étude de nuages»,
    cependant que les différentes vitrines de la bibliothèque montrant des
    nuages semblables mais dans une autre partie de l'horizon et
    diversement colorés par la lumière, paraissaient offrir comme la
    répétition, chère à certains maîtres contemporains, d'un seul et même
    effet, pris toujours à des heures différentes mais qui maintenant avec
    l'immobilité de l'art pouvaient être tous vus ensemble dans une même
    pièce, exécutés au pastel et mis sous verre. Et parfois sur le ciel et
    la mer uniformément gris, un peu de rose s'ajoutait avec un
    raffinement exquis, cependant qu'un petit papillon qui s'était endormi
    au bas de la fenêtre semblait apposer avec ses ailes au bas de cette
    «harmonie gris et rose» dans le goût de celles de Whistler, la
    signature favorite du maître de Chelsea. Le rose même disparaissait, il
    n'y avait plus rien à regarder. Je me mettais debout un instant et
    avant de m'étendre de nouveau je fermais les grands rideaux. Au-dessus
    d'eux, je voyais de mon lit la raie de clarté qui y restait encore,
    s'assombrissant, s'amincissant progressivement, mais c'est sans
    m'attrister et sans lui donner de regret que je laissais ainsi mourir
    au haut des rideaux l'heure où d'habitude j'étais à table, car je
    savais que ce jour-ci était d'une autre sorte que les autres, plus
    long comme ceux du pôle que la nuit interrompt seulement quelques
    minutes; je savais que de la chrysalide de ce crépuscule se préparait
    à sortir, par une radieuse métamorphose, la lumière éclatante du
    restaurant de Rivebelle. Je me disais: «Il est temps»; je m'étirais,
    sur le lit, je me levais, j'achevais ma toilette; et je trouvais du
    charme à ces instants inutiles, allégés de tout fardeau matériel, où
    tandis qu'en bas les autres dînaient, je n'employais les forces
    accumulées pendant l'inactivité de cette fin de journée qu'à sécher
    mon corps, à passer un smoking, à attacher ma cravate, à faire tous
    ces gestes que guidait déjà le plaisir attendu de revoir cette femme
    que j'avais remarquée la dernière fois à Rivebelle, qui avait paru me
    regarder, n'était peut-être sortie un instant de table que dans
    l'espoir que je la suivrais; c'est avec joie que j'ajoutais à moi tous
    ces appâts pour me donner entier et dispos à une vie nouvelle, libre,
    sans souci, où j'appuierais mes hésitations au calme de Saint-Loup et
    choisirais entre les espèces de l'histoire naturelle et les
    provenances de tous les pays, celles qui, composant les plats
    inusités, aussitôt commandés par mon ami, auraient tenté ma
    gourmandise ou mon imagination.

    Et tout à la fin, les jours vinrent où je ne pouvais plus rentrer de
    la digue par la salle à manger, ses vitres n'étaient plus ouvertes,
    car il faisait nuit dehors, et l'essaim des pauvres et des curieux
    attirés par le flamboiement qu'ils ne pouvaient atteindre pendait, en
    noires grappes morfondues par la bise, aux parois lumineuses et
    glissantes de la ruche de verre.

    On frappa; c'était Aimé qui avait tenu à m'apporter lui-même les
    dernières listes d'étrangers.

    Aimé, avant de se retirer, tint à me dire que Dreyfus était mille fois
    coupable. «On saura tout, me dit-il, pas cette année, mais l'année
    prochaine: c'est un monsieur très lié dans l'état-major qui me l'a
    dit. Je lui demandais si on ne se déciderait pas à tout découvrir tout
    de suite avant la fin de l'année. Il a posé sa cigarette, continua
    Aimé en mimant la scène et en secouant la tête et l'index comme avait
    fait son client voulant dire: il ne faut pas être trop exigeant. «Pas
    cette année, Aimé, qu'il m'a dit en me touchant à l'épaule, ce n'est
    pas possible. Mais à Pâques, oui!» Et Aimé me frappa légèrement sur
    l'épaule en me disant: «Vous voyez je vous montre exactement comme il
    a fait», soit qu'il fût flatté de cette familiarité d'un grand
    personnage, soit pour que je pusse mieux apprécier en pleine
    connaissance de cause la valeur de l'argument et nos raisons
    d'espérer.

    Ce ne fut pas sans un léger choc au cœur qu'à la première page de la
    liste des étrangers, j'aperçus les mots: «Simonet et sa famille».
    J'avais en moi de vieilles rêveries qui dataient de mon enfance et où
    toute la tendresse qui était dans mon cœur, mais qui éprouvée par lui
    ne s'en distinguait pas, m'était apportée par un être aussi différent
    que possible de moi. Cet être, une fois de plus je le fabriquais en
    utilisant pour cela le nom de Simonet et le souvenir de l'harmonie qui
    régnait entre les jeunes corps que j'avais vus se déployer sur la
    plage, en une procession sportive, digne de l'antique et de Giotto. Je
    ne savais pas laquelle de ces jeunes filles était Mlle Simonet, si
    aucune d'elles s'appelait ainsi, mais je savais que j'étais aimé de
    Mlle Simonet et que j'allais grâce à Saint-Loup essayer de la
    connaître. Malheureusement n'ayant obtenu qu'à cette condition une
    prolongation de congé, il était obligé de retourner tous les jours à
    Doncières; mais, pour le faire manquer à ses obligations militaires,
    j'avais cru pouvoir compter, plus encore que sur son amitié pour moi,
    sur cette même curiosité de naturaliste humain que si souvent–même
    sans avoir vu la personne dont on parlait et rien qu'à entendre dire
    qu'il y avait une jolie caissière chez un fruitier–j'avais eue de
    faire connaissance avec une nouvelle variété de la beauté féminine.
    Or, cette curiosité, c'est à tort que j'avais espéré l'exciter chez
    Saint-Loup en lui parlant de mes jeunes filles. Car elle était pour
    longtemps paralysée en lui par l'amour qu'il avait pour cette actrice
    dont il était l'amant. Et même l'eût-il légèrement ressentie qu'il
    l'eût réprimée, à cause d'une sorte de croyance superstitieuse que de
    sa propre fidélité pouvait dépendre celle de sa maîtresse. Aussi
    fût-ce sans qu'il m'eût promis de s'occuper activement de mes jeunes
    filles que nous partîmes dîner à Rivebelle.

    Les premiers temps, quand nous arrivions, le soleil venait de se
    coucher, mais il faisait encore clair; dans le jardin du restaurant
    dont les lumières n'étaient pas encore allumées, la chaleur du jour
    tombait, se déposait, comme au fond d'un vase le long des parois
    duquel la gelée transparente et sombre de l'air semblait si
    consistante qu'un grand rosier appliqué au mur obscurci qu'il veinait
    de rose, avait l'air de l'arborisation qu'on voit au fond d'une pierre
    d'onyx. Bientôt ce ne fut qu'à la nuit que nous descendions de
    voiture, souvent même que nous partions de Balbec si le temps était
    mauvais et que nous eussions retardé le moment de faire atteler, dans
    l'espoir d'une accalmie. Mais ces jours-là, c'est sans tristesse que
    j'entendais le vent souffler, je savais qu'il ne signifiait pas
    l'abandon de mes projets, la réclusion dans une chambre, je savais
    que, dans la grande salle à manger du restaurant où nous entrerions au
    son de la musique des tziganes, les innombrables lampes triompheraient
    aisément de l'obscurité et du froid en leur appliquant leurs larges
    cautères d'or, et je montais gaiement à côté de Saint-Loup dans le
    coupé qui nous attendait sous l'averse. Depuis quelque temps, les
    paroles de Bergotte, se disant convaincu que malgré ce que je
    prétendais, j'étais fait pour goûter surtout les plaisirs de
    l'intelligence, m'avaient rendu au sujet de ce que je pourrais faire
    plus tard une espérance que décevait chaque jour l'ennui que
    j'éprouvais à me mettre devant une table, à commencer une étude
    critique ou un roman. «Après tout, me disais-je, peut-être le plaisir
    qu'on a eu à l'écrire n'est-il pas le critérium infaillible de la
    valeur d'une belle page; peut-être n'est-il qu'un état accessoire qui
    s'y surajoute souvent, mais dont le défaut ne peut préjuger contre
    elle. Peut-être certains chefs-d'œuvre ont-ils été composés en
    bâillant.» Ma grand'mère apaisait mes doutes en me disant que je
    travaillerais bien et avec joie si je me portais bien. Et, notre
    médecin ayant trouvé plus prudent de m'avertir des graves risques
    auxquels pouvait m'exposer mon état de santé, et m'ayant tracé toutes
    les précautions d'hygiène à suivre pour éviter un accident, je
    subordonnais tous les plaisirs au but que je jugeais infiniment plus
    important qu'eux, de devenir assez fort pour pouvoir réaliser l'œuvre
    que je portais peut-être en moi, j'exerçais sur moi-même depuis que
    j'étais à Balbec un contrôle minutieux et constant. On n'aurait pu me
    faire toucher à la tasse de café qui m'eût privé du sommeil de la
    nuit, nécessaire pour ne pas être fatigué le lendemain. Mais quand
    nous arrivions à Rivebelle, aussitôt, à cause de l'excitation d'un
    plaisir nouveau et me trouvant dans cette zone différente où
    l'exceptionnel nous fait entrer après avoir coupé le fil, patiemment
    tissé depuis tant de jours, qui nous conduisait vers la sagesse–comme
    s'il ne devait plus jamais y avoir de lendemain, ni de fins
    élevées à réaliser–disparaissait ce mécanisme précis de prudente
    hygiène qui fonctionnait pour les sauvegarder. Tandis qu'un valet de
    pied me demandait mon paletot, Saint-Loup me disait:

    –Vous n'aurez pas froid? Vous feriez peut-être mieux de le garder, il
    ne fait pas très chaud.

    Je répondais: «Non, non,» et peut-être je ne sentais pas le froid,
    mais en tous cas je ne savais plus la peur de tomber malade, la
    nécessité de ne pas mourir, l'importance de travailler. Je donnais mon
    paletot; nous entrions dans la salle du restaurant aux sons de quelque
    marche guerrière jouée par les tziganes, nous nous avancions entre les
    rangées des tables servies comme dans un facile chemin de gloire, et,
    sentant l'ardeur joyeuse imprimée à notre corps par les rythmes de
    l'orchestre qui nous décernait ses honneurs militaires et ce triomphe
    immérité, nous la dissimulions sous une mine grave et glacée, sous une
    démarche pleine de lassitude, pour ne pas imiter ces gommeuses de
    café-concert qui, venant de chanter sur un air belliqueux un couplet
    grivois, entrent en courant sur la scène avec la contenance martiale
    d'un général vainqueur.

    A partir de ce moment-là j'étais un homme nouveau, qui n'était plus le
    petit-fils de ma grand'mère et ne se souviendrait d'elle qu'en
    sortant, mais le frère momentané des garçons qui allaient nous servir.

    La dose de bière, à plus forte raison de champagne, qu'à Balbec je
    n'aurais pas voulu atteindre en une semaine, alors pourtant qu'à ma
    conscience calme et lucide la saveur de ces breuvages représentassent
    un plaisir clairement appréciable mais aisément sacrifié, je
    l'absorbais en une heure en y ajoutant quelques gouttes de porto, trop
    distrait pour pouvoir le goûter, et je donnais au violoniste qui
    venait de jouer les deux «louis» que j'avais économisés depuis un mois
    en vue d'un achat que je ne me rappelais pas. Quelques-uns des garçons
    qui servaient, lâchés entre les tables, fuyaient à toute vitesse,
    ayant sur leur paumes tendues un plat que cela semblait être le but de
    ce genre de courses de ne pas laisser choir. Et de fait, les soufflés
    au chocolat arrivaient à destination sans avoir été renversés, les
    pommes à l'anglaise, malgré le galop qui avait dû les secouer, rangées
    comme au départ autour de l'agneau de Pauilhac. Je remarquai un de ces
    servants, très grand, emplumé de superbes cheveux noirs, la figure
    fardée d'un teint qui rappelait davantage certaines espèces d'oiseaux
    rares que l'espèce humaine et qui, courant sans trêve et, eût-on dit,
    sans but, d'un bout à l'autre de la salle, faisait penser à quelqu'un
    de ces «aras» qui remplissent les grandes volières des jardins
    zoologiques de leur ardent coloris et de leur incompréhensible
    agitation. Bientôt le spectacle s'ordonna, à mes yeux du moins, d'une
    façon plus noble et plus calme. Toute cette activité vertigineuse se
    fixait en une calme harmonie. Je regardais les tables rondes, dont
    l'assemblée innombrable emplissait le restaurant, comme autant de
    planètes, telles que celles-ci sont figurées dans les tableaux
    allégoriques d'autrefois. D'ailleurs, une force d'attraction
    irrésistible s'exerçait entre ces astres divers et à chaque table les
    dîneurs n'avaient d'yeux que pour les tables où ils n'étaient pas,
    exception faite pour quelque riche amphitryon, lequel ayant réussi à
    amener un écrivain célèbre, s'évertuait à tirer de lui, grâce aux
    vertus de la table tournante, des propos insignifiants dont les dames
    s'émerveillaient. L'harmonie de ces tables astrales n'empêchait pas
    l'incessante révolution des servants innombrables, lesquels parce
    qu'au lieu d'être assis, comme les dîneurs, étaient debout, évoluaient
    dans une zone supérieure. Sans doute l'un courait porter des
    hors-d'œuvre, changer le vin, ajouter des verres. Mais malgré ces
    raisons particulières, leur course perpétuelle entre les tables rondes
    finissait par dégager la loi de sa circulation vertigineuse et réglée.
    Assises derrière un massif de fleurs, deux horribles caissières,
    occupées à des calculs sans fin, semblaient deux magiciennes occupées à
    prévoir par des calculs astrologiques les bouleversements qui
    pouvaient parfois se produire dans cette voûte céleste conçue selon la
    science du moyen âge.

    Et je plaignais un peu tous les dîneurs parce que je sentais que pour
    eux les tables rondes n'étaient pas des planètes et qu'ils n'avaient
    pas pratiqué dans les choses un sectionnement qui nous débarrasse de
    leur apparence coutumière et nous permet d'apercevoir des analogies.
    Ils pensaient qu'ils dînaient avec telle ou telle personne, que le
    repas coûterait à peu près tant et qu'ils recommenceraient le
    lendemain. Et ils paraissaient absolument insensibles au déroulement
    d'un cortège de jeunes commis qui, probablement n'ayant pas à ce
    moment de besogne urgente, portaient processionnellement des pains
    dans des paniers. Quelques-uns, trop jeunes, abrutis par les taloches
    que leur donnaient en passant les maîtres d'hôtel, fixaient
    mélancoliquement leurs yeux sur un rêve lointain et n'étaient consolés
    que si quelque client de l'hôtel de Balbec où ils avaient jadis été
    employés, les reconnaissant, leur adressait la parole et leur disait
    personnellement d'emporter le champagne qui n'était pas buvable, ce
    qui les remplissait d'orgueil.

  • 韓詩外傳, Vol. 3-4

    韓詩外傳, Vol. 3-4

    Aproximadamente 2.777 palavras.

    Produced by Nicole Lai

    卷三
    傳曰:昔者、舜甑盆無膻,而下不以余獲罪;飯乎土簋,啜乎土型,
    而農不以力獲罪;衣而領,而女不以巧獲罪;法下易由,事寡易為功,而
    民不以政獲罪。故大道多容,大德多下,圣人寡為,故用物常壯也。傳曰
    :易簡而天下之理得矣。詩曰:“政有夷之行,子孫保之。”忠易為禮,
    誠易為辭,賢人易為民,工巧易為材。詩曰:“政有夷之行,子孫保之。
    ”
    有殷之時,谷生湯之廷,三日而大拱。湯問伊尹曰:“何物也?”對
    曰:“谷樹也。”湯問:“何為而生于此?”伊尹曰:“谷之出澤,野物
    也,今生天子之庭,殆不吉也。”湯曰:“奈何?”伊尹曰:“臣聞:妖
    者、禍之先,祥者、福之先。見妖而為善,則禍不至,見祥而為不善,則
    福不臻””湯乃齋戒靜處,夙興夜寐,吊死問疾,赦過賑窮,七日而谷亡
    ,妖孽不見,國家昌。詩曰:“畏天之威,于時保之。”
    昔者、周文王之時,蒞國八年,夏六月,文王寢疾,五日而地動,東
    西南北不出國郊。有司皆曰:“臣聞:地之動,為人主也。今者、君王寢
    疾,五日而地動,四面不出國郊,群臣皆恐,請移之。”文王曰:“奈何
    其移之也?”對曰:“興事動眾,以增國城,其可移之乎!”文王曰:“
    不可。夫天之道見妖,是以罰有罪也,我必有罪,故此罰我也。今又專興
    事動眾,以增國城,是重吾罪也,不可以之。昌也請改行重善移之,其可
    以免乎!”于是遂謹其禮節硬皮革,以交諸侯;飾其辭令幣帛,以禮俊士
    ;頒其爵列等級田疇,以賞有功。遂與群臣行此,無幾何而疾止。文王即
    位八年而地動,之后四十三年,凡蒞國五十一年而終,此文王之所以踐妖
    也。詩曰:“畏天之威,于時保之。”
    王者之論德也,而不尊無功,不官無德,不誅無罪。朝無幸位,民無
    幸生。故上賢使能,而等級不菖;折暴禁悍,而刑罰不過。百姓曉然皆知
    夫為善于家,取賞于朝也;為不善于幽,而蒙刑于顯。夫是之謂定論,是
    王者之德。詩曰:“明昭有周,式序在位。”
    傳曰:以從俗為善,以貨財為寶,以養性為己為道,是民德也,未及
    于士也。行法而志堅,不以私欲害其所聞,是勁士也,未及于君子也。行
    法而志堅,好修其所聞,以矯其情;言行多當,未安諭也;知慮多當,未
    周密也;上則能大其所隆也,下則能開道不若己者,是篤厚君子,未及圣
    人也。若夫百王之法,若別白黑;應當世之變,若數三綱;行禮要節,若
    運四支;因化之功,若推四時;天下得序,群物安居,是圣人也。詩曰:
    “明昭有周,式序在位。”
    魏文侯欲置相,召李克問曰:“寡人欲置相,非翟黃則魏成子,愿卜
    之于先生。”李克避席而辭曰:“臣聞之;卑不謀,疏不間親。臣外居高
    者也,不敢當命。”文侯曰:“先生臨事勿讓。”李克曰:“夫觀士也,
    居則視其所親,富則視其所與,達則視其所舉,窮則視其所不為,貧則視
    其所不取。此五者足以觀矣。”文侯曰:“請先生就舍,寡人之相定矣。
    ”李克出,遇翟黃,曰:“今日聞君召先生而卜相,果誰為之?”李克曰
    :“魏成子為之。”翟黃悖然作色,曰:“吾何負于魏成子!西河之守,
    吾所進也;君以鄴為憂,吾進西門豹,君欲伐中山,吾進樂羊;中山既拔
    ,無守之者,吾進先生;君欲置太子傅,吾進趙蒼。皆有成功就事,吾何
    負于魏成子!”克曰:“子之言克于子之君也,豈比周以求大官哉!君問
    置相,非成則黃,二子何如?臣對曰:君不察故也。居則視其所親,富則
    視其所与,達則視其所舉,窮則視其所不為,貧則視其所不取。五者以定
    矣,何待克哉!是以知魏成子為相也。且子焉得与魏成子比!魏成子食祿
    日千鐘,什一在內,以聘約天下之士,是以得卜子夏,田子方,段干木,
    此三人,君皆師友之,子之所進皆臣之,子焉得与魏成子比乎!”翟黃逡
    巡再拜曰:“鄙人固陋,失對于夫子。”詩曰:“明昭有周,式序在位。
    ”
    成侯嗣公,聚a計數之君也,未及取民也;子產取民也,未及為政也
    ;管仲為政也,未及修禮。故修禮者王,為政者強,取民者安,聚者亡。
    故合聚之以招谷,積財以肥敵,危身亡國之道也,明君不蹈也。將修禮以
    齊朝,正法以齊官,平政以齊下,然后節奏齊乎朝,法則度量正乎官,忠
    信愛刑平乎下。如是,百姓愛之如父母,畏之如神明。是以德澤洋乎海內
    ,福祉歸乎王公。詩曰:“降福簡簡,威儀反反,既醉既飽,福祿來反。
    ”
    楚庄王寢疾,卜之,曰:“河為崇。”大夫曰:“請用牲。”庄王曰
    :“止。古者、圣王制祭不過望,濉漳江漢,楚之望也,寡人雖不德,河
    非所獲罪也。”遂不祭,三日而疾有瘳。孔子聞之,曰:“楚庄王之霸,
    其有方矣,制節守職,反身不貳,其霸不亦宜乎!”詩曰:“嗟嗟保介!
    ”庄王之謂也。
    人主之疾,十有二發,非有賢醫,莫能治也。何謂十二發?痿、蹶、
    逆、脹、滿、支、膈、盲、煩、喘、痹、風,此之曰十二發。賢醫治之何
    ?曰:省事輕刑,則痿不作;無使小民飢寒,則蹶不作;無令財貨上流,
    則逆不作;無令倉廩積腐,則脹不作;無使府庫充實,則滿不作;無使群
    臣縱恣,則支不作;無使下情不上通,則隔不作;上材恤下,則肓不作;
    法令奉行,則煩不作;無使下怨,則喘不作;無使賢伏匿,則痹不作;無
    使百姓歌吟誹謗,則風不作。夫重臣群下者,人主之心腹支体也,心腹支
    体無疾,則人主無疾矣,故非有賢醫,莫能治也。人皆有此十二疾,而不
    用賢醫,則國非其國也。詩曰:“多將儢豢刪藥。”終亦必亡而已矣。故
    賢醫用,則眾庶無疾,況人主乎!
    傳曰:太平之時,無、跛、眇、鰜叭濉鄱蹋哺覆豢拮櫻殘植豢薜埽駁
    牢襁負之遺育,然各以序終者,賢醫之用也。故安止平正除疾之道無他焉
    ,用賢而已矣。詩曰:“有瞽有瞽,在周之庭。”紂之遺民也。
    傳曰:“喪祭之禮廢,則臣子之恩薄,臣子之恩薄,則背死亡生者眾
    。”小雅曰:“子子孫孫,勿替引之。”
    人事倫,則順于鬼神;順于鬼神,則降福孔皆。詩曰:“以享以祀,
    以介景福。”
    武王伐紂,到于邢丘,J折為三,天雨,三日不休。武王心懼,召太
    公而問曰:“意者,紂未可伐乎?”太公對曰:“不然。因折為三者,軍
    當分為三也。天雨、三日不休,欲洒吾兵也。”武王曰:“然何若矣?”
    太公曰:“愛其人,及屋上烏;惡其人者,憎其骨余。咸劉厥敵,靡使有
    余。”武王曰:“于戲!天下未定也!”周公趨而進曰:“不然。使各度
    其宅,而佃其田,無獲舊新。百姓有過,在予一人。”武王曰:“于戲!
    天下已定矣。”乃修武勒兵于宁,更名邢丘曰怀,宁曰修武,行克紂于牧
    之野。詩曰:“牧野洋洋,檀車皇皇,駟矄彭彭,維師尚父,時維鷹揚,
    涼彼武王,肆伐大商,會朝清明。”既反商,及下車,封黃帝之后于蒯,
    封帝堯之后于祝,封舜之后于陳。下車而封夏后氏之后于杞,封殷之后于
    宋,封比干之墓,釋箕子之囚,表商容之閭。濟河而西,馬放華山之陽,
    示不复乘;牛放桃林之野,示不复服也;車甲而藏之于府庫,示不复用也
    。于是廢軍而郊射,左射狸首,右射騶虞,然后天下知武王不复用兵也。
    祀乎明堂,而民知孝;朝覲,然后諸侯知以敬;坐三老于大學,天子執醬
    而饋,執爵而嘄,所以教諸侯之悌也。此四者,天下之大教也。夫武之久
    ,不亦宜乎!詩曰:“胜殷遏劉,耆定爾功。”言伐紂而殷亡武也。
    孟嘗君請學于閔子;使車往迎閔子。閔子曰:“禮有來學,而無往教
    。致師而學,不能學;往教,則不能化君也。君所謂不能學者也,臣所謂
    不能化者也。”于是孟嘗君曰:“敬聞命矣。”明日、衣請受業。詩曰:
    “日就月將。”
    劍雖利,不厲不斷;材雖美,不學不高。雖有旨酒嘉怀膊恢捌渲跡凰
    漵猩頻潰不學,不達其功。故學然后知不足,教然后知不究。不足,故自
    愧而勉,不究、故盡師而熟。由此觀之,則教學相長也。子夏問詩,學一
    以知二,孔子曰:“起予者,商也,始可与言詩已矣。”孔子賢乎英杰,
    而圣德備,弟子被光景而德彰。詩曰:“日就月將。”
    凡學之道,嚴師為難。師嚴然后道尊;道尊然后民知敬學。故太學之
    禮,雖詔于天子,無北面,尊師尚道也。故不言而信,不怒而威,師之謂
    也。詩曰:“日就月將,學有緝熙于光明。”
    傳曰:宋大水。魯人吊之曰:“天降淫雨,害于粢盛,延及君地,以
    憂執政,使臣敬吊。”宋人應之,曰:“寡人不仁,齋戒不修,使民不時
    ,天加以災,又遺君憂,拜命之辱。”孔子聞之,曰:“宋國其庶几矣。
    ”弟子曰:“何謂?”孔子曰:“昔桀紂不任其過,其亡也忽焉。成湯文
    王知任其過,其興也勃焉。過而改之,是不過也。”宋人聞之,乃夙興夜
    寐,吊死問疾,戮力宇內,三歲,年丰政平。鄉使宋人不聞孔子之言,則
    年谷未丰,而國家未宁。詩曰:“佛時仔肩,示我顯德行。”
    齊桓公設庭燎,為便人欲造見者,幾年而士不至。于是東野有以九九
    見者,桓公使戲之曰:“九九足以見乎?”鄙人曰:“臣聞君設庭燎以待
    士,期年而士不至。夫士之所以不至者,君、天下之賢君也,四方之士皆
    自以不及君,故不至也。夫九九、薄能耳,而君猶禮之,況賢于九九者乎
    !夫太山不讓礫石,江海不辭小流,所以成其大也。詩曰:‘先民有言,
    詢于芻蕘。’博謀也。”桓公曰:“善。”乃固禮之。四月,四方之士相
    導而至矣。詩曰:“自堂徂基,自羊徂牛。”以小成大。
    太平之時,民行役者不菖時,男女不失時以偶。孝子不失時以養;外
    無曠夫,內無怨女;上無不慈之父,下無不孝之子;父子相成,夫婦相保
    ;天下和平,國家安宁;人事備乎下,天道應乎上。故天不變經,地不易
    形,日月昭明,列宿有常;天施地化,陰陽和合;動以雷電,潤以風雨,
    節以山川,均其寒暑,万民育生,各得其所,而制國用。故國有所安,地
    有所主,圣人刳木為舟,剡木為W,以通四方之物,使澤人足乎水,山人
    足乎魚,余衍之財有所流。故丰膏不獨樂,磽确不獨苦,雖遭凶年飢歲,
    禹湯之水旱,而民無凍餓之色。故生不乏用,死不轉尸,夫是之謂樂。詩
    曰:“于鑠王師,遵養時晦。”
    能制天下,必能養其民也;能養其民者,為自養也。飲食适乎藏,滋
    味适乎气,勞佚适乎筋骨,寒暖适乎肌膚;然后气藏平,心術治,思慮得
    ,喜怒時,起居而游樂,事時而用足,夫是之謂能自養者也。故圣人不淫
    佚侈靡者,非鄙夫色而愛財用也,養有适,過則不樂,故不為也。是以夏
    不數浴,非愛水也;冬不頻湯,非愛火也;不高台榭,非無土木也;不大
    鐘鼎,非無金錫也;不沈于酒,不貪于色,非辟丑也;直行情性之所安而
    制度,可以為天下法矣。故用不靡財,足以養其生,而天下稱其仁也;養
    不害性,足以成教,而天下稱其義也;适情辟余,不求非其有,而天下稱
    其廉也;行成不可掩,息刑不可犯,執一道而輕万物,天下稱其勇也。四
    行在乎民,居則婉愉,怒則胜敵;故審其所以養,而治道具矣;治道具,
    而遠近畜矣。詩曰:“于鑠王師,遵養時晦。”言相養者之至于晦也。
    公儀休相魯而嗜魚,一國人獻魚而不受。其弟諫曰:“嗜魚不受,何
    也?”曰:“夫欲嗜魚,故不受也。受魚而免于相,則不能自給魚;無受
    而不免于相,長自給于魚。”此明于魚為己者也。故老子曰:“后其身而
    身先,外其身而身存。非以其無私乎?故能成其私。”詩曰:“思無邪。
    ”此之謂也。
    傳曰:魯有父子訟者、康子欲殺。孔子曰:“未可殺也。夫民父子訟
    之為不義久矣,是則上失其道,上有道,是人亡矣。”訟者聞之,請無訟
    。康子曰:“治民以孝,殺一不義,以J不孝,不亦可乎?”孔子曰:“
    否。不教而听其獄,殺不辜也;三軍大敗,不可誅也;獄讞不治,不可刑
    也。上陳之教,而先服之,則百姓從風矣;邪行不從,然后俟之以刑,則
    民知罪矣。夫一仞之牆,民不能菖,百仞之山,童子登游焉,凌遲故也。
    今其仁義之陵遲久矣,能謂民無菖乎?詩曰:‘俾民不迷。’昔之君子道
    其百姓不使迷,是以威厲而刑措不用也。故形其仁義,謹其教道,使民目
    晰焉而見之,使民耳晰焉而聞之,使民心晰焉而知之,則道不迷,而民志
    不惑矣。詩曰:‘示我顯德行。’故道義不易,民不由也;禮樂不明,民
    不見也。詩曰:‘周道如砥,其直如矢。’言其易也。‘君子所履,小人
    所視。’言其明也。‘涎言顧之,潸焉出涕。’哀其不聞禮教而就刑誅也
    。夫散其本教,而施之刑辟,猶決其牢,而發以毒矢也,不亦哀乎!故曰
    :未可殺也。昔者、先王使民以禮,譬之如御也,刑者,鞭策也,今猶無
    轡銜而鞭策以御也,欲馬之進,則策其后,欲馬之退,則策其前,御者以
    勞,而馬亦多傷矣。今猶此也,上憂勞而民多罹刑。詩曰:‘人而無禮,
    胡不遄死!’為上無禮,則不免乎患;為下無禮,則不免乎刑;上下無禮
    ,胡不遄死!”康子避席再拜曰:“仆雖不敏,請承此語矣。”孔子退朝
    ,門人子路難曰:“父子訟、道邪?”孔子曰:“非也。”子路曰:“然
    則夫子胡為君子而免之也?”孔子曰:“不戒責成,害也,慢令致期,暴
    也,不教而誅、賊也。君子為政,避此三者。且詩曰:‘載色載笑,匪怒
    伊教。’”
    當舜之時,有苗不服,其不服者,衡山在南,岐山在北,左洞庭之波
    ,右彭澤之水,由此險也。以其不服,禹請伐之,而舜不許,曰:“吾喻
    教猶未竭也。”久喻教,而有苗民請服。天下聞之,皆薄禹之義,而美舜
    之德。詩曰:“載色載笑,匪怒伊教。”舜之謂也。問曰:“然則禹之德
    不及舜乎?”曰:“非然也。禹之所以請伐者,欲彰舜之德也。故善則稱
    君,過則稱己,臣下之義也。假使禹為君,舜為臣,亦如此而已矣。夫禹
    可謂達乎為人臣之大体也。”
    季孫氏之治魯也,眾殺人,而必當其罪;多罰人,而必當其過。子貢
    曰:“暴哉!治乎!”季孫聞之,曰:“吾殺人,必當其罪;罰人,必當
    其過。先生以為暴,何也?”子貢曰:“夫奚不若子產之治鄭,一年而負
    罰之過省,二年而刑殺之罪亡,三年而庫無拘人。故民歸之,如水就下;
    愛之、如孝子敬父母。子產病,將死,國人皆吁嗟,曰:‘誰可使代子產
    死者乎?’及其不免死也,士大夫哭之于朝,商賈哭之于市,農夫哭之于
    野。哭子產者皆如喪父母。今竊聞夫子疾之時,則國人喜,活則國人皆駭
    。以死相賀,以生相恐,非暴而何哉!賜聞之:托法而治,謂之暴;不戒
    致期,謂之虐;不教而誅,謂之賊;以身胜人,謂之責。責者失身,賊者
    失臣,虐者失政,暴者失民。且賜聞:居上位,行此四者而不亡者,未之
    有也。”于是季孫稽首謝曰:“謹聞命矣。”詩曰:“載色載笑,匪怒伊
    教。”
    問者曰:“夫智者何以樂于水也?”曰:“夫水者,緣理而行,不遺
    小間,似有智者;動而下之,似有禮者;蹈深不疑,似有勇者;障防而清
    ,似知命者;歷險致遠,卒成不毀,似有德者。天地以成,群物以生,國
    家以宁,万事以平,品物以正。此智者所以樂于水也。”詩曰:“思樂泮
    水,薄采其茆。魯侯戾止,在泮飲酒。”樂水之謂也。
    問者曰:“夫仁者何以樂于山也?”曰:“夫山者、万民之所瞻仰也
    。草木生焉,万物植焉,飛鳥集焉,走獸休焉,四方益取与焉,出云道風
    ,曊斕醇洹斕匾猿桑補乙宁。此仁者所以樂于山也。”詩曰:“太山岩岩
    ,魯邦所瞻。”樂山之謂也。
    傳曰:晉文公嘗約亡,反國,三行賞而不及陶叔狐。陶叔狐謂咎犯曰
    :“吾從而亡,十有一年,顏色黯黑,手足胼胝。今反國,三行賞,而我
    不與焉,君其忘我乎?其有大過乎?子試為我言之。”咎犯言之。文公曰
    :“噫!我豈忘是子哉!高明至賢,志行全成,湛我以道,說我以仁,變
    化我行,昭明我,使我為成人者,吾以為上賞。恭我以禮,防我以義,藩
    援我,使我不為非者,吾以為次。勇猛強武,氣勢自御,難在前則處在,
    難在后則處后,免我危難之中,吾以為次。然勞苦之士次之。詩曰:‘率
    履不越,遂視既發。’今不內自訟過,不悅百姓,將何錫之哉!”
    夫詐人者曰:“古今异情,其所以治亂异道。”而眾人皆愚而無知、
    陋而無度者也,于其所見,猶可欺也,況乎千歲之后乎!彼詐人者、門庭
    之間猶挾欺,而況乎千歲之上乎!然則圣人何以不可欺也?曰:圣人以己
    度人者也。以心度心,以情度情,以類度類,古今一也。類不悖,雖久同
    理,故性緣理而不迷也。夫五帝之前無傳人,非無賢人,久故也;五帝之
    中無傳政,非無善改,久故也;虞夏有傳政,不如殷周之察也,非無善政
    ,久故也。夫傳者久則愈略,近則愈詳,略則舉大,詳則舉細。故愚者聞
    其大不知其細,聞其細不知其大,是以久而差。三王五帝,政之至也。詩
    曰:“帝命不違,至于湯齊。”言古今一也。
    舜生于諸馮,遷于負夏,卒于鳴條,東夷之人也。文王生于岐周,卒
    于畢郢,西夷之人也。地之相去也,千有余里,世之相后也,千有余歲,
    然得志行乎中國,若合符節。孔子曰:“先圣后圣,其揆一也。”詩曰:
    “帝命不違,至于湯齊。”
    孔子觀于周廟,有欹器焉。孔子問于守廟者曰:“此謂何器也?”對
    曰:“此蓋為宥座之器。”孔子曰:“聞宥座器滿則覆,虛則欹,中則正
    ,有之乎?”對曰:“然。”孔子使子路取水試之,滿則覆,中則正,虛
    則欹。孔子喟然而嘆曰:“嗚呼!惡有滿而不覆者哉!”子路曰:“敢問
    持滿有道乎?”孔子曰:“持滿之道,抑而損之。”子路曰:“損之有道
    乎?”孔子曰:“德行寬裕者、守之以恭;土地廣大者,守之以儉;祿位
    尊盛者,守之以卑,人眾兵強者,守之以畏;聰明睿智者、守之以愚;博
    聞強記者,守之以淺。夫是之謂抑而損之。”詩曰:“湯降不遲,圣敬日
    躋。”
    周公踐天子之位,七年,布衣之士所贄而師者十人,所友見者十二人
    ,窮巷白屋先見者四十九人,時進善者百人,教士千人,宮朝者万人。成
    王封伯禽于魯,周公誡之曰:“往矣!子無以魯國驕士。吾、文王之子,
    武王之弟,成王之叔父也,又相天下,吾于天下,亦不輕矣。然一沐三握
    發,一飯三吐哺,猶恐失天下之士。吾聞德行寬裕,守之以恭者榮;土地
    廣大,守之以儉者安;祿位尊盛,守之以卑者貴;人眾兵強,守之以畏者
    胜;聰明睿智,守之以愚者善;博聞強記,守之以淺者智。夫此六者、皆
    謙德也。夫貴為天子,富有四海,由此德也;不謙而失天下,亡其身者,
    桀紂是也;可不慎歟!故易有一道,大足以守天下,中足以守其國家,近
    足以守其身,謙之謂也。夫天道虧盈而益謙,地道變盈而流謙,鬼神害盈
    而福謙,人道惡盈而好謙。是以衣成則必缺,宮成則必缺隅,屋成則必加
    拙,示不成者、天道然也。易曰:‘謙、亨、君子有終、吉。’詩曰:‘
    湯降不遲,圣敬日躋。’誡之哉!其無以魯國驕士也。”傳曰:子路盛服
    以見孔子。孔子曰:“由、疏疏者何也?昔者、江于汶,其始出也,不足
    以濫觴;及其至乎江之津也,不方舟,不避風,不可渡也,非其眾川之多
    歟!今汝衣服其盛,顏色充滿,天下有誰加汝哉!”子路趨出,改服而入
    ,蓋揖如也。孔子曰:“由志之,吾語女;夫慎于言者不嘩,慎于行者不
    伐。色知而有長者、小人也。故君子知之為知之,不知為不知,言之要也
    ;能之為能之,不能為不能,行之要也。言要則知,行要則仁,既知且仁
    ,又何加哉!”詩曰:“湯降不遲,圣敬日躋。”
    君子行不貴苟難,說不貴苟察,名不貴苟傳,惟其當之為貴。夫負石
    而赴河,行之難為者也,而申徒狄能之,君子不貴者,非禮義之中也。山
    淵平,天地比,齊秦襲,入乎耳,出乎口,鉤有須,卵有毛,此說之難持
    者也,而鄧s惠施能之,君子不貴者,非禮義之中也。盜跖吟口,名聲若
    日月,与舜禹俱傳而不息,君子不貴者,非禮義之中也。故君子行不貴苟
    難,說不貴苟察,名不貴苟傳,維其當之為貴。詩曰:“不競不亢,不剛
    不柔。”
    伯夷叔齊目不視惡色,耳不听惡聲;非其君不事,非其民不使;橫政
    之所出,橫民之所止,弗忍居也;思与鄉人居,若朝衣朝冠坐于涂炭也。
    故聞伯夷之風者、貪夫廉,懦夫有立志。至柳下惠則不然,不羞污君,不
    辭小官;進不隱賢,必由其道;甋窮而不憫,遺佚而不怨;与鄉人居,愉
    愉然不去也,雖袒裼裸裎于我側,彼安能浼我哉!故聞柳下惠之風,鄙夫
    寬,薄夫厚。至乎孔子去魯,遲遲乎其行也,可以去而去,可以止而止,
    去父母國之道也。伯夷、圣人之清者也,柳下惠、圣人之和者也,孔子、
    圣人之中者也。詩曰:“不競不?,不剛不柔。”中庸和通之謂也。
    王者之等賦正事,田野什一,關市譏而不征,山林澤梁,以時入而不
    禁。相地而正壤,理道而致貢。万物群來,無有流滯,以相通移。近者不
    隱其能,遠者不疾其勞。雖幽間僻陋之國,莫不趨使而安樂之。夫是之謂
    王者之等賦正事。詩曰:“敷政优优,百祿是遒。”
    孫卿与臨武君議兵于趙孝成王之前。王曰:“敢問兵之要?”臨武君
    曰:“夫之要義,上得天時,下得地利,后之發,先之至,此兵之要也。
    ”孫卿曰:“不然。夫兵之要,在附親士民而已。六馬不和,造父不能以
    致遠;弓矢不調,羿不能以中微;士民不親附,湯武不能以戰胜。由此觀
    之,要在于附親士民而已矣。”臨武君曰:“不然。夫兵之用,變故也,
    其所貴,謀詐也,善用之者,猶脫兔莫知其出;孫吳用之,無敵于天下。
    由此觀之,豈待親士民而后可哉!”孫卿曰:“不然。君之所道者、諸侯
    之兵、謀臣之事也;臣之所道者、仁人之兵,圣王之事也。彼可詐者,必
    怠慢者也,君臣上下之際,突然有离德者也。夫以跖而詐桀,猶有工拙焉
    。以桀詐堯,如以指撓沸,以卵投石,抱羽毛而赴烈火,入則饕玻太怚i
    詐也!且夫暴國將孰焉與至哉?彼其与至者,必欺其民,民之親我也,芬
    若椒蘭,歡如父子,彼顧其上,如毒蜂蠆之人哉,雖桀跖豈肯為其所至惡
    ,賊其所至愛哉!是猶使人之子孫,自賊其父母也,彼則先覺其失,何可
    詐哉!且仁人之兵,聚則成卒,散則成列,延居則若莫邪之長刃,嬰之者
    斷,銳居則若莫邪之利鋒,當之者潰,圓居則若丘山之不可移也,方居則
    若盤石之不可拔也,触之,摧角折節而退爾,夫何可詐也。詩曰:‘武王
    載旆,有虔秉鉞;如火烈烈,則莫我敢曷。’此謂湯武之兵也。”孝成王
    避席仰首曰:“寡人雖不敏,請依先生之兵也。”
    受命之士,正衣冠而立,儼然,人望而信之;其次、聞其言而信之;
    其次、見其行而信之;既見其行,而眾皆不信,斯下矣。詩曰:“慎与言
    矣,謂爾不信。”
    昔者、不出戶而知天下,不窺牖而見天道,非目能視乎千里之前,非
    耳能聞乎千里之外,以己之情量之也。己惡飢寒焉,則知天下之欲衣食也
    ;己惡勞苦焉,則知天下之欲安佚也;己惡衰乏焉,則知天下之欲富足也
    。知此三者、圣王之所以不降席而匡天下。故君子之道,忠恕而已矣。夫
    處飢渴,苦血气,困寒暑,動肌膚,此四者,民之大害也,害不除,未可
    教御也。四体不掩,則鮮仁人;五藏空虛,則無立士。故先王之法,天子
    親耕,后妃親蚕,先天下憂衣与食也。詩曰:“父母何嘗?心之憂矣,之
    子無裳。”

    卷四
    紂作炮烙之刑。王子比干曰:“主暴不諫,非忠也;畏死不言,非勇
    也。見過即諫,不用即死,忠之至也。”遂諫,三日不去朝,紂囚殺之。
    詩曰:“昊天大憮,予慎無辜!”
    桀為酒池,可以運舟:糟丘,足以望十里;而牛飲者三千人。關龍逢
    進諫曰:“古之人君,身行禮義,愛民節財,故國安而身壽。今君用財若
    無窮,殺人若恐弗胜,君若弗革,天殃必降,而誅必至矣。君其革之!”
    立而不去朝。桀囚而殺之。君子聞之曰:“天之命矣!”詩曰:“昊天太
    憮,予慎無辜!”
    有大忠者,有次忠者,有下忠者,有國賊者。以道覆君而化之,是謂
    大忠也;以德調君而輔之,是謂次忠也;以諫非君而怨之,是謂下忠也;
    不恤乎公道之達義,偷合苟同,以持祿養者,是謂國賊也。若周公之于成
    王,可謂大忠也;管仲之于桓公,可謂次忠也;子胥之于夫差,可謂下忠
    也;曹触龍之于紂,可謂國賊也。皆人臣之所為也,吉凶賢不肖之效也。
    詩曰:“匪其止共,惟王之邛。”
    哀公問取人。孔子曰:“無取健,無取佞,無取口讒。健、驕也,佞
    、諂也,讒、誕也。故弓調然后求勁焉,馬服然后求良焉,士信愨然后求
    知焉,士不信焉,又多知,譬之豺狼,其難以身近也。周書曰:‘為虎傅
    翼也。’不亦殆乎!”詩曰:‘匪其止共,惟王之邛。’言其不恭其職事
    ,而病其主也。
    齊桓公獨以管仲謀伐莒,而國人知之。桓公謂管仲曰:“寡人獨為仲
    父言,而國人知之,何也?”管仲曰:“意若國中有圣人乎!今東郭牙安
    在?”桓公顧曰:“在此。”管仲曰:“子有言乎?”東郭牙曰:“然。
    ”管仲曰:“子何以知之?”曰:“臣聞君子有三色,是以知之。”管仲
    曰:“何謂三色?”曰:“歡忻愛說,鐘鼓之色也;愁悴哀憂,衰之色也
    ;猛厲充實,兵革之色也。是以知之。”管仲曰:“何以知其莒也?”對
    曰:“君東南面而指,口張而不掩,舌舉而不下,是以知其莒也。”桓公
    曰:“善。詩曰:‘他人有心,予忖度之。’”東郭先生曰:“目者、心
    之符也,言者、行之指也。夫知者之于人也,未嘗求知而后能知也,觀容
    貌,察氣志,定取舍,而人情畢矣。”詩曰:“他人有心,予忖度之。”
    今有堅甲利兵,不足以施敵破虜;弓良矢調,不足射遠中微,與無兵
    等爾。有民不足強用嚴敵,与無民等爾。故盤石千里,不為有地;愚民百
    万,不為有民。詩曰:“維南有箕,不可以簸揚;維北有斗,不可以挹酒
    漿。”
    傳曰:舜彈五弦之琴,以歌南風,而天下治。周平公酒不离于前,鐘
    石不解于懸,而宇內亦治。匹夫百畝一室,不遑啟處,無所移之也。夫以
    一人而兼听天下,其日有余而下治,是使人為之也。夫擅使人之權,而不
    能制眾于下,則在位者,非其人也。詩曰:“維南有箕,不可以簸揚;維
    北有斗,不可以挹酒漿。”言有位無其事也。
    齊桓公伐山戎,其道過燕,燕君送之出境。桓公問管仲曰:“諸侯相
    送,固出境乎?”管仲曰:“非天子不出境。”桓公曰:“然畏而失禮也
    。寡人不可使燕失禮。”乃割燕君所至之地以与之。諸侯聞之,皆朝于齊
    。詩曰:“靜恭爾位,好是正直。神之听之,介爾景福。”
    韶用干戚,非至樂也;舜兼二女,非達禮也;封黃帝之子十九人,非
    法義也;往田號泣,未盡命也。以人觀之則是也,以法量之則未也。禮曰
    :“禮儀三百,威儀三千。”詩曰:“靜恭爾位,正直是与,神之听之,
    式谷以女。”
    禮者、治辯之极也,強國之本也,威行之道也,功名之統也,王公由
    之,所以一天下也,不由之,所以隕社稷也。是故堅甲利兵,不足以為武
    ;高城深池,不足以為固;嚴令繁刑,不足以為威;由其道則行,不由其
    道則廢。昔楚人蛟革犀兕以為甲,堅如金石,宛如鉅蛇,慘若蜂蠆,輕利
    剛疾,卒如飄風,然兵殆于垂沙,唐子死,庄軨走,楚分為三四者,此豈
    無堅甲利兵也哉!所以統之非其道故也。汝淮以為險,江漢以為池,緣之
    以方城,限之以鄧林,然秦師至于鄢郢舉,若振槁然,是豈無固塞限險也
    哉!其所以統之者、非其道故也。紂殺比干,而囚箕子,為炮烙之刑,殺
    戮無時,群下愁怨,皆莫冀其命,然周師至,令不行乎左右,而豈其無嚴
    令繁刑也哉!其所以統之者、非其道故也。若夫明道而均分之,誠愛而時
    使之,則下之應上,如影響矣;有不由命,然后俟之以刑,刑一人而天下
    服,下不非其上,知罪在己也。是以刑罰競消,而威行如流者、無他,由
    是道故也。詩曰:“自東自西,自南自北,無思不服。”如是則近者歌謳
    之,遠者赴趨之,幽閑僻陋之國,莫不趨使而安樂之,若赤子之歸慈母者
    、何也?仁刑義立,教誠愛深,禮樂交通故也。詩曰:“禮儀卒度,笑語
    卒獲。”
    君人者、以禮分施,均遍而不偏,臣以禮事君,忠順而不解,父寬惠
    而有禮,子敬愛而致恭,兄慈愛而見友,弟敬 而不慢,夫照臨而有別,
    妻柔順而听從,若夫行之而不中道,即恐懼而自竦。此全道也,偏立則亂
    ,具立則治。請問兼能之奈何?曰審禮。昔者、先王審禮以惠天下,故德
    及天地。動無不當。夫君子恭而不難,敬而不鞏,貧窮而不約,富貴而不
    驕,應變而不窮,審之禮也。故君子于禮也,敬而安之;其于事也,經而
    不失;其于人也,寬裕寡怨而弗阿;其于儀也,修飾而不危;其應變也,
    齊給便捷而不累;其于百官伎藝之人也,不与爭能而致用其功;其于天地
    万物也,不拂其所而謹裁其盛;其待上也,忠順而不解;其使下也,均遍
    而不偏;其于交游也,緣類而有義;其于鄉曲也,容而不亂。是故窮則有
    名,通則有功,仁義兼覆天下而不窮,明通天地、理万變而不疑,血气平
    和,志意廣大,行義塞天地,仁知之极也,夫是謂先王審之禮也。若是、
    則老者安之,少者怀之,朋友信之,如赤子之歸慈母也。曰:仁刑義立,
    教誠愛深,禮樂交通故也。詩曰:“禮儀卒度,笑語卒獲。”
    晏子聘魯,上堂則趨,授玉則跪。子貢怪之,問孔子曰:“晏子知禮
    乎?今者晏子來聘魯,上堂則趨,授玉則跪,何也?”孔子曰:“其有方
    矣。待其見我,我將問焉。”俄而晏子至,孔子問之。晏子對曰:“夫上
    堂之禮,君行一,臣行二。今君行疾,臣敢不趨乎!今君之授幣也卑,臣
    敢不跪乎!”孔子曰:“善。禮中又有禮。賜、寡使也,何足以識禮也!
    ”詩曰:“禮儀卒度,笑語卒獲。”晏子之謂也。
    古者八家而井田。方里為一井,廣三百步,長三百步,為一里,其田
    九百畝。廣一步、長百步,為一畝;廣百步,長百步,為百畝。八家為鄰
    ,家得百畝,余夫各得二十五畝,家為公田十畝,余二十畝共為廬舍,各
    得二畝半。八家相保,出入更守,疾病相憂,患難相救,有無相貸,飲食
    相召,嫁娶相謀,漁獵分得,仁恩施行,是以其民和親而相好。詩曰:“
    中田有廬,疆場有瓜。”今或不然,令民相伍,有罪相伺,有刑相舉,使
    构造怨仇,而民相殘,傷和睦之心,賊仁恩,害士化,所和者寡,欲敗者
    多,于仁道泯焉。詩曰:“其何能淑,載胥及溺。”
    天子不言多少,諸侯不言利害,大夫不言得喪,士不言通財貨,不賈
    于道。故駟馬之家,不持雞豚之息,伐冰之家,不圖牛馬之入,千乘之君
    ,不通貨財,冢卿不修幣施,大夫不為場圃,委積之臣,不貪市井之利。
    是以貧窮有所歡,而孤寡有所措手足也。詩曰:“彼有遺秉,此有滯穗,
    伊寡婦之利。”
    人主欲得善射及遠中微,則懸貴爵重賞以招致之,內不阿子弟,外不
    隱遠人,能中是者取之,是豈不謂之大道也哉!雖圣人弗能易也。今欲治
    國馭民,調一上下,將內以固城,外以拒難,治則制人,人弗能制,亂則
    危削滅亡可立待也。然而求卿相輔佐,獨不如是之公,惟便僻比己之是用
    ,豈不謂過乎!故有社稷,莫不欲安,俄則危矣,莫不欲存,俄則亡矣。
    古之國千余,今無數十,其故何也?莫不失于是也。故明主有私人以百金
    名珠玉,而無私以官職事業者,何也?曰:本不利所私也。彼不能而主使
    之,是主也;臣不能而為之,是詐臣也。主于上,臣詐于下,滅亡無日矣
    ,俱害之道也。故惟明主能愛其所愛,主則必危其所愛。夫文王非無便之
    辟親己者,超然乃舉太公于舟人而用之,豈私之哉!以為親邪?則异族之
    人也;以為故耶?則未嘗相識也;以為姣好耶?則太公年七十二,焉然而
    齒墮矣!然而用之者,文王欲立貴道,欲白貴名,兼制天下,以惠中國,
    而不可以獨,故舉是人而用之,貴道果立,貴名果白,兼制天下,立國七
    十一,姬姓獨居五十二,周之子孫苟不狂惑,莫不為天下顯諸侯,夫是之
    謂能愛其所愛矣。故惟明主能愛其所愛,其主必危其所愛,此之謂也。大
    雅曰:“貽厥孫謀,以燕翼子。”小雅曰:“死喪無日,無幾相見。”危
    其所愛之謂也。
    問者不告,告者勿問,有諍气者勿与論。必由其道至然后接之,非其
    道則避之。故禮恭然后可與言道之方,辭順然后可与言道之理,色從然后
    可與言道之极。故未可与言而言,謂之瞽,可與言而不与言,謂之隱,君
    子不瞽,言謹其序。詩曰:“彼交匪紓,天子所予。”言必交吾志然后予
    。
    子為親隱,義不得正;君誅不義,仁不得受。雖違仁害義,法在其中
    矣。詩曰:“优哉游哉!亦是戾矣。”
    齊桓公問于管仲曰:“王者何貴?”曰:“貴天。”桓公仰而視天。
    管仲曰:“所謂天,非蒼莽之天也。王者以百姓為天,百姓与之則安,輔
    之則強,非之則危,倍之則亡。詩曰:‘民之無良,相怨一方。’民皆居
    一方而怨其上,不亡者、未之有也。”
    善御者不忘其馬,善射者不忘其弓,善為上者不忘其下。誠愛而利之
    ,四海之內,闔若一家;不愛而利,子或殺父,而況天下乎!詩曰:“民
    之無良,相怨一方。”
    出則為宗族患,入則為鄉里憂。詩曰:“如蠻如髦,我是用憂。”小
    人之行也。
    有君不能事,有臣欲其忠;有父不能事,有子欲其孝;有兄不能敬,
    有弟欲其從令。詩曰:“受爵不讓,至于己斯亡。”言能知于人,而不能
    自知也。
    夫當世之愚,飾邪說,文奸言,以亂天下,欺惑眾愚,使混然不知是
    非治亂之所存者、則是范睢、魏牟、田文、庄周、慎到、田駢、墨翟、宋
    綦、鄧s、惠施之徒也。此十子者、皆順非而澤,聞見雜博,然而不師上
    古,不法先王,按往舊造說,務自為工,道無所遇,而人相從,故曰:十
    子者之工說,說皆不足合大道,美風俗,治綱紀,然其持之各有故,言之
    皆有理,足以欺惑眾愚,交亂朴鄙,則是十子之罪也。若夫總方略,一統
    類,齊言行,群天下之英杰,告之以大道,教之以至順,蕝要之間,衽席
    之上,簡然圣王之文具,沛然平世之俗趨,工說者不能入也,十子者不能
    親也,無置錐之地,而王公不能与爭名,則是圣人之未得志者也,仲尼是
    也,一天下,財万物,長養人民,兼利天下,通達之屬,莫不從服,工說
    者立息,十子者遷化,則圣人之得穿蚽乘從硎且病嗜私焙撾裨眨可戲從碇
    粗疲蚕則仲尼之義,以務息十子之說,如是者、人之事畢矣,天下之害除
    矣,圣人之跡著矣。詩曰:“雨雪,見曰消。”
    君子大心則敬天而道,小心則畏義而節;知則明達而類,愚則端愨而
    法;喜則和而治,憂則靜而違;達則宁而容,窮則納而詳。小人大心則慢
    而暴,小心則淫而傾;知則攫盜而徼,愚則毒賊而亂;喜則輕易而快,憂
    則挫而懾;達則驕而偏,窮則棄而累;其肢体之序,与禽獸同節,言語之
    暴,与蠻夷不殊,出則為宗族患,入則為鄉里憂。詩曰:“如蠻如髦。我
    則用憂。”
    傳曰:愛由情出,謂之仁,節愛理宜,謂之義,致愛恭謹,謂之禮,
    文禮謂之容,禮容之美,自足以為治。故其言可以為民道,民從是言也;
    行可以為民法,民從是行也;書之于策,傳之于志,万世子子孫孫道而不
    舍。由之則治,失之則亂,由之則生,失之則死。今夫肢体之序,与禽獸
    同節,言語之暴,与蠻夷不殊,混然無道,此明王圣主之所罪。詩曰:“
    如蠻如髦,我是用憂。”
    客有說春申君者曰:“湯以七十里,文王百里,皆兼天下,一海內。
    今夫孫子者,天下之賢人也,君借之百里之勢,臣竊以為不便于君。若何
    ?”春申君曰:“善。”于是使人謝孫子,去而之趙,趙以為上卿。客又
    說春申君曰:“昔伊尹去夏之殷,殷王而夏亡;管仲去魯而入齊,魯弱而
    齊強。由是觀之,夫賢者之所在,其君未嘗不善,其國未嘗不安也。今孫
    子、天下之賢人,何謂辭而去?”春申君又云:“善。”于是使請孫子。
    孫子因偽喜謝之:“鄙語曰:‘癘怜王。’此不恭之語也,雖不可不審也
    ,非比為劫殺死亡之主者也,夫人主年少而放,無術法以知奸,即大臣以
    專斷圖私,以禁誅于己也,故舍賢長而立幼弱,廢正直而用不善。故春秋
    之志曰:楚王之子圍聘于鄭,未出境,聞王疾,返問疾,遂以冠纓絞王而
    殺之,因自立。齊崔杼之妻美,庄公通之,〔崔杼帥其党而攻庄公,庄公
    請与分國,〕崔杼不許,欲自刃于廟,〔崔杼又不許,〕庄公走出,菖于
    外牆,射中其股,遂殺而立其弟景公。近世所見,李兌用趙,餓主父于沙
    丘,百日而殺之。淖齒用齊,擢閔王之筋,而懸之于廟,宿昔而殺之。夫
    癘雖姜~痂疵,上比遠世,未至絞頸射股也,下比近世,未至擢筋餓死也
    。夫劫殺死亡之主,心之憂勞,形之苦痛,必甚于癘矣。由此觀之,癘雖
    怜王,可也。”因為賦曰:“旋玉瑤珠不知佩,雜布与錦不知异,閭佣寄
    爸疵劍叉頗噶甘侵聰病悅為明,以聾為聰,以是為非,以吉為凶。嗚呼!
    上天!曷維其同!”詩曰:“上帝甚蹈,無自瘵焉。”
    南苗异獸之,猶犬羊也,与之于人,猶死之藥也,安舊侈質,習貫易
    性而然也。夫狂者自,忘其非芻豢也,飯土,忘其非粱飯也,然則楚之狂
    者楚言,齊之狂者齊言,習使然也。夫習之于人,而著,深而固,是暢于
    筋骨,貞于膠漆,是以君子務為學也。詩曰:“既見君子,德音孔膠。”
    孟子曰:“仁、人心也,義、人路也。舍其路弗由,放其心而弗求。
    人有雞犬放,則知求之,有放心,而不知求,其于心為不若雞犬哉!不知
    類之甚矣,悲矣!終亦必亡而已矣。故學問之道無他焉,求其放心而已。
    ”詩曰:“中心藏之,何日忘之?”
    道雖近,不行不至;事雖小,不為不成;每自多者,出人不遠矣。夫
    巧弓在此手也,傳角被筋,膠漆之和,即可以為万乘之寶也。及其彼手,
    而賈不數銖。人同材鈞,而貴賤相万者、盡心致志也。詩曰:“中心藏之
    ,何日忘之?”
    傳曰:誠惡惡,知刑之本,誠善善,知敬之本。惟誠感神,達乎民心,知
    刑敬之本,則不怒而威,不言而信,誠、德之主也。詩曰:“鼓鐘于宮,
    聲聞于外。”
    孔子見客,客去。顏淵曰:“客、仁也。”孔子曰:“恨兮其心,顙
    兮其口,仁則吾不知也,言之所聚也。”顏淵蹴然變色。曰:“良玉度尺
    ,雖有十仞之土,不能掩其光;良珠度寸,雖有百仞之水,不能掩其瑩。
    夫形、体也,色、心也,閔閔乎其薄也。苟有溫良在中,則眉睫著之矣;
    疵瑕在中,則眉睫不能匿之。詩曰:“鼓鐘于宮,聲聞于外。”
    偽詐不可長,空虛不可守,朽木不可雕,情亡不可久。詩曰:“鐘鼓
    于宮,聲聞于外。”言有中者必能見外也。
    所謂庸人者,口不能道乎善言,心不能知先王之法,動作而不知所務
    ,止立而不知所定,日選于物,而不知所貴,不知選賢人善士而托其身焉
    ,從物而流,不知所歸,五藏無政,心從而坏遂不反,是以動而形危,靜
    則名辱。詩曰:“之子無良,二三其德。”
    客有見周公者,應之于門曰:“何以道旦也?”客曰:“在外即言外
    ,在內即言內,入乎?將毋?”周公曰:“請入。”客曰:“立即言義,
    坐即言仁,坐乎?將毋?”周公曰:“請坐。”客曰:“疾言則翕翕,徐
    言則不聞,言乎?將毋?”周公唯唯,旦也菖。明日興師而誅管蔡。故客
    善以不言之說,周公善听不言之說,若周公可謂能听微言矣。故君子之告

  • A l’ombre des jeunes filles en fleurs — Premiere partie

    A l’ombre des jeunes filles en fleurs — Premiere partie

    Aproximadamente 74.129 palavras.

    Produced by Sue Asscher, Walter Debeuf, Patrick Narzul, and Marie Lebert

    MARCEL PROUST

    A L'OMBRE DES JEUNES FILLES EN FLEURS

    PREMIÈRE PARTIE

    Ma mère, quand il fut question d'avoir pour la première fois M. de
    Norpois à dîner, ayant exprimé le regret que le Professeur Cottard fût
    en voyage et qu'elle-même eût entièrement cessé de fréquenter Swann,
    car l'un et l'autre eussent sans doute intéressé l'ancien ambassadeur,
    mon père répondit qu'un convive éminent, un savant illustre, comme
    Cottard, ne pouvait jamais mal faire dans un dîner, mais que Swann,
    avec son ostentation, avec sa manière de crier sur les toits ses
    moindres relations, était un vulgaire esbrouffeur que le marquis de
    Norpois eût sans doute trouvé selon son expression, «puant». Or cette
    réponse de mon père demande quelques mots d'explication, certaines
    personnes se souvenant peut-être d'un Cottard bien médiocre et d'un
    Swann poussant jusqu'à la plus extrême délicatesse, en matière
    mondaine, la modestie et la discrétion. Mais pour ce qui regarde
    celui-ci, il était arrivé qu'au «fils Swann» et aussi au Swann du
    Jockey, l'ancien ami de mes parents avait ajouté une personnalité
    nouvelle (et qui ne devait pas être la dernière), celle de mari
    d'Odette. Adaptant aux humbles ambitions de cette femme, l'instinct,
    le désir, l'industrie, qu'il avait toujours eus, il s'était ingénié à
    se bâtir, fort au-dessous de l'ancienne, une position nouvelle et
    appropriée à la compagne qui l'occuperait avec lui. Or il s'y montrait
    un autre homme. Puisque (tout en continuant à fréquenter seul ses amis
    personnels, à qui il ne voulait pas imposer Odette quand ils ne lui
    demandaient pas spontanément à la connaître) c'était une seconde vie
    qu'il commençait, en commun avec sa femme, au milieu d'êtres nouveaux,
    on eût encore compris que pour mesurer le rang de ceux-ci, et par
    conséquent le plaisir d'amour-propre qu'il pouvait éprouver à les
    recevoir, il se fût servi, comme d'un point de comparaison, non pas des
    gens les plus brillants qui formaient sa société avant son mariage,
    mais des relations antérieures d'Odette. Mais, même quand on savait
    que c'était avec d'inélégants fonctionnaires, avec des femmes tarées,
    parure des bals de ministères, qu'il désirait de se lier, on était
    étonné de l'entendre, lui qui autrefois et même encore aujourd'hui
    dissimulait si gracieusement une invitation de Twickenham ou de
    Buckingham Palace, faire sonner bien haut que la femme d'un sous-chef
    de cabinet était venue rendre sa visite à Madame Swann. On dira
    peut-être que cela tenait à ce que la simplicité du Swann élégant,
    n'avait été chez lui qu'une forme plus raffinée de la vanité et que,
    comme certains israélites, l'ancien ami de mes parents avait pu
    présenter tour à tour les états successifs par où avaient passé ceux
    de sa race, depuis le snobisme le plus naïf et la plus grossière
    goujaterie, jusqu'à la plus fine politesse. Mais la principale raison,
    et celle-là applicable à l'humanité en général, était que nos vertus
    elles-mêmes ne sont pas quelque chose de libre, de flottant, de quoi
    nous gardions la disponibilité permanente; elles finissent par
    s'associer si étroitement dans notre esprit avec les actions à
    l'occasion desquelles nous nous sommes fait un devoir de les exercer,
    que si surgit pour nous une activité d'un autre ordre, elle nous prend
    au dépourvu et sans que nous ayons seulement l'idée qu'elle pourrait
    comporter la mise en œuvre de ces mêmes vertus. Swann empressé avec ces
    nouvelles relations et les citant avec fierté, était comme ces grands
    artistes modestes ou généreux qui, s'ils se mettent à la fin de leur
    vie à se mêler de cuisine ou de jardinage, étalent une satisfaction
    naïve des louanges qu'on donne à leurs plats ou à leurs plates-bandes
    pour lesquels ils n'admettent pas la critique qu'ils acceptent
    aisément s'il s'agit de leurs chefs-d'œuvre; ou bien qui, donnant une
    de leurs toiles pour rien, ne peuvent en revanche sans mauvaise humeur
    perdre quarante sous aux dominos.

    Quant au Professeur Cottard, on le reverra, longuement, beaucoup plus
    loin, chez la Patronne, au château de la Raspelière. Qu'il suffise
    actuellement, à son égard, de faire observer ceci: pour Swann, à la
    rigueur le changement peut surprendre puisqu'il était accompli et non
    soupçonné de moi quand je voyais le père de Gilberte aux
    Champs-Élysées, où d'ailleurs ne m'adressant pas la parole il ne
    pouvait faire étalage devant moi de ses relations politiques (il est
    vrai que s'il l'eût fait, je ne me fusse peut-être pas aperçu tout de
    suite de sa vanité car l'idée qu'on s'est faite longtemps d'une
    personne, bouche les yeux et les oreilles; ma mère pendant trois ans
    ne distingua pas plus le fard qu'une de ses nièces se mettait aux
    lèvres que s'il eût été invisiblement dissous entièrement dans un
    liquide; jusqu'au jour où une parcelle supplémentaire, ou bien quelque
    autre cause amena le phénomène appelé sursaturation; tout le fard non
    aperçu cristallisa et ma mère devant cette débauche soudaine de
    couleurs déclara, comme on eût fait à Combray, que c'était une honte et
    cessa presque toute relation avec sa nièce). Mais pour Cottard au
    contraire, l'époque où on l'a vu assister aux débuts de Swann chez les
    Verdurin était déjà assez lointaine; or les honneurs, les titres
    officiels viennent avec les années; deuxièmement, on peut être
    illettré, faire des calembours stupides, et posséder un don
    particulier, qu'aucune culture générale ne remplace, comme le don du
    grand stratège ou du grand clinicien. Ce n'est pas seulement en effet
    comme un praticien obscur, devenu, à la longue, notoriété européenne,
    que ses confrères considéraient Cottard. Les plus intelligents d'entre
    les jeunes médecins déclarèrent,–au moins pendant quelques années,
    car les modes changent étant nées elles-mêmes du besoin de changement,–que
    si jamais ils tombaient malades, Cottard était le seul maître
    auquel ils confieraient leur peau. Sans doute ils préféraient le
    commerce de certains chefs plus lettrés, plus artistes, avec lesquels
    ils pouvaient parler de Nietzsche, de Wagner. Quand on faisait de la
    musique chez Madame Cottard, aux soirées où elle recevait, avec
    l'espoir qu'il devînt un jour doyen de la Faculté, les collègues et
    les élèves de son mari, celui-ci au lieu d'écouter, préférait jouer
    aux cartes dans un salon voisin. Mais on vantait la promptitude, la
    profondeur, la sûreté de son coup d'œil, de son diagnostic. En
    troisième lieu, en ce qui concerne l'ensemble de façons que le
    Professeur Cottard montrait à un homme comme mon père, remarquons que
    la nature que nous faisons paraître dans la seconde partie de notre
    vie, n'est pas toujours, si elle l'est souvent, notre nature première
    développée ou flétrie, grossie ou atténuée; elle est quelquefois une
    nature inverse, un véritable vêtement retourné. Sauf chez les Verdurin
    qui s'étaient engoués de lui, l'air hésitant de Cottard, sa timidité,
    son amabilité excessives, lui avaient, dans sa jeunesse, valu de
    perpétuels brocards. Quel ami charitable lui conseilla l'air glacial?
    L'importance de sa situation lui rendit plus aisé de le prendre.
    Partout, sinon chez les Verdurin où il redevenait instinctivement
    lui-même, il se rendit froid, volontiers silencieux, péremptoire
    quand il fallait parler, n'oubliant pas de dire des choses
    désagréables. Il put faire l'essai de cette nouvelle attitude devant
    des clients qui ne l'ayant pas encore vu, n'étaient pas à même de
    faire des comparaisons, et eussent été bien étonnés d'apprendre qu'il
    n'était pas un homme d'une rudesse naturelle. C'est surtout à
    l'impassibilité qu'il s'efforçait, et même dans son service d'hôpital,
    quand il débitait quelques-uns de ces calembours qui faisaient rire
    tout le monde, du chef de clinique au plus récent externe, il le
    faisait toujours sans qu'un muscle bougeât dans sa figure d'ailleurs
    méconnaissable depuis qu'il avait rasé barbe et moustaches.

    Disons pour finir qui était le marquis de Norpois. Il avait été
    ministre plénipotentiaire avant la guerre et ambassadeur au Seize Mai,
    et, malgré cela, au grand étonnement de beaucoup, chargé plusieurs
    fois, depuis, de représenter la France dans des missions
    extraordinaires–et même comme contrôleur de la Dette, en Égypte, où
    grâce à ses grandes capacités financières il avait rendu d'importants
    services–par des cabinets radicaux qu'un simple bourgeois
    réactionnaire se fût refusé à servir, et auxquels le passé de M. de
    Norpois, ses attaches, ses opinions eussent dû le rendre suspect. Mais
    ces ministres avancés semblaient se rendre compte qu'ils montraient
    par une telle désignation quelle largeur d'esprit était la leur dès
    qu'il s'agissait des intérêts supérieurs de la France, se mettaient
    hors de pair des hommes politiques en méritant que le _Journal des
    Débats_ lui-même, les qualifiât d'hommes d'État, et bénéficiaient enfin
    du prestige qui s'attache à un nom aristocratique et de l'intérêt
    qu'éveille comme un coup de théâtre un choix inattendu. Et ils
    savaient aussi que ces avantages ils pouvaient, en faisant appel à M.
    de Norpois, les recueillir sans avoir à craindre de celui-ci un manque
    de loyalisme politique contre lequel la naissance du marquis devait
    non pas les mettre en garde, mais les garantir. Et en cela le
    gouvernement de la République ne se trompait pas. C'est d'abord parce
    qu'une certaine aristocratie, élevée dès l'enfance à considérer son
    nom comme un avantage intérieur que rien ne peut lui enlever (et dont
    ses pairs, ou ceux qui sont de naissance plus haute encore,
    connaissent assez exactement la valeur), sait qu'elle peut s'éviter,
    car ils ne lui ajouteraient rien, les efforts que sans résultat
    ultérieur appréciable, font tant de bourgeois pour ne professer que
    des opinions bien portées et de ne fréquenter que des gens bien
    pensants. En revanche, soucieuse de se grandir aux yeux des familles
    princières ou ducales au-dessous desquelles elle est immédiatement
    située, cette aristocratie sait qu'elle ne le peut qu'en augmentant
    son nom de ce qu'il ne contenait pas, de ce qui fait qu'à nom égal,
    elle prévaudra: une influence politique, une réputation littéraire ou
    artistique, une grande fortune. Et les frais dont elle se dispense à
    l'égard de l'inutile hobereau recherché des bourgeois et de la stérile
    amitié duquel un prince ne lui saurait aucun gré, elle les prodiguera
    aux hommes politiques, fussent-ils francs-maçons, qui peuvent faire
    arriver dans les ambassades ou patronner dans les élections, aux
    artistes ou aux savants dont l'appui aide à «percer» dans la branche
    où ils priment, à tous ceux enfin qui sont en mesure de conférer une
    illustration nouvelle ou de faire réussir un riche mariage.

    Mais en ce qui concernait M. de Norpois, il y avait surtout que, dans
    une longue pratique de la diplomatie, il s'était imbu de cet esprit
    négatif, routinier, conservateur, dit «esprit de gouvernement» et qui
    est, en effet, celui de tous les gouvernements et, en particulier,
    sous tous les gouvernements, l'esprit des chancelleries. Il avait
    puisé dans la carrière, l'aversion, la crainte et le mépris de ces
    procédés plus ou moins révolutionnaires, et à tout le moins
    incorrects, que sont les procédés des oppositions. Sauf chez quelques
    illettrés du peuple et du monde, pour qui la différence des genres est
    lettre morte, ce qui rapproche, ce n'est pas la communauté des
    opinions, c'est la consanguinité des esprits. Un académicien du genre
    de Legouvé et qui serait partisan des classiques, eût applaudi plus
    volontiers à l'éloge de Victor Hugo par Maxime Ducamp ou Mézières,
    qu'à celui de Boileau par Claudel. Un même nationalisme suffit à
    rapprocher Barrès de ses électeurs qui ne doivent pas faire grande
    différence entre lui et M. Georges Berry, mais non de ceux de ses
    collègues de l'Académie qui ayant, ses opinions politiques mais un
    autre genre d'esprit, lui préfèreront même des adversaires comme MM.
    Ribot et Deschanel, dont à leur tour de fidèles monarchistes se
    sentent beaucoup plus près que de Maurras et de Léon Daudet qui
    souhaitent cependant aussi le retour du Roi. Avare de ses mots non
    seulement par pli professionnel de prudence et de réserve, mais aussi
    parce qu'ils ont plus de prix, offrent plus de nuances aux yeux
    d'hommes dont les efforts de dix années pour rapprocher deux pays se
    résument, se traduisent,–dans un discours, dans un protocole–par
    un simple adjectif, banal en apparence, mais où ils voient tout un
    monde, M. de Norpois passait pour très froid à la Commission, où il
    siégeait à côté de mon père, et où chacun félicitait celui-ci de
    l'amitié que lui témoignait l'ancien ambassadeur. Elle étonnait mon
    père tout le premier. Car étant généralement peu aimable, il avait
    l'habitude de n'être pas recherché en dehors du cercle de ses intimes
    et l'avouait avec simplicité. Il avait conscience qu'il y avait dans
    les avances du diplomate, un effet de ce point de vue tout individuel
    où chacun se place pour décider de ses sympathies, et d'où toutes les
    qualités intellectuelles ou la sensibilité d'une personne ne seront
    pas auprès de l'un de nous qu'elle ennuie ou agace une aussi bonne
    recommandation que la rondeur et la gaieté d'une autre qui passerait,
    aux yeux de beaucoup pour vide, frivole et nulle. «De Norpois m'a
    invité de nouveau à dîner; c'est extraordinaire; tout le monde en est
    stupéfait à la Commission où il n'a de relations privées avec
    personne. Je suis sûr qu'il va encore me raconter des choses
    palpitantes sur la guerre de 70.» Mon père savait que seul, peut-être,
    M. de Norpois avait averti l'Empereur de la puissance grandissante et
    des intentions belliqueuses de la Prusse, et que Bismarck avait pour
    son intelligence une estime particulière. Dernièrement encore, à
    l'Opéra, pendant le gala offert au roi Théodose, les journaux avaient
    remarqué l'entretien prolongé que le souverain avait accordé à M. de
    Norpois. «Il faudra que je sache si cette visite du Roi a vraiment de
    l'importance, nous dit mon père qui s'intéressait beaucoup à la
    politique étrangère. Je sais bien que le père Norpois est très
    boutonné, mais avec moi, il s'ouvre si gentiment.»

    Quant à ma mère, peut-être l'Ambassadeur n'avait-il pas par lui-même
    le genre d'intelligence vers lequel elle se sentait le plus attirée.
    Et je dois dire que la conversation de M. de Norpois était un
    répertoire si complet des formes surannées du langage particulières à
    une carrière, à une classe, et à un temps–un temps qui, pour cette
    carrière et cette classe-là, pourrait bien ne pas être tout à fait
    aboli–que je regrette parfois de n'avoir pas retenu purement et
    simplement les propos que je lui ai entendu tenir. J'aurais ainsi
    obtenu un effet de démodé, à aussi bon compte et de la même façon que
    cet acteur du Palais-Royal à qui on demandait où il pouvait trouver
    ses surprenants chapeaux et qui répondait: «Je ne trouve pas mes
    chapeaux. Je les garde.» En un mot, je crois que ma mère jugeait M. de
    Norpois un peu «vieux jeu», ce qui était loin de lui sembler
    déplaisant au point de vue des manières, mais la charmait moins dans
    le domaine, sinon des idées–car celles de M. de Norpois étaient
    fort modernes–mais des expressions. Seulement, elle sentait que
    c'était flatter délicatement son mari que de lui parler avec
    admiration du diplomate qui lui marquait une prédilection si rare. En
    fortifiant dans l'esprit de mon père la bonne opinion qu'il avait de
    M. de Norpois, et par là en le conduisant à en prendre une bonne aussi
    de lui-même, elle avait conscience de remplir celui de ses devoirs qui
    consistait à rendre la vie agréable à son époux, comme elle faisait
    quand elle veillait à ce que la cuisine fût soignée et le service
    silencieux. Et comme elle était incapable de mentir à mon père, elle
    s'entraînait elle-même à admirer l'Ambassadeur pour pouvoir le louer
    avec sincérité. D'ailleurs, elle goûtait naturellement son air de
    bonté, sa politesse un peu désuète (et si cérémonieuse que quand,
    marchant en redressant sa haute taille, il apercevait ma mère qui
    passait en voiture, avant de lui envoyer un coup de chapeau, il jetait
    au loin un cigare à peine commencé); sa conversation si mesurée, où il
    parlait de lui-même le moins possible et tenait toujours compte de ce
    qui pouvait être agréable à l'interlocuteur, sa ponctualité tellement
    surprenante à répondre à une lettre que quand, venant de lui en envoyer
    une, mon père reconnaissait l'écriture de M. de Norpois sur une
    enveloppe, son premier mouvement était de croire que par mauvaise
    chance leur correspondance s'était croisée: on eût dit qu'il existait,
    pour lui, à la poste, des levées supplémentaires et de luxe. Ma mère
    s'émerveillait qu'il fut si exact quoique si occupé, si aimable
    quoique si répandu, sans songer que les «quoique» sont toujours des
    «parce que» méconnus, et que (de même que les vieillards sont
    étonnants pour leur âge, les rois pleins de simplicité, et les
    provinciaux au courant de tout) c'était les mêmes habitudes qui
    permettaient à M. de Norpois de satisfaire à tant d'occupations et
    d'être si ordonné dans ses réponses, de plaire dans le monde et d'être
    aimable avec nous. De plus, l'erreur de ma mère comme celle de toutes
    les personnes qui ont trop de modestie, venait de ce qu'elle mettait
    les choses qui la concernaient au-dessous, et par conséquent en dehors
    des autres. La réponse qu'elle trouvait que l'ami de mon père avait eu
    tant de mérite à nous adresser rapidement parce qu'il écrivait par
    jour beaucoup de lettres, elle l'exceptait de ce grand nombre de
    lettres dont ce n'était que l'une; de même elle ne considérait pas
    qu'un dîner chez nous fût pour M. de Norpois un des actes innombrables
    de sa vie sociale: elle ne songeait pas que l'Ambassadeur avait été
    habitué autrefois dans la diplomatie à considérer les dîners en ville
    comme faisant partie de ses fonctions, et à y déployer une grâce
    invétérée dont c'eût été trop lui demander de se départir par
    extraordinaire quand il venait chez nous.

    Le premier dîner que M. de Norpois fit à la maison, une année où je
    jouais encore aux Champs-Élysées, est resté dans ma mémoire, parce que
    l'après-midi de ce même jour fut celui où j'allai enfin entendre la
    Berma, en «matinée», dans _Phèdre_, et aussi parce qu'en causant avec M.
    de Norpois je me rendis compte tout d'un coup, et d'une façon
    nouvelle, combien les sentiments éveillés en moi par tout ce qui
    concernait Gilberte Swann et ses parents différaient de ceux que cette
    même famille faisait éprouver à n'importe quelle autre personne.

    Ce fut sans doute en remarquant l'abattement où me plongeait
    l'approche des vacances du jour de l'an pendant lesquelles, comme elle
    me l'avait annoncé elle-même, je ne devais pas voir Gilberte, qu'un
    jour, pour me distraire, ma mère me dit: «Si tu as encore le même
    grand désir d'entendre la Berma, je crois que ton père permettrait
    peut-être que tu y ailles: ta grand'mère pourrait t'y emmener.»

    Mais c'était parce que M. de Norpois lui avait dit qu'il devrait me
    laisser entendre la Berma, que c'était pour un jeune homme un souvenir
    à garder, que mon père, jusque-là si hostile à ce que j'allasse perdre
    mon temps à risquer de prendre du mal pour ce qu'il appelait, au grand
    scandale de ma grand'mère, des inutilités, n'était plus loin de
    considérer cette soirée préconisée par l'Ambassadeur comme faisant
    vaguement partie d'un ensemble de recettes précieuses pour la réussite
    d'une brillante carrière. Ma grand'mère qui, en renonçant pour moi au
    profit que, selon elle, j'aurais trouvé à entendre la Berma, avait
    fait un gros sacrifice à l'intérêt de ma santé, s'étonnait que
    celui-ci devînt négligeable sur une seule parole de M. de Norpois.
    Mettant ses espérances invincibles de rationaliste dans le régime de
    grand air et de coucher de bonne heure qui m'avait été prescrit, elle
    déplorait comme un désastre cette infraction que j'allais y faire et,
    sur un ton navré, disait: «Comme vous êtes léger» à mon père qui,
    furieux, répondait: «Comment, c'est vous maintenant qui ne voulez
    pas qu'il y aille! c'est un peu fort, vous qui nous répétiez tout le
    temps que cela pouvait lui être utile.»

    Mais M. de Norpois avait changé sur un point bien plus important pour
    moi, les intentions de mon père. Celui-ci avait toujours désiré que je
    fusse diplomate, et je ne pouvais supporter l'idée que même si je
    devais rester quelque temps attaché au ministère, je risquasse d'être
    envoyé un jour comme ambassadeur dans des capitales que Gilberte
    n'habiterait pas. J'aurais préféré revenir aux projets littéraires que
    j'avais autrefois formés et abandonnés au cours de mes promenades du
    côté de Guermantes. Mais mon père avait fait une constante opposition
    à ce que je me destinasse à la carrière des lettres qu'il estimait
    fort inférieure à la diplomatie, lui refusant même le nom de carrière,
    jusqu'au jour où M. de Norpois, qui n'aimait pas beaucoup les agents
    diplomatiques de nouvelles couches, lui avait assuré qu'on pouvait,
    comme écrivain, s'attirer autant de considération, exercer autant
    d'action et garder plus d'indépendance que dans les ambassades.

    –Hé bien! je ne l'aurais pas cru, le père Norpois n'est pas du tout
    opposé à l'idée que tu fasses de la littérature, m'avait dit mon père.
    Et comme, assez influent lui-même, il croyait qu'il n'y avait rien qui
    ne s'arrangeât, ne trouvât sa solution favorable dans la conversation
    des gens importants: «Je le ramènerai dîner un de ces soirs en sortant
    de la Commission. Tu causeras un peu avec lui pour qu'il puisse
    t'apprécier. Écris quelque chose de bien que tu puisses lui montrer;
    il est très lié avec le directeur de la _Revue des Deux-Mondes_, il t'y
    fera entrer, il réglera cela, c'est un vieux malin; et, ma foi, il a
    l'air de trouver que la diplomatie, aujourd'hui!…»

    Le bonheur que j'aurais à ne pas être séparé de Gilberte me rendait
    désireux mais non capable d'écrire une belle chose qui pût être
    montrée à M. de Norpois. Après quelques pages préliminaires, l'ennui
    me faisant tomber la plume des mains, je pleurais de rage en pensant
    que je n'aurais jamais de talent, que je n'étais pas doué et ne
    pourrais même pas profiter de la chance que la prochaine venue de M.
    de Norpois m'offrait de rester toujours à Paris. Seule, l'idée qu'on
    allait me laisser entendre la Berma me distrayait de mon chagrin. Mais
    de même que je ne souhaitais voir des tempêtes que sur les côtes où
    elles étaient les plus violentes, de même je n'aurais voulu entendre
    la grande actrice que dans un de ces rôles classiques où Swann m'avait
    dit qu'elle touchait au sublime. Car quand c'est dans l'espoir d'une
    découverte précieuse que nous désirons recevoir certaines impressions
    de nature ou d'art, nous avons quelque scrupule à laisser notre âme
    accueillir à leur place des impressions moindres qui pourraient nous
    tromper sur la valeur exacte du Beau. La Berma dans _Andromaque_, dans
    _Les Caprices de Marianne_, dans _Phèdre_, c'était de ces choses
    fameuses que mon imagination avait tant désirées. J'aurais le même
    ravissement que le jour où une gondole m'emmènerait au pied du Titien des
    Frari ou des Carpaccio de San Giorgio dei Schiavoni, si jamais j'entendais
    réciter par la Berma les vers: «On dit qu'un prompt départ vous
    éloigne de nous, Seigneur, etc.» Je les connaissais par la simple
    reproduction en noir et blanc qu'en donnent les éditions imprimées;
    mais mon cœur battait quand je pensais, comme à la réalisation d'un
    voyage, que je les verrais enfin baigner effectivement dans
    l'atmosphère et l'ensoleillement de la voix dorée. Un Carpaccio à
    Venise, la Berma dans _Phèdre_, chefs-d'œuvre d'art pictural ou
    dramatique que le prestige qui s'attachait à eux rendait en moi si
    vivants, c'est-à-dire si indivisibles, que si j'avais été voir des
    Carpaccio dans une salle du Louvre ou la Berma dans quelque pièce dont
    je n'aurais jamais entendu parler, je n'aurais plus éprouvé le même
    étonnement délicieux d'avoir enfin les yeux ouverts devant l'objet
    inconcevable et unique de tant de milliers de mes rêves. Puis,
    attendant du jeu de la Berma des révélations sur certains aspects de
    la noblesse, de la douleur, il me semblait que ce qu'il y avait de
    grand, de réel dans ce jeu, devait l'être davantage si l'actrice le
    superposait à une œuvre d'une valeur véritable au lieu de broder en
    somme du vrai et du beau sur une trame médiocre et vulgaire.

    Enfin, si j'allais entendre la Berma dans une pièce nouvelle, il ne me
    serait pas facile de juger de son art, de sa diction, puisque je ne
    pourrais pas faire le départ entre un texte que je ne connaîtrais pas
    d'avance et ce que lui ajouteraient des intonations et des gestes qui
    me sembleraient faire corps avec lui; tandis que les œuvres anciennes
    que je savais par cœur, m'apparaissaient comme de vastes espaces
    réservés et tout prêts où je pourrais apprécier en pleine liberté les
    inventions dont la Berma les couvrirait, comme à fresque, des
    perpétuelles trouvailles de son inspiration. Malheureusement, depuis
    des années qu'elle avait quitté les grandes scènes et faisait la
    fortune d'un théâtre de boulevard dont elle était l'étoile, elle ne
    jouait plus de classique, et j'avais beau consulter les affiches,
    elles n'annonçaient jamais que des pièces toutes récentes, fabriquées
    exprès pour elle par des auteurs en vogue; quand un matin, cherchant
    sur la colonne des théâtres les matinées de la semaine du jour de
    l'an, j'y vis pour la première fois–en fin de spectacle, après un
    lever de rideau probablement insignifiant dont le titre me sembla
    opaque parce qu'il contenait tout le particulier d'une action que
    j'ignorais–deux actes de _Phèdre_ avec Mme Berma, et aux matinées
    suivantes _Le Demi-Monde_, _Les Caprices de Marianne_, noms qui,
    comme celui de _Phèdre_, étaient pour moi transparents, remplis seulement de
    clarté, tant l'œuvre m'était connue, illuminés jusqu'au fond d'un
    sourire d'art. Ils me parurent ajouter de la noblesse à Mme Berma
    elle-même quand je lus dans les journaux après le programme de ces
    spectacles que c'était elle qui avait résolu de se montrer de nouveau
    au public dans quelques-unes de ses anciennes créations. Donc,
    l'artiste savait que certains rôles ont un intérêt qui survit à la
    nouveauté de leur apparition ou au succès de leur reprise, elle les
    considérait, interprétés par elle, comme des chefs-d'œuvre de musée
    qu'il pouvait être instructif de remettre sous les yeux de la
    génération qui l'y avait admirée, ou de celle qui ne l'y avait pas
    vue. En faisant afficher ainsi, au milieu de pièces qui n'étaient
    destinées qu'à faire passer le temps d'une soirée, _Phèdre_, dont le
    titre n'était pas plus long que les leurs et n'était pas imprimé en
    caractères différents, elle y ajoutait comme le sous-entendu d'une
    maîtresse de maison qui, en vous présentant à ses convives au moment
    d'aller à table, vous dit au milieu des noms d'invités qui ne sont que
    des invités, et sur le même ton qu'elle a cité les autres: M. Anatole
    France.

    Le médecin qui me soignait–celui qui m'avait défendu tout
    voyage–déconseilla à mes parents de me laisser aller au théâtre;
    j'en reviendrais malade, pour longtemps peut-être, et j'aurais en fin de
    compte plus de souffrance que de plaisir. Cette crainte eût pu
    m'arrêter, si ce que j'avais attendu d'une telle représentation eût
    été seulement un plaisir qu'en somme une souffrance ultérieure peut
    annuler, par compensation. Mais–de même qu'au voyage à Balbec, au
    voyage à Venise que j'avais tant désirés–ce que je demandais à
    cette matinée, c'était tout autre chose qu'un plaisir: des vérités
    appartenant à un monde plus réel que celui où je vivais, et desquelles
    l'acquisition une fois faite ne pourrait pas m'être enlevée par des
    incidents insignifiants, fussent-ils douloureux à mon corps, de mon
    oiseuse existence. Tout au plus, le plaisir que j'aurais pendant le
    spectacle, m'apparaissait-il comme la forme peut-être nécessaire de la
    perception de ces vérités; et c'était assez pour que je souhaitasse
    que les malaises prédits ne commençassent qu'une fois la
    représentation finie, afin qu'il ne fût pas par eux compromis et
    faussé. J'implorais mes parents, qui, depuis la visite du médecin, ne
    voulaient plus me permettre d'aller à _Phèdre_. Je me récitais sans
    cesse la tirade: «On dit qu'un prompt départ vous éloigne de nous»,
    cherchant toutes les intonations qu'on pouvait y mettre, afin de mieux
    mesurer l'inattendu de celle que la Berma trouverait. Cachée comme le
    Saint des Saints sous le rideau qui me la dérobait et derrière lequel
    je lui prêtais à chaque instant un aspect nouveau, selon ceux des mots
    de Bergotte–dans la plaquette retrouvée par Gilberte–qui me
    revenaient à l'esprit: «Noblesse plastique, cilice chrétien, pâleur
    janséniste, princesse de Trézène et de Clèves, drame mycénien, symbole
    delphique, mythe solaire», la divine Beauté que devait me révéler le
    jeu de la Berma, nuit et jour, sur un autel perpétuellement allumé,
    trônait au fond de mon esprit, de mon esprit dont mes parents sévères
    et légers allaient décider s'il enfermerait ou non, et pour jamais,
    les perfections de la Déesse dévoilée à cette même place où se
    dressait sa forme invisible. Et les yeux fixés sur l'image
    inconcevable, je luttais du matin au soir contre les obstacles que ma
    famille m'opposait. Mais quand ils furent tombés, quand ma mère–bien
    que cette matinée eût lieu précisément le jour de la séance de la
    Commission après laquelle mon père devait ramener dîner M. de
    Norpois
    –m'eût dit: «Hé bien, nous ne voulons pas te chagriner, si tu crois
    que tu auras tant de plaisir, il faut y aller», quand cette journée de
    théâtre, jusque-là défendue, ne dépendit plus que de moi, alors, pour
    la première fois, n'ayant plus à m'occuper qu'elle cessât d'être
    impossible, je me demandai si elle était souhaitable, si d'autres
    raisons que la défense de mes parents n'auraient pas dû m'y faire
    renoncer. D'abord, après avoir détesté leur cruauté, leur consentement
    me les rendait si chers que l'idée de leur faire de la peine m'en
    causait à moi-même une, à travers laquelle la vie ne m'apparaissait
    plus comme ayant pour but la vérité, mais la tendresse, et ne me
    semblait plus bonne ou mauvaise que selon que mes parents seraient
    heureux ou malheureux. «J'aimerais mieux ne pas y aller, si cela doit
    vous affliger», dis-je à ma mère qui, au contraire, s'efforçait de
    m'ôter cette arrière-pensée qu'elle pût en être triste, laquelle,
    disait-elle, gâterait ce plaisir que j'aurais à _Phèdre_ et en
    considération duquel elle et mon père étaient revenus sur leur
    défense. Mais alors cette sorte d'obligation d'avoir du plaisir me
    semblait bien lourde. Puis si je rentrais malade, serais-je guéri
    assez vite pour pouvoir aller aux Champs-Élysées, les vacances finies,
    aussitôt qu'y retournerait Gilberte? A toutes ces raisons, je
    confrontais, pour décider ce qui devait l'emporter, l'idée, invisible
    derrière son voile, de la perfection de la Berma. Je mettais dans un
    des balances du plateau, «sentir maman triste, risquer de ne pas
    pouvoir aller aux Champs-Élysées», dans l'autre, «pâleur janséniste,
    mythe solaire»; mais ces mots eux-mêmes finissaient par s'obscurcir
    devant mon esprit, ne me disaient plus rien, perdaient tout poids; peu
    à peu mes hésitations devenaient si douloureuses que si j'avais
    maintenant opté pour le théâtre, ce n'eût plus été que pour les faire
    cesser et en être délivré une fois pour toutes. C'eût été pour abréger
    ma souffrance et non plus dans l'espoir d'un bénéfice intellectuel et
    en cédant à l'attrait de la perfection, que je me serais laissé
    conduire non vers la Sage Déesse, mais vers l'implacable Divinité sans
    visage et sans nom qui lui avait été subrepticement substituée sous
    son voile. Mais brusquement tout fut changé, mon désir d'aller
    entendre la Berma reçut un coup de fouet nouveau qui me permit
    d'attendre dans l'impatience et dans la joie cette «matinée»: étant
    allé faire devant la colonne des théâtres ma station quotidienne,
    depuis peu si cruelle, de stylite, j'avais vu, tout humide encore,
    l'affiche détaillée de _Phèdre_ qu'on venait de coller pour la première
    fois (et où à vrai dire le reste de la distribution ne m'apportait
    aucun attrait nouveau qui pût me décider). Mais elle donnait à l'un
    des buts entre lesquels oscillait mon indécision, une forme plus
    concrète et–comme l'affiche était datée non du jour où je la lisais
    mais de celui où la représentation aurait lieu, et de l'heure même du
    lever du rideau–presque imminente, déjà en voie de réalisation, si
    bien que je sautai de joie devant la colonne en pensant que ce
    jour-là, exactement à cette heure, je serais prêt à entendre la Berma,
    assis à ma place; et de peur que mes parents n'eussent plus le temps
    d'en trouver deux bonnes pour ma grand'mère et pour moi, je ne fis
    qu'un bond jusqu'à la maison, cinglé que j'étais par ces mots magiques
    qui avaient remplacé dans ma pensée «pâleur janséniste» et «mythe
    solaire»: «les dames ne seront pas reçues à l'orchestre en chapeau,
    les portes seront fermées à deux heures.»

    Hélas! cette première matinée fut une grande déception. Mon père nous
    proposa de nous déposer ma grand'mère et moi au théâtre, en se rendant
    à sa Commission. Avant de quitter la maison, il dit à ma mère: «Tâche
    d'avoir un bon dîner; tu te rappelles que je dois ramener de Norpois?»
    Ma mère ne l'avait pas oublié. Et depuis la veille, Françoise,
    heureuse de s'adonner à cet art de la cuisine pour lequel elle avait
    certainement un don, stimulée, d'ailleurs, par l'annonce d'un convive
    nouveau, et sachant qu'elle aurait à composer, selon des méthodes sues
    d'elle seule, du bœuf à la gelée, vivait dans l'effervescence de la
    création; comme elle attachait une importance extrême à la qualité
    intrinsèque des matériaux qui devaient entrer dans la fabrication de
    son œuvre, elle allait elle-même aux Halles se faire donner les plus
    beaux carrés de romsteck, de jarret de bœuf, de pied de veau, comme
    Michel-Ange passant huit mois dans les montagnes de Carrare à choisir
    les blocs de marbre les plus parfaits pour le monument de Jules II.
    Françoise dépensait dans ces allées et venues une telle ardeur que
    maman voyant sa figure enflammée craignait que notre vieille servante
    ne tombât malade de surmenage comme l'auteur du Tombeau des Médicis
    dans les carrières de Pietraganta. Et dès la veille Françoise avait
    envoyé cuire dans le four du boulanger, protégé de mie de pain comme
    du marbre rose ce qu'elle appelait du jambon de Nev'York. Croyant la
    langue moins riche qu'elle n'est et ses propres oreilles peu sûres,
    sans doute la première fois qu'elle avait entendu parler de jambon
    d'York avait-elle cru–trouvant d'une prodigalité invraisemblable
    dans le vocabulaire qu'il pût exister à la fois York et New-York–qu'elle
    avait mal entendu et qu'on aurait voulu dire le nom qu'elle
    connaissait déjà. Aussi, depuis, le mot d'York se faisait précéder
    dans ses oreilles ou devant ses yeux si elle lisait une annonce de:
    New qu'elle prononçait Nev'. Et c'est de la meilleure foi du monde
    qu'elle disait à sa fille de cuisine: «Allez me chercher du jambon
    chez Olida. Madame m'a bien recommandé que ce soit du Nev'York.» Ce
    jour-là, si Françoise avait la brûlante certitude des grands
    créateurs, mon lot était la cruelle inquiétude du chercheur. Sans
    doute, tant que je n'eus pas entendu la Berma, j'éprouvai du plaisir.
    J'en éprouvai dans le petit square qui précédait le théâtre et dont,
    deux heures plus tard, les marronniers dénudés allaient luire avec des
    reflets métalliques dès que les becs de gaz allumés éclaireraient le
    détail de leurs ramures; devant les employés du contrôle, desquels le
    choix, l'avancement, le sort, dépendaient de la grande artiste–qui
    seule détenait le pouvoir dans cette administration à la tête de
    laquelle des directeurs éphémères et purement nominaux se succédaient
    obscurément–et qui prirent nos billets sans nous regarder, agités
    qu'ils étaient de savoir si toutes les prescriptions de Mme Berma
    avaient bien été transmises au personnel nouveau, s'il était bien
    entendu que la claque ne devait jamais applaudir pour elle, que les
    fenêtres devaient être ouvertes tant qu'elle ne serait pas en scène et
    la moindre porte fermée après, un pot d'eau chaude dissimulé près
    d'elle pour faire tomber la poussière du plateau: et, en effet, dans
    un moment sa voiture attelée de deux chevaux à longue crinière allait
    s'arrêter devant le théâtre, elle en descendrait enveloppée dans des
    fourrures, et, répondant d'un geste maussade aux saluts, elle
    enverrait une de ses suivantes s'informer de l'avant-scène qu'on avait
    réservée pour ses amis, de la température de la salle, de la
    composition des loges, de la tenue des ouvreuses, théâtre et public
    n'étant pour elle qu'un second vêtement plus extérieur dans lequel
    elle entrerait et le milieu plus ou moins bon conducteur que son
    talent aurait à traverser. Je fus heureux aussi dans la salle même;
    depuis que je savais que–contrairement à ce que m'avaient si
    longtemps représenté mes imaginations enfantines–il n'y avait
    qu'une scène pour tout le monde, je pensais qu'on devait être empêché
    de bien voir par les autres spectateurs comme on l'est au milieu d'une
    foule; or je me rendis compte qu'au contraire, grâce à une disposition
    qui est comme le symbole de toute perception, chacun se sent le centre
    du théâtre; ce qui m'explique qu'une fois qu'on avait envoyé Françoise
    voir un mélodrame aux troisièmes galeries, elle avait assuré en
    rentrant que sa place était la meilleure qu'on pût avoir et au lieu de
    se trouver trop loin, s'était sentie intimidée par la proximité
    mystérieuse et vivante du rideau. Mon plaisir s'accrut encore quand je
    commençai à distinguer derrière ce rideau baissé des bruits confus
    comme on en entend sous la coquille d'un œuf quand le poussin va
    sortir, qui bientôt grandirent, et tout à coup, de ce monde
    impénétrable à notre regard, mais qui nous voyait du sien,
    s'adressèrent indubitablement à nous sous la forme impérieuse de trois
    coups aussi émouvants que des signaux venus de la planète Mars. Et–ce
    rideau une fois levé–quand sur la scène une table à écrire et
    une cheminée assez ordinaires, d'ailleurs, signifièrent que les
    personnages qui allaient entrer seraient, non pas des acteurs venus
    pour réciter comme j'en avais vus une fois en soirée, mais des hommes
    en train de vivre chez eux un jour de leur vie dans laquelle je
    pénétrais par effraction sans qu'ils pussent me voir–mon plaisir
    continua de durer; il fut interrompu par une courte inquiétude: juste
    comme je dressais l'oreille avant que commençât la pièce, deux hommes
    entrèrent sur la scène, bien en colère, puisqu'ils parlaient assez
    fort pour que dans cette salle où il y avait plus de mille personnes
    on distinguât toutes leurs paroles, tandis que dans un petit café on
    est obligé de demander au garçon ce que disent deux individus qui se
    collettent; mais dans le même instant étonné de voir que le public les
    entendait sans protester, submergé qu'il était par un unanime silence
    sur lequel vint bientôt clapoter un rire ici, un autre là, je compris
    que ces insolents étaient les acteurs et que la petite pièce, dite
    lever de rideau, venait de commencer. Elle fut suivie d'un entr'acte
    si long que les spectateurs revenus à leurs places s'impatientaient,
    tapaient des pieds. J'en étais effrayé; car de même que dans le compte
    rendu d'un procès, quand je lisais qu'un homme d'un noble cœur allait
    venir au mépris de ses intérêts, témoigner en faveur d'un innocent, je
    craignais toujours qu'on ne fût pas assez gentil pour lui, qu'on ne
    lui marquât pas assez de reconnaissance, qu'on ne le récompensât pas
    richement, et, qu'écœuré, il se mît du côté de l'injustice; de même,
    assimilant en cela le génie à la vertu, j'avais peur que la Berma
    dépitée par les mauvaises façons d'un public aussi mal élevé–dans
    lequel j'aurais voulu au contraire qu'elle pût reconnaître avec
    satisfaction quelques célébrités au jugement de qui elle eût attaché
    de l'importance–ne lui exprimât son mécontentement et son dédain en
    jouant mal. Et je regardais d'un air suppliant ces brutes trépignantes
    qui allaient briser dans leur fureur l'impression fragile et précieuse
    que j'étais venu chercher. Enfin, les derniers moments de mon plaisir
    furent pendant les premières scènes de _Phèdre_. Le personnage de _Phèdre_
    ne paraît pas dans ce commencement du second acte; et, pourtant, dès
    que le rideau fut levé et qu'un second rideau, en velours rouge
    celui-là, se fut écarté, qui dédoublait la profondeur de la scène dans
    toutes les pièces où jouait l'étoile, une actrice entra par le fond,
    qui avait la figure et la voix qu'on m'avait dit être celles de la
    Berma. On avait dû changer la distribution, tout le soin que j'avais
    mis à étudier le rôle de la femme de Thésée devenait inutile. Mais une
    autre actrice donna la réplique à la première. J'avais dû me tromper
    en prenant celle-là pour la Berma, car la seconde lui ressemblait
    davantage encore et, plus que l'autre, avait sa diction. Toutes deux
    d'ailleurs ajoutaient à leur rôle de nobles gestes–que je
    distinguais clairement et dont je comprenais la relation avec le
    texte, tandis qu'elles soulevaient leurs beaux péplums–et aussi des
    intonations ingénieuses, tantôt passionnées, tantôt ironiques, qui me
    faisaient comprendre la signification d'un vers que j'avais lu chez
    moi sans apporter assez d'attention à ce qu'il voulait dire. Mais tout
    d'un coup, dans l'écartement du rideau rouge du sanctuaire, comme dans
    un cadre, une femme parut et, aussitôt à la peur que j'eus, bien plus
    anxieuse que pouvait être celle de la Berma, qu'on la gênât en ouvrant
    une fenêtre, qu'on altérât le son d'une de ses paroles en froissant un
    programme, qu'on l'indisposât en applaudissant ses camarades, en ne
    l'applaudissant pas elle, assez;–à ma façon, plus absolue encore
    que celle de la Berma, de ne considérer dès cet instant, salle,
    public, acteurs, pièce, et mon propre corps que comme un milieu
    acoustique n'ayant d'importance que dans la mesure où il était
    favorable aux inflexions de cette voix, je compris que les deux
    actrices que j'admirais depuis quelques minutes n'avaient aucune
    ressemblance avec celle que j'étais venu entendre. Mais en même temps
    tout mon plaisir avait cessé; j'avais beau tendre vers la Berma mes
    yeux, mes oreilles, mon esprit, pour ne pas laisser échapper une
    miette des raisons qu'elle me donnerait de l'admirer, je ne parvenais
    pas à en recueillir une seule. Je ne pouvais même pas, comme pour ses
    camarades, distinguer dans sa diction et dans son jeu des intonations
    intelligentes, de beaux gestes. Je l'écoutais comme j'aurais lu
    _Phèdre_, ou comme si Phèdre, elle-même avait dit en ce moment les
    choses que j'entendais, sans que le talent de la Berma semblât leur
    avoir rien ajouté. J'aurais voulu–pour pouvoir l'approfondir, pour
    tâcher d'y découvrir ce qu'elle avait de beau–arrêter, immobiliser
    longtemps devant moi chaque intonation de l'artiste, chaque expression
    de sa physionomie; du moins, je tâchais, à force d'agilité morale, en
    ayant avant un vers mon attention tout installée et mise au point, de
    ne pas distraire en préparatifs une parcelle de la durée de chaque
    mot, de chaque geste, et, grâce à l'intensité de mon attention,
    d'arriver à descendre en eux aussi profondément que j'aurais fait si
    j'avais eu de longues heures à moi. Mais que cette durée était brève!
    A peine un son était-il reçu dans mon oreille qu'il était remplacé par
    un autre. Dans une scène où la Berma reste immobile un instant, le
    bras levé à la hauteur du visage baignée grâce à un artifice
    d'éclairage, dans une lumière verdâtre, devant le décor qui représente
    la mer, la salle éclata en applaudissements, mais déjà l'actrice avait
    changé de place et le tableau que j'aurais voulu étudier n'existait
    plus. Je dis à ma grand'mère que je ne voyais pas bien, elle me passa
    sa lorgnette. Seulement, quand on croit à la réalité des choses, user
    d'un moyen artificiel pour se les faire montrer n'équivaut pas tout à
    fait à se sentir près d'elles. Je pensais que ce n'était plus la Berma
    que je voyais, mais son image, dans le verre grossissant. Je reposai
    la lorgnette; mais peut-être l'image que recevait mon œil, diminuée par
    l'éloignement, n'était pas plus exacte; laquelle des deux Berma était
    la vraie? Quant à la déclaration à Hippolyte, j'avais beaucoup compté
    sur ce morceau où, à en juger par la signification ingénieuse que ses
    camarades me découvraient à tout moment dans des parties moins belles,
    elle aurait certainement des intonations plus surprenantes que celles
    que chez moi, en lisant, j'avais tâché d'imaginer; mais elle
    n'atteignit même pas jusqu'à celles qu'Œnone ou Aricie eussent
    trouvées, elle passa au rabot d'une mélopée uniforme, toute la tirade
    où se trouvèrent confondues ensemble des oppositions, pourtant si
    tranchées, qu'une tragédienne à peine intelligente, même des élèves de
    lycée, n'en eussent pas négligé l'effet; d'ailleurs, elle la débita
    tellement vite que ce fut seulement quand elle fut arrivée au dernier
    vers que mon esprit prit conscience de la monotonie voulue qu'elle
    avait imposée aux premiers.

    Enfin éclata mon premier sentiment d'admiration: il fut provoqué par
    les applaudissements frénétiques des spectateurs. J'y mêlai les miens
    en tâchant de les prolonger, afin que par reconnaissance, la Berma se
    surpassant, je fusse certain de l'avoir entendue dans un de ses
    meilleurs jours. Ce qui est du reste curieux, c'est que le moment où
    se déchaîna cet enthousiasme du public, fut, je l'ai su depuis, celui
    où la Berma a une de ses plus belles trouvailles. Il semble que
    certaines réalités transcendantes émettent autour d'elles des rayons
    auxquels la foule est sensible. C'est ainsi que, par exemple, quand un
    événement se produit, quand à la frontière une armée est en danger, ou
    battue, ou victorieuse, les nouvelles assez obscures qu'on reçoit et
    d'où l'homme cultivé ne sait pas tirer grand chose, excitent dans la
    foule une émotion qui le surprend et dans laquelle, une fois que les
    experts l'ont mis au courant de la véritable situation militaire, il
    reconnaît la perception par le peuple de cette «aura» qui entoure les
    grands événements et qui peut être visible à des centaines de
    kilomètres. On apprend la victoire, ou après-coup quand la guerre est
    finie, ou tout de suite par la joie du concierge. On découvre un trait
    génial du jeu de la Berma huit jours après l'avoir entendue, par la
    critique, ou sur le coup par les acclamations du parterre. Mais cette
    connaissance immédiate de la foule étant mêlée à cent autres toutes
    erronées, les applaudissements tombaient le plus souvent à faux, sans
    compter qu'ils étaient mécaniquement soulevés par la force des
    applaudissements antérieurs comme dans une tempête une fois que la mer
    a été suffisamment remuée elle continue à grossir, même si le vent ne
    s'accroît plus. N'importe, au fur et à mesure que j'applaudissais, il
    me semblait que la Berma avait mieux joué. «Au moins, disait à côté de
    moi une femme assez commune, elle se dépense celle-là, elle se frappe
    à se faire mal, elle court, parlez-moi de ça, c'est jouer.» Et heureux
    de trouver ces raisons de la supériorité de la Berma, tout en me
    doutant qu'elles ne l'expliquaient pas plus que celle de la Joconde,
    ou du Persée de Benvenuto l'exclamation d'un paysan: «C'est bien fait
    tout de même! c'est tout en or, et du beau! quel travail!», je
    partageai avec ivresse le vin grossier de cet enthousiasme populaire.
    Je n'en sentis pas moins, le rideau tombé, un désappointement que ce
    plaisir que j'avais tant désiré n'eût pas été plus grand, mais en même
    temps le besoin de le prolonger, de ne pas quitter pour jamais, en
    sortant de la salle, cette vie du théâtre qui pendant quelques heures
    avait été la mienne, et dont je me serais arraché comme en un départ
    pour l'exil, en rentrant directement à la maison, si je n'avais espéré
    d'y apprendre beaucoup sur la Berma par son admirateur auquel je
    devais qu'on m'eût permis d'aller à _Phèdre_, M. de Norpois. Je lui fus
    présenté avant le dîner par mon père qui m'appela pour cela dans son
    cabinet. A mon entrée, l'ambassadeur se leva, me tendit la main,
    inclina sa haute taille et fixa attentivement sur moi ses yeux bleus.
    Comme les étrangers de passage qui lui étaient présentés, au temps où
    il représentait la France, étaient plus ou moins–jusqu'aux
    chanteurs connus–des personnes de marque et dont il savait alors
    qu'il pourrait dire plus tard quand on prononcerait leur nom à Paris
    ou à Pétersbourg, qu'il se rappelait parfaitement la soirée qu'il
    avait passée avec eux à Munich ou à Sofia, il avait pris l'habitude de
    leur marquer par son affabilité la satisfaction qu'il avait de les
    connaître: mais de plus, persuadé que dans la vie des capitales, au
    contact à la fois des individualités intéressantes qui les traversent
    et des usages du peuple qui les habite, on acquiert une connaissance
    approfondie, et que les livres ne donnent pas, de l'histoire, de la
    géographie, des mœurs des différentes nations, du mouvement
    intellectuel de l'Europe, il exerçait sur chaque nouveau venu ses
    facultés aiguës d'observateur afin de savoir de suite à quelle espèce
    d'homme il avait à faire. Le gouvernement ne lui avait plus depuis
    longtemps confié de poste à l'étranger, mais dès qu'on lui présentait
    quelqu'un, ses yeux, comme s'ils n'avaient pas reçu notification de sa
    mise en disponibilité, commençaient à observer avec fruit, cependant
    que par toute son attitude il cherchait à montrer que le nom de
    l'étranger ne lui était pas inconnu. Aussi, tout en me parlant avec
    bonté et de l'air d'importance d'un homme qui sait sa vaste
    expérience, il ne cessait de m'examiner avec une curiosité sagace et
    pour son profit, comme si j'eusse été quelque usage exotique, quelque
    monument instructif, ou quelque étoile en tournée. Et de la sorte il
    faisait preuve à la fois, à mon endroit, de la majestueuse amabilité
    du sage Mentor et de la curiosité studieuse du jeune Anacharsis.

    Il ne m'offrit absolument rien pour la _Revue des Deux-Mondes_, mais me
    posa un certain nombre de questions sur ce qu'avaient été ma vie et
    mes études, sur mes goûts dont j'entendis parler pour la première fois
    comme s'il pouvait être raisonnable de les suivre, tandis que j'avais
    cru jusqu'ici que c'était un devoir de les contrarier. Puisqu'ils me
    portaient du côté de la littérature, il ne me détourna pas d'elle; il
    m'en parla au contraire avec déférence comme d'une personne vénérable
    et charmante du cercle choisi de laquelle, à Rome ou à Dresde, on a
    gardé le meilleur souvenir et qu'on regrette par suite des nécessités
    de la vie de retrouver si rarement. Il semblait m'envier en souriant
    d'un air presque grivois les bons moments que, plus heureux que lui et
    plus libre, elle me ferait passer. Mais les termes mêmes dont il se
    servait me montraient la Littérature comme trop différente de l'image
    que je m'en étais faite à Combray et je compris que j'avais eu
    doublement raison de renoncer à elle. Jusqu'ici je m'étais seulement
    rendu compte que je n'avais pas le don d'écrire; maintenant M. de
    Norpois m'en ôtait même le désir. Je voulus lui exprimer ce que
    j'avais rêvé; tremblant d'émotion, je me serais fait un scrupule que
    toutes mes paroles ne fussent pas l'équivalent le plus sincère
    possible de ce que j'avais senti et que je n'avais jamais essayé de me
    formuler; c'est dire que mes paroles n'eurent aucune netteté.
    Peut-être par habitude professionnelle, peut-être en vertu du calme
    qu'acquiert tout homme important dont on sollicite le conseil et qui
    sachant qu'il gardera en mains la maîtrise de la conversation, laisse
    l'interlocuteur s'agiter, s'efforcer, peiner à son aise, peut-être
    aussi pour faire valoir le caractère de sa tête (selon lui grecque,
    malgré les grands favoris), M. de Norpois, pendant qu'on lui exposait
    quelque chose, gardait une immobilité de visage aussi absolue, que si
    vous aviez parlé devant quelque buste antique–et sourd–dans une
    glyptothèque. Tout à coup, tombant comme le marteau du
    commissaire-priseur, ou comme un oracle de Delphes, la voix de
    l'ambassadeur qui vous répondait vous impressionnait d'autant plus,
    que rien dans sa face ne vous avait laissé soupçonner le genre
    d'impression que vous aviez produit sur lui, ni l'avis qu'il allait
    émettre.

    –Précisément, me dit-il tout à coup comme si la cause était jugée et
    après m'avoir laissé bafouiller en face des yeux immobiles qui ne me
    quittaient pas un instant, j'ai le fils d'un de mes amis qui, _mutatis
    mutandis_, est comme vous (et il prit pour parler de nos dispositions
    communes le même ton rassurant que si elles avaient été des
    dispositions non pas à la littérature, mais au rhumatisme et s'il
    avait voulu me montrer qu'on n'en mourait pas). Aussi a-t-il préféré
    quitter le quai d'Orsay où la voie lui était pourtant toute tracée par
    son père et sans se soucier du qu'en dira-t-on, il s'est mis à
    produire. Il n'a certes pas lieu de s'en repentir. Il a publié il y a
    deux ans–il est d'ailleurs beaucoup plus âgé que vous,
    naturellement–un ouvrage relatif au sentiment de l'Infini sur la
    rive occidentale du lac Victoria-Nyanza et cette année un opuscule
    moins important, mais conduit d'une plume alerte, parfois même acérée,
    sur le fusil à répétition dans l'armée bulgare, qui l'ont mis tout à
    fait hors de pair. Il a déjà fait un joli chemin, il n'est pas homme à
    s'arrêter en route, et je sais que, sans que l'idée d'une candidature
    ait été envisagée, on a laissé tomber son nom deux ou trois dans la
    conversation et d'une façon qui n'avait rien de défavorable, à
    l'Académie des Sciences morales. En somme, sans pouvoir dire encore
    qu'il soit au pinacle, il a conquis de haute lutte une fort jolie
    position et le succès qui ne va pas toujours qu'aux agités et aux
    brouillons, aux faiseurs d'embarras qui sont presque toujours des
    faiseurs, le succès a récompensé son effort.

    Mon père, me voyant déjà académicien dans quelques années, respirait
    une satisfaction que M. de Norpois porta à son comble quand, après un
    instant d'hésitation pendant lequel il sembla calculer les
    conséquences de son acte, il me dit, en me tendant sa carte: «Allez
    donc le voir de ma part, il pourra vous donner d'utiles conseils», me
    causant par ces mots une agitation aussi pénible que s'il m'avait
    annoncé qu'on m'embarquait le lendemain comme mousse à bord d'un
    voilier.

    Ma tante Léonie m'avait fait héritier en même temps que de beaucoup
    d'objets et de meubles fort embarrassants, de presque toute sa fortune
    liquide–révélant ainsi après sa mort une affection pour moi que je
    n'avais guère soupçonnée pendant sa vie. Mon père, qui devait gérer
    cette fortune jusqu'à ma majorité, consulta M. de Norpois sur un
    certain nombre de placements. Il conseilla des titres à faible
    rendement qu'il jugeait particulièrement solides, notamment les
    Consolidés Anglais et le 4% Russe. «Avec ces valeurs de tout premier
    ordre, dit M. de Norpois, si le revenu n'est pas très élevé, vous êtes
    du moins assuré de ne jamais voir fléchir le capital.» Pour le reste,
    mon père lui dit en gros ce qu'il avait acheté. M. de Norpois eut un
    imperceptible sourire de félicitations: comme tous les capitalistes,
    il estimait la fortune une chose enviable, mais trouvait plus délicat
    de ne complimenter que par un signe d'intelligence à peine avoué, au
    sujet de celle qu'on possédait; d'autre part, comme il était lui-même
    colossalement riche, il trouvait de bon goût d'avoir l'air de juger
    considérables les revenus moindres d'autrui, avec pourtant un retour
    joyeux et confortable sur la supériorité des siens. En revanche il
    n'hésita pas à féliciter mon père de la «composition» de son
    portefeuille «d'un goût très sûr, très délicat, très fin». On aurait
    dit qu'il attribuait aux relations des valeurs de bourse entre elles,
    et même aux valeurs de bourse en elles-mêmes, quelque chose comme un
    mérite esthétique. D'une, assez nouvelle et ignorée, dont mon père lui
    parla, M. de Norpois, pareil à ces gens qui ont lu des livres que vous
    vous croyez seul à connaître, lui dit: «Mais si, je me suis amusé
    pendant quelque temps à la suivre dans la Cote, elle était
    intéressante», avec le sourire rétrospectivement captivé d'un abonné
    qui a lu le dernier roman d'une revue, par tranches, en feuilleton.
    «Je ne vous déconseillerais pas de souscrire à l'émission qui va être
    lancée prochainement. Elle est attrayante, car on vous offre les
    titres à des prix tentants.» Pour certaines valeurs anciennes au
    contraire, mon père ne se rappelant plus exactement les noms, faciles
    à confondre avec ceux d'actions similaires, ouvrit un tiroir et montra
    les titres eux-mêmes, à l'Ambassadeur. Leur vue me charma; ils étaient
    enjolivés de flèches de cathédrales et de figures allégoriques comme
    certaines vieilles publications romantiques que j'avais feuilletées
    autrefois. Tout ce qui est d'un même temps se ressemble; les artistes
    qui illustrent les poèmes d'une époque sont les mêmes que font
    travailler pour elles les Sociétés financières. Et rien ne fait mieux
    penser à certaines livraisons de _Notre-Dame de Paris_ et d'œuvres de
    Gérard de Nerval, telles qu'elles étaient accrochées à la devanture de
    l'épicerie de Combray, que, dans son encadrement rectangulaire et
    fleuri que supportaient des divinités fluviales, une action nominative
    de la Compagnie des Eaux.

    Mon père avait pour mon genre d'intelligence un mépris suffisamment
    corrigé par la tendresse pour qu'au total, son sentiment sur tout ce
    que je faisais fut une indulgence aveugle. Aussi n'hésita-t-il pas à
    m'envoyer chercher un petit poème en prose que j'avais fait autrefois
    à Combray en revenant d'une promenade. Je l'avais écrit avec une
    exaltation qu'il me semblait devoir communiquer à ceux qui le
    liraient. Mais elle ne dut pas gagner M. de Norpois, car ce fut sans
    me dire une parole qu'il me le rendit.

    Ma mère, pleine de respect pour les occupations de mon père, vint
    demander, timidement, si elle pouvait faire servir. Elle avait peur
    d'interrompre une conversation où elle n'aurait pas eu à être mêlée.
    Et, en effet, à tout moment mon père rappelait au marquis quelque
    mesure utile qu'ils avaient décidé de soutenir à la prochaine séance
    de Commission, et il le faisait sur le ton particulier qu'ont ensemble
    dans un milieu différent–pareils en cela à deux collégiens–deux
    collègues à qui leurs habitudes professionnelles créent des souvenirs
    communs où n'ont pas accès les autres et auxquels ils s'excusent de se
    reporter devant eux.

    Mais la parfaite indépendance des muscles du visage à laquelle M. de
    Norpois était arrivé, lui permettait d'écouter sans avoir l'air
    d'entendre. Mon père finissait par se troubler: «J'avais pensé à
    demander l'avis de la Commission…» disait-il à M. de Norpois après
    de longs préambules. Alors du visage de l'aristocratique virtuose qui
    avait gardé l'inertie d'un instrumentiste dont le moment n'est pas
    venu d'exécuter sa partie, sortait avec un débit égal, sur un ton aigu
    et comme ne faisant que finir, mais confiée cette fois à un autre
    timbre, la phrase commencée: «Que bien entendu vous n'hésiterez pas à
    réunir, d'autant plus que les membres vous sont individuellement
    connus et peuvent facilement se déplacer.» Ce n'était pas évidemment
    en elle-même une terminaison bien extraordinaire. Mais l'immobilité
    qui l'avait précédée la faisait se détacher avec la netteté
    cristalline, l'imprévu quasi malicieux de ces phrases par lesquelles
    le piano, silencieux jusque-là, réplique, au moment voulu, au
    violoncelle qu'on vient d'entendre, dans un concerto de Mozart.

    –Hé bien, as-tu été content de ta matinée? me dit mon père, tandis
    qu'on passait à table, pour me faire briller et pensant que mon
    enthousiasme me ferait bien juger par M. de Norpois. «Il est allé entendre
    la Berma tantôt, vous vous rappelez que nous en avions parlé ensemble»,
    dit-il en se tournant vers le diplomate du même ton d'allusion
    rétrospective, technique et mystérieuse que s'il se fût agi d'une
    séance de la Commission.

    –Vous avez dû être enchanté, surtout si c'était la première fois que
    vous l'entendiez. M. votre père s'alarmait du contre-coup que cette
    petite escapade pouvait avoir sur votre état de santé, car vous êtes
    un peu délicat, un peu frêle, je crois. Mais je l'ai rassuré. Les
    théâtres ne sont plus aujourd'hui ce qu'ils étaient il y a seulement
    vingt ans. Vous avez des sièges à peu près confortables, une
    atmosphère renouvelée, quoique nous ayons fort à faire encore pour
    rejoindre l'Allemagne et l'Angleterre, qui à cet égard comme à bien
    d'autres ont une formidable avance sur nous. Je n'ai pas vu Mme Berma
    dans _Phèdre_, mais j'ai entendu dire qu'elle y était admirable. Et vous
    avez été ravi, naturellement?

    M. de Norpois, mille fois plus intelligent que moi, devait détenir
    cette vérité que je n'avais pas su extraire du jeu de la Berma, il
    allait me la découvrir; en répondant à sa question, j'allais le prier
    de me dire en quoi cette vérité consistait; et il justifierait ainsi
    ce désir que j'avais eu de voir l'actrice. Je n'avais qu'un moment, il
    fallait en profiter et faire porter mon interrogatoire sur les points
    essentiels. Mais quels étaient-ils? Fixant mon attention tout entière
    sur mes impressions si confuses, et ne songeant nullement à me faire
    admirer de M. de Norpois, mais à obtenir de lui la vérité souhaitée,
    je ne cherchais pas à remplacer les mots qui me manquaient par des
    expressions toutes faites, je balbutiai, et finalement, pour tâcher de
    le provoquer à déclarer ce que la Berma avait d'admirable, je lui
    avouai que j'avais été déçu.

    –Mais comment, s'écria mon père, ennuyé de l'impression fâcheuse
    que l'aveu de mon incompréhension pouvait produire sur M. de Norpois,
    comment peux-tu dire que tu n'as pas eu de plaisir? ta grand'mère nous
    a raconté que tu ne perdais pas un mot de ce que la Berma disait, que
    tu avais les yeux hors de la tête, qu'il n'y avait que toi dans la
    salle comme cela.

    –Mais oui, j'écoutais de mon mieux pour savoir ce qu'elle avait de
    si remarquable. Sans doute, elle est très bien….

    –Si elle est très bien, qu'est-ce qu'il te faut de plus?

    –Une des choses qui contribuent certainement au succès de Mme
    Berma, dit M. de Norpois en se tournant avec application vers ma mère
    pour ne pas la laisser en dehors de la conversation et afin de remplir
    consciencieusement son devoir de politesse envers une maîtresse de
    maison, c'est le goût parfait qu'elle apporte dans le choix de ses
    rôles et qui lui vaut toujours un franc succès, et de bon aloi. Elle
    joue rarement des médiocrités. Voyez, elle s'est attaquée au rôle de
    Phèdre. D'ailleurs, ce goût elle l'apporte dans ses toilettes, dans
    son jeu. Bien qu'elle ait fait de fréquentes et fructueuses tournées
    en Angleterre et en Amérique, la vulgarité je ne dirai pas de John
    Bull ce qui serait injuste, au moins pour l'Angleterre de l'ère
    Victorienne, mais de l'oncle Sam n'a pas déteint sur elle. Jamais de
    couleurs trop voyantes, de cris exagérés. Et puis cette voix admirable
    qui la sert si bien et dont elle joue à ravir, je serais presque tenté
    de dire en musicienne!

    Mon intérêt pour le jeu de la Berma n'avait cessé de grandir depuis
    que la représentation était finie parce qu'il ne subissait plus la
    compression et les limites de la réalité; mais j'éprouvais le besoin
    de lui trouver des explications; de plus, il s'était porté avec une
    intensité égale, pendant que la Berma jouait, sur tout ce qu'elle
    offrait, dans l'indivisibilité de la vie, à mes yeux, à mes oreilles;
    il n'avait rien séparé et distingué; aussi fut-il heureux de se
    découvrir une cause raisonnable dans ces éloges donnés à la
    simplicité, au bon goût de l'artiste, il les attirait à lui par son
    pouvoir d'absorption, s'emparait d'eux comme l'optimisme d'un homme
    ivre des actions de son voisin dans lesquelles il trouve une raison
    d'attendrissement. «C'est vrai, me disais-je, quelle belle voix,
    quelle absence de cris, quels costumes simples, quelle intelligence
    d'avoir été choisir _Phèdre_! Non, je n'ai pas été déçu.»

    Le bœuf froid aux carottes fit son apparition, couché par le
    Michel-Ange de notre cuisine sur d'énormes cristaux de gelée pareils à
    des blocs de quartz transparent.

    –Vous avez un chef de tout premier ordre, madame, dit M. de
    Norpois. Et ce n'est pas peu de chose. Moi qui ai eu à l'étranger à
    tenir un certain train de maison, je sais combien il est souvent
    difficile de trouver un parfait maître queux. Ce sont de véritables
    agapes auxquelles vous nous avez conviés là.

    Et, en effet, Françoise, surexcitée par l'ambition de réussir pour un
    invité de marque un dîner enfin semé de difficultés dignes d'elle,
    s'était donné une peine qu'elle ne prenait plus quand nous étions
    seuls et avait retrouvé sa manière incomparable de Combray.

    –Voilà ce qu'on ne peut obtenir au cabaret, je dis dans les
    meilleurs: une daube de bœuf où la gelée ne sente pas la colle, et où
    le bœuf ait pris le parfum des carottes, c'est admirable! Permettez-moi
    d'y revenir, ajouta-t-il en faisant signe qu'il voulait encore de la
    gelée. Je serais curieux de juger votre Vatel maintenant sur un mets
    tout différent, je voudrais, par exemple, le trouver aux prises avec
    le bœuf Stroganof.

    M. de Norpois pour contribuer lui aussi à l'agrément du repas nous
    servit diverses histoires dont il régalait fréquemment ses collègues
    de carrière, tantôt en citant une période ridicule dite par un homme
    politique coutumier du fait et qui les faisait longues et pleines
    d'images incohérentes, tantôt telle formule lapidaire d'un diplomate
    plein d'atticisme. Mais, à vrai dire, le critérium qui distinguait
    pour lui ces deux ordres de phrases ne ressemblait en rien à celui que
    j'appliquais à la littérature. Bien des nuances m'échappaient; les
    mots qu'il récitait en s'esclaffant ne me paraissaient pas très
    différents de ceux qu'il trouvait remarquables. Il appartenait au
    genre d'hommes qui pour les œuvres que j'aimais eût dit: «Alors, vous
    comprenez? moi j'avoue que je ne comprends pas, je ne suis pas
    initié», mais j'aurais pu lui rendre la pareille, je ne saisissais pas
    l'esprit ou la sottise, l'éloquence ou l'enflure qu'il trouvait dans
    une réplique, ou dans un discours et l'absence de toute raison
    perceptible pourquoi ceci était mal et ceci bien, faisait que cette
    sorte de littérature m'était plus mystérieuse, me semblait plus
    obscure qu'aucune. Je démêlai seulement que répéter ce que tout le
    monde pensait n'était pas en politique une marque d'infériorité mais
    de supériorité. Quand M. de Norpois se servait de certaines
    expressions qui traînaient dans les journaux et les prononçait avec
    force, on sentait qu'elles devenaient un acte par le seul fait qu'il
    les avait employées et un acte qui susciterait des commentaires.

    Ma mère comptait beaucoup sur la salade d'ananas et de truffes. Mais
    l'Ambassadeur après avoir exercé un instant sur le mets la pénétration
    de son regard d'observateur la mangea en restant entouré de discrétion
    diplomatique et ne nous livra pas sa pensée. Ma mère insista pour
    qu'il en reprit, ce que fit M. de Norpois, mais en disant seulement au
    lieu du compliment qu'on espérait: «J'obéis, madame, puisque je vois
    que c'est là de votre part un véritable oukase.»

    –Nous avons lu dans les «feuilles» que vous vous étiez entretenu
    longuement avec le roi Théodose, lui dit mon père.

    –En effet, le roi qui a une rare mémoire des physionomies a eu la
    bonté de se souvenir en m'apercevant à l'orchestre que j'avais eu
    l'honneur de le voir pendant plusieurs jours à la cour de Bavière,
    quand il ne songeait pas à son trône oriental (vous savez qu'il y a
    été appelé par un congrès européen, et il a même fort hésité à
    l'accepter, jugeant cette souveraineté un peu inégale à sa race, la
    plus noble, héraldiquement parlant, de toute l'Europe). Un
    aide-de-camp est venu me dire d'aller saluer Sa Majesté, à l'ordre de
    qui je me suis naturellement empressé de déférer.

    –Avez-vous été content des résultats de son séjour?

    –Enchanté! Il était permis de concevoir quelque appréhension sur la
    façon dont un monarque encore si jeune, se tirerait de ce pas
    difficile, surtout dans des conjonctures aussi délicates. Pour ma part
    je faisais pleine confiance au sens politique du souverain. Mais
    j'avoue que mes espérances ont été dépassées. Le toast qu'il a
    prononcé à l'Elysée, et qui, d'après des renseignements qui me
    viennent de source tout à fait autorisée, avait été composé par lui du
    premier mot jusqu'au dernier, était entièrement digne de l'intérêt
    qu'il a excité partout. C'est tout simplement un coup de maître; un
    peu hardi je le veux bien, mais d'une audace qu'en somme l'événement a
    pleinement justifiée. Les traditions diplomatiques ont certainement du
    bon, mais dans l'espèce elles avaient fini par faire vivre son pays et
    le nôtre dans une atmosphère de renfermé qui n'était plus respirable.
    Eh bien! une des manières de renouveler l'air, évidemment une de
    celles qu'on ne peut pas recommander mais que le roi Théodose pouvait
    se permettre, c'est de casser les vitres. Et il l'a fait avec une
    belle humeur qui a ravi tout le monde et aussi une justesse dans les
    termes, où on a reconnu tout de suite la race de princes lettrés à
    laquelle il appartient par sa mère. Il est certain que quand il a
    parlé des «affinités» qui unissent son pays à la France, l'expression
    pour peu usitée qu'elle puisse être dans le vocabulaire des
    chancelleries, était singulièrement heureuse. Vous voyez que la
    littérature ne nuit pas, même dans la diplomatie, même sur un trône,
    ajouta-t-il en s'adressant à moi. La chose était constatée depuis
    longtemps, je le veux bien, et les rapports entre les deux puissances
    étaient devenus excellents. Encore fallait-il qu'elle fut dite. Le mot
    était attendu, il a été choisi à merveille, vous avez vu comme il a
    porté. Pour ma part j'y applaudis des deux mains.

    –Votre ami, M. De Vaugoubert, qui préparait le rapprochement depuis
    des années, a dû être content.

    –D'autant plus que Sa Majesté qui est assez coutumière du fait
    avait tenu à lui en faire la surprise. Cette surprise a été complète
    du reste pour tout le monde, à commencer par le Ministre des Affaires
    étrangères, qui, à ce qu'on m'a dit, ne l'a pas trouvée à son goût. A
    quelqu'un qui lui en parlait, il aurait répondu très nettement, assez
    haut pour être entendu des personnes voisines: «Je n'ai été ni
    consulté, ni prévenu», indiquant clairement par là qu'il déclinait
    toute responsabilité dans l'événement. Il faut avouer que celui-ci a
    fait un beau tapage et je n'oserais pas affirmer, ajouta-t-il avec un
    sourire malicieux, que tels de mes collègues pour qui la loi suprême
    semble être celle du moindre effort, n'en ont pas été troublés dans
    leur quiétude. Quant à Vaugoubert, vous savez qu'il avait été fort
    attaqué pour sa politique de rapprochement avec la France, et il avait
    dû d'autant plus en souffrir, que c'est un sensible, un cœur exquis.
    J'en puis d'autant mieux témoigner que bien qu'il soit mon cadet et de
    beaucoup, je l'ai fort pratiqué, nous sommes amis de longue date, et
    je le connais bien. D'ailleurs qui ne le connaîtrait? C'est une âme de
    cristal. C'est même le seul défaut qu'on pourrait lui reprocher, il
    n'est pas nécessaire que le cœur d'un diplomate soit aussi transparent
    que le sien. Cela n'empêche pas qu'on parle de l'envoyer à Rome, ce
    qui est un bel avancement, mais un bien gros morceau. Entre nous, je
    crois que Vaugoubert, si dénué qu'il soit d'ambition en serait fort
    content et ne demande nullement qu'on éloigne de lui ce calice. Il
    fera peut-être merveille là-bas; il est le candidat de la Consulta, et
    pour ma part, je le vois très bien, lui artiste, dans le cadre du
    palais Farnèse et la galerie des Carraches. Il semble qu'au moins
    personne ne devrait pouvoir le haïr; mais il y a autour du Roi
    Théodose, toute une camarilla plus ou moins inféodée à la
    Wilhelmstrasse dont elle suit docilement les inspirations et qui a
    cherché de toutes façons à lui tailler des croupières. Vaugoubert n'a
    pas eu à faire face seulement aux intrigues de couloirs mais aux
    injures de folliculaires à gages qui plus tard, lâches comme l'est
    tout journaliste stipendié, ont été des premiers à demander l'_aman_,
    mais qui en attendant n'ont pas reculé à faire état, contre notre
    représentant, des ineptes accusations de gens sans aveu. Pendant plus
    d'un mois les ennemis de Vaugoubert ont dansé autour de lui la danse
    du scalp, dit M. de Norpois, en détachant avec force ce dernier mot.
    Mais un bon averti en vaut deux; ces injures il les a repoussées du
    pied, ajouta-t-il plus énergiquement encore, et avec un regard si
    farouche que nous cessâmes un instant de manger. Comme dit un beau
    proverbe arabe: «Les chiens aboient, la caravane passe.» Après avoir
    jeté cette citation, M. de Norpois s'arrêta pour nous regarder et
    juger de l'effet qu'elle avait produit sur nous. Il fut grand, le
    proverbe nous était connu. Il avait remplacé cette année-là chez les
    hommes de haute valeur cet autre: «Qui sème le vent récolte la
    tempête», lequel avait besoin de repos, n'étant pas infatigable et
    vivace comme: «Travailler pour le Roi de Prusse.» Car la culture de
    ces gens éminents était une culture alternée, et généralement
    triennale. Certes les citations de ce genre, et desquelles M. de
    Norpois excellait à émailler ses articles de la _Revue_, n'étaient point
    nécessaires pour que ceux-ci parussent solides et bien informés. Même
    dépourvus de l'ornement qu'elles apportaient, il suffisait que M. de
    Norpois écrivit à point nommé–ce qu'il ne manquait pas de faire–:
    «Le Cabinet de Saint-James ne fut pas le dernier à sentir le péril»
    ou bien: «l'émotion fut grande au Pont-aux-Chantres où l'on suivait
    d'un œil inquiet la politique égoïste mais habile de la monarchie
    bicéphale», ou: «Un cri d'alarme partit de Montecitorio», ou encore
    «cet éternel double jeu qui est bien dans la manière du Ballplatz». A
    ces expressions le lecteur profane avait aussitôt reconnu et salué le
    diplomate de carrière. Mais ce qui avait fait dire qu'il était plus
    que cela, qu'il possédait une culture supérieure, cela avait été
    l'emploi raisonné de citations dont le modèle achevé restait alors:
    «Faites-moi de bonne politique et je vous ferai de bonnes finances,
    comme avait coutume de dire le Baron Louis.» (On n'avait pas encore
    importé d'Orient: «La victoire est à celui des deux adversaires qui
    sait souffrir un quart d'heure de plus que l'autre, comme disent les
    Japonais»). Cette réputation de grand lettré, jointe à un véritable
    génie d'intrigue caché sous le masque de l'indifférence avait fait
    entrer M. de Norpois à l'Académie des Sciences morales. Et quelques
    personnes pensèrent même qu'il ne serait pas déplacé à l'Académie
    Française, le jour où, voulant indiquer que c'est en resserrant
    l'alliance russe que nous pourrions arriver à une entente avec
    l'Angleterre, il n'hésita pas à écrire: «Qu'on le sache bien au quai
    d'Orsay, qu'on l'enseigne désormais dans tous les manuels de
    géographie qui se montrent incomplets à cet égard, qu'on refuse
    impitoyablement au baccalauréat tout candidat qui ne saura pas le
    dire: «Si tous les chemins mènent à Rome, en revanche la route qui va
    de Paris à Londres passe nécessairement par Pétersbourg.»

    –Somme toute, continua M. de Norpois en s'adressant à mon père,
    Vaugoubert s'est taillé là un beau succès et qui dépasse même celui
    qu'il avait escompté. Il s'attendait en effet à un toast correct (ce
    qui après les nuages des dernières années était déjà fort beau) mais à
    rien de plus. Plusieurs personnes qui étaient au nombre des assistants
    m'ont assuré qu'on ne peut pas en lisant ce toast se rendre compte de
    l'effet qu'il a produit, prononcé et détaillé à merveille par le roi
    qui est maître en l'art de dire et qui soulignait au passage toutes
    les intentions, toutes les finesses. Je me suis laissé raconter à ce
    propos un fait assez piquant et qui met en relief une fois de plus
    chez le roi Théodose cette bonne grâce juvénile qui lui gagne si bien
    les cœurs. On m'a affirmé que précisément à ce mot d'«affinités» qui
    était en somme la grosse innovation du discours, et qui défraiera,
    encore longtemps vous verrez, les commentaires des chancelleries, Sa
    Majesté, prévoyant la joie de notre ambassadeur, qui allait trouver là
    le juste couronnement de ses efforts, de son rêve pourrait-on dire et,
    somme toute, son bâton de maréchal, se tourna à demi vers Vaugoubert
    et fixant sur lui ce regard si prenant des Oettingen, détacha ce mot
    si bien choisi d'«affinités», ce mot qui était une véritable
    trouvaille, sur un ton qui faisait savoir à tous qu'il était employé à
    bon escient et en pleine connaissance de cause. Il paraît que
    Vaugoubert avait peine à maîtriser son émotion et, dans une certaine
    mesure, j'avoue que je le comprends. Une personne digne de toute
    créance m'a même confié que le roi se serait approché de Vaugoubert
    après le dîner, quand Sa Majesté a tenu cercle, et lui aurait dit à
    mi-voix: «Etes-vous content de votre élève, mon cher marquis?»

    –Il est certain, conclut M. de Norpois, qu'un pareil toast a plus fait
    que vingt ans de négociations pour resserrer les deux pays, leurs
    «affinités», selon la pittoresque expression de Théodose II. Ce n'est
    qu'un mot, si vous voulez, mais voyez, quelle fortune il a fait, comme
    toute la presse européenne le répète, quel intérêt il éveille, quel
    son nouveau il a rendu. Il est d'ailleurs bien dans la manière du
    souverain. Je n'irai pas jusqu'à vous dire qu'il trouve tous les jours
    de purs diamants comme celui-là. Mais il est bien rare que dans ses
    discours étudiés, mieux encore, dans le prime-saut de la conversation
    il ne donne pas son signalement–j'allais dire il n'appose pas sa
    signature–par quelque mot à l'emporte-pièce. Je suis d'autant moins
    suspect de partialité en la matière que je suis ennemi de toute
    innovation en ce genre. Dix-neuf fois sur vingt elles sont
    dangereuses.

    –Oui, j'ai pensé que le récent télégramme de l'empereur d'Allemagne
    n'a pas dû être de votre goût, dit mon père.

    M. de Norpois leva les yeux au ciel d'un air de dire: Ah! celui-là!
    «D'abord, c'est un acte d'ingratitude. C'est plus qu'un crime, c'est
    une faute et d'une sottise que je qualifierai de pyramidale! Au reste
    si personne n'y met le holà, l'homme qui a chassé Bismarck est bien
    capable de répudier peu à peu toute la politique bismarckienne, alors
    c'est le saut dans l'inconnu.»

    –Et mon mari m'a dit, monsieur, que vous l'entraîneriez peut-être un
    de ces étés en Espagne, j'en suis ravie pour lui.

    –Mais oui, c'est un projet tout à fait attrayant et dont je me
    réjouis. J'aimerais beaucoup faire avec vous ce voyage, mon cher. Et
    vous, madame, avez-vous déjà songé à l'emploi des vacances?

    –J'irai peut-être avec mon fils à Balbec, je ne sais.

    –Ah! Balbec est agréable, j'ai passé par là il y a quelques années.
    On commence à y construire des villas fort coquettes: je crois que
    l'endroit vous plaira. Mais puis-je vous demander ce qui vous a fait
    choisir Balbec?

    –Mon fils a le grand désir de voir certaines églises du pays,
    surtout celle de Balbec. Je craignais un peu pour sa santé les
    fatigues du voyage et surtout du séjour. Mais j'ai appris qu'on vient
    de construire un excellent hôtel qui lui permettra de vivre dans les
    conditions de confort requises par son état.

    –Ah! il faudra que je donne ce renseignement à certaine personne qui
    n'est pas femme à en faire fi.

    –L'église de Balbec est admirable, n'est-ce pas, monsieur,
    demandai-je, surmontant la tristesse d'avoir appris qu'un des attraits
    de Balbec résidait dans ses coquettes villas.

    –Non, elle n'est pas mal, mais enfin elle ne peut soutenir la
    comparaison avec ces véritables bijoux ciselés que sont les
    cathédrales de Reims, de Chartres, et à mon goût, la perle de toutes,
    la Sainte-Chapelle de Paris.

    –Mais l'église de Balbec est en partie romane?

    –En effet, elle est du style roman, qui est déjà par lui-même
    extrêmement froid et ne laisse en rien présager l'élégance, la
    fantaisie des architectes gothiques qui fouillent la pierre comme de
    la dentelle. L'église de Balbec mérite une visite si on est dans le
    pays, elle est assez curieuse; si un jour de pluie vous ne savez que
    faire, vous pourrez entrer là, vous verrez le tombeau de Tourville.

    –Est-ce que vous étiez hier au banquet des Affaires étrangères? je
    n'ai pas pu y aller, dit mon père.

    –Non, répondit M. de Norpois avec un sourire, j'avoue que je l'ai
    délaissé pour une soirée assez différente. J'ai dîné chez une femme
    dont vous avez peut-être entendu parler, la belle madame Swann.

    Ma mère réprima un frémissement, car d'une sensibilité plus prompte que
    mon père, elle s'alarmait pour lui de ce qui ne devait le contrarier
    qu'un instant après. Les désagréments qui lui arrivaient étaient
    perçus d'abord par elle comme ces mauvaises nouvelles de France qui
    sont connues plus tôt à l'étranger que chez nous. Mais curieuse de
    savoir quel genre de personnes les Swann pouvaient recevoir, elle
    s'enquit auprès de M. de Norpois de celles qu'il y avait rencontrées.

    –Mon Dieu … c'est une maison où il me semble que vont surtout …
    des messieurs. Il y avait quelques hommes mariés, mais leurs femmes
    étaient souffrantes ce soir-là et n'étaient pas venues, répondit
    l'ambassadeur avec une finesse voilée de bonhomie et en jetant autour
    de lui des regards dont la douceur et la discrétion faisaient mine de
    tempérer et exagéraient habilement la malice.

    –Je dois dire, ajouta-t-il, pour être tout à fait juste, qu'il y va
    cependant des femmes, mais … appartenant plutôt…, comment
    dirais-je, au monde républicain qu'à la société de Swann (il
    prononçait Svann). Qui sait? Ce sera peut-être un jour un salon
    politique ou littéraire. Du reste, il semble qu'ils soient contents
    comme cela. Je trouve que Swann le montre même un peu trop. Il nommait
    les gens chez qui lui et sa femme étaient invités pour la semaine
    suivante et de l'intimité desquels il n'y a pourtant pas lieu de
    s'enorgueillir, avec un manque de réserve et de goût, presque de tact,
    qui m'a étonné chez un homme aussi fin. Il répétait: «Nous n'avons pas
    un soir de libre», comme si ç'avait été une gloire, et en véritable
    parvenu, qu'il n'est pas cependant. Car Swann avait beaucoup d'amis et
    même d'amies, et sans trop m'avancer, ni vouloir commettre
    d'indiscrétion, je crois pouvoir dire que non pas toutes, ni même le
    plus grand nombre, mais l'une au moins, et qui est une fort grande
    dame, ne se serait peut-être pas montrée entièrement réfractaire à
    l'idée d'entrer en relations avec Madame Swann, auquel cas,
    vraisemblablement, plus d'un mouton de Panurge aurait suivi. Mais il
    semble qu'il n'y ait eu de la part de Swann aucune démarche esquissée
    en ce sens…. Comment encore un pudding à la Nesselrode! Ce ne sera pas
    de trop de la cure de Carlsbad pour me remettre d'un pareil festin de
    Lucullus…. Peut-être Swann a-t-il senti qu'il y aurait trop de
    résistances à vaincre. Le mariage, cela est certain, n'a pas plu. On a
    parlé de la fortune de la femme, ce qui est une grosse bourde. Mais,
    enfin, tout cela n'a pas paru agréable. Et puis Swann a une tante
    excessivement riche et admirablement posée, femme d'un homme qui,
    financièrement parlant, est une puissance. Et non seulement elle a
    refusé de recevoir Mme Swann, mais elle a mené une campagne en règle
    pour que ses amies et connaissances en fissent autant. Je n'entends
    pas par là qu'aucun Parisien de bonne compagnie ait manqué de respect
    à Madame Swann…. Non! cent fois non! Le mari était d'ailleurs homme à
    relever le gant. En tous cas, il y a une chose curieuse, c'est de voir
    combien Swann, qui connaît tant de monde et du plus choisi, montre
    d'empressement auprès d'une société dont le moins qu'on puisse dire
    est qu'elle est fort mêlée. Moi qui l'ai connu jadis, j'avoue que
    j'éprouvais autant de surprise que d'amusement à voir un homme aussi
    bien élevé, aussi à la mode dans les coteries les plus triées,
    remercier avec effusion le Directeur du Cabinet du Ministre des
    Postes, d'être venu chez eux et lui demander si Mme Swann pourrait _se
    permettre_ d'aller voir sa femme. Il doit pourtant se trouver dépaysé;
    évidemment ce n'est plus le même monde. Mais je ne crois pas cependant
    que Swann soit malheureux. Il y a eu, il est vrai, dans les années qui
    précédèrent le mariage, d'assez vilaines manœuvres de chantage de la
    part de la femme; elle privait Swann de sa fille chaque fois qu'il lui
    refusait quelque chose. Le pauvre Swann, aussi naïf qu'il est pourtant
    raffiné, croyait chaque fois que l'enlèvement de sa fille était une
    coïncidence et ne voulait pas voir la réalité. Elle lui faisait
    d'ailleurs des scènes si continuelles qu'on pensait que le jour où
    elle serait arrivée à ses fins et se serait fait épouser, rien ne la
    retiendrait plus et que leur vie serait un enfer. Hé bien! c'est le
    contraire qui est arrivé. On plaisante beaucoup la manière dont Swann
    parle de sa femme, on en fait même des gorges chaudes. On ne demandait
    certes pas que, plus ou moins conscient d'être … (vous savez le mot de
    Molière), il allât le proclamer _urbi et orbi_; n'empêche qu'on le
    trouve exagéré quand il dit que sa femme est une excellente épouse.
    Or, ce n'est pas aussi faux qu'on le croit. A sa manière qui n'est pas
    celle que tous les maris préféreraient,–mais enfin, entre nous, il
    me semble difficile que Swann qui la connaissait depuis longtemps et
    est loin d'être un maître-sot, ne sût pas à quoi s'en tenir,–il est
    indéniable qu'elle semble avoir de l'affection pour lui. Je ne dis pas
    qu'elle ne soit pas volage et Swann lui-même ne se fait pas faute de
    l'être, à en croire les bonnes langues qui, vous pouvez le penser,
    vont leur train. Mais elle lui est reconnaissante de ce qu'il a fait
    pour elle, et, contrairement aux craintes éprouvées par tout le monde,
    elle paraît devenue d'une douceur d'ange.

    Ce changement n'était peut-être pas aussi extraordinaire que le trouvait M. de Norpois.
    Odette n'avait pas cru que Swann finirait par l'épouser; chaque fois
    qu'elle lui annonçait tendancieusement qu'un homme comme il faut
    venait de se marier avec sa maîtresse, elle lui avait vu garder un
    silence glacial et tout au plus, si elle l'interpellait directement en
    lui demandant: «Alors, tu ne trouves pas que c'est très bien, que
    c'est bien beau ce qu'il a fait là, pour une femme qui lui a consacré
    sa jeunesse?», répondre sèchement: «Mais je ne te dis pas que ce soit
    mal, chacun agit à sa guise.» Elle n'était même pas loin de croire
    que, comme il le lui disait dans des moments de colère, il
    l'abandonnerait tout à fait, car elle avait depuis peu entendu dire
    par une femme sculpteur: «On peut s'attendre à tout de la part des
    hommes, ils sont si mufles», et frappée par la profondeur de cette
    maxime pessimiste, elle se l'était appropriée, elle la répétait à tout
    bout de champ d'un air découragé qui semblait dire: «Après tout, il
    n'y aurait rien d'impossible, c'est bien ma chance.» Et, par suite,
    toute vertu avait été enlevée à la maxime optimiste qui avait
    jusque-là guidé Odette dans la vie: «On peut tout faire aux hommes qui
    vous aiment, ils sont idiots», et qui s'exprimait dans son visage par
    le même clignement d'yeux qui eût pu accompagner des mots tels que:
    «Ayez pas peur, il ne cassera rien.» En attendant, Odette souffrait de
    ce que telle de ses amies, épousée par un homme qui était resté moins
    longtemps avec elle, qu'elle-même avec Swann, et n'avait pas, elle,
    d'enfant, relativement considérée maintenant, invitée aux bals de
    l'Élysée, devait penser de la conduite de Swann. Un consultant plus
    profond que ne l'était M. de Norpois eût sans doute pu diagnostiquer
    que c'était ce sentiment d'humiliation et de honte qui avait aigri
    Odette, que le caractère infernal qu'elle montrait ne lui était pas
    essentiel, n'était pas un mal sans remède, et eût aisément prédit ce
    qui était arrivé, à savoir qu'un régime nouveau, le régime
    matrimonial, ferait cesser avec une rapidité presque magique ces
    accidents pénibles, quotidiens, mais nullement organiques. Presque
    tout le monde s'étonna de ce mariage, et cela même est étonnant. Sans
    doute peu de personnes comprennent le caractère purement subjectif du
    phénomène qu'est l'amour, et la sorte de création que c'est d'une
    personne supplémentaire, distincte de celle qui porte le même nom dans
    le monde, et dont la plupart des éléments sont tirés de nous-mêmes.
    Aussi y a-t-il peu de gens qui puissent trouver naturelles les
    proportions énormes que finit par prendre pour nous un être qui n'est
    pas le même que celui qu'ils voient. Pourtant il semble qu'en ce qui
    concerne Odette on aurait pu se rendre compte que si, certes, elle
    n'avait jamais entièrement compris l'intelligence de Swann, du moins
    savait-elle les titres, tout le détail de ses travaux, au point que le
    nom de Ver Meer lui était aussi familier que celui de son couturier;
    de Swann, elle connaissait à fond ces traits du caractère que le
    reste du monde ignore ou ridiculise et dont seule une maîtresse, une
    sœur, possèdent l'image ressemblante et aimée; et nous tenons tellement
    à eux, même à ceux que nous voudrions le plus corriger, que c'est
    parce qu'une femme finit par en prendre une habitude indulgente et
    amicalement railleuse, pareille à l'habitude que nous en avons
    nous-mêmes, et qu'en ont nos parents, que les vieilles liaisons ont
    quelque chose de la douceur et de la force des affections de famille.
    Les liens qui nous unissent à un être se trouvent sanctifiés quand il
    se place au même point de vue que nous pour juger une de nos tares. Et
    parmi ces traits particuliers, il y en avait aussi qui appartenaient
    autant à l'intelligence de Swann qu'à son caractère, et que pourtant,
    en raison de la racine qu'ils avaient malgré tout en celui-ci, Odette
    avait plus facilement discernés. Elle se plaignait que quand Swann
    faisait métier d'écrivain, quand il publiait des études, on ne
    reconnut pas ces traits-là autant que dans les lettres ou dans sa
    conversation où ils abondaient. Elle lui conseillait de leur faire la
    part la plus grande. Elle l'aurait voulu parce que c'était ceux
    qu'elle préférait en lui, mais comme elle les préférait parce qu'ils
    étaient plus à lui, elle n'avait peut-être pas tort de souhaiter qu'on
    les retrouvât dans ce qu'il écrivait. Peut-être aussi pensait-elle que
    des ouvrages plus vivants, en lui procurant enfin à lui le succès, lui
    eussent permis à elle de se faire ce que chez les Verdurin elle avait
    appris à mettre au-dessus de tout: un salon.

    Parmi les gens qui trouvaient ce genre de mariage ridicule, gens qui
    pour eux-mêmes se demandaient: «Que pensera M. de Guermantes, que dira
    Bréauté, quand j'épouserai Mlle de Montmorency?», parmi les gens ayant
    cette sorte d'idéal social, aurait figuré, vingt ans plus tôt, Swann
    lui-même. Swann qui s'était donné du mal pour être reçu au Jockey et
    avait compté dans ce temps-là faire un éclatant mariage qui eût
    achevé, en consolidant sa situation, de faire de lui un des hommes les
    plus en vue de Paris. Seulement, les images que représentent un tel
    mariage à l'intéressé ont, comme toutes les images, pour ne pas
    dépérir et s'effacer complètement, besoin d'être alimentées du dehors.
    Votre rêve le plus ardent est d'humilier l'homme qui vous a offensé.
    Mais si vous n'entendez plus jamais parler de lui, ayant changé de
    pays, votre ennemi finira par ne plus avoir pour vous aucune
    importance. Si on a perdu de vue pendant vingt ans toutes les
    personnes à cause desquelles on aurait aimé entrer au Jockey ou à
    l'Institut, la perspective d'être membre de l'un ou de l'autre de ces
    groupements ne tentera nullement. Or, tout autant qu'une retraite,
    qu'une maladie, qu'une conversion religieuse, une liaison prolongée
    substitue d'autres images aux anciennes. Il n'y eut pas de la part de
    Swann, quand il épousa Odette, renoncement aux ambitions mondaines car
    de ces ambitions-là, depuis longtemps Odette l'avait, au sens
    spirituel du mot, détaché. D'ailleurs, ne l'eût-il pas été qu'il n'en
    aurait eu que plus de mérite. C'est parce qu'ils impliquent le
    sacrifice d'une situation plus ou moins flatteuse à une douceur
    purement intime, que généralement les mariages infamants sont les plus
    estimables de tous (on ne peut en effet entendre par mariage infamant
    un mariage d'argent, n'y ayant point d'exemple d'un ménage où la
    femme, ou bien le mari se soient vendus et qu'on n'ait fini par
    recevoir, ne fût-ce que par tradition et sur la foi de tant d'exemples
    et pour ne pas avoir deux poids et deux mesures). Peut-être, d'autre
    part, en artiste, sinon en corrompu, Swann eût-il en tous cas éprouvé
    une certaine volupté à accoupler à lui, dans un de ces croisements
    d'espèces comme en pratiquent les mendelistes ou comme en raconte la
    mythologie, un être de race différente, archiduchesse ou cocotte, à
    contracter une alliance royale ou à faire une mésalliance. Il n'y
    avait eu dans le monde qu'une seule personne dont il se fût préoccupé,
    chaque fois qu'il avait pensé à son mariage possible avec Odette,
    c'était, et non par snobisme, la duchesse de Guermantes. De celle-là,
    au contraire, Odette se souciait peu, pensant seulement aux personnes
    situées immédiatement au-dessus d'elle-même plutôt que dans un aussi
    vague empyrée. Mais quand Swann dans ses heures de rêverie voyait
    Odette devenue sa femme, il se représentait invariablement le moment
    où il l'amènerait, elle et surtout sa fille, chez la princesse des
    Laumes, devenue bientôt la duchesse de Guermantes par la mort de son
    beau-père. Il ne désirait pas les présenter ailleurs, mais il
    s'attendrissait quand il inventait, en énonçant les mots eux-mêmes,
    tout ce que la duchesse dirait de lui à Odette, et Odette à Madame de
    Guermantes, la tendresse que celle-ci témoignerait à Gilberte, la
    gâtant, le rendant fier de sa fille. Il se jouait à lui-même la scène
    de la présentation avec la même précision dans le détail imaginaire
    qu'ont les gens qui examinent comment ils emploieraient, s'ils le
    gagnaient, un lot dont ils fixent arbitrairement le chiffre. Dans la
    mesure où une image qui accompagne une de nos résolutions la motive,
    on peut dire que si Swann épousa Odette, ce fut pour la présenter elle
    et Gilberte, sans qu'il y eût personne là, au besoin sans que personne
    le sût jamais, à la duchesse de Guermantes. On verra comment cette
    seule ambition mondaine qu'il avait souhaitée pour sa femme et sa
    fille fut justement celle dont la réalisation se trouva lui être
    interdite et par un veto si absolu que Swann mourut sans supposer que
    la duchesse pourrait jamais les connaître. On verra aussi qu'au
    contraire la duchesse de Guermantes se lia avec Odette et Gilberte
    après la mort de Swann. Et peut-être eût-il été sage–pour autant
    qu'il pouvait attacher de l'importance à si peu de chose–en ne se
    faisant pas une idée trop sombre de l'avenir, à cet égard, et en
    réservant que la réunion souhaitée pourrait bien avoir lieu quand il
    ne serait plus là pour en jouir. Le travail de causalité qui finit par
    produire à peu près tous les effets possibles, et par conséquent aussi
    ceux qu'on avait cru l'être le moins, ce travail est parfois lent,
    rendu un peu plus lent encore par notre désir–qui, en cherchant à
    l'accélérer, l'entrave–par notre existence même et n'aboutit que
    quand nous avons cessé de désirer, et quelquefois de vivre. Swann ne
    le savait-il pas par sa propre expérience, et n'était-ce pas déjà,
    dans sa vie–comme une préfiguration de ce qui devait arriver après
    sa mort–un bonheur après décès que ce mariage avec cette Odette
    qu'il avait passionnément aimée–si elle ne lui avait pas plu au
    premier abord–et qu'il avait épousée quand il ne l'aimait plus,
    quand l'être qui, en Swann, avait tant souhaité et tant désespéré de
    vivre toute sa vie avec Odette, quand cet être là était mort?

    Je me mis à parler du comte de Paris, à demander s'il n'était pas ami
    de Swann, car je craignais que la conversation se détournât de
    celui-ci. «Oui, en effet, répondit M. de Norpois en se tournant vers
    moi et en fixant sur ma modeste personne le regard bleu où flottaient,
    comme dans leur élément vital, ses grandes facultés de travail et son
    esprit d'assimilation. Et, mon Dieu, ajouta-t-il en s'adressant de
    nouveau à mon père, je ne crois pas franchir les bornes du respect
    dont je fais profession pour le Prince (sans cependant entretenir avec
    lui des relations personnelles que rendrait difficiles ma situation,
    si peu officielle qu'elle soit), en vous citant ce fait assez piquant
    que, pas plus tard qu'il y a quatre ans, dans une petite gare de
    chemins de fer d'un des pays de l'Europe Centrale, le prince eut
    l'occasion d'apercevoir Mme Swann. Certes, aucun de ses familiers ne
    s'est permis de demander à Monseigneur comment il l'avait trouvée.
    Cela n'eût pas été séant. Mais quand par hasard la conversation
    amenait son nom, à de certains signes, imperceptibles si l'on veut,
    mais qui ne trompent pas, le prince semblait donner assez volontiers à
    entendre que son impression était en somme loin d'avoir été
    défavorable.»

    –Mais il n'y aurait pas eu possibilité de la présenter au comte de
    Paris? demanda mon père.

    –Eh bien! on ne sait pas; avec les princes on ne sait jamais,
    répondit M. de Norpois; les plus glorieux, ceux qui savent le plus se
    faire rendre ce qu'on leur doit, sont aussi quelquefois ceux qui
    s'embarrassent le moins des décrets de l'opinion publique, même les
    plus justifiés, pour peu qu'il s'agisse de récompenser certains
    attachements. Or, il est certain que le comte de Paris a toujours
    agréé avec beaucoup de bienveillance le dévouement de Swann qui est,
    d'ailleurs, un garçon d'esprit s'il en fut.

    –Et votre impression à vous, quelle a-t-elle été, monsieur
    l'ambassadeur? demanda ma mère par politesse et par curiosité.

    Avec une énergie de vieux connaisseur qui tranchait sur la modération
    habituelle de ses propos:

    –Tout à fait excellente! répondit M. de Norpois.

    Et sachant que l'aveu d'une forte sensation produite par une femme,
    rentre à condition qu'on le fasse avec enjouement, dans une certaine
    forme particulièrement appréciée de l'esprit de conversation, il
    éclata d'un petit rire qui se prolongea pendant quelques instants,
    humectant les yeux bleus du vieux diplomate et faisant vibrer les
    ailes de son nez nervurées de fibrilles rouges.

    –Elle est tout à fait charmante!

    –Est-ce qu'un écrivain du nom de Bergotte était à ce dîner,
    monsieur? demandai-je timidement pour tâcher de retenir la
    conversation sur le sujet des Swann.

    –Oui, Bergotte était là, répondit M. de Norpois, inclinant la tête
    de mon côté avec courtoisie, comme si dans son désir d'être aimable
    avec mon père, il attachait tout ce qui tenait à lui une véritable
    importance, et même aux questions d'un garçon de mon âge qui n'était
    pas habitué à se voir montrer tant de politesse par des personnes du
    sien. Est-ce que vous le connaissez? ajouta-t-il en fixant sur moi ce
    regard clair dont Bismarck admirait la pénétration.

    –Mon fils ne le connaît pas mais l'admire beaucoup, dit ma mère.

    –Mon Dieu, dit M. de Norpois (qui m'inspira sur ma propre
    intelligence des doutes plus graves que ceux qui me déchiraient
    d'habitude, quand je vis que ce que je mettais mille et mille fois
    au-dessus de moi-même, ce que je trouvais de plus élevé au monde,
    était pour lui tout en bas de l'échelle de ses admirations), je ne
    partage pas cette manière de voir. Bergotte est ce que j'appelle un
    joueur de flûte; il faut reconnaître du reste qu'il en joue
    agréablement quoique avec bien du maniérisme, de l'afféterie. Mais
    enfin ce n'est que cela, et cela n'est pas grand'chose. Jamais on ne
    trouve dans ses ouvrages sans muscles ce qu'on pourrait nommer la
    charpente. Pas d'action–ou si peu–mais surtout pas de portée.
    Ses livres pèchent par la base ou plutôt il n'y a pas de base du tout.
    Dans un temps comme le nôtre où la complexité croissante de la vie
    laisse à peine le temps de lire, où la carte de l'Europe a subi des
    remaniements profonds et est à la veille d'en subir de plus grands
    encore peut-être, où tant de problèmes menaçants et nouveaux se posent
    partout, vous m'accorderez qu'on a le droit de demander à un écrivain
    d'être autre chose qu'un bel esprit qui nous fait oublier dans des
    discussions oiseuses et byzantines sur des mérites de pure forme, que
    nous pouvons être envahis d'un instant à l'autre par un double flot de
    Barbares, ceux du dehors et ceux du dedans. Je sais que c'est
    blasphémer contre la Sacro-Sainte Ecole de ce que ces Messieurs
    appellent l'Art pour l'Art, mais à notre époque, il y a des tâches
    plus urgentes que d'agencer des mots d'une façon harmonieuse. Celle de
    Bergotte est parfois assez séduisante, je n'en disconviens pas, mais
    au total tout cela est bien mièvre, bien mince, et bien peu viril. Je
    comprends mieux maintenant, en me reportant à votre admiration tout à
    fait exagérée pour Bergotte, les quelques lignes que vous m'avez
    montrées tout à l'heure et sur lesquelles j'aurais mauvaise grâce à ne
    pas passer l'éponge, puisque vous avez dit vous-même en toute
    simplicité, que ce n'était qu'un griffonnage d'enfant (je l'avais dit,
    en effet, mais je n'en pensais pas un mot). A tout péché miséricorde
    et surtout aux péchés de jeunesse. Après tout, d'autres que vous en
    ont de pareils sur la conscience, et vous n'êtes pas le seul qui se
    soit cru poète à son heure. Mais on voit dans ce que vous m'avez
    montré la mauvaise influence de Bergotte. Évidemment, je ne vous
    étonnerai pas en vous disant qu'il n'y avait là aucune de ses
    qualités, puisqu'il est passé maître dans l'art, tout superficiel du
    reste, d'un certain style dont à votre âge vous ne pouvez posséder
    même le rudiment. Mais c'est déjà le même défaut, ce contre-sens
    d'aligner des mots bien sonores en ne se souciant qu'ensuite du fond.
    C'est mettre la charrue avant les bœufs, même dans les livres de
    Bergotte. Toutes ces chinoiseries de forme, toutes ces subtilités de
    mandarin déliquescent me semblent bien vaines. Pour quelques feux
    d'artifice agréablement tirés par un écrivain, on crie de suite au
    chef-d'œuvre. Les chefs-d'œuvre ne sont pas si fréquents que cela!
    Bergotte n'a pas à son actif, dans son bagage si je puis dire, un
    roman d'une envolée un peu haute, un de ces livres qu'on place dans le
    bon coin de sa bibliothèque. Je n'en vois pas un seul dans son œuvre.
    Il n'empêche que chez lui, l'œuvre est infiniment supérieure à
    l'auteur. Ah! voilà quelqu'un qui donne raison à l'homme d'esprit qui
    prétendait qu'on ne doit connaître les écrivains que par leurs livres.
    Impossible de voir un individu qui réponde moins aux siens, plus
    prétentieux, plus solennel, moins homme de bonne compagnie. Vulgaire
    par moments, parlant à d'autres comme un livre, et même pas comme un
    livre de lui, mais comme un livre ennuyeux, ce qu'au moins ne sont pas
    les siens, tel est ce Bergotte. C'est un esprit des plus confus,
    alambiqué, ce que nos pères appelaient un diseur de phébus et qui rend
    encore plus déplaisantes, par sa façon de les énoncer, les choses qu'il
    dit. Je ne sais si c'est Loménie ou Sainte-Beuve, qui raconte que
    Vigny rebutait par le même travers. Mais Bergotte n'a jamais écrit
    _Cinq-Mars_, ni le _Cachet rouge_, où certaines pages sont de
    véritables morceaux d'anthologie.

  • 韓詩外傳, Vol. 1-2

    韓詩外傳, Vol. 1-2

    Aproximadamente 2.273 palavras.

    Produced by Nicole Lai

    卷一

    曾子仕于莒,得粟三秉,方是之時,曾子重其祿而輕其身;親沒之后
    ,齊迎以相,楚迎以令尹,晉迎以上卿,方是之時,曾子重其身而輕其祿
    。怀其寶而迷其國者,不可與語仁;窘其身而約其親者,不可與語孝;任
    重道遠者,不擇地而息;家貧親老者,不擇官而仕。故君子橋褐趨時,當
    務為急。傳云:不逢時而仕,任事而敦其慮,為之使而不入其謀,貧焉故
    也。詩云:“夙夜在公,實命不同。”
    傳曰:夫行露之人許嫁矣,然而未往也,見一物不具,一禮不備,守
    節貞理,守死不往,君子以為得婦道之宜,故舉而傳之,揚而歌之,以絕
    無道之求,防污道之行乎!詩曰:“雖速我訟,亦不爾從。”
    孔子南游,适楚,至于阿谷之隧,有處子佩而浣者。孔子曰:“彼婦
    人其可與言矣乎!”抽觴以授子貢,曰:“善為之辭,以觀其語。”子貢
    曰:“吾、北鄙之人也,將南之楚,逢天之暑,思心潭潭,愿乞一飲,以
    表我心。”婦人對曰:“阿谷之隧,隱曲之泛,其水載清載濁,流而趨海
    ,欲飲則飲,何問婦人乎?”受子貢觴,迎流而挹之,奐然而棄之,促流
    而挹之,奐然而溢之,坐、置之沙上,曰:“禮固不親受。”子貢以告。
    孔子曰:“丘知之矣。”抽琴去其軫,以授子貢,曰:“善為之辭,以觀
    其語。”子貢曰:“向子之言,穆如清風,不悖我語,和暢我心。于此有
    琴而無軫,愿借子以調其音。”婦人對曰:“吾,野鄙之人也,僻陋而無
    心,五音不知,安能調琴。”子貢以告。孔子曰:“丘知之矣。”抽五兩
    ,以授子貢,曰:“善為之辭,以觀其語。”子貢曰:“吾、北鄙之人也
    ,將南之楚。于此有五兩,吾不敢以當子身,敢置之水浦。”婦人對曰:
    “客之行,差遲乖人,分其資財,棄之野鄙。吾年甚少,何敢受子,子不
    早去,今竊有狂夫守之者矣。”詩曰:“南有喬木,不可休思。漢有游女
    ,不可求思。”此之謂也。哀公問孔子曰:“有智壽乎?”孔子曰:“然
    。人有三死而非命也者,自取之也:居處不理,飲食不節,勞過者,病共
    殺之。居下而好干上,嗜欲不厭,求索不止者,刑共殺之。少以敵眾,弱
    以侮強,忿不量力者,兵共殺之。故有三死而非命者,自取之也。”詩云
    :“人而無儀,不死何為!”
    傳曰:在天者、莫明乎日月,在地者、莫明于水火,在人者、莫明乎
    禮儀。故日月不高,則所照不遠;水火不積,則光炎不博:禮義不加乎國
    家,則功名不白。故人之命在天,國之命在禮。君人者、降禮尊賢而王,
    重法愛民而霸,好利多詐而危,權謀傾覆而亡。詩曰:“人而無禮,胡不
    遄死!”
    君子有辯善之度,以治气養性,則身后彭祖;修身自強,則名配堯禹
    ;宜于時則達,厄于窮則處,信禮者也。凡用心之術,由禮則理達,不由
    禮則悖亂。飲食衣服,動靜居處,由禮則知節,不由禮則墊陷生疾。容貌
    態度,進退移步,由禮則夷國。政無禮則不行,王事無禮則不成,國無禮
    則不宁,王無禮則死亡無日矣。詩曰:“人而無禮,胡不遄死!”
    傳曰:不仁之至忽其親,不忠之至倍其君,不信之至欺其友。此三者
    、圣王之所殺而不赦也。詩曰:“人而無禮,不死何為!”
    王子比干殺身以成其忠,柳下惠殺身以成其信,伯夷叔齊殺身以成其
    廉,此三子者,皆天下之通士也,豈不愛其身哉!為夫義之不立,名之不
    顯,則士恥之,故殺身以遂其行。由是觀之,卑賤貧窮,非士之恥也;天
    下舉忠而士不與焉,舉信而士不與焉,舉廉而士不與焉,三者存乎身,名
    傳于世,與日月并而息,天不能殺,地不能生,當桀紂之世不之能污也,
    然則非惡生而樂死也,惡富貴好貧賤也,由其理,尊貴及己而仕也不辭也
    。孔子曰:“富而可求,雖執鞭之士吾亦為之。”故甋窮而不憫,勞辱而
    不苟,然后能有致也。詩曰:“我心匪石,不可轉也,我心匪席,不可卷
    也。”此之謂也。
    原憲居魯,環堵之室,茨以蒿萊,蓬戶瓮牖,桷桑而無樞,上漏下濕
    ,匡坐而弦歌。子貢乘肥馬,衣輕裘,中紺而表素,軒不容巷,而往見之
    。原憲楮冠黎杖而應門,正冠則纓絕,振襟則肘見,納履則踵決。子貢曰
    :“嘻!先生何病也!”原憲仰而應之曰:“憲聞之:無財之謂貧,學而
    不能行之謂病。憲、貧也,非病也。若夫希世而行,比周而友,學以為人
    ,教以為己,仁義之匿,車馬之飾,衣裘之麗,憲不忍為之也。”子貢逡
    巡,面有慚色,不辭而去。原憲乃徐步曳杖,歌商頌而反,聲淪于天地,
    如出金石。天子不得而臣也,諸侯不得而友也。故養身者忘家,養志者忘
    身,身且不愛,孰能忝之。詩曰:“琱葹磪菕不可轉也;我心匪席,不可
    卷也。”
    傳曰:所謂士者,雖不能盡備乎道術,必有由也;雖不能盡乎美者,
    必有處也。言不務多,務審所行而已,行既已尊之,言既已由之,若肌膚
    性命之不可易也。詩曰:“我心匪石,不可轉也;我心匪席,不可卷也。
    ”
    傳曰:君子洁其身而同者合焉,善其音而類者應焉。馬鳴而馬應之,
    牛鳴而牛應之,非知也,其勢然也。故新沐者必彈冠,新浴者必振衣,莫
    能以己之,容人之混污然。詩曰:“我心匪鑒,不可以茹。”
    荊伐陳,陳西門坏,因其降民使修之,孔子過而不式。子貢執轡而問
    曰:“禮、過三人則下,二人則式。今陳之修門者眾矣,夫子不為式,何
    也?”孔子曰:“國亡而弗知,不智也;知而不爭,非忠也;亡而不死,
    非勇也。修門者雖眾,不能行一于此,吾故弗式也。”詩曰:“憂心悄悄
    ,慍于群小。”小人成群,何足禮哉!
    傳曰:喜名者必多怨,好與者必多辱,唯滅跡于人,能隨天地自然,
    為能胜理,而無愛名;名興則道不用,道行則人無位矣。夫利為害本,而
    福為禍先,唯不求利者為無害,不求福者為無禍。詩曰:“不忮不求,何
    用不臧。”
    傳曰:聰者自聞,明者自見,聰明則仁愛著而廉恥分矣。故非道而行
    之,雖勞不至;非其有而求之,雖強不得。故智者不為非其事,廉者不求
    非其有,是以害遠而名彰也。詩云:“不忮不求,何用不臧。”
    傳曰:安命養性者,不待積委而富;名號傳乎世者,不待勢位而顯;
    德義暢乎中而無外求也。信哉!賢者之不以天下為名利者也。詩曰:“不
    忮不求,何用不臧。”
    古者、天子左五鐘,將出,則撞黃鐘,而右五鐘皆應之,馬鳴中律,
    駕者有文,御者有數,立則磬折,拱則抱鼓,行步中規,折旋中矩,然后
    太師奏升車之樂,告出也。入則撞蕤賓,以治容貌,容貌得則顏色齊,顏
    色齊則肌膚安,蕤賓有聲,鵠震馬鳴,及介之虫,無不延頸以听,在內者
    皆玉色,在外者皆金聲,然后少師奏升堂之樂,即席告入也。此言音樂有
    和,物類相感,同聲相應之義也。詩云:“鐘鼓樂之。”此之謂也。
    枯魚銜索,几何不蠹!二親之壽,忽如過;樹木欲茂,霜露不凋使;
    賢士欲成其名,二親不待。家貧親老,不擇官而仕。詩曰:“雖則如毀,
    父母孔邇。”此之謂也。
    孔子曰:“君子有三憂:弗知,可無憂與!知而不學,可無憂與!學
    而不行,可無憂與!”詩曰:“未見君子,憂心!
    魯公甫文伯死,其母不哭也。季孫聞之,曰:“公甫文伯之母、貞女
    也。子死不哭,必有方矣。”使人問焉。對曰:“昔、是子也,吾使之事
    仲尼,仲尼去魯,送之,不出魯郊,贈之,不與家珍。病、不見士之視者
    ;死、不見士之流淚者;死之日,宮女而從者,十人。此不足于士,而有
    余于婦人也。吾是以不哭也。”詩曰:“乃如之人兮,德音無良”。
    傳曰:天地有合,則生气有精矣;陰陽消息,則變化有時矣;時得則
    治,時失則亂。故人生而不具者五:目無見,不能食,不能行,不能言,
    不能施化。三月微的,而后能見;七月而生齒,而后能食;年髑就,而后
    能行;三年腦合,而后能言;十六精通,而后能施化。陰陽相反,陰以陽
    變,陽以陰變。故男、八月生齒,八歲而齠齒,十六而精化小通。女、七
    月生齒,七歲而齔齒,十四而精化小通。是故陽以陰變,陰以陽變。故不
    肖者、精化始具,而生气感動,触情縱欲,反施化,是以年壽亟夭,而性
    不長也。詩曰:“乃如之人兮,怀婚姻也,太無信也,不知命也。”賢者
    不然,精气闐溢,而后傷時不可過也。不見道端,乃陳情欲,以歌道義。
    詩曰:“靜女其姝,俟我乎城隅,愛而不見,搔首踟躕。瞻彼日月,悠悠
    我思,道之云遠,曷云能來。”急時辭也,是故稱之日月也。
    楚白公之難,有仕之善者,辭其母,將死君。其母曰:“棄母而死君
    ,可乎?”曰:“聞事君者、內其祿而外其身。今之所以養母者,君之祿
    也,請往死之。”比至朝,三廢車中。其仆曰:“子懼、何不反也?”曰
    :“懼、吾私也,死君、吾公也。吾聞君子不以私害公。”遂死之。君子
    聞之曰:“好義哉!必濟矣夫!”詩云:“深則厲,淺則揭。”此之謂也
    。
    晉靈公之時,宋人殺昭公。趙宣子請師于靈公而救之。靈公曰:“非
    晉國之急也。”宣子曰:“不然。夫大者天地,其次君臣,所以為順也。
    今殺其君,所以反天地、逆人道也,天必加災焉。晉為盟主而不救,天罰
    懼及矣。詩云:‘凡民有喪,匍匐救之。’而況國君乎!”于是靈公乃與
    師而從之。宋人聞之,儼然感說,而晉國日昌,何則?以其誅逆存順。詩
    曰:“凡民有喪,匍匐救之。”趙宣子之謂也。
    傳曰:水濁則魚喁,令苛則民亂,城削則崩,岸削則陂。故吳起削刑
    而車裂,商鞅峻法而支解。治國者譬若乎張琴然,大弦急,則小弦絕矣。
    故急轡御者、非千里之御也。有聲之聲,不過百里,無聲之聲,延及四海
    。故祿過其功者削,名過其實者損,情行合名,禍福不虛至矣。詩云:“
    何其處也?必有與也。何其久也?必有以也。”故惟其無為,能長生久視
    ,而無累于物矣。
    傳曰:衣服容貌者,所以說目也,應對言語者、所以說耳,好惡去就
    者、所以說心也。故君子衣服中,容貌得,則民之目悅矣;言語遜,應對
    給,則民之耳悅矣;就仁去不仁,則民之心悅矣。三者存乎身,雖不在位
    ,謂之素行。故中心存善而日新之,雖獨居而樂,德充而形。詩曰:何其
    處也?必有与也。何其久也?必有以也。”
    仁道有四:慨為下。有圣仁者,有智仁者、有德仁者,有慨仁者。上
    知天,能用其時;下知地,能用其財;中知人,能安樂之;是圣仁者也。
    上亦知天,能用其時;下知地、能用其財;中知人,能使人肆之;是智仁
    也。寬而容眾,百姓信之;道所以至,弗辱以時;是德仁者也。廉洁直方
    ,疾亂不治、惡邪不匡;雖居鄉里,若坐涂炭;命入朝廷,如赴湯火;非
    其民、不使,非其食、弗嘗;疾亂世而輕死,弗顧弟兄,以法度之,比于
    不詳,是慨仁者也。傳曰:山銳則不高,水徑則不深,仁慨則其德不厚,
    志與天地擬者、其人不祥,是伯夷、叔齊、卞隨、介子推、原憲、鮑焦、
    袁旌目、申徒狄之行也,其所受天命之度,適至是而亡,弗能改也,雖枯
    稿弗舍也。詩云:“亦己焉哉!天實為之,謂之何哉!”慨仁雖下,然圣
    人不廢者、匡民隱括,有在是中者也。
    申徒狄非其世,將自投于河。崔嘉聞而止之,曰:“吾聞圣人仁士之
    于天地之間也,民之父母也,今為儒雅之故,不救溺人,可乎?”申徒狄
    曰:“不然。桀殺關龍逢、紂殺王子比干,而亡天下。吳殺子胥,陳殺泄
    冶、而滅其國。故亡國殘家,非無圣智也,不用故也。”遂抱石而沉于河
    。君子聞之,曰:“廉矣!如仁歟?則吾未之見也。”詩曰:“天實為之
    ,謂之何哉!”
    鮑焦衣弊膚見,挈畚持蔬,遇子貢于道。子貢曰:“吾子何以至于此
    也?”鮑焦曰:“天下之遺德教者、眾矣,吾何以不至于此也!吾聞之:
    世不己知而行之不已者、爽行也;上不己用而干之不止者、是毀廉也。行
    爽毀廉,然且弗舍,惑于利者也。”子貢曰:“吾聞之:非其世者、不生
    其利;污其君者、不履其土。非其世而持其蔬,詩曰:‘溥天之下,莫非
    王土。’此誰有之哉?”鮑焦曰:“于戲!吾聞賢者重進而輕退,廉者易
    愧而輕死。”于是棄其蔬而立槁于洛水之上。君子聞之,曰:“廉夫!剛
    哉!夫山銳則不高,水徑則不深,行慨者德不厚,志与天地擬者,其為人
    不祥。鮑焦可謂不祥矣!其節度淺深,适至于是矣!”詩云:“亦已焉哉
    !天實為之,謂之何哉!”
    昔者、周道之盛,邵伯在朝,有司請營邵以居。邵伯曰:“嗟!以吾
    一身,而勞百姓,此非吾先君文王之志也。”于是,出而就蒸庶于阡陌隴
    畝之間,而听斷焉。邵伯暴處遠野,廬于樹下,百姓大悅,耕桑者倍力以
    勸,于是歲大稔,民給家足。其后在位者驕奢,不恤元元,稅賦繁數,百
    姓困乏,耕桑失時。于是詩人見召伯之所休息樹下,美而歌之。詩曰:“
    蔽甘棠,勿剪勿伐,召伯所茇。”此之謂也。

    卷二
    楚庄王圍宋,有七日之糧,曰:“盡此而不克,將去而歸。”于是使
    司馬子反乘闥而窺宋城,宋使華元乘闥而應之。子反曰:“子之國何若矣
    ?”華元曰:“憊矣!易子而食之,骸而爨之。”子反曰:“嘻!甚矣憊
    。雖然,吾聞圍者之國,箝馬而抹之,使肥者應客。今何吾子之情也?”
    華元曰:“吾聞君子見人之困則矜之,小人見人之困則幸之。吾望見吾子
    似于君子,是以情也。”子反曰:“諾。子其勉之矣!吾軍有七日糧爾!
    ”揖而去。子反告庄王,庄王曰:“若何?”子反曰:“憊矣!易子而食
    之,遂骸而爨之。”庄王曰:“嘻!甚矣憊。今得此而歸爾。”子反曰:
    “不可。吾已告之矣,曰:軍亦有七日糧爾。”庄王怒曰:“吾使子視之
    ,子曷為而告之?”子反曰:“區區之宋,猶有不欺之臣,何以楚國而無
    乎?吾是以告之也。”庄王曰:“雖然,吾子今得此而歸爾。”子反曰:
    “王請處此,臣請歸耳。”王曰:“子去我而歸,吾孰与處乎此?吾將從
    子而歸。”遂師而歸。君子善其平已也,華元以誠告子反,得以解圍,全
    二國之命。詩云:“彼姝者子,何以告之。”君子善其以誠相告也。
    魯監門之女嬰相從績,中夜而泣涕。其偶曰:“何謂而泣也?”嬰曰
    :“吾聞衛世子不肖,所以泣也。”其偶曰:“衛世子不肖,諸侯之憂也
    ,子曷為泣也?”嬰曰:“吾聞之异乎子之言也。昔者、宋之桓司馬得罪
    于宋君,出于魯,其馬佚而從吾園,而食吾園之葵,是歲、吾聞園人亡利
    之半。越王勾踐起兵而攻吳,諸侯畏其威,魯往獻女,吾姊与焉,兄往視
    之,道畏而死。越兵威者、吳也,兄死者、我也。由是觀之,禍与福相反
    也。今衛世子甚不肖,好兵,吾男弟三人,能無憂乎?”詩曰:“大夫跋
    涉,我心則憂。”是非類与乎!
    高子問于孟子曰:“夫嫁娶者、非己所自親也,衛女何以得編于詩也
    ?”孟子曰:“有衛女之志則可,無衛女之志則怠。若伊尹于太甲,有伊
    尹之志則可,無伊尹之志則篡。夫道二:常之謂經,變之謂權,怀其常道
    ,而挾其變權,乃得為賢。夫衛女、行中孝,慮中圣,權如之何?”詩曰
    :“既不我嘉,不能旋反。視爾不臧,我思不遠。”
    楚庄王听朝罷晏。樊姬下堂而迎之,曰:“何罷之晏也?得無飢倦乎
    ?”庄王曰:“今日听忠賢之言,不知飢倦也。”樊姬曰:“王之所謂忠
    賢者,諸侯之客歟?中國之士歟?”庄王曰:“則沈令尹也!”樊姬掩口
    而笑。庄王曰:“姬之所笑,何也?”姬曰:“妾得于王,尚湯沐,執巾
    櫛,振衽席,十有一年矣;然妾未嘗不遣人之梁鄭之間,求美女而進之于
    王也;与妾同列者、十人,賢于妾者、二人,妾豈不欲擅王之寵哉!不敢
    私愿蔽眾美,欲王之多見則娛。今沈令尹相楚數年矣,未嘗見進賢而退不
    肖也,又焉得為忠賢乎!”庄王旦朝,以樊姬之言告沈令尹,令尹避席而
    進孫叔敖。叔敖治楚,三年,而楚國霸。楚史援筆而書之于策,曰:“楚
    之霸,樊姬之力也。”詩曰:“百爾所思,不如我所之。”樊姬之謂也!
    閔子騫始見于夫子,有菜色,后有芻豢之色。子貢問曰:“子始有菜
    色,今有芻豢之色,何也?”閔子曰:“吾出蒹葭之中,入夫子之門,夫
    子內切?以孝,外為之陳王法,心竊樂之;出見羽蓋龍旗裘旃相隨,心又樂
    之;二者相攻炊丑A而不能任,是以有菜色也。今被夫子之文深,又賴二
    三子切而進之,內明于去就之義,出見羽蓋龍旗旃裘隨,視之如壇土矣,
    是以有芻豢之色。”詩曰:“如切如,如琢如磨。”
    傳曰:“昔而雨者,何也?”曰:“無何也,猶不雨而雨也。”“星
    墜木鳴,國人皆恐,何也?”“是天地之變,陰陽之化,物之罕至者也,
    怪之、可也,畏之,非也。夫日月之薄蝕,怪星之党見,風雨之不時,是
    無世而不嘗有也,上明政平,是雖并至,無傷也;上政險,是雖無一,無
    益也。夫万物之有災,人妖最可畏也。”曰:“何謂人妖乎?”曰:“枯
    耕傷稼,枯耘傷歲,政險失民;田穢稼惡,糴貴民飢,道有死人;寇盜并
    起,上下乖窮离,鄰人相暴,對門相盜,禮義不修;牛馬相生,六畜作妖
    ;臣下殺上,父子相疑,是謂人妖,是生于亂。”傳曰:“天地之災,隱
    而廢也;萬物之怪,書不說也。無用之變,不急之災,棄而不治;若夫君
    臣之義,父子之親,男女之別,切而不舍也。”詩曰:“如切如琢,如琢
    如磨。”
    孔子曰:“口欲味,心欲佚,教之以仁;心欲兵,身惡勞,教之以恭
    ;好辯論而畏懼,教之以勇;目好色,耳好聲,教之以義。”易曰:“艮
    其限,列銦插因厲熏心。”詩曰:“吁嗟女兮,無與士耽。”皆防邪禁佚
    ,調和心志。
    高牆丰上激下,未必崩也;降雨興,流潦至,則崩必先矣。草木根淺
    ,未必撅也;飄風興,暴雨墜,則撅必先矣。君子居是邦也,不崇仁義,
    尊賢臣,以理万物,未必亡也;一旦有非常之變,諸侯交爭,人趨車馳,
    迫然禍至,乃始憂愁,干喉焦唇,仰天而嘆,庶几乎望其安也,不亦晚乎
    !孔子曰:“不慎其前,而悔其后。”嗟乎!雖悔無及矣。詩曰:“掇其
    泣矣,何嗟及矣。”
    曾子曰:“君子有三言可貫而佩之:一曰:無內疏而外親,二曰:身
    不善而怨他人,三曰:患至而后呼天。”子貢曰:“何也?”曾子曰:“
    內疏而外親,不亦反乎!身不善而怨他人,不亦遠乎!患至而后呼天,不
    亦晚乎!”詩曰:“菲第撠藈嚝伔狾L!
    夫霜雪雨露、殺生万物者也,天無事焉,猶之貴天也。執法厭文,治
    官治民者、有司也,君無事焉,猶之尊君也。夫辟土殖谷者、后稷也,決
    江流河者,禹也,听獄執中者,皋陶也,然而圣后者,堯也。故有道以御
    之,身雖無能也,必使能者為己用也;無道以御之,彼雖多能,猶將無益
    于存亡矣。詩曰:“執轡如組,兩驂如舞。”貴能御也。
    傳曰:孔子云:“美哉!顏無父之御也。馬知后有輿而輕之,知上有
    人而愛之,馬親其正,而愛其事,如使馬能言,彼將必曰:‘樂哉!今日
    之騶也。’至于顏淪少衰矣,馬知后有輿而輕之,知上有人而敬之,馬親
    其正,而敬其事,如使馬能言,彼將必曰:‘騶來!其人之使我也。’至
    于顏夷而衰矣,馬知后有輿而重之,知上有人而畏之,馬親其正,而畏其
    事,如使馬能言,彼將必曰:‘騶來!騶來!女不騶,彼將殺女。”故御
    馬有法矣,御民有道矣,法得則馬和而歡,道得則民安而集。詩曰:‘執
    轡如組,兩驂如舞。’馱尿蚺。”
    顏淵侍坐魯定公于台,東野畢御馬于台下。定公曰:“善哉!東野畢
    之御也。”顏淵曰:“善則善矣!其馬將佚矣。”定公不說,以告左右曰
    :“聞君子不譖人,君子亦譖人乎?”顏淵退,俄而、廄人以東野畢馬佚
    聞矣。定公揭席而起,曰:“趣駕召顏淵。”顏淵至,定公曰:“鄉寡人
    曰:‘善哉!東野畢之御也。’吾子曰:‘善則善矣!然則馬將佚矣。’
    不識吾子以何知之?”顏淵曰:“臣以政知之。昔者舜工于使人,造父工
    于使馬,舜不窮其民,造父不极其馬,是以舜無佚民,造父無佚馬。今東
    野畢之上車執轡,御体正矣,周旋步驟,朝禮畢矣,歷險致遠,馬力殫矣
    ,然猶策之不已,所以知佚也。”定公曰:“善。可少進。”顏淵曰:“
    獸窮則嚙,鳥窮則啄,人窮則詐。自古及今,窮其下能不危者,未之有也
    。詩曰:‘執轡如組,兩驂如舞。’善御之謂也。”定公曰:“寡人之過
    矣。”
    崔杼s庄公,合士大夫盟,盟者皆脫劍而入,言不疾,措血至者死,
    所殺者十余人,次及晏子,奉杯血,仰天而嘆曰:“惡乎!崔杼將為無道
    ,而殺其君。”于是盟者皆視之。崔杼謂晏子曰:“子与我,吾將与子分
    國;子不与,我殺子。直兵將推之,曲兵將鉤之。吾愿子之圖之也。”晏
    子曰:“留以利而倍其君,非仁也;劫以刃而失其志者、非勇也。詩曰:
    ‘莫莫葛?,延于條枚。愷悌君子,求福不回。’嬰其可回矣!直兵推之,
    曲兵鉤之,嬰不之革也。”崔杼曰:“舍晏子。”晏子起而出,授綏而乘
    ,其仆馳,晏子撫其手曰:“麋鹿在山林,其命在庖廚。命有所懸,安在
    疾驅。”安行成節,然后去之。詩曰:“羔裘如濡,恂直且侯;彼已之子
    ,舍命不偷。”晏子之謂也。
    楚昭王有士曰石奢,其為人也,公而好直,王使為理。于是道有殺人
    者,石奢追之,則父也,還返于廷,曰:“殺人者,臣之父也。以父成政
    ,非孝也;不行君法,非忠也;弛罪廢法,而伏其辜,臣之所守也。”遂
    伏斧噳,曰:“命在君。”君曰:“追而不及,庸有罪乎?子其治事矣。
    ”石奢曰:“不然。不私其父,非孝也;不行君法、非忠也;以死罪生、
    不廉也。君欲赦之,上之惠也;臣不能失法,下之義也。”遂不去榥噳,
    刎頸而死乎廷。君子聞之曰:“貞夫法哉!石先生乎!”孔子曰:“子為
    父隱,父為子隱,直在其中矣。”詩曰:“彼已之子,邦之司直。”石先
    生之謂也。
    外寬而內直,自設于隱括之中,直己不直人,善廢而不悒悒,蘧伯玉
    之行也。故為人父者,則愿以為子,為人子者,則愿以為父,為人君者、
    則愿以為臣,為人臣者,則愿以為君。名昭諸侯,天下愿焉。詩曰:“彼
    已之子,邦之彥兮。”此君子之行也。
    傳曰:孔子遭齊程本子于郯之間,傾蓋而語,終日,有間,顧子路曰
    :“由,東帛十匹,以贈先生。”子路不對,有間,又顧曰:“東帛十匹
    ,以贈先生。”子路率爾而對曰:“昔者、由也聞之于夫子,士不中道相
    見,女無媒而嫁者、君子不行也。”孔子曰:“夫詩不云乎!野有蔓草,
    零露`兮。有美一人,清揚婉兮。邂逅相遇,适我愿兮。且夫齊程本子,
    天下之賢士也,吾于是不贈,終身不之見也。大德不菖閑,小德出入可也
    。”
    君子有主善之心,而無胜人之色;德足以君天下,而無驕肆之容;行
    足以及后世,而不以一言非人之不善。故曰:君子盛德而卑,虛己以受人
    ,旁行不流,應物而不窮,雖在下位,民愿戴之,雖欲無尊,得乎哉!詩
    曰:“彼己之子,美如英,美如英,殊异乎公行。”
    君子易和而難狎也,易懼而不可劫也,畏患而不避義死,好利而不為
    所非,交親而不比,言辯而不亂。蕩蕩乎!其易不可失也,慨乎!其廉而
    不劌也,溫乎!其仁厚之光大也,超乎!其有以殊于世也。詩曰:“美如
    玉,美如玉,殊异乎公族。”
    商容嘗執羽鑰,馮于馬徒,欲以伐紂而不能,遂去,伏于太行。及武
    王克殷,立為天子,欲以為三公。商容辭曰:“吾常馮于馬徒,欲以伐紂
    而不能,愚也;不爭而隱,無勇也;愚且無勇,不足以備乎三公。”遂固
    辭不受命。君子聞之曰:“商容可謂內省而不誣能矣!君子哉!去素餐遠
    矣!”詩曰:“彼君子兮,不素餐兮。”商先生之謂也。
    晉文侯使李离為大理,過听殺人,自拘于廷,請死于君。君曰:“官
    有貴賤,罰有輕重,下吏有罪,非子之罪也。”李离對曰:“臣居官為長
    ,不与下吏讓位;受爵為多,不與下吏分利。今過听殺人,而下吏蒙其死
    ,非所聞也。不受命。”君曰:“自以為罪,則寡人亦有罪矣。”李离曰
    :“法失則刑,刑失則死。君以臣為能听微決疑,故使臣為理。今過听殺
    人之罪,罪當死。”君曰:“棄位委官,伏法亡國,非所望也。趣去,無
    憂寡人之心。”李离對曰:“政亂國危,君之憂也;軍敗卒亂,將之憂也
    。夫無能以事君,行以臨官,是無功不公食祿也。臣不能以虛自誣。”遂
    伏劍而死。君子聞之曰:“忠矣乎!”詩曰:“彼君子兮,不素餐兮。”
    李先生之謂也。
    楚狂接輿躬耕以食。其妻之市,未返,楚王使使者賚金百鎰,造門曰
    :“大王使臣奉金百鎰,愿請先生治河南。”接輿笑而不應,使者遂不得
    辭而去。妻從市而來曰:“先生少而為義,豈將老而遺之哉!門外車軼,
    何其深也!”接輿曰:“今者、王使使者賚金百鎰,欲使我治河南。”其
    妻曰:“豈許之乎?”曰:“未也。”妻曰:“君使不從,非忠也;從之
    ,是遺義也。不如去之。”乃夫負釜甑,妻戴經器,變易姓字,莫知其所
    之。論語曰:
    “色斯舉矣,翔而后集。”接輿之妻是也。詩曰:“逝將去汝,适彼樂土
    ;樂土樂土,爰得我所。”
    昔者桀為酒池糟堤,縱靡靡之樂,而牛飲者三千,群臣皆相持而歌,
    “江水沛兮!舟楫敗兮!我王廢兮!趣歸于亳,亳亦大兮!”又曰:“樂
    兮樂兮!四壯驕兮!六轡沃兮!去不善兮善,何不樂兮!”伊尹知大命之
    將去,舉觴造桀曰:“君王不听臣言,大命去矣,亡無日矣。”桀相然而
    ,盍然而笑曰:“子又妖言矣。吾有天下,猶天之有日也,日有亡乎?
    日亡,吾亦亡也。”于是伊尹接履而趨,遂适于湯,湯以為相。可謂适彼
    樂土,爰得其所矣。詩曰:“逝將去汝,适彼樂土;樂土樂土,爰得我所
    。”
    伊尹去夏入殷,田饒去魯适燕,介之推去晉入山。田饒事魯哀公而不
    見察,田饒謂哀公曰:“臣將去君,黃鵠舉矣。”哀公曰:“何謂也?”
    曰:“君獨不見夫雞乎!首戴冠者,文也,足搏距者,武也,敵在前敢斗
    者、勇也,得食相告,仁也,守夜不失時,信也。雞有此五德,君猶日瀹
    而食之者,何也?則以其所從來者近也。夫黃鵠一舉千里,止君園池,食
    君魚鱉,啄君黍粱,無此五者,君猶貴之,以其所從來者遠矣。臣將去君
    ,黃鵠舉矣!”哀公曰:“止。吾將書子言也。”田饒曰:“臣聞:食其
    食者,不毀其器;陰其樹者,不折其枝。有臣不用,何書其言?”遂去,
    之燕。燕立以為相,三年,燕政大平,國無盜賊。哀公喟然太息,為之辟
    寢三月,減損上服。曰:“不慎其前,而悔其后,何可复得。”詩云:“
    逝將去汝,适彼樂國;樂國樂國,爰得我直。”
    子賤治單父,彈鳴琴,身不下堂,而單父治。巫馬期以星出,以星入
    ,日夜不處,以身親之,而單父亦治。巫馬期問于子賤,子賤曰:“我任
    人,子任力。任人者佚,任力者勞。”人謂子賤,則君子矣,佚四肢,全
    耳目,平心气,而百官理,任其數而已。巫馬期則不然,乎然事惟,勞力
    教詔,雖治,猶未至也。詩曰:“子有衣裳,弗曳弗婁;子有車馬,弗馳
    弗驅。”
    子路曰:“士不能勤苦,不能輕死亡,不能恬貧窮,而曰我行義,吾
    不信也。昔者申包胥立于秦廷,七日七夜,哭不絕聲,是以存楚,不能勤
    苦,焉得行此!比干且死,而諫愈忠;伯夷叔齊餓于首陽,而志益彰;不
    輕死亡,焉能行此。曾子褐衣緒,未嘗完也,米之食,未嘗飽也;義不之
    合,則辭上卿,不恬貧窮,焉能行此!夫士欲立身行道,無顧難易,然后
    能行之;欲行義白名,無顧利害,然后能行之。”詩曰:“彼己之子,碩
    大且篤。”良非篤修身行之君子,其孰能与之哉!
    子路与巫馬期薪于韞丘之下,陳之富人有虞師氏者,脂車百乘,觴于
    韞丘之上。子路与巫馬期曰:“使子無忘子之所知,亦無進子之所能,得
    此富,終身無复見夫子,子為之乎?”巫馬期喟然仰天而嘆,熽然投潪于
    地,曰:“吾嘗聞之夫子,勇士不忘喪其元,志士仁人不忘在溝壑。子不
    知予与?試予与?意者、其志与?”子路心慚,故負薪先歸。孔子曰:“
    由來,何為偕出而先返也?”子路曰:“向也,由与巫馬期薪于韞丘之下
    ,陳之富人有處師氏者,脂車百乘,觴于韞丘之上,由謂巫馬期曰:‘使
    子無忘子之所知,亦無進子之所能,得此富,終身無复見夫子,子為之乎
    ?’巫馬期喟然仰天而嘆,熽然投潪于地,曰:‘吾嘗聞夫子:勇士不忘
    喪其元,志士仁人不忘在溝壑。子不知予与?試予与?意者,其志与?’
    由也心慚,故先負薪歸。”孔子援琴而彈:“詩曰:‘肅肅鴇羽,集于苞
    栩。王事靡崢,不能稷黍。父母何怙?悠悠蒼天,曷其有所?’予道不行
    邪,使汝愿者。”
    孔子曰:“士有五:有鴯笳擼燦屑腋緩裾擼燦凶視潞氛擼燦行鬧腔菡
    擼燦忻裁籃者。有鴯笳擼膊灰園疵襉幸謇恚捕匆員健腋緩裾擼膊灰哉袂罹
    炔蛔悖捕匆猿廾無度。資勇悍者,不以衛上攻戰,而反以侵陵私斗。心智
    惠者,不以端計數,而反以事奸飾詐。貌美好者,不以統朝蒞民,而反以
    蠱女從欲。此五者,所謂士失其美質者也。詩曰:“溫其如玉,在其板屋
    ,亂我心曲。”
    上之人所遇,色為先,聲音次之,事行為后。故望而宜為人君者、容
    也,近而可信者、色也,發而安中者、言也,久而可觀者、行也。故君子
    容色,天下儀象而望之,不假言而知為人君者。詩曰:“顏如渥丹,其君
    也哉!”
    子夏讀詩已畢。夫子問曰:“爾亦何大于詩矣?”子夏對曰:“詩之
    于事也,昭昭乎若日月之光明,燎燎乎如星辰之錯行,上有堯舜之道,下
    有三王之義,弟子不敢忘,雖居蓬戶之中,彈琴以詠先王之風,有人亦樂
    之,無人亦樂之,亦可發憤忘食矣。詩曰:‘衡門之下,可以栖遲;泌之
    洋洋,可以樂飢。’”夫子造然變容,曰:“嘻!吾子始可以言詩已矣,
    然子以見其表,未見其里。”顏淵曰:“其表已見,其里又何有哉?”孔
    子曰:“窺其門,不入其中,安知其奧藏之所在乎!然藏又非難也。丘嘗
    悉心盡志,已入其中,前有高岸,后有深谷,冷冷然如此既立而已矣,不
    能見其里,未謂精微者也。”
    傳曰:國無道,則飄風厲疾,暴雨折木,陰陽錯氛,夏寒冬溫,春熱
    秋榮,日月無光,星辰錯行,民多疾病,國多不祥,群生不壽,而五谷不
    登。當成周之時,陰陽調,寒暑平,群生遂,万物宁,故曰:其風治,其
    樂連,其驅馬舒,其民依依,其行遲遲,其意好好,詩曰:“匪風發兮,
    匪車偈兮。顧瞻周道,中心怛兮。”
    夫治气養心之術:血气剛強,則務之以調和;智慮潛深,則一之以易
    諒;勇毅強果,則輔之以道術;齊給便捷,則安之以靜退;卑攝貪利,則
    抗之以高志;容眾好散,則劫之以師友;怠慢檡蒼恐匆曰鱸鄭蒼竿穸隧 
    蒼蚝現匆岳窶幀倉紋鬧詞材熬隊衫瘢材优得師,莫慎一好。好一則博,博
    則精,精則神,神則化,是以君子務結心乎一也。詩曰:“淑人君子,其
    儀一兮,其儀一兮,心如結兮。”
    玉不琢,不成器;人不學,不成行。家有千金之玉,不知治,猶之貧
    也;良工宰之,則富及子孫。君子謀之,則為國用。故動則安百姓,議則
    延民命。詩曰:“淑人君子,正是國人;正是國人,胡不万年。”
    嫁女之家,三夜不息燭,思相离也。取婦之家,三日不舉樂,思嗣親
    也。是故婚禮不賀,人之序也。三月而廟見,稱來婦也。厥明見舅姑,舅
    姑降于西階,婦升自阼階,授之室也。憂思三日,不殺三月,孝子之情也
    。故禮者、因人情為文。詩曰:“親結其縭,九十其儀。”言多儀也。
    原天命,治心術,理好惡,适情性,而治道畢矣。原天命則不惑禍福
    ,不惑禍福則動靜修。治心術則不妄喜怒,不妄喜怒則賞罰不阿。理好惡
    則不貪無用,不貪無用則不害物性。适情性則不過欲,不過欲則養性知足
    。四者不求于外,不假于人,反諸已而存矣。夫人者、說人者也,形而為

  • A l’ombre des jeunes filles en fleurs — Deuxième partie

    A l’ombre des jeunes filles en fleurs — Deuxième partie

    Aproximadamente 70.272 palavras.

    Produced by Sue Asscher, Walter Debeuf, Patrick Narzul, and Marie Lebert

    MARCEL PROUST

    A L'OMBRE DES JEUNES FILLES EN FLEURS

    DEUXIÈME PARTIE

    Cependant Mme Bontemps qui avait dit cent fois qu'elle ne voulait pas
    aller chez les Verdurin, ravie d'être invitée aux mercredis, était en
    train de calculer comment elle pourrait s'y rendre le plus de fois
    possible. Elle ignorait que Mme Verdurin souhaitait qu'on n'en manquât
    aucun; d'autre part, elle était de ces personnes peu recherchées, qui
    quand elles sont conviées à des «séries» par une maîtresse de maison,
    ne vont pas chez elle comme ceux qui savent faire toujours plaisir,
    quand ils ont un moment et le désir de sortir; elles, au contraire, se
    privent par exemple de la première soirée et de la troisième,
    s'imaginant que leur absence sera remarquée et se réservent pour la
    deuxième et la quatrième; à moins que leurs informations ne leur ayant
    appris que la troisième sera particulièrement brillante, elles ne
    suivent un ordre inverse, alléguant que «malheureusement la dernière
    fois elles n'étaient pas libres». Telle Mme Bontemps supputait combien
    il pouvait y avoir encore de mercredis avant Pâques et de quelle façon
    elle arriverait à en avoir un de plus, sans pourtant paraître
    s'imposer. Elle comptait sur Mme Cottard, avec laquelle elle allait
    revenir, pour lui donner quelques indications. «Oh! Madame Bontemps,
    je vois que vous vous levez, c'est très mal de donner ainsi le signal
    de la fuite. Vous me devez une compensation pour n'être pas venue
    jeudi dernier… Allons rasseyez-vous un moment. Vous ne ferez tout de
    même plus d'autre visite avant le dîner. Vraiment vous ne vous laissez
    pas tenter? ajoutait Mme Swann et tout en tendant une assiette de
    gâteaux: Vous savez que ce n'est pas mauvais du tout ces petites
    saletés-là. Ça ne paye pas de mine, mais goûtez-en, vous m'en direz des
    nouvelles.–Au contraire, ça a l'air délicieux, répondait Mme
    Cottard, chez vous, Odette, on n'est jamais à court de victuailles. Je
    n'ai pas besoin de vous demander la marque de fabrique, je sais que
    vous faites tout venir de chez Rebattet. Je dois dire que je suis plus
    éclectique. Pour les petits fours, pour toutes les friandises, je
    m'adresse souvent à Bourbonneux. Mais je reconnais qu'ils ne savent
    pas ce que c'est qu'une glace. Rebattet, pour tout ce qui est glace,
    bavaroise ou sorbet, c'est le grand art. Comme dirait mon mari, le _nec
    plus ultra_.–Mais ceci est tout simplement fait ici. Vraiment non?–Je
    ne pourrai pas dîner, répondait Mme Bontemps, mais je me rassieds
    un instant, vous savez, moi j'adore causer avec une femme intelligente
    comme vous.–Vous allez me trouver indiscrète, Odette, mais
    j'aimerais savoir comment vous jugez le chapeau qu'avait Mme Trombert.
    Je sais bien que la mode est aux grands chapeaux. Tout de même n'y
    a-t-il pas un peu d'exagération. Et à côté de celui avec lequel elle
    est venue l'autre jour chez moi, celui qu'elle portait tantôt était
    microscopique.–Mais non je ne suis pas intelligente, disait Odette,
    pensant que cela faisait bien. Je suis au fond une gobeuse, qui croit
    tout ce qu'on lui dit, qui se fait du chagrin pour un rien.» Et elle
    insinuait qu'elle avait, au commencement, beaucoup souffert d'avoir
    épousé un homme comme Swann qui avait une vie de son côté et qui la
    trompait. Cependant le Prince d'Agrigente ayant entendu les mots: «Je
    ne suis pas intelligente», trouvait de son devoir de protester, mais
    il n'avait pas d'esprit de répartie. «Taratata, s'écriait Mme
    Bontemps, vous pas intelligente!–En effet je me disais: «Qu'est-ce
    que j'entends?» disait le Prince en saisissant cette perche. Il faut
    que mes oreilles m'aient trompé.–Mais non, je vous assure, disait
    Odette, je suis au fond une petite bourgeoise très choquable, pleine
    de préjugés, vivant dans son trou, surtout très ignorante.» Et pour
    demander des nouvelles du baron de Charlus: «Avez-vous vu cher
    baronet?» lui disait-elle.–Vous, ignorante, s'écriait Mme Bontemps!
    Hé bien alors qu'est-ce que vous diriez du monde officiel, toutes ces
    femmes d'Excellences, qui ne savent parler que de chiffons!… Tenez,
    madame, pas plus tard qu'il y a huit jours je mets sur _Lohengrin_ la
    ministresse de l'Instruction publique. Elle me répond: «_Lohengrin_?
    Ah! oui, la dernière revue des Folies-Bergères, il paraît que c'est
    tordant.» Hé bien! madame, qu'est-ce que vous voulez, quand on entend
    des choses comme ça, ça vous fait bouillir. J'avais envie de la
    gifler. Parce que j'ai mon petit caractère vous savez. Voyons,
    monsieur, disait-elle en se tournant vers moi, est-ce que je n'ai pas
    raison?–Écoutez, disait Mme Cottard, on est excusable de répondre un
    peu de travers quand on est interrogée ainsi de but en blanc, sans
    être prévenue. J'en sais quelque chose car Mme Verdurin a l'habitude
    de nous mettre aussi le couteau sur la gorge.–A propos de Mme
    Verdurin demandait Mme Bontemps à Mme Cottard, savez-vous qui il y
    aura mercredi chez elle?… Ah! je me rappelle maintenant que nous
    avons accepté une invitation pour mercredi prochain. Vous ne voulez
    pas dîner de mercredi en huit avec nous? Nous irons ensemble chez
    Madame Verdurin. Cela m'intimide d'entrer seule, je ne sais pas
    pourquoi cette grande femme m'a toujours fait peur.–Je vais vous le
    dire, répondait Mme Cottard, ce qui vous effraye chez Mme Verdurin,
    c'est son organe. Que voulez-vous, tout le monde n'a pas un aussi joli
    organe que Madame Swann. Mais le temps de prendre langue, comme dit la
    Patronne, et la glace sera bientôt rompue. Car dans le fond elle est
    très accueillante. Mais je comprends très bien votre sensation, ce
    n'est jamais agréable de se trouver la première fois en pays perdu.–Vous
    pourriez aussi dîner avec nous, disait Mme Bontemps à Mme Swann.
    Après dîner on irait tous ensemble en Verdurin, faire Verdurin; et
    même si ce devait avoir pour effet que la Patronne me fasse les gros
    yeux et ne m'invite plus, une fois chez elle nous resterons toutes les
    trois à causer entre nous, je sens que c'est ce qui m'amusera le
    plus.» Mais cette affirmation ne devait pas être très véridique car
    Mme Bontemps demandait: «Qui pensez-vous qu'il y aura de mercredi en
    huit? Qu'est-ce qui se passera? Il n'y aura pas trop de monde, au
    moins?–Moi, je n'irai certainement pas, disait Odette. Nous ne
    ferons qu'une petite apparition au mercredi final. Si cela vous est
    égal d'attendre jusque-là…» Mais Mme Bontemps ne semblait pas
    séduite par cette proposition d'ajournement.

    Bien que les mérites spirituels d'un salon et son élégance soient
    généralement en rapports inverses plutôt que directs, il faut croire,
    puisque Swann trouvait Mme Bontemps agréable, que toute déchéance
    acceptée a pour conséquence de rendre les gens moins difficiles sur
    ceux avec qui ils sont résignés à se plaire, moins difficiles sur leur
    esprit comme sur le reste. Et si cela est vrai, les hommes doivent,
    comme les peuples, voir leur culture et même leur langage disparaître
    avec leur indépendance. Un des effets de cette indulgence est
    d'aggraver la tendance qu'à partir d'un certain âge on a à trouver
    agréables les paroles qui sont un hommage à notre propre tour
    d'esprit, à nos penchants, un encouragement à nous y livrer; cet
    âge-là est celui où un grand artiste préfère à la société de génies
    originaux celle d'élèves qui n'ont en commun avec lui que la lettre de
    sa doctrine et par qui il est encensé, écouté; où un homme ou une
    femme remarquables qui vivent pour un amour trouveront la plus
    intelligente dans une réunion la personne peut-être inférieure, mais
    dont une phrase aura montré qu'elle sait comprendre et approuver ce
    qu'est une existence vouée à la galanterie, et aura ainsi chatouillé
    agréablement la tendance voluptueuse de l'amant ou de la maîtresse;
    c'était l'âge aussi où Swann, en tant qu'il était devenu le mari
    d'Odette, se plaisait à entendre dire à Mme Bontemps que c'est ridicule
    de ne recevoir que des duchesses (concluant de là, au contraire de ce
    qu'il eût fait jadis chez les Verdurin, que c'était une bonne femme,
    très spirituelle et qui n'était pas snob) et à lui raconter des
    histoires qui la faisaient «tordre», parce qu'elle ne les connaissait
    pas et que d'ailleurs elle «saisissait» vite, aimant à flatter et à
    s'amuser. «Alors le docteur ne raffole pas comme vous, des fleurs?
    demandait Mme Swann à Mme Cottard.–Oh! vous savez que mon mari est
    un sage; il est modéré en toutes choses. Si, pourtant, il a une
    passion.» L'œil brillant de malveillance, de joie et de curiosité:
    «Laquelle, madame?» demandait Mme Bontemps. Avec simplicité, Mme
    Cottard répondait: «La lecture.–Oh! c'est une passion de tout
    repos chez un mari! s'écriait Mme Bontemps en étouffant un rire
    satanique.–Quand le docteur est dans un livre, vous savez!–Hé
    bien, madame, cela ne doit pas vous effrayer beaucoup…–Mais
    si!… pour sa vue. Je vais aller le retrouver, Odette, et je
    reviendrai au premier jour frapper à votre porte. A propos de vue,
    vous a-t-on dit que l'hôtel particulier que vient d'acheter Mme
    Verdurin sera éclairé à l'électricité? Je ne le tiens pas de ma petite
    police particulière, mais d'une autre source: c'est l'électricien
    lui-même, Mildé, qui me l'a dit. Vous voyez que je cite mes auteurs!
    Jusqu'aux chambres qui auront leurs lampes électriques avec un
    abat-jour qui tamisera la lumière. C'est évidemment un luxe charmant.
    D'ailleurs nos contemporaines veulent absolument du nouveau, n'en
    fût-il plus au monde. Il y a la belle-sœur d'une de mes amies qui a le
    téléphone posé chez elle! Elle peut faire une commande à un
    fournisseur sans sortir de son appartement! J'avoue que j'ai platement
    intrigué pour avoir la permission de venir un jour parler devant
    l'appareil. Cela me tente beaucoup, mais plutôt chez une amie que chez
    moi. Il me semble que je n'aimerais pas avoir le téléphone à domicile.
    Le premier amusement passé, cela doit être vrai casse-tête. Allons,
    Odette, je me sauve, ne retenez plus Mme Bontemps puisqu'elle se
    charge de moi, il faut absolument que je m'arrache, vous me faites
    faire du joli, je vais être rentrée après mon mari!»

    Et moi aussi, il fallait que je rentrasse, avant d'avoir goûté à ces
    plaisirs de l'hiver, desquels les chrysanthèmes m'avaient semblé être
    l'enveloppe éclatante. Ces plaisirs n'étaient pas venus et cependant
    Mme Swann n'avait pas l'air d'attendre encore quelque chose. Elle
    laissait les domestiques emporter le thé comme elle aurait annoncé:
    «On ferme!» Et elle finissait par me dire: «Alors, vraiment, vous
    partez? Hé bien, _good bye!_» Je sentais que j'aurais pu rester sans
    rencontrer ces plaisirs inconnus et que ma tristesse n'était pas seule
    à m'avoir privé d'eux. Ne se trouvaient-ils donc pas situés sur cette
    route battue des heures, qui mènent toujours si vite à l'instant du
    départ, mais plutôt sur quelque chemin de traverse inconnu de moi et
    par où il eût fallu bifurquer? Du moins le but de ma visite était
    atteint, Gilberte saurait que j'étais venu chez ses parents quand elle
    n'était pas là, et que j'y avais, comme n'avait cessé de le répéter
    Mme Cottard, fait d'emblée, de prime abord, la conquête de Mme
    Verdurin. «Il faut, m'avait dit la femme du docteur qui ne l'avait jamais
    vue faire «autant de frais», que vous ayez
    ensemble des atomes crochus.» Gilberte saurait que j'avais parlé d'elle
    comme je devais le faire, avec tendresse, mais que je n'avais pas
    cette incapacité de vivre sans que nous nous vissions que je croyais à
    la base de l'ennui qu'elle avait éprouvé ces derniers temps auprès de
    moi. J'avais dit à Mme Swann que je ne pouvais plus me trouver avec
    Gilberte. Je l'avais dit comme si j'avais décidé pour toujours de ne
    plus la voir. Et la lettre que j'allais envoyer à Gilberte serait
    conçue dans le même sens. Seulement à moi-même pour me donner courage
    je ne me proposais qu'un suprême et court effort de peu de jours. Je
    me disais: «C'est le dernier rendez-vous d'elle que je refuse,
    j'accepterai le prochain.» Pour me rendre la séparation moins
    difficile à réaliser, je ne me la présentais pas comme définitive.
    Mais je sentais bien qu'elle le serait.

    Le 1er janvier me fut particulièrement douloureux cette année-là. Tout
    l'est sans doute, qui fait date et anniversaire, quand on est
    malheureux. Mais si c'est par exemple d'avoir perdu un être cher, la
    souffrance consiste seulement dans une comparaison plus vive avec le
    passé. Il s'y ajoutait dans mon cas l'espoir informulé que Gilberte,
    ayant voulu me laisser l'initiative des premiers pas et constatant que
    je ne les avais pas faits, n'avait attendu que le prétexte du 1er
    janvier pour m'écrire: «Enfin, qu'y a-t-il? je suis folle de vous,
    venez que nous nous expliquions franchement, je ne peux pas vivre sans
    vous voir.» Dès les derniers jours de l'année cette lettre me parut
    probable. Elle ne l'était peut-être pas, mais, pour que nous la
    croyions telle, le désir, le besoin que nous en avons suffit. Le
    soldat est persuadé qu'un certain délai indéfiniment prolongeable lui
    sera accordé avant qu'il soit tué, le voleur avant qu'il soit pris,
    les hommes en général avant qu'ils aient à mourir. C'est là l'amulette
    qui préserve les individus–et parfois les peuples–non du danger
    mais de la peur du danger, en réalité de la croyance au danger, ce qui
    dans certains cas permet de les braver sans qu'il soit besoin d'être
    brave. Une confiance de ce genre, et aussi peu fondée, soutient
    l'amoureux qui compte sur une réconciliation, sur une lettre. Pour que
    je n'eusse pas attendu celle-là, il eût suffi que j'eusse cessé de la
    souhaiter. Si indifférent qu'on sache que l'on est à celle qu'on aime
    encore, on lui prête une série de pensées–fussent-elles
    d'indifférence–une intention de les manifester, une complication de
    vie intérieure où l'on est l'objet peut-être d'une antipathie, mais
    aussi d'une attention permanentes. Pour imaginer au contraire ce qui
    se passait en Gilberte, il eût fallu que je pusse tout simplement
    anticiper dès ce 1er janvier-là ce que j'eusse ressenti celui d'une
    des années suivantes, et où l'attention, ou le silence, ou la
    tendresse, ou la froideur de Gilberte eussent passé à peu près
    inaperçus à mes yeux et où je n'eusse pas songé, pas même pu songer à
    chercher la solution de problèmes qui auraient cessé de se poser pour
    moi. Quand on aime l'amour est trop grand pour pouvoir être contenu
    tout entier en nous; il irradie vers la personne aimée, rencontre en
    elle une surface qui l'arrête, le force à revenir vers son point de
    départ; et c'est ce choc en retour de notre propre tendresse que nous
    appelons les sentiments de l'autre et qui nous charme plus qu'à
    l'aller, parce que nous ne connaissons pas qu'elle vient de nous. Le
    1er janvier sonna toutes ses heures sans qu'arrivât cette lettre de
    Gilberte. Et comme j'en reçus quelques-unes de vœux tardifs ou retardés
    par l'encombrement des courriers à ces dates-là, le 3 et le 4 janvier,
    j'espérais encore, de moins en moins pourtant. Les jours qui
    suivirent, je pleurai beaucoup. Certes cela tenait à ce qu'ayant été
    moins sincère que je ne l'avais cru quand j'avais renoncé à Gilberte,
    j'avais gardé cet espoir d'une lettre d'elle pour la nouvelle année.
    Et le voyant épuisé avant que j'eusse eu le temps de me précautionner
    d'un autre, je souffrais comme un malade qui a vidé sa fiole de
    morphine sans en avoir sous la main une seconde. Mais peut-être en moi–et
    ces deux explications ne s'excluent pas, car un seul sentiment
    est quelquefois fait de contraires–l'espérance que j'avais de
    recevoir enfin une lettre, avait-elle rapproché de moi l'image de
    Gilberte, recréé les émotions que l'attente de me trouver près d'elle,
    sa vue, sa manière d'être avec moi, me causaient autrefois. La
    possibilité immédiate d'une réconciliation avait supprimé cette chose
    de l'énormité de laquelle nous ne nous rendons pas compte–la
    résignation. Les neurasthéniques ne peuvent croire les gens qui leur
    assurent qu'ils seront à peu près calmés en restant au lit sans
    recevoir de lettres, sans lire de journaux. Ils se figurent que ce
    régime ne fera qu'exaspérer leur nervosité. De même les amoureux, le
    considérant du sein d'un état contraire, n'ayant pas commencé de
    l'expérimenter, ne peuvent croire à la puissance bienfaisante du
    renoncement.

    A cause de la violence de mes battements de cœur on me fit diminuer la
    caféine, ils cessèrent. Alors je me demandai si ce n'était pas un peu
    à elle qu'était due cette angoisse que j'avais éprouvée quand je
    m'étais à peu près brouillé avec Gilberte, et que j'avais attribuée
    chaque fois qu'elle se renouvelait à la souffrance de ne plus voir mon
    amie, ou de risquer de ne la voir qu'en proie à la même mauvaise
    humeur. Mais si ce médicament avait été à l'origine des souffrances
    que mon imagination eût alors faussement interprétées (ce qui n'aurait
    rien d'extraordinaire, les plus cruelles peines morales ayant souvent pour
    cause chez les amants, l'habitude physique de la femme avec qui ils vivent),
    c'était à la façon du philtre qui longtemps après avoir été absorbé
    continue à lier Tristan à Yseult. Car l'amélioration physique que la
    diminution de la caféine amena presque immédiatement chez moi n'arrêta
    pas l'évolution de chagrin que l'absorption du toxique avait peut-être
    sinon créé, du moins su rendre plus aigu.

    Seulement, quand le milieu du mois de janvier approcha, une fois
    déçues mes espérances d'une lettre pour le jour de l'an et la douleur
    supplémentaire qui avait accompagné leur déception une fois calmée, ce
    fut mon chagrin d'avant «les Fêtes» qui recommença. Ce qu'il y avait
    peut-être encore en lui de plus cruel, c'est que j'en fusse moi-même
    l'artisan inconscient, volontaire, impitoyable et patient. La seule
    chose à laquelle je tinsse, mes relations avec Gilberte, c'est moi qui
    travaillais à les rendre impossibles en créant peu à peu, par la
    séparation prolongée d'avec mon amie, non pas son indifférence, mais
    ce qui reviendrait finalement au même, la mienne. C'était à un long et
    cruel suicide du moi qui en moi-même aimait Gilberte que je
    m'acharnais avec continuité, avec la clairvoyance non seulement de ce
    que je faisais dans le présent, mais de ce qui en résulterait pour
    l'avenir: je savais non pas seulement que dans un certain temps je
    n'aimerais plus Gilberte, mais encore qu'elle-même le regretterait, et
    que les tentatives qu'elle ferait alors pour me voir seraient aussi
    vaines que celles d'aujourd'hui, non plus parce que je l'aimerais
    trop mais parce que j'aimerais certainement une autre femme que je
    resterais à désirer, à attendre, pendant des heures dont je n'oserais
    pas distraire une parcelle pour Gilberte qui ne me serait plus rien.
    Et sans doute en ce moment même, où (puisque j'étais résolu à ne plus
    la voir, à moins d'une demande formelle d'explications, d'une complète
    déclaration d'amour de sa part, lesquelles n'avaient plus aucune
    chance de venir) j'avais déjà perdu Gilberte, et l'aimais davantage,
    je sentais tout ce qu'elle était pour moi, mieux que l'année
    précédente, quand passant tous mes après-midi avec elle, selon que je
    voulais, je croyais que rien ne menaçait notre amitié, sans doute en
    ce moment l'idée que j'éprouverais un jour les mêmes sentiments pour
    une autre m'était odieuse, car cette idée m'enlevait outre Gilberte,
    mon amour et ma souffrance. Mon amour, ma souffrance, où en pleurant
    j'essayais de saisir justement ce qu'était Gilberte, et desquels il me
    fallait reconnaître qu'ils ne lui appartenaient pas spécialement et
    seraient, tôt ou tard, le lot de telle ou telle femme. De sorte–c'était
    du moins alors ma manière de penser–qu'on est toujours
    détaché des êtres: quand on aime, on sent que cet amour ne porte pas
    leur nom, pourra dans l'avenir renaître, aurait même pu, même dans le
    passé, naître pour une autre et non pour celle-là. Et dans le temps où
    l'on n'aime pas, si l'on prend philosophiquement son parti de ce qu'il
    y a de contradictoire dans l'amour, c'est que cet amour dont on parle
    à son aise on ne l'éprouve pas alors, donc on ne le connaît pas, la
    connaissance en ces matières étant intermittente et ne survivant pas à
    la présence effective du sentiment. Cet avenir où je n'aimerais plus
    Gilberte et que ma souffrance m'aidait à deviner sans que mon
    imagination pût encore se le représenter clairement, certes il eût été
    temps encore d'avertir Gilberte qu'il se formerait peu à peu, que sa
    venue était sinon imminente, du moins inéluctable, si elle-même,
    Gilberte, ne venait pas à mon aide et ne détruisait pas dans son germe
    ma future indifférence. Combien de fois ne fus-je pas sur le point
    d'écrire, ou d'aller dire à Gilberte: «Prenez garde, j'en ai pris la
    résolution, la démarche que je fais est une démarche suprême. Je vous
    vois pour la dernière fois. Bientôt je ne vous aimerai plus.» A quoi
    bon? De quel droit eussé-je reproché à Gilberte une indifférence que,
    sans me croire coupable pour cela, je manifestais à tout ce qui
    n'était pas elle? La dernière fois! A moi, cela me paraissait quelque
    chose d'immense, parce que j'aimais Gilberte. A elle cela lui eût fait
    sans doute autant d'impression que ces lettres où des amis demandent à
    nous faire une visite avant de s'expatrier, visite que, comme aux
    ennuyeuses femmes qui nous aiment, nous leur refusons parce que nous
    avons des plaisirs devant nous. Le temps dont nous disposons chaque
    jour est élastique; les passions que nous ressentons le dilatent,
    celles que nous inspirons le rétrécissent et l'habitude le remplit.

    D'ailleurs, j'aurais eu beau parler à Gilberte, elle ne m'aurait pas
    entendu. Nous nous imaginons toujours, quand nous parlons, que ce sont
    nos oreilles, notre esprit qui écoutent. Mes paroles ne seraient
    parvenues à Gilberte que déviées, comme si elles avaient eu à
    traverser le rideau mouvant d'une cataracte avant d'arriver à mon
    amie, méconnaissables, rendant un son ridicule, n'ayant plus aucune
    espèce de sens. La vérité qu'on met dans les mots ne se fraye pas son
    chemin directement, n'est pas douée d'une évidence irrésistible. Il
    faut qu'assez de temps passe pour qu'une vérité de même ordre ait pu
    se former en eux. Alors l'adversaire politique qui, malgré tous les
    raisonnements et toutes les preuves, tenait le sectateur de la doctrine
    opposée pour un traître, partage lui-même la conviction détestée à
    laquelle celui qui cherchait inutilement à la répandre ne tient plus.
    Alors, le chef-d'oeuvre qui pour les admirateurs qui le lisaient haut
    semblait montrer en soi les preuves de son excellence et n'offrait à
    ceux qui écoutaient qu'une image insane ou médiocre, sera par eux
    proclamé chef-d'œuvre, trop tard pour que l'auteur puisse l'apprendre.
    Pareillement en amour les barrières, quoi qu'on fasse, ne peuvent être
    brisées du dehors par celui qu'elles désespèrent; et c'est quand il ne
    se souciera plus d'elles, que, tout à coup, par l'effet du travail
    venu d'un autre côté, accompli à l'intérieur de celle qui n'aimait
    pas, ces barrières, attaquées jadis sans succès, tomberont sans
    utilité. Si j'étais venu annoncer à Gilberte mon indifférence future
    et le moyen de la prévenir, elle aurait induit de cette démarche que
    mon amour pour elle, le besoin que j'avais d'elle, étaient encore plus
    grands qu'elle n'avait cru, et son ennui de me voir en eût été
    augmenté. Et il est bien vrai, du reste, que c'est cet amour qui
    m'aidait, par les états d'esprit disparates qu'il faisait se succéder
    en moi, à prévoir, mieux qu'elle, la fin de cet amour. Pourtant, un
    tel avertissement, je l'eusse peut-être adressé, par lettre ou de vive
    voix, à Gilberte, quand assez de temps eût passé, me la rendant ainsi,
    il est vrai, moins indispensable, mais aussi ayant pu lui prouver
    qu'elle ne me l'était pas. Malheureusement, certaines personnes bien
    ou mal intentionnées lui parlèrent de moi d'une façon qui dut lui
    laisser croire qu'elles le faisaient à ma prière. Chaque fois que
    j'appris ainsi que Cottard, ma mère elle-même, et jusqu'à M. de
    Norpois avaient, par de maladroites paroles, rendu inutile tout le
    sacrifice que je venais d'accomplir, gâché tout le résultat de ma
    réserve en me donnant faussement l'air d'en être sorti, j'avais un
    double ennui. D'abord je ne pouvais plus faire dater que de ce jour-là
    ma pénible et fructueuse abstention que les fâcheux avaient à mon insu
    interrompue et, par conséquent, annihilée. Mais, de plus, j'eusse eu
    moins de plaisir à voir Gilberte qui me croyait maintenant non plus
    dignement résigné, mais manœuvrant dans l'ombre pour une entrevue
    qu'elle avait dédaigné d'accorder. Je maudissais ces vains bavardages
    de gens qui souvent, sans même l'intention de nuire ou de rendre
    service, pour rien, pour parler, quelquefois parce que nous n'avons
    pas pu nous empêcher de le faire devant eux et qu'ils sont indiscrets
    (comme nous), nous causent, à point nommé, tant de mal. Il est vrai
    que dans la funeste besogne accomplie pour la destruction de notre
    amour, ils sont loin de jouer un rôle égal à deux personnes qui ont
    pour habitude l'une par excès de bonté et l'autre de méchanceté de
    tout défaire au moment que tout allait s'arranger. Mais ces deux
    personnes-là, nous ne leur en voulons pas comme aux inopportuns
    Cottard, car la dernière, c'est la personne que nous aimons et la
    première, c'est nous-même.

    Cependant, comme presque chaque fois que j'allais la voir, Mme Swann
    m'invitait à venir goûter avec sa fille et me disait de répondre
    directement à celle-ci, j'écrivais souvent à Gilberte, et dans cette
    correspondance je ne choisissais pas les phrases qui eussent pu, me
    semblait-il la persuader, je cherchais seulement à frayer le lit le
    plus doux au ruissellement de mes pleurs. Car le regret comme le désir
    ne cherche pas à s'analyser, mais à se satisfaire; quand on commence
    d'aimer on passe le temps non à savoir ce qu'est son amour, mais à
    préparer les possibilités des rendez-vous du lendemain. Quand on
    renonce, on cherche non à connaître son chagrin, mais à offrir de lui
    à celle qui le cause l'expression qui nous paraît la plus tendre. On
    dit les choses qu'on éprouve le besoin de dire et que l'autre ne
    comprendra pas, on ne parle que pour soi-même. J'écrivais: «J'avais
    cru que ce ne serait pas possible. Hélas, je vois que ce n'est pas si
    difficile.» Je disais aussi: «Je ne vous verrai probablement plus», je
    le disais en continuant à me garder d'une froideur qu'elle eût pu
    croire affectée, et ces mots, en les écrivant, me faisaient pleurer,
    parce que je sentais qu'ils exprimaient non ce que j'aurais voulu
    croire, mais ce qui arriverait en réalité. Car à la prochaine demande
    de rendez-vous qu'elle me ferait adresser, j'aurais encore comme cette
    fois le courage de ne pas céder et, de refus en refus, j'arriverais
    peu à peu au moment où à force de ne plus l'avoir vue je ne désirerais
    pas la voir. Je pleurais mais je trouvais le courage, je connaissais
    la douceur, de sacrifier le bonheur d'être auprès d'elle à la
    possibilité de lui paraître agréable un jour, un jour où, hélas! lui
    paraître agréable me serait indifférent. L'hypothèse même, pourtant si
    peu vraisemblable, qu'en ce moment, comme elle l'avait prétendu
    pendant la dernière visite que je lui avais faite, elle m'aimât, que
    ce que je prenais pour l'ennui qu'on éprouve auprès de quelqu'un dont
    on est las, ne fût dû qu'à une susceptibilité jalouse, à une feinte
    d'indifférence analogue à la mienne, ne faisait que rendre ma
    résolution moins cruelle. Il me semblait alors que dans quelques
    années, après que nous nous serions oubliés l'un l'autre, quand je
    pourrais rétrospectivement lui dire que cette lettre qu'en ce moment
    j'étais en train de lui écrire n'avait été nullement sincère, elle me
    répondrait: «Comment, vous, vous m'aimiez? Si vous saviez comme je
    l'attendais, cette lettre, comme j'espérais un rendez-vous, comme elle
    me fit pleurer.» La pensée, pendant que je lui écrivais, aussitôt
    rentré de chez sa mère, que j'étais peut-être en train de consommer
    précisément ce malentendu-là, cette pensée par sa tristesse même, par
    le plaisir d'imaginer que j'étais aimé de Gilberte, me poussait à
    continuer ma lettre.

    Si, au moment de quitter Mme Swann quand son «thé» finissait, je
    pensais à ce que j'allais écrire à sa fille, Mme Cottard elle, en s'en
    allant, avait eu des pensées d'un caractère tout différent. Faisant sa
    «petite inspection», elle n'avait pas manqué de féliciter Mme Swann
    sur les meubles nouveaux, les récentes «acquisitions» remarquées dans
    le salon. Elle pouvait d'ailleurs y retrouver, quoique en bien petit
    nombre, quelques-uns des objets qu'Odette avait autrefois dans l'hôtel
    de la rue Lapérouse, notamment ses animaux en matières précieuses, ses
    fétiches.

    Mais Mme Swann ayant appris d'un ami qu'elle vénérait le mot «tocard»–lequel
    lui avait ouvert de nouveaux horizons parce qu'il désignait
    précisément les choses que quelques années auparavant elle avait
    trouvées «chic»–toutes ces choses-là successivement avaient suivi
    dans leur retraite le treillage doré qui servait d'appui aux
    chrysanthèmes, mainte bonbonnière de chez Giroux et le papier à
    lettres à couronne (pour ne pas parler des louis en carton semés sur
    les cheminées et que, bien avant qu'elle connut Swann, un homme de
    goût lui avait conseillé de sacrifier). D'ailleurs dans le désordre
    artiste, dans le pêle-mêle d'atelier, des pièces aux murs encore
    peints de couleurs sombres qui les faisaient aussi différentes que
    possible des salons blancs que Mme Swann eut un peu plus tard,
    l'Extrême-Orient, reculait de plus en plus devant l'invasion du XVIIIe
    siècle; et les coussins que, afin que je fusse plus «confortable», Mme
    Swann entassait et pétrissait derrière mon dos étaient semés de
    bouquets Louis XV, et non plus comme autrefois de dragons chinois.
    Dans la chambre où on la trouvait le plus souvent et dont elle disait:
    «Oui, je l'aime assez, je m'y tiens beaucoup; je ne pourrais pas vivre
    au milieu de choses hostiles et pompier; c'est ici que je travaille»
    (sans d'ailleurs préciser si c'était à un tableau, peut-être à un
    livre, le goût d'en écrire commençait à venir aux femmes qui aiment à
    faire quelque chose, et à ne pas être inutiles), elle était entourée
    de Saxe (aimant cette dernière sorte de porcelaine, dont elle
    prononçait le nom avec un accent anglais, jusqu'à dire à propos de
    tout: c'est joli, cela ressemble à des fleurs de Saxe), elle redoutait
    pour eux, plus encore que jadis pour ses magots et ses potiches, le
    toucher ignorant des domestiques auxquels elle faisait expier les
    transes qu'ils lui avaient données par des emportement auxquels Swann,
    maître si poli et doux, assistait sans en être choqué. La vue lucide
    de certaines infériorités n'ôte d'ailleurs rien à la tendresse;
    celle-ci les fait au contraire trouver charmantes. Maintenant c'était
    plus rarement dans des robes de chambre japonaises qu'Odette recevait
    ses intimes, mais plutôt dans les soies claires et mousseuses de
    peignoirs Watteau desquelles elle faisait le geste de caresser sur ses
    seins l'écume fleurie, et dans lesquelles elle se baignait, se
    prélassait, s'ébattait avec un tel air de bien-être, de
    rafraîchissement de la peau, et des respirations si profondes, qu'elle
    semblait les considérer non pas comme décoratives à la façon d'un
    cadre, mais comme nécessaires de la même manière que le «tub» et le
    «footing», pour contenter les exigences de sa physionomie et les
    raffinements de son hygiène. Elle avait l'habitude de dire qu'elle se
    passerait plus aisément de pain que d'art et de propreté, et qu'elle
    eût été plus triste de voir brûler la _Joconde_ que des «foultitudes»
    de personnes qu'elle connaissait. Théories qui semblaient paradoxales à
    ses amies, mais la faisaient passer pour une femme supérieure auprès
    d'elles et lui valaient une fois par semaine la visite du ministre de
    Belgique, de sorte que dans le petit monde dont elle était le soleil,
    chacun eût été bien étonné si l'on avait appris qu'ailleurs, chez les
    Verdurin par exemple, elle passât pour bête. A cause de cette vivacité
    d'esprit, Mme Swann préférait la société des hommes à celle des
    femmes. Mais quand elle critiquait celles-ci c'était toujours en
    cocotte, signalant en elles les défauts qui pouvaient leur nuire
    auprès des hommes, de grosses attaches, un vilain teint, pas
    d'orthographe, des poils aux jambes, une odeur pestilentielle, de faux
    sourcils. Pour telle au contraire qui lui avait jadis montré de
    l'indulgence et de l'amabilité, elle était plus tendre, surtout si
    celle-là était malheureuse. Elle la défendait avec adresse et disait:
    «On est injuste pour elle, car c'est une gentille femme, je vous
    assure.»

    Ce n'était pas seulement l'ameublement du salon d'Odette, c'était
    Odette elle-même que Mme Cottard et tous ceux qui avaient fréquenté
    Mme de Crécy auraient eu peine s'ils ne l'avaient pas vue depuis
    longtemps à reconnaître. Elle semblait avoir tant d'années de moins
    qu'autrefois. Sans doute, cela tenait en partie à ce qu'elle avait
    engraissé, et devenue mieux portante, avait l'air plus calme,
    frais, reposé, et d'autre part à ce que les coiffures nouvelles aux
    cheveux lissés, donnaient plus d'extension à son visage qu'une poudre
    rose animait, et où ses yeux et son profil, jadis trop saillants,
    semblaient maintenant résorbés. Mais une autre raison de ce changement
    consistait en ceci que, arrivée au milieu de la vie, Odette s'était
    enfin découvert, ou inventé, une physionomie personnelle, un
    «caractère» immuable, un «genre de beauté», et sur ses traits décousus–qui
    pendant si longtemps, livrés aux caprices hasardeux et
    impuissants de la chair, prenant à la moindre fatigue pour un instant des
    années, une sorte de vieillesse passagère, lui avaient composé
    tant bien que mal, selon son humeur et selon sa mine, un visage épars,
    journalier, informe et charmant–avait appliqué ce type fixe, comme
    une jeunesse immortelle.

    Swann avait dans sa chambre, au lieu des belles photographies qu'on
    faisait maintenant de sa femme, et où la même expression énigmatique
    et victorieuse laissait reconnaître, quels que fussent la robe et le
    chapeau, sa silhouette et son visage triomphants, un petit
    daguerréotype ancien tout simple, antérieur à ce type, et duquel la
    jeunesse et la beauté d'Odette, non encore trouvées par elle,
    semblaient absentes. Mais sans doute Swann, fidèle ou revenu à une
    conception différente, goûtait-il dans la jeune femme grêle aux yeux
    pensifs, aux traits las, à l'attitude suspendue entre la marche et
    l'immobilité, une grâce plus botticellienne. Il aimait encore en effet
    à voir en sa femme un Botticelli. Odette qui au contraire cherchait
    non à faire ressortir mais à compenser, à dissimuler ce qui, en
    elle-même, ne lui plaisait pas, ce qui était peut-être, pour un
    artiste, son «caractère», mais que, comme femme, elle trouvait des
    défauts, ne voulait pas entendre parler de ce peintre. Swann possédait
    une merveilleuse écharpe orientale, bleue et rose, qu'il avait achetée
    parce que c'était exactement celle de la vierge du _Magnificat_. Mais
    Mme Swann ne voulait pas la porter. Une fois seulement elle laissa son
    mari lui commander une toilette toute criblée de pâquerettes, de
    bluets, de myosotis et de campanules d'après la Primavera du
    Printemps. Parfois, le soir, quand elle était fatiguée, il me faisait
    remarquer tout bas comme elle donnait sans s'en rendre compte à ses
    mains pensives, le mouvement délié, un peu tourmenté de la Vierge qui
    trempe sa plume dans l'encrier que lui tend l'ange, avant d'écrire sur
    le livre saint où est déjà tracé le mot _Magnificat_. Mais il ajoutait:
    «Surtout ne le lui dites pas, il suffirait qu'elle le sût pour qu'elle
    fît autrement.»

    Sauf à ces moments d'involontaire fléchissement où Swann essayait de
    retrouver la mélancolique cadence botticellienne, le corps d'Odette
    était maintenant découpé en une seule silhouette cernée tout entière
    par une «ligne» qui, pour suivre le contour de la femme, avait
    abandonné les chemins accidentés, les rentrants et les sortants
    factices, les lacis, l'éparpillement composite des modes d'autrefois,
    mais qui aussi, là où c'était l'anatomie qui se trompait en faisant
    des détours inutiles en deçà ou au delà du tracé idéal, savait
    rectifier d'un trait hardi les écarts de la nature, suppléer, pour
    toute une partie du parcours, aux défaillances aussi bien de la chair
    que des étoffes. Les coussins, le «strapontin» de l'affreuse
    «tournure» avaient disparu ainsi que ces corsages à basques qui,
    dépassant la jupe et raidis par des baleines avaient ajouté si
    longtemps à Odette un ventre postiche et lui avaient donné l'air
    d'être composée de pièces disparates qu'aucune individualité ne
    reliait. La verticale des «effilés» et la courbe des ruches avaient
    cédé la place à l'inflexion d'un corps qui faisait palpiter la soie
    comme la sirène bat l'onde et donnait à la percaline une expression
    humaine, maintenant qu'il s'était dégagé, comme une forme organisée et
    vivante, du long chaos et de l'enveloppement nébuleux des modes
    détrônées. Mais Mme Swann cependant avait voulu, avait su garder un
    vestige de certaines d'entre elles, au milieu même de celles qui les
    avaient remplacées. Quand le soir, ne pouvant travailler et étant
    assuré que Gilberte était au théâtre avec des amies, j'allais à
    l'improviste chez ses parents, je trouvais souvent Mme Swann dans
    quelque élégant déshabillé dont la jupe, d'un de ces beaux tons
    sombres, rouge foncé ou orange qui avaient l'air d'avoir une
    signification particulière parce qu'ils n'étaient plus à la mode,
    était obliquement traversée d'une rampe ajourée et large de dentelle
    noire qui faisait penser aux volants d'autrefois. Quand par un jour
    encore froid de printemps elle m'avait, avant ma brouille avec sa
    fille, emmené au Jardin d'Acclimatation, sous sa veste qu'elle
    entr'ouvrait plus ou moins selon qu'elle se réchauffait en marchant,
    le «dépassant» en dents de scie de sa chemisette avait l'air du revers
    entrevu de quelque gilet absent, pareil à l'un de ceux qu'elle avait
    portés quelques années plus tôt et dont elle aimait que les bords
    eussent ce léger déchiquetage; et sa cravate–de cet «écossais»
    auquel elle était restée fidèle, mais en adoucissant tellement les
    tons (le rouge devenu rose et le bleu lilas), que l'on aurait presque
    cru à un de ces taffetas gorge de pigeon qui étaient la dernière
    nouveauté–était nouée de telle façon sous son menton sans qu'on pût
    voir où elle était attachée, qu'on pensait invinciblement à ces
    «brides» de chapeaux, qui ne se portaient plus. Pour peu qu'elle sût
    «durer» encore quelque temps ainsi, les jeunes gens, essayant de
    comprendre ses toilettes, diraient: «Madame Swann, n'est-ce pas, c'est
    toute une époque?» Comme dans un beau style qui superpose des formes
    différentes et que fortifie une tradition cachée, dans la toilette de
    Mme Swann, ces souvenirs incertains de gilets, ou de boucles, parfois
    une tendance aussitôt réprimée au «saute en barque», et jusqu'à une
    illusion lointaine et vague au «suivez-moi jeune homme», faisaient
    circuler sous la forme concrète la ressemblance inachevée d'autres
    plus anciennes qu'on n'aurait pu y trouver effectivement réalisées par
    la couturière ou la modiste, mais auxquelles on pensait sans cesse, et
    enveloppaient Mme Swann de quelque chose de noble–peut-être parce
    que l'inutilité même de ces atours faisait qu'ils semblaient répondre
    à un but plus qu'utilitaire, peut-être à cause du vestige conservé des
    années passées, ou encore d'une sorte d'individualité vestimentaire,
    particulière à cette femme et qui donnait à ses mises les plus
    différentes un même air de famille. On sentait qu'elle ne s'habillait
    pas seulement pour la commodité ou la parure de son corps; elle était
    entourée de sa toilette comme de l'appareil délicat et spiritualisé
    d'une civilisation.

    Quand Gilberte, qui d'habitude donnait ses goûters le jour où recevait
    sa mère, devait au contraire être absente et qu'à cause de cela je
    pouvais aller au «Choufleury» de Mme Swann, je la trouvais vêtue de
    quelque belle robe, certaines en taffetas, d'autres en faille, ou en
    velours, ou en crêpe de Chine, ou en satin, ou en soie, et qui non
    point lâches comme les déshabillés qu'elle revêtait ordinairement à la
    maison, mais combinées comme pour la sortie au dehors, donnaient cet
    après-midi-là à son oisiveté chez elle quelque chose d'alerte et
    d'agissant. Et sans doute la simplicité hardie de leur coupe était
    bien appropriée à sa taille et à ses mouvements dont les manches
    avaient l'air d'être la couleur, changeante selon les jours; on aurait
    dit qu'il y avait soudain de la décision dans le velours bleu, une
    humeur facile dans le taffetas blanc, et qu'une sorte de réserve
    suprême et pleine de distinction dans la façon d'avancer le bras
    avait, pour devenir visible, revêtu l'apparence brillante du sourire
    des grands sacrifices, du crêpe de Chine noir. Mais en même temps à
    ces robes si vives, la complication des «garnitures» sans utilité
    pratique, sans raison d'être visible, ajoutait quelque chose de
    désintéressé, de pensif, de secret, qui s'accordait à la mélancolie
    que Mme Swann gardait toujours au moins dans la cernure de ses yeux et
    les phalanges de ses mains. Sous la profusion des porte-bonheur en
    saphir, des trèfles à quatre feuilles d'émail, des médailles d'argent,
    des médaillons d'or, des amulettes de turquoise, des chaînettes de
    rubis, des châtaignes de topaze, il y avait dans la robe elle-même tel
    dessin colorié poursuivant sur un empiècement rapporté son existence
    antérieure, telle rangée de petits boutons de satin qui ne
    boutonnaient rien et ne pouvaient pas se déboutonner, une soutache
    cherchant à faire plaisir avec la minutie, la discrétion d'un rappel
    délicat, lesquels, tout autant que les bijoux, avaient l'air–n'ayant
    sans cela aucune justification possible–de déceler une
    intention, d'être un gage de tendresse, de retenir une confidence, de
    répondre à une superstition, de garder le souvenir d'une guérison,
    d'un vœu, d'un amour ou d'une philippine. Et parfois, dans le velours
    bleu du corsage un soupçon de crevé Henri II, dans la robe de satin
    noir un léger renflement qui soit aux manches, près des épaules,
    faisaient penser aux «gigots» 1830, soit, au contraire sous la jupe
    «aux paniers» Louis XV, donnaient à la robe un air imperceptible
    d'être un costume, et en insinuant sous la vie présente comme une
    réminiscence indiscernable du passé, mêlaient à la personne de Mme
    Swann le charme de certaines héroïnes historiques ou romanesques. Et
    si je lui faisais remarquer: «Je ne joue pas au golf comme plusieurs
    de mes amies, disait-elle. Je n'aurais aucune excuse à être comme
    elles, vêtues de Sweaters.»

    Dans la confusion du salon, revenant de reconduire une visite, ou
    prenant une assiette de gâteaux pour les offrir à une autre, Mme Swann
    en passant près de moi, me prenait une seconde à part: «Je suis
    spécialement chargée par Gilberte de vous inviter à déjeuner pour
    après-demain. Comme je n'étais pas certaine de vous voir, j'allais
    vous écrire si vous n'étiez pas venu.» Je continuais à résister. Et
    cette résistance me coûtait de moins en moins, parce qu'on a beau
    aimer le poison qui vous fait du mal, quand on en est privé par
    quelque nécessité, depuis déjà un certain temps, on ne peut pas ne pas
    attacher quelque prix au repos qu'on ne connaissait plus, à l'absence
    d'émotions et de souffrances. Si l'on n'est pas tout à fait sincère en
    se disant qu'on ne voudra jamais revoir celle qu'on aime, on ne le
    serait pas non plus en disant qu'on veut la revoir. Car, sans doute,
    on ne peut supporter son absence qu'en se la promettant courte, en
    pensant au jour où on se retrouvera, mais d'autre part on sent à quel
    point ces rêves quotidiens d'une réunion prochaine et sans cesse
    ajournée sont moins douloureux que ne serait une entrevue qui pourrait
    être suivie de jalousie, de sorte que la nouvelle qu'on va revoir
    celle qu'on aime donnerait une commotion peu agréable. Ce qu'on recule
    maintenant de jour en jour, ce n'est plus la fin de l'intolérable
    anxiété causée par la séparation, c'est le recommencement redouté
    d'émotions sans issue. Comme à une telle entrevue on préfère le
    souvenir docile qu'on complète à son gré de rêveries où celle qui,
    dans la réalité, ne vous aime pas vous fait au contraire des
    déclarations, quand vous êtes tout seul; ce souvenir qu'on peut
    arriver en y mêlant peu à peu beaucoup de ce qu'on désire à rendre
    aussi doux qu'on veut, comme on le préfère à l'entretien ajourné où on
    aurait affaire à un être à qui on ne dicterait plus à son gré les
    paroles qu'on désire, mais dont on subirait les nouvelles froideurs,
    les violences inattendues. Nous savons tous, quand nous n'aimons plus,
    que l'oubli, même le souvenir vague ne causent pas tant de souffrances
    que l'amour malheureux. C'est d'un tel oubli anticipé que je préférais
    sans me l'avouer, la reposante douceur.

    D'ailleurs, ce qu'une telle cure de détachement psychique et
    d'isolement peut avoir de pénible, le devient de moins en moins pour
    une autre raison, c'est qu'elle affaiblit, en attendant de la guérir,
    cette idée fixe qu'est un amour. Le mien était encore assez fort pour
    que je tinsse à reconquérir tout mon prestige aux yeux de Gilberte,
    lequel, par ma séparation volontaire devait, me semblait-il, grandir
    progressivement, de sorte que chacune de ces calmes et tristes
    journées où je ne la voyais pas, venant chacune après l'autre, sans
    interruption, sans prescription (quand un fâcheux ne se mêlait pas de
    mes affaires), était une journée non pas perdue, mais gagnée.
    Inutilement gagnée peut-être, car bientôt on pourrait me déclarer
    guéri. La résignation, modalité de l'habitude, permet à certaines
    forces de s'accroître indéfiniment. Celles, si infimes que j'avais
    pour supporter mon chagrin, le premier soir de ma brouille avec
    Gilberte, avaient été portées depuis lors à une puissance
    incalculable. Seulement la tendance de tout ce qui existe à se
    prolonger, est parfois coupée de brusques impulsions auxquelles nous
    nous concédons avec d'autant moins de scrupules de nous laisser aller
    que nous savons pendant combien de jours, de mois, nous avons pu, nous
    pourrions encore, nous priver. Et souvent, c'est quand la bourse où
    l'on épargne va être pleine qu'on la vide tout d'un coup, c'est sans
    attendre le résultat du traitement et quand déjà on s'est habitué à
    lui, qu'on le cesse. Et un jour où Mme Swann me redisait ses
    habituelles paroles sur le plaisir que Gilberte aurait à me voir,
    mettant ainsi le bonheur dont je me privais déjà depuis si longtemps
    comme à la portée de ma main, je fus bouleversé en comprenant qu'il
    était encore possible de le goûter; et j'eus peine à attendre le
    lendemain; je venais de me résoudre à aller surprendre Gilberte avant
    son dîner.

    Ce qui m'aida à patienter tout l'espace d'une journée fut un projet
    que je fis. Du moment que tout était oublié, que j'étais réconcilié
    avec Gilberte, je ne voulais plus la voir qu'en amoureux. Tous les
    jours elle recevrait de moi les plus belles fleurs qui fussent. Et si
    Mme Swann, bien qu'elle n'eût pas le droit d'être une mère trop
    sévère, ne me permettait pas des envois de fleurs quotidiens, je
    trouverais des cadeaux plus précieux et moins fréquents. Mes parents
    ne me donnaient pas assez d'argent pour acheter des choses chères. Je
    songeai à une grande potiche de vieux Chine qui me venait de ma tante
    Léonie et dont maman prédisait chaque jour que Françoise allait venir
    en lui disant: «A s'est décollée» et qu'il n'en resterait rien. Dans
    ces conditions n'était-il pas plus sage de la vendre, de la vendre
    pour pouvoir faire tout le plaisir que je voudrais à Gilberte? Il me
    semblait que je pourrais bien en tirer mille francs. Je la fis
    envelopper; l'habitude m'avait empêché de jamais la voir: m'en séparer
    eut au moins un avantage qui fut de me faire faire sa connaissance. Je
    l'emportai avec moi avant d'aller chez les Swann, et en donnant leur
    adresse au cocher, je lui dis de prendre, par les Champs-Élysées, au
    coin desquels était le magasin d'un grand marchand de chinoiseries que
    connaissait mon père. A ma grande surprise, il m'offrit séance tenante
    de la potiche non pas mille, mais dix mille francs. Je pris ces
    billets avec ravissement; pendant toute une année, je pourrais combler
    chaque jour Gilberte de roses et de lilas. Quand je fus remonté dans
    la voiture en quittant le marchand, le cocher, tout naturellement,
    comme les Swann demeuraient près du Bois, se trouva, au lieu du chemin
    habituel, descendre l'avenue des Champs-Élysées. Il avait déjà dépassé
    le coin de la rue de Berri, quand, dans le crépuscule, je crus
    reconnaître, très près de la maison des Swann mais allant dans la
    direction inverse et s'en éloignant, Gilberte qui marchait lentement,
    quoique d'un pas délibéré, à côté d'un jeune homme avec qui elle
    causait et duquel je ne pus distinguer le visage. Je me soulevai dans
    la voiture, voulant faire arrêter, puis j'hésitai. Les deux promeneurs
    étaient déjà un peu loin et les deux lignes douces et parallèles que
    traçait leur lente promenade allaient s'estompant dans l'ombre
    élyséenne. Bientôt j'arrivai devant la maison de Gilberte. Je fus reçu
    par Mme Swann: «Oh! elle va être désolée, me dit-elle, je ne sais pas
    comment elle n'est pas là. Elle a eu très chaud tantôt à un cours,
    elle m'a dit qu'elle voulait aller prendre un peu l'air avec une de
    ses amies.» «Je crois que je l'ai aperçue avenue des Champs-Élysées.»
    «Je ne pense pas que ce fût elle. En tous cas ne le dites pas à son
    père, il n'aime pas qu'elle sorte à ces heures-là. _Good evening_.» Je
    partis, dis au cocher de reprendre le même chemin, mais ne retrouvai
    pas les deux promeneurs. Où avaient-ils été? Que se disaient-ils dans
    le soir, de cet air confidentiel?

    Je rentrai, tenant avec désespoir les dix mille francs inespérés qui
    avaient dû me permettre de faire tant de petits plaisirs à cette
    Gilberte que, maintenant, j'étais décidé à ne plus revoir. Sans doute,
    cet arrêt chez le marchand de chinoiseries m'avait réjoui en me
    faisant espérer que je ne verrais plus jamais mon amie que contente de
    moi et reconnaissante. Mais si je n'avais pas fait cet arrêt, si la
    voiture n'avait pas pris par l'avenue des Champs-Élysées, je n'eusse
    pas rencontré Gilberte et ce jeune homme. Ainsi un même fait porte des
    rameaux opposites et le malheur qu'il engendre annule le bonheur qu'il
    avait causé. Il m'était arrivé le contraire de ce qui se produit si
    fréquemment. On désire une joie, et le moyen matériel de l'atteindre
    fait défaut. «Il est triste, a dit La Bruyère, d'aimer sans une grande
    fortune.» Il ne reste plus qu'à essayer d'anéantir peu à peu le désir
    de cette joie. Pour moi, au contraire, le moyen matériel avait été
    obtenu, mais, au même moment, sinon par un effet logique, du moins par
    une conséquence fortuite de cette réussite première, la joie avait été
    dérobée. Il semble, d'ailleurs, qu'elle doive nous l'être toujours.
    D'ordinaire, il est vrai, pas dans la même soirée où nous avons acquis
    ce qui la rend possible. Le plus souvent nous continuons de nous
    évertuer et d'espérer quelque temps. Mais le bonheur ne peut jamais
    avoir lieu. Si les circonstances arrivent à être surmontées, la nature
    transporte la lutte du dehors au dedans et fait peu à peu changer
    assez notre coeur pour qu'il désire autre chose que ce qu'il va
    posséder. Et si la péripétie a été si rapide que notre cœur n'a pas eu
    le temps de changer, la nature ne désespère pas pour cela de nous
    vaincre, d'une manière plus tardive il est vrai, plus subtile, mais
    aussi efficace. C'est alors à la dernière seconde que la possession du
    bonheur nous est enlevée, ou plutôt c'est cette possession même que
    par une ruse diabolique la nature charge de détruire le bonheur. Ayant
    échoué dans tout ce qui était du domaine des faits et de la vie, c'est
    une impossibilité dernière, l'impossibilité psychologique du bonheur
    que la nature crée. Le phénomène du bonheur ne se produit pas ou donne
    lieu aux réactions les plus amères.

    Je serrai les dix mille francs. Mais ils ne me servaient plus à rien.
    Je les dépensai du reste encore plus vite que si j'eusse envoyé tous
    les jours des fleurs à Gilberte, car quand le soir venait, j'étais si
    malheureux que je ne pouvais rester chez moi et allais pleurer dans
    les bras de femmes que je n'aimais pas. Quant à chercher à faire un
    plaisir quelconque à Gilberte, je ne le souhaitais plus; maintenant
    retourner dans la maison de Gilberte n'eût pu que me faire souffrir.
    Même revoir Gilberte, qui m'eût été si délicieux la veille ne m'eût
    plus suffi. Car j'aurais été inquiet tout le temps où je n'aurais pas
    été près d'elle. C'est ce qui fait qu'une femme par toute nouvelle
    souffrance qu'elle nous inflige, souvent sans le savoir, augmente son
    pouvoir sur nous, mais aussi nos exigences envers elle. Par ce mal
    qu'elle nous a fait, la femme nous cerne de plus en plus, redouble nos
    chaînes, mais aussi celles dont il nous aurait jusque-là semblé
    suffisant de la garrotter pour que nous nous sentions tranquilles. La
    veille encore, si je n'avais pas cru ennuyer Gilberte, je me serais
    contenté de réclamer de rares entrevues, lesquelles maintenant ne
    m'eussent plus contenté et que j'eusse remplacées par bien d'autres
    conditions. Car en amour, au contraire de ce qui se passe après les
    combats, on les fait plus dures, on ne cesse de les aggraver, plus on
    est vaincu, si toutefois on est en situation de les imposer. Ce
    n'était pas mon cas à l'égard de Gilberte. Aussi je préférai d'abord
    ne pas retourner chez sa mère. Je continuais bien à me dire que
    Gilberte ne m'aimait pas, que je le savais depuis assez longtemps, que
    je pouvais la revoir si je voulais, et, si je ne le voulais pas,
    l'oublier à la longue. Mais ces idées, comme un remède qui n'agit pas
    contre certaines affections, étaient sans aucune espèce de pouvoir
    efficace contre ces deux lignes parallèles que je revoyais de temps à
    autre, de Gilberte et du jeune homme s'enfonçant à petits pas dans
    l'avenue des Champs-Élysées. C'était un mal nouveau, qui lui aussi
    finirait par s'user, c'était une image qui un jour se présenterait à
    mon esprit entièrement décantée de tout ce qu'elle contenait de nocif,
    comme ces poisons mortels qu'on manie sans danger, comme un peu de
    dynamite à quoi on peut allumer sa cigarette sans crainte d'explosion.
    En attendant, il y avait en moi une autre force qui luttait de toute
    sa puissance, contre cette force malsaine qui me représentait sans
    changement la promenade de Gilberte dans le crépuscule: pour briser
    les assauts renouvelés de ma mémoire, travaillait utilement en sens
    inverse mon imagination. La première de ces deux forces, certes,
    continuait à me montrer ces deux promeneurs de l'avenue des
    Champs-Élysées, et m'offrait d'autres images désagréables, tirées du
    passé, par exemple Gilberte haussant les épaules quand sa mère lui
    demandait de rester avec moi. Mais la seconde force, travaillant sur
    le canevas de mes espérances, dessinait un avenir bien plus
    complaisamment développé que ce pauvre passé en somme si restreint.
    Pour une minute où je revoyais Gilberte maussade, combien n'y en
    avait-il pas où je combinais une démarche qu'elle ferait faire pour
    notre réconciliation, pour nos fiançailles peut-être. Il est vrai que
    cette force que l'imagination dirigeait vers l'avenir, elle la puisait
    malgré tout dans le passé. Au fur et à mesure que s'effacerait mon
    ennui que Gilberte eût haussé les épaules, diminuerait aussi le
    souvenir de son charme, souvenir qui me faisait souhaiter qu'elle
    revînt vers moi. Mais j'étais encore bien loin de cette mort du passé.
    J'aimais toujours celle qu'il est vrai que je croyais détester. Mais
    chaque fois qu'on me trouvait bien coiffé, ayant bonne mine, j'aurais
    voulu qu'elle fût là. J'étais irrité du désir que beaucoup de gens
    manifestèrent à cette époque de me recevoir et chez lesquels je
    refusai d'aller. Il y eut une scène à la maison parce que je
    n'accompagnai pas mon père à un dîner officiel où il devait y avoir
    les Bontemps avec leur nièce Albertine, petite jeune fille, presque
    encore enfant. Les différentes périodes de notre vie se chevauchent
    ainsi l'une l'autre. On refuse dédaigneusement, à cause de ce qu'on
    aime et qui vous sera un jour si égal, de voir ce qui vous est égal
    aujourd'hui, qu'on aimera demain, qu'on aurait peut-être pu, si on
    avait consenti à le voir, aimer plus tôt, et qui eût ainsi abrégé vos
    souffrances actuelles, pour les remplacer il est vrai par d'autres.
    Les miennes allaient se modifiant. J'avais l'étonnement d'apercevoir
    au fond de moi-même, un jour un sentiment, le jour suivant un autre,
    généralement inspirés par telle espérance ou telle crainte relatives à
    Gilberte, la Gilberte que je portais en moi. J'aurais dû me dire que
    l'autre, la réelle, était peut-être entièrement différente de
    celle-là, ignorait tous les regrets que je lui prêtais, pensait
    probablement beaucoup moins à moi non seulement que moi à elle, mais
    que je ne la faisais elle-même penser à moi quand j'étais seul en tête
    à tête avec ma Gilberte fictive, cherchais quelles pouvaient être ses
    vraies intentions à mon égard et l'imaginais ainsi, son attention
    toujours tournée vers moi.

    Pendant ces périodes où, tout en s'affaiblissant, persiste le chagrin,
    il faut distinguer entre celui que nous cause la pensée constante de
    la personne elle-même, et celui que raniment certains souvenirs, telle
    phrase méchante dite, tel verbe employé dans une lettre qu'on a reçue.
    En réservant de décrire à l'occasion d'un amour ultérieur les formes
    diverses du chagrin, disons que de ces deux-là, la première est
    infiniment moins cruelle que la seconde. Cela tient à ce que notre
    notion de la personne vivant toujours en nous, y est embellie de
    l'auréole que nous ne tardons pas à lui rendre, et s'empreint sinon
    des douceurs fréquentes de l'espoir, tout au moins du calme d'une
    tristesse permanente. (D'ailleurs, il est à remarquer que l'image
    d'une personne qui nous fait souffrir tient peu de place dans ces
    complications qui aggravent un chagrin d'amour, le prolongent et
    l'empêchent de guérir, comme dans certaines maladies la cause est hors
    de proportions avec la fièvre consécutive et la lenteur à entrer en
    convalescence.) Mais si l'idée de la personne que nous aimons reçoit
    le reflet d'une intelligence généralement optimiste, il n'en est pas
    de même de ces souvenirs particuliers, de ces propos méchants, de
    cette lettre hostile (je n'en reçus qu'une seule qui le fût, de
    Gilberte), on dirait que la personne elle-même réside dans ces
    fragments pourtant si restreints et portée à une puissance qu'elle est
    bien loin d'avoir dans l'idée habituelle que nous formons d'elle tout
    entière. C'est que la lettre nous ne l'avons pas, comme l'image de
    l'être aimé, contemplée dans le calme mélancolique du regret; nous
    l'avons lue, dévorée, dans l'angoisse affreuse dont nous étreignait un
    malheur inattendu. La formation de cette sorte de chagrins est autre;
    ils nous viennent du dehors et c'est par le chemin de la plus cruelle
    souffrance qu'ils sont allés jusqu'à notre cœur. L'image de notre amie
    que nous croyons ancienne, authentique, a été en réalité refaite par
    nous bien des fois. Le souvenir cruel lui, n'est pas contemporain de
    cette image restaurée, il est d'un autre âge, il est un des rares
    témoins d'un monstrueux passé. Mais comme ce passé continue à exister,
    sauf en nous à qui il a plu de lui substituer un merveilleux âge d'or,
    un paradis où tout le monde sera réconcilié, ces souvenirs, ces
    lettres, sont un rappel à la réalité et devraient nous faire sentir
    par le brusque mal qu'ils nous font, combien nous nous sommes éloignés
    d'elle dans les folles espérances de notre attente quotidienne. Ce
    n'est pas que cette réalité doive toujours rester la même bien que
    cela arrive parfois. Il y a dans notre vie bien des femmes que nous
    n'avons jamais cherché à revoir et qui ont tout naturellement répondu
    à notre silence nullement voulu par un silence pareil. Seulement
    celles-là, comme nous ne les aimions pas, nous n'avons pas compté les
    années passées loin d'elles, et cet exemple qui l'infirmerait est
    négligé par nous quand nous raisonnons sur l'efficacité de
    l'isolement, comme le sont, par ceux qui croient aux pressentiments,
    tous les cas où les leurs ne furent pas vérifiés.

    Mais enfin l'éloignement peut être efficace. Le désir, l'appétit de
    nous revoir, finissent par renaître dans le cœur qui actuellement nous
    méconnaît. Seulement il y faut du temps. Or, nos exigences en ce qui
    concerne le temps ne sont pas moins exorbitantes que celles réclamées
    par le cœur pour changer. D'abord, du temps, c'est précisément ce que
    nous accordons le moins aisément, car notre souffrance est cruelle et
    nous sommes pressés de la voir finir. Ensuite, ce temps dont l'autre
    cœur aura besoin pour changer, le nôtre s'en servira pour changer lui
    aussi, de sorte que quand le but que nous nous proposions deviendra
    accessible, il aura cessé d'être un but pour nous. D'ailleurs, l'idée
    même qu'il sera accessible, qu'il n'est pas de bonheur que, lorsqu'il
    ne sera plus un bonheur pour nous, nous ne finissions par atteindre,
    cette idée comporte une part, mais une part seulement, de vérité. Il
    nous échoit quand nous y sommes devenus indifférents. Mais précisément
    cette indifférence nous a rendus moins exigeants et nous permet de
    croire rétrospectivement qu'il nous eût ravi à une époque où il nous
    eût peut-être semblé fort incomplet. On n'est pas très difficile ni
    très bon juge sur ce dont on ne se soucie point. L'amabilité d'un être
    que nous n'aimons plus et qui semble encore excessive à notre
    indifférence eût peut-être été bien loin de suffire à notre amour. Ces
    tendres paroles, cette offre d'un rendez-vous, nous pensons au plaisir
    qu'elles nous auraient causé, non à toutes celles dont nous les
    aurions voulu voir immédiatement suivies et que par cette avidité nous
    aurions peut-être empêché de se produire. De sorte qu'il n'est pas
    certain que le bonheur survenu trop tard, quand on ne peut plus en
    jouir, quand on n'aime plus, soit tout à fait ce même bonheur dont le
    manque nous rendit jadis si malheureux. Une seule personne pourrait en
    décider, notre moi d'alors; il n'est plus là; et sans doute
    suffirait-il qu'il revînt, pour que, identique ou non, le bonheur
    s'évanouît.

    En attendant ces réalisations après coup d'un rêve auquel je ne
    tiendrais plus, à force d'inventer, comme au temps où je connaissais à
    peine Gilberte, des paroles, des lettres, où elle implorait mon
    pardon, avouait n'avoir jamais aimé que moi et demandait à m'épouser,
    une série de douces images incessamment recréées, finirent par prendre
    plus de place dans mon esprit que la vision de Gilberte et du jeune
    homme, laquelle n'était plus alimentée par rien. Je serais peut-être
    dès lors retourné chez Mme Swann sans un rêve que je fis et où un de
    mes amis, lequel n'était pourtant pas de ceux que je me connaissais,
    agissait envers moi avec la plus grande fausseté et croyait à la
    mienne. Brusquement réveillé par la souffrance que venait de me causer
    ce rêve et voyant qu'elle persistait, je repensai à lui, cherchai à me
    rappeler quel était l'ami que j'avais vu en dormant et dont le nom
    espagnol n'était déjà plus distinct. A la fois Joseph et Pharaon, je
    me mis à interpréter mon rêve. Je savais que dans beaucoup d'entre eux
    il ne faut tenir compte ni de l'apparence des personnes lesquelles
    peuvent être déguisées et avoir interchangé leurs visages, comme ces
    saints mutilés des cathédrales que des archéologues ignorants ont
    refaits, en mettant sur le corps de l'un la tête de l'autre, et en
    mêlant les attributs et les noms. Ceux que les êtres portent dans un
    rêve peuvent nous abuser. La personne que nous aimons doit y être
    reconnue seulement à la force de la douleur éprouvée. La mienne
    m'apprit que devenue pendant mon sommeil un jeune homme, la personne
    dont la fausseté récente me faisait encore mal était Gilberte. Je me
    rappelai alors que la dernière fois que je l'avais vue, le jour où sa
    mère l'avait empêchée d'aller à une matinée de danse, elle avait soit
    sincèrement, soit en le feignant, refusé tout en riant d'une façon
    étrange de croire à mes bonnes intentions pour elle. Par association,
    ce souvenir en ramena un autre dans ma mémoire. Longtemps auparavant,
    ç'avait été Swann qui n'avait pas voulu croire à ma sincérité, ni que
    je fusse un bon ami pour Gilberte. Inutilement je lui avais écrit,
    Gilberte m'avait rapporté ma lettre et me l'avait rendue avec le même
    rire incompréhensible. Elle ne me l'avait pas rendue tout de suite, je
    me rappelai toute la scène derrière le massif de lauriers. On devient
    moral dès qu'on est malheureux. L'antipathie actuelle de Gilberte pour
    moi me sembla comme un châtiment infligé par la vie à cause de la
    conduite que j'avais eue ce jour-là. Les châtiments on croit les
    éviter, parce qu'on fait attention aux voitures en traversant, qu'on
    évite les dangers. Mais il en est d'internes. L'accident vient du côté
    auquel on ne songeait pas, du dedans, du cœur. Les mots de Gilberte:
    «Si vous voulez, continuons à lutter» me firent horreur. Je l'imaginai
    telle, chez elle peut-être, dans la lingerie, avec le jeune homme que
    j'avais vu l'accompagnant dans l'avenue des Champs-Élysées. Ainsi,
    autant que (il y avait quelque temps) de croire que j'étais
    tranquillement installé dans le bonheur, j'avais été insensé,
    maintenant que j'avais renoncé à être heureux, de tenir pour assuré
    que du moins j'étais devenu, je pourrais rester calme. Car tant que
    notre cœur enferme d'une façon permanente l'image d'un autre être, ce
    n'est pas seulement notre bonheur qui peut à tout moment être
    détruit; quand ce bonheur est évanoui, quand nous avons souffert,
    puis, que nous avons réussi à endormir notre souffrance, ce qui est
    aussi trompeur et précaire qu'avait été le bonheur même, c'est le
    calme. Le mien finit par revenir, car ce qui, modifiant notre état
    moral, nos désirs, est entré, à la faveur d'un rêve, dans notre
    esprit, cela aussi peu à peu se dissipe, la permanence et la durée ne
    sont promises à rien, pas même à la douleur. D'ailleurs, ceux qui
    souffrent par l'amour sont comme on dit de certains malades, leur
    propre médecin. Comme il ne peut leur venir de consolation que de
    l'être qui cause leur douleur et que cette douleur est une émanation
    de lui, c'est en elle qu'ils finissent par trouver un remède. Elle le
    leur découvre elle-même à un moment donné, car au fur et à mesure
    qu'ils la retournent en eux, cette douleur leur montre un autre aspect
    de la personne regrettée, tantôt si haïssable qu'on n'a même plus le
    désir de la revoir parce qu'avant de se plaire avec elle il faudrait
    la faire souffrir, tantôt si douce que la douceur qu'on lui prête on
    lui en fait un mérite et on en tire une raison d'espérer. Mais la
    souffrance qui s'était renouvelée en moi eut beau finir par s'apaiser,
    je ne voulus plus retourner que rarement chez Mme Swann. C'est d'abord
    que chez ceux qui aiment et sont abandonnés, le sentiment d'attente–même
    d'attente inavouée–dans lequel ils vivent se transforme de
    lui-même, et bien qu'en apparence identique, fait succéder à un
    premier état, un second exactement contraire. Le premier était la
    suite, le reflet des incidents douloureux qui nous avaient
    bouleversés. L'attente de ce qui pourrait se produire est mêlée
    d'effroi, d'autant plus que nous désirons à ce moment-là, si rien de
    nouveau ne nous vient du côté de celle que nous aimons, agir
    nous-même, et nous ne savons trop quel sera le succès d'une démarche
    après laquelle il ne sera peut-être plus possible d'en entamer
    d'autre. Mais bientôt, sans que nous nous en rendions compte, notre
    attente qui continue est déterminée, nous l'avons vu, non plus par le
    souvenir du passé que nous avons subi, mais par l'espérance d'un
    avenir imaginaire. Dès lors, elle est presque agréable. Puis la
    première en durant un peu, nous a habitués à vivre dans l'expectative.
    La souffrance que nous avons éprouvée durant nos derniers rendez-vous
    survit encore en nous, mais déjà ensommeillée. Nous ne sommes pas trop
    pressés de la renouveler, d'autant plus que nous ne voyons pas bien ce
    que nous demanderions maintenant. La possession d'un peu plus de la
    femme que nous aimons ne ferait que nous rendre plus nécessaire ce que
    nous ne possédons pas, et qui resterait malgré tout, nos besoins
    naissant de nos satisfactions, quelque chose d'irréductible.

    Enfin une dernière raison s'ajouta plus tard à celle-ci pour me faire
    cesser complètement mes visites à Mme Swann. Cette raison, plus
    tardive, n'était pas que j'eusse encore oublié Gilberte, mais de
    tâcher de l'oublier plus vite. Sans doute, depuis que ma grande
    souffrance était finie, mes visites chez Mme Swann étaient redevenues,
    pour ce qui me restait de tristesse, le calmant et la distraction qui
    m'avaient été si précieux au début. Mais la raison de l'efficacité du
    premier faisait aussi l'inconvénient de la seconde, à savoir qu'à ces
    visites le souvenir de Gilberte était intimement mêlé. La distraction
    ne m'eût été utile que si elle eût mis en lutte avec un sentiment que
    la présence de Gilberte n'alimentait plus, des pensées, des intérêts,
    des passions où Gilberte ne fût entrée pour rien. Ces états de
    conscience auxquels l'être qu'on aime reste étranger occupent alors
    une place qui, si petite qu'elle soit d'abord, est autant de retranché
    à l'amour qui occupait l'âme tout entière. Il faut chercher à nourrir,
    à faire croître ces pensées, cependant que décline le sentiment qui
    n'est plus qu'un souvenir, de façon que les éléments nouveaux
    introduits dans l'esprit, lui disputent, lui arrachent une part de
    plus en plus grande de l'âme, et finalement la lui dérobent toute. Je
    me rendais compte que c'était la seule manière de tuer un amour et
    j'étais encore assez jeune, assez courageux pour entreprendre de le
    faire, pour assumer la plus cruelle des douleurs qui naît de la
    certitude, que, quelque temps qu'on doive y mettre, on réussira. La
    raison que je donnais maintenant dans mes lettres à Gilberte, de mon
    refus de la voir, c'était une allusion à quelque mystérieux
    malentendu, parfaitement fictif, qu'il y aurait eu entre elle et moi
    et sur lequel j'avais espéré d'abord que Gilberte me demanderait des
    explications. Mais, en fait, jamais, même dans les relations les plus
    insignifiantes de la vie, un éclaircissement n'est sollicité par un
    correspondant qui sait qu'une phrase obscure, mensongère,
    incriminatrice, est mise à dessein pour qu'il proteste, et qui est
    trop heureux de sentir par là qu'il possède– et de garder–la
    maîtrise et l'initiative des opérations. A plus forte raison en est-il
    de même dans des relations plus tendres, où l'amour a tant
    d'éloquence, l'indifférence si peu de curiosité. Gilberte n'ayant pas
    mis en doute ni cherché à connaître ce malentendu, il devint pour moi
    quelque chose de réel auquel je me référais dans chaque lettre. Et il
    y a dans ces situations prises à faux, dans l'affectation de la
    froideur, un sortilège qui vous y fait persévérer. A force d'écrire:
    «Depuis que nos cœurs sont désunis» pour que Gilberte me répondit:
    «Mais ils ne le sont pas, expliquons-nous», j'avais fini par me
    persuader qu'ils l'étaient. En répétant toujours: «La vie a pu changer
    pour nous, elle n'effacera pas le sentiment que nous eûmes», par désir
    de m'entendre dire enfin: «Mais il n'y a rien de changé, ce sentiment
    est plus fort que jamais», je vivais avec l'idée que la vie avait
    changé en effet, que nous garderions le souvenir du sentiment qui
    n'était plus, comme certains nerveux pour avoir simulé une maladie
    finissent par rester toujours malades. Maintenant chaque fois que
    j'avais à écrire à Gilberte, je me reportais à ce changement imaginé
    et dont l'existence désormais tacitement reconnue par le silence
    qu'elle gardait à ce sujet dans ses réponses, subsisterait entre nous.
    Puis Gilberte cessa de s'en tenir à la prétérition. Elle-même adopta
    mon point de vue; et, comme dans les toasts officiels, où le chef
    d'État qui est reçu reprend peu à peu les mêmes expressions dont vient
    d'user le chef d'État qui le reçoit, chaque fois que j'écrivais à
    Gilberte: «La vie a pu nous séparer, le souvenir du temps où nous nous
    connûmes durera», elle ne manqua pas de répondre: «La vie a pu nous
    séparer, elle ne pourra nous faire oublier les bonnes heures qui nous
    seront toujours chères» (nous aurions été bien embarrassé de dire
    pourquoi «la vie» nous avait séparés, quel changement s'était
    produit). Je ne souffrais plus trop. Pourtant un jour où je lui disais
    dans une lettre que j'avais appris la mort de notre vieille marchande
    de sucre d'orge des Champs-Élysées, comme je venais d'écrire ces mots:
    «J'ai pensé que cela vous a fait de la peine, en moi cela a remué bien
    des souvenirs», je ne pus m'empêcher de fondre en larmes en voyant que
    je parlais au passé, et comme s'il s'agissait d'un mort déjà presque
    oublié, de cet amour auquel malgré moi je n'avais jamais cessé de
    penser comme étant vivant, pouvant du moins renaître. Rien de plus
    tendre que cette correspondance entre amis qui ne voulaient plus se
    voir. Les lettres de Gilberte avaient la délicatesse de celles que
    j'écrivais aux indifférents et me donnaient les mêmes marques
    apparentes d'affection si douces pour moi à recevoir d'elle.

    D'ailleurs peu à peu chaque refus de la voir me fit moins de peine. Et
    comme elle me devenait moins chère, mes souvenirs douloureux n'avaient
    plus assez de force pour détruire dans leur retour incessant la
    formation du plaisir que j'avais à penser à Florence, à Venise. Je
    regrettais à ces moments-là d'avoir renoncé à entrer dans la
    diplomatie et de m'être fait une existence sédentaire, pour ne pas
    m'éloigner d'une jeune fille que je ne verrais plus et que j'avais
    déjà presque oubliée. On construit sa vie pour une personne et quand
    enfin on peut l'y recevoir, cette personne ne vient pas, puis meurt
    pour vous et on vit prisonnier dans ce qui n'était destiné qu'à elle.
    Si Venise semblait à mes parents bien lointain et bien fiévreux pour
    moi, il était du moins facile d'aller sans fatigue s'installer à
    Balbec. Mais pour cela il eût fallu quitter Paris, renoncer à ces
    visites, grâce auxquelles, si rares qu'elles fussent, j'entendais
    quelquefois Mme Swann me parler de sa fille. Je commençais du reste à
    y trouver tel ou tel plaisir où Gilberte n'était pour rien.

    Quand le printemps approcha, ramenant le froid, au temps des Saints de
    glace et des giboulées de la Semaine Sainte, comme Mme Swann trouvait
    qu'on gelait chez elle, il m'arrivait souvent de la voir recevant dans
    des fourrures, ses mains et ses épaules frileuses disparaissant sous
    le blanc et brillant tapis d'un immense manchon plat et d'un collet,
    tous deux d'hermine, qu'elle n'avait pas quittés en rentrant et qui
    avaient l'air des derniers carrés des neiges de l'hiver plus
    persistants que les autres et que la chaleur du feu ni le progrès de
    la saison n'avaient réussi à fondre. Et la vérité totale de ces
    semaines glaciales mais déjà fleurissantes était suggérée pour moi
    dans ce salon, où bientôt je n'irais plus, par d'autres blancheurs
    plus enivrantes, celles par exemple, des «boules de neige» assemblant
    au sommet de leurs hautes tiges nues comme les arbustes linéaires des
    préraphaélites, leurs globes parcellés mais unis, blancs comme des
    anges annonciateurs et qu'entourait une odeur de citron. Car la
    châtelaine de Tansonville savait qu'avril, même glacé, n'est pas
    dépourvu de fleurs, que l'hiver, le printemps, l'été, ne sont pas
    séparés par des cloisons aussi hermétiques que tend à le croire le
    boulevardier qui jusqu'aux premières chaleurs s'imagine le monde comme
    renfermant seulement des maisons nues sous la pluie. Que Mme Swann se
    contentât des envois que lui faisait son jardinier de Combray, et que
    par l'intermédiaire de sa fleuriste «attitrée» elle ne comblât pas les
    lacunes d'une insuffisante évocation à l'aide d'emprunts faits à la
    précocité méditerranéenne, je suis loin de le prétendre et je ne m'en
    souciais pas. Il me suffisait pour avoir la nostalgie de la campagne,
    qu'à côté des névés du manchon que tenait Mme Swann, les boules de
    neige (qui n'avaient peut-être dans la pensée de la maîtresse de la
    maison d'autre but que de faire, sur les conseils de Bergotte,
    «symphonie en blanc majeur» avec son ameublement et sa toilette) me
    rappelassent que l'Enchantement du Vendredi Saint figure un miracle
    naturel auquel on pourrait assister tous les ans si l'on était plus
    sage, et aidées du parfum acide et capiteux de corolles d'autres
    espèces dont j'ignorais les noms et qui m'avait fait rester tant de
    fois en arrêt dans mes promenades de Combray, rendissent le salon de
    Mme Swann aussi virginal, aussi candidement fleuri sans aucune
    feuille, aussi surchargé d'odeurs authentiques, que le petit raidillon
    de Tansonville.

    Mais c'était encore trop que celui-ci me fût rappelé. Son souvenir
    risquait d'entretenir le peu qui subsistait de mon amour pour
    Gilberte. Aussi, bien que je ne souffrisse plus du tout durant ces
    visites à Mme Swann, je les espaçai encore et cherchai à la voir le
    moins possible. Tout au plus, comme je continuais à ne pas quitter
    Paris, me concédai-je certaines promenades avec elle. Les beaux jours
    étaient enfin revenus, et la chaleur. Comme je savais qu'avant le
    déjeuner Mme Swann sortait pendant une heure et allait faire quelques
    pas avenue du Bois, près de l'Étoile, et de l'endroit qu'on appelait
    alors, à cause des gens qui venaient regarder les riches qu'ils ne
    connaissaient que de nom, le «Club des Pannés», j'obtins de mes
    parents que le dimanche–car je n'étais pas libre en semaine à
    cette heure-là–je pourrais ne déjeuner que bien après eux, à une
    heure un quart, et aller faire un tour auparavant. Je n'y manquai
    jamais pendant ce mois de mai, Gilberte étant allée à la campagne chez
    des amies. J'arrivais à l'Arc de Triomphe vers midi. Je faisais le
    guet à l'entrée de l'avenue, ne perdant pas des yeux le coin de la
    petite rue par où Mme Swann, qui n'avait que quelques mètres à
    franchir, venait de chez elle. Comme c'était déjà l'heure où beaucoup
    de promeneurs rentraient déjeuner, ceux qui restaient étaient peu
    nombreux et, pour la plus grande part, des gens élégants. Tout d'un
    coup, sur le sable de l'allée, tardive, alentie et luxuriante comme la
    plus belle fleur et qui ne s'ouvrirait qu'à midi, Mme Swann
    apparaissait, épanouissant autour d'elle une toilette toujours
    différente mais que je me rappelle surtout mauve; puis elle hissait et
    déployait sur un long pédoncule, au moment de sa plus complète
    irradiation, le pavillon de soie d'une large ombrelle de la même
    nuance que l'effeuillaison des pétales de sa robe. Toute une suite
    l'environnait; Swann, quatre ou cinq hommes de club qui étaient venus
    la voir le matin chez elle ou qu'elle avait rencontrés: et leur noire
    ou grise agglomération obéissante, exécutant les mouvements presque
    mécaniques d'un cadre inerte autour d'Odette, donnait l'air à cette
    femme qui seule avait de l'intensité dans les yeux, de regarder devant
    elle, d'entre tous ces hommes, comme d'une fenêtre dont elle se fût
    approchée, et la faisait surgir, frêle, sans crainte, dans la nudité
    de ses tendres couleurs, comme l'apparition d'un être d'une espèce
    différente, d'une race inconnue, et d'une puissance presque guerrière,
    grâce à quoi elle compensait à elle seule sa multiple escorte.
    Souriante, heureuse du beau temps, du soleil qui n'incommodait pas
    encore, ayant l'air d'assurance et de calme du créateur qui a accompli
    son œuvre et ne se soucie plus du reste, certaine que sa toilette–dussent
    des passants vulgaires ne pas l'apprécier–était la plus
    élégante de toutes, elle la portait pour soi-même et pour ses amis,
    naturellement, sans attention exagérée, mais aussi sans détachement
    complet; n'empêchant pas les petits nœuds de son corsage et de sa jupe
    de flotter légèrement devant elle comme des créatures dont elle
    n'ignorait pas la présence et à qui elle permettait avec indulgence de
    se livrer à leurs jeux, selon leur rythme propre, pourvu qu'ils
    suivissent sa marche, et même sur son ombrelle mauve que souvent elle
    tenait encore fermée quand elle arrivait, elle laissait tomber par
    moment, comme sur un bouquet de violettes de Parme, son regard heureux
    et si doux que quand il ne s'attachait plus à ses amis mais à un objet
    inanimé, il avait l'air de sourire encore. Elle réservait ainsi, elle
    faisait occuper à sa toilette cet intervalle d'élégance dont les
    hommes à qui Mme Swann parlait le plus en camarades, respectaient
    l'espace et la nécessité, non sans une certaine déférence de profanes,
    un aveu de leur propre ignorance, et sur lequel ils reconnaissaient à
    leur amie comme à un malade sur les soins spéciaux qu'il doit prendre,
    ou comme à une mère sur l'éducation de ses enfants, compétence et
    juridiction. Non moins que par la cour qui l'entourait et ne semblait
    pas voir les passants, Mme Swann, à cause de l'heure tardive de son
    apparition, évoquait cet appartement où elle avait passé une matinée
    si longue et où il faudrait qu'elle rentrât bientôt déjeuner; elle
    semblait en indiquer la proximité par la tranquillité flâneuse de sa
    promenade, pareille à celle qu'on fait à petits pas dans son jardin;
    de cet appartement on aurait dit qu'elle portait encore autour d'elle
    l'ombre intérieure et fraîche. Mais, par tout cela même, sa vue ne me
    donnait que davantage la sensation du plein air et de la chaleur.
    D'autant plus que déjà persuadé qu'en vertu de la liturgie et des
    rites dans lesquels Mme Swann était profondément versée, sa toilette
    était unie à la saison et à l'heure par un lien nécessaire, unique,
    les fleurs de son inflexible chapeau de paille, les petits rubans de
    sa robe me semblaient naître du mois de mai plus naturellement encore
    que les fleurs des jardins et des bois; et pour connaître le trouble
    nouveau de la saison, je ne levais pas les yeux plus haut que son
    ombrelle, ouverte et tendue comme un autre ciel plus proche, rond,
    clément, mobile et bleu. Car ces rites, s'ils étaient souverains,
    mettaient leur gloire, et par conséquent Mme Swann mettait la sienne à
    obéir avec condescendance, au matin, au printemps, au soleil, lesquels
    ne me semblaient pas assez flattés qu'une femme si élégante voulût
    bien ne pas les ignorer, et eût choisi à cause d'eux une robe d'une
    étoffe plus claire, plus légère, faisant penser, par son évasement au
    col et aux manches, à la moiteur du cou et des poignets, fît enfin
    pour eux tous les frais d'une grande dame qui s'étant gaiement abaissée
    à aller voir à la campagne des gens communs et que tout le monde, même
    le vulgaire, connaît, n'en a pas moins tenu à revêtir spécialement
    pour ce jour-là une toilette champêtre. Dès son arrivée, je saluais
    Mme Swann, elle m'arrêtait et me disait: «Good morning» en souriant.
    Nous faisions quelques pas. Et je comprenais que ces canons selon
    lesquels elle s'habillait, c'était pour elle-même qu'elle y obéissait,
    comme à une sagesse supérieure dont elle eût été la grande prêtresse:
    car s'il lui arrivait qu'ayant trop chaud, elle entr'ouvrît, ou même
    ôtât tout à fait et me donnât à porter sa jaquette qu'elle avait cru
    garder fermée, je découvrais dans la chemisette mille détails
    d'exécution qui avaient eu grande chance de rester inaperçus comme ces
    parties d'orchestre auxquelles le compositeur a donné tous ses soins,
    bien qu'elles ne doivent jamais arriver aux oreilles du public; ou
    dans les manches de la jaquette pliée sur mon bras je voyais, je
    regardais longuement par plaisir ou par amabilité, quelque détail
    exquis, une bande d'une teinte délicieuse, une satinette mauve
    habituellement cachée aux yeux de tous, mais aussi délicatement
    travaillée que les parties extérieures, comme ces sculptures gothiques
    d'une cathédrale dissimulées au revers d'une balustrade à
    quatre-vingts pieds de hauteur, aussi parfaites que les bas-reliefs du
    grand porche, mais que personne n'avait jamais vues avant qu'au hasard
    d'un voyage, un artiste n'eût obtenu de monter se promener en plein
    ciel, pour dominer toute la ville, entre les deux tours.

    Ce qui augmentait cette impression que Mme Swann se promenait dans
    l'avenue du Bois comme dans l'allée d'un jardin à elle, c'était–pour
    ces gens qui ignoraient ses habitudes de «footing»–qu'elle fût
    venue à pieds, sans voiture qui suivît, elle que, dès le mois de mai,
    on avait l'habitude de voir passer avec l'attelage le plus soigné, la
    livrée la mieux tenue de Paris, mollement et majestueusement assise
    comme une déesse, dans le tiède plein air d'une immense victoria à
    huit ressorts. A pieds, Mme Swann avait l'air, surtout avec sa
    démarche que ralentissait la chaleur, d'avoir cédé à une curiosité, de
    commettre une élégante infraction aux règles du protocole, comme ces
    souverains qui sans consulter personne, accompagnés par l'admiration
    un peu scandalisée d'une suite qui n'ose formuler une critique,
    sortent de leur loge pendant un gala et visitent le foyer en se mêlant
    pendant quelques instants aux autres spectateurs. Ainsi, entre Mme
    Swann et la foule, celle-ci sentait ces barrières d'une certaine sorte
    de richesse, lesquelles lui semblent les plus infranchissables de
    toutes. Le faubourg Saint-Germain a bien aussi les siennes, mais moins
    parlantes aux yeux et à l'imagination des «pannés». Ceux-ci auprès
    d'une grande dame plus simple, plus facile à confondre avec une
    petite bourgeoise, moins éloignée du peuple, n'éprouveront pas ce
    sentiment de leur inégalité, presque de leur indignité, qu'ils ont
    devant une Mme Swann. Sans doute, ces sortes de femmes ne sont pas
    elles-mêmes frappées comme eux du brillant appareil dont elles sont
    entourées, elles n'y font plus attention, mais c'est à force d'y être
    habituées, c'est-à-dire d'avoir fini par le trouver d'autant plus
    naturel, d'autant plus nécessaire, par juger les autres êtres selon
    qu'ils sont plus ou moins initiés à ces habitudes du luxe: de sorte
    que (la grandeur qu'elles laissent éclater en elles, qu'elles
    découvrent chez les autres, étant toute matérielle, facile à
    constater, longue à acquérir, difficile à compenser), si ces femmes
    mettent un passant au rang le plus bas, c'est de la même manière
    qu'elles lui sont apparues au plus haut, à savoir immédiatement, à
    première vue, sans appel. Peut-être cette classe sociale particulière
    qui comptait alors des femmes comme lady Israels mêlée à celles de
    l'aristocratie et Mme Swann qui devait les fréquenter un jour, cette
    classe intermédiaire, inférieure au faubourg Saint-Germain,
    puisqu'elle le courtisait, mais supérieure à ce qui n'est pas du
    faubourg Saint-Germain, et qui avait ceci de particulier que déjà
    dégagée du monde des riches, elle était la richesse encore, mais la
    richesse devenue ductile, obéissant à une destination, à une pensée
    artistiques, l'argent malléable, poétiquement ciselé et qui sait
    sourire, peut-être cette classe, du moins avec le même caractère et le
    même charme, n'existe-t-elle plus. D'ailleurs, les femmes qui en
    faisaient partie n'auraient plus aujourd'hui ce qui était la première
    condition de leur règne, puisque avec l'âge elles ont, presque toutes,
    perdu leur beauté. Or, autant que du faîte de sa noble richesse,
    c'était du comble glorieux de son été mûr et si savoureux encore, que
    Mme Swann, majestueuse, souriante et bonne, s'avançant dans l'avenue
    du Bois, voyait comme Hypatie, sous la lente marche de ses pieds,
    rouler les mondes. Des jeunes gens qui passaient la regardaient
    anxieusement, incertains si leurs vagues relations avec elle (d'autant
    plus qu'ayant à peine été présentés une fois à Swann ils craignaient
    qu'il ne les reconnût pas), étaient suffisantes pour qu'ils se
    permissent de la saluer. Et ce n'était qu'en tremblant devant les
    conséquences, qu'ils s'y décidaient, se demandant si leur geste
    audacieusement provocateur et sacrilège, attentant à l'inviolable
    suprématie d'une caste, n'allait pas déchaîner des catastrophes ou
    faire descendre le châtiment d'un dieu. Il déclenchait seulement,
    comme un mouvement d'horlogerie, la gesticulation de petits
    personnages salueurs qui n'étaient autres que l'entourage d'Odette, à
    commencer par Swann, lequel soulevait son tube doublé de cuir vert,
    avec une grâce souriante, apprise dans le faubourg Saint-Germain, mais
    à laquelle ne s'alliait plus l'indifférence qu'il aurait eue
    autrefois. Elle était remplacée (comme s'il était dans une certaine
    mesure pénétré des préjugés d'Odette), à la fois par l'ennui d'avoir à
    répondre à quelqu'un d'assez mal habillé, et par la satisfaction que
    sa femme connût tant de monde, sentiment mixte qu'il traduisait en
    disant aux amis élégants qui l'accompagnaient: «Encore un! Ma parole,
    je me demande où Odette va chercher tous ces gens-là!» Cependant,
    ayant répondu par un signe de tête au passant alarmé déjà hors de vue,
    mais dont le cœur battait encore, Mme Swann se tournait vers moi:
    «Alors, me disait-elle, c'est fini? Vous ne viendrez plus jamais voir
    Gilberte? Je suis contente d'être exceptée et que vous ne me «dropiez»
    pas tout à fait. J'aime vous voir, mais j'aimais aussi l'influence que
    vous aviez sur ma fille. Je crois qu'elle le regrette beaucoup aussi.
    Enfin, je ne veux pas vous tyranniser parce que vous n'auriez qu'à ne
    plus vouloir me voir non plus!» «Odette, Sagan qui vous dit bonjour»,
    faisait remarquer Swann à sa femme. Et, en effet, le prince faisant
    comme dans une apothéose de théâtre, de cirque, ou dans un tableau
    ancien, faire front à son cheval dans une magnifique apothéose,
    adressait à Odette un grand salut théâtral et comme allégorique où
    s'amplifiait toute la chevaleresque courtoisie du grand seigneur
    inclinant son respect devant la Femme, fût-elle incarnée en une femme
    que sa mère ou sa sœur ne pourraient pas fréquenter. D'ailleurs à tout
    moment, reconnue au fond de la transparence liquide et du vernis
    lumineux de l'ombre que versait sur elle son ombrelle, Mme Swann était
    saluée par les derniers cavaliers attardés, comme cinématographiés au
    galop sur l'ensoleillement blanc de l'avenue, hommes de cercle dont
    les noms, célèbres pour le public–Antoine de Castellane, Adalbert
    de Montmorency et tant d'autres–étaient pour Mme Swann des noms
    familiers d'amis. Et, comme la durée moyenne de la vie–la
    longévité relative–est beaucoup plus grande pour les souvenirs des
    sensations poétiques que pour ceux des souffrances du cœur, depuis si
    longtemps que se sont évanouis les chagrins que j'avais alors à cause
    de Gilberte, il leur a survécu le plaisir que j'éprouve, chaque fois
    que je veux lire, en une sorte de cadran solaire, les minutes qu'il y a
    entre midi un quart et une heure, au mois de mai, à me revoir causant
    ainsi avec Mme Swann, sous son ombrelle, comme sous le reflet d'un
    berceau de glycines.

    …

    J'étais arrivé à une presque complète indifférence à l'égard de
    Gilberte, quand deux ans plus tard je partis avec ma grand'mère pour
    Balbec. Quand je subissais le charme d'un visage nouveau, quand
    c'était à l'aide d'une autre jeune fille que j'espérais connaître les
    cathédrales gothiques, les palais et les jardins de l'Italie, je me
    disais tristement que notre amour, en tant qu'il est l'amour d'une
    certaine créature, n'est peut-être pas quelque chose de bien réel,
    puisque, si des associations de rêveries agréables ou douloureuses
    peuvent le lier pendant quelque temps à une femme jusqu'à nous faire
    penser qu'il a été inspiré par elle d'une façon nécessaire, en
    revanche si nous nous dégageons volontairement ou à notre insu de ces
    associations, cet amour comme s'il était au contraire spontané et
    venait de nous seuls, renaît pour se donner à une autre femme.
    Pourtant au moment de ce départ pour Balbec, et pendant les premiers
    temps de mon séjour, mon indifférence n'était encore qu'intermittente.
    Souvent (notre vie étant si peu chronologique, interférant tant
    d'anachronismes dans la suite des jours), je vivais dans ceux, plus
    anciens que la veille ou l'avant-veille, où j'aimais Gilberte. Alors
    ne plus la voir m'était soudain douloureux, comme c'eût été dans ce
    temps-là. Le moi qui l'avait aimée, remplacé déjà presque entièrement
    par un autre, resurgissait, et il m'était rendu beaucoup plus
    fréquemment par une chose futile que par une chose importante. Par
    exemple, pour anticiper sur mon séjour en Normandie, j'entendis à
    Balbec un inconnu que je croisai sur la digue dire: «La famille du
    directeur du ministère des Postes.» Or (comme je ne savais pas alors
    l'influence que cette famille devait avoir sur ma vie), ce propos
    aurait dû me paraître oiseux, mais il me causa une vive souffrance,
    celle qu'éprouvait un moi, aboli pour une grande part depuis
    longtemps, à être séparé de Gilberte. C'est que jamais je n'avais
    repensé à une conversation que Gilberte avait eue devant moi avec son
    père, relativement à la famille du «directeur du ministère des
    Postes». Or, les souvenirs d'amour ne font pas exception aux lois
    générales de la mémoire, elles-mêmes régies par les lois plus générales
    de l'habitude. Comme celle-ci affaiblit tout, ce qui nous rappelle le
    mieux un être, c'est justement ce que nous avions oublié (parce que
    c'était insignifiant et que nous lui avions ainsi laissé toute sa
    force). C'est pourquoi la meilleure part de notre mémoire est hors de
    nous, dans un souffle pluvieux, dans l'odeur de renfermé d'une chambre
    ou dans l'odeur d'une première flambée, partout où nous retrouvons de
    nous-même ce que notre intelligence, n'en ayant pas l'emploi, avait
    dédaigné, la dernière réserve du passé, la meilleure, celle qui quand
    toutes nos larmes semblent taries, sait nous faire pleurer encore.
    Hors de nous? En nous pour mieux dire, mais dérobée à nos propres
    regards, dans un oubli plus ou moins prolongé. C'est grâce à cet oubli
    seul que nous pouvons de temps à autre retrouver l'être que nous
    fûmes, nous placer vis-à-vis des choses comme cet être l'était,
    souffrir à nouveau, parce que nous ne sommes plus nous, mais lui, et
    qu'il aimait ce qui nous est maintenant indifférent. Au grand jour de
    la mémoire habituelle, les images du passé pâlissent peu à peu,
    s'effacent, il ne reste plus rien d'elles, nous ne le retrouverions
    plus. Ou plutôt nous ne le retrouverions plus, si quelques mots (comme
    «directeur au ministère des Postes») n'avaient été soigneusement
    enfermés dans l'oubli, de même qu'on dépose à la Bibliothèque
    Nationale un exemplaire d'un livre qui sans cela risquerait de devenir
    introuvable.

    Mais cette souffrance et ce regain d'amour pour Gilberte ne furent pas
    plus longs que ceux qu'on a en rêve, et cette fois, au contraire, parce
    qu'à Balbec l'Habitude ancienne n'était plus là pour les faire durer.
    Et si ces effets de l'Habitude semblent contradictoires, c'est qu'elle
    obéit à des lois multiples. A Paris j'étais devenu de plus en plus
    indifférent à Gilberte, grâce à l'Habitude. Le changement d'habitude,
    c'est-à-dire la cessation momentanée de l'Habitude paracheva l'œuvre de
    l'Habitude quand je partis pour Balbec. Elle affaiblit mais stabilise,
    elle amène la désagrégation mais la fait durer indéfiniment. Chaque
    jour depuis des années je calquais tant bien que mal mon état d'âme
    sur celui de la veille. A Balbec un lit nouveau à côté duquel on
    m'apportait le matin un petit déjeuner différent de celui de Paris ne
    devait plus soutenir les pensées dont s'était nourri mon amour pour
    Gilberte: il y a des cas (assez rares, il est vrai) où la sédentarité
    immobilisant les jours, le meilleur moyen de gagner du temps, c'est de
    changer de place. Mon voyage à Balbec fut comme la première sortie
    d'un convalescent qui n'attendait plus qu'elle pour s'apercevoir qu'il
    est guéri.

    Ce voyage, on le ferait sans doute aujourd'hui en automobile, croyant
    le rendre ainsi plus agréable. On verra, qu'accompli de cette façon,
    il serait même en un sens plus vrai puisque on y suivrait de plus
    près, dans une intimité plus étroite, les diverses gradations selon
    lesquelles change la surface de la terre. Mais enfin le plaisir
    spécifique du voyage n'est pas de pouvoir descendre en route et
    s'arrêter quand on est fatigué, c'est de rendre la différence entre le
    départ et l'arrivée non pas aussi insensible, mais aussi profonde
    qu'on peut, de la ressentir dans sa totalité, intacte, telle quelle
    était dans notre pensée quand notre imagination nous portait du lieu
    où nous vivions jusqu'au cœur d'un lieu désiré, en un bond qui nous
    semblait moins miraculeux parce qu'il franchissait une distance que
    parce qu'il unissait deux individualités distinctes de la terre, qu'il
    nous menait d'un nom à un autre nom, et que schématise (mieux qu'une
    promenade où, comme on débarque où l'on veut, il n'y a guère plus
    d'arrivée) l'opération mystérieuse qui s'accomplissait dans ces lieux
    spéciaux, les gares, lesquels ne font pas partie pour ainsi
    dire de la ville mais contiennent l'essence de sa personnalité de même
    que sur un écriteau signalétique elles portent son nom.

    Mais en tout genre, notre temps a la manie de vouloir ne montrer les
    choses qu'avec ce qui les entoure dans la réalité, et par là de
    supprimer l'essentiel, l'acte de l'esprit, qui les isola d'elle. On
    «présente» un tableau au milieu de meubles, de bibelots, de tentures
    de la même époque, fade décor qu'excelle à composer dans les hôtels
    d'aujourd'hui la maîtresse de maison la plus ignorante la veille,
    passant maintenant ses journées dans les archives et les bibliothèques
    et au milieu duquel le chef-d'œuvre qu'on regarde tout en dînant ne
    nous donne pas la même enivrante joie qu'on ne doit lui demander que
    dans une salle de musée, laquelle symbolise bien mieux par sa nudité
    et son dépouillement de toutes particularités, les espaces intérieurs
    où l'artiste s'est abstrait pour créer.

    Malheureusement ces lieux merveilleux que sont les gares, d'où l'on
    part pour une destination éloignée, sont aussi des lieux tragiques,
    car si le miracle s'y accomplit grâce auquel les pays qui n'avaient
    encore d'existence que dans notre pensée vont être ceux au milieu
    desquels nous vivrons, pour cette raison même il faut renoncer au
    sortir de la salle d'attente à retrouver tout à l'heure la chambre
    familière où l'on était il y a un instant encore. Il faut laisser
    toute espérance de rentrer coucher chez soi, une fois qu'on s'est
    décidé à pénétrer dans l'antre empesté par où l'on accède au mystère,
    dans un de ces grands ateliers vitrés, comme celui de Saint-Lazare où
    j'allai chercher le train de Balbec, et qui déployait au-dessus de la
    ville éventrée un de ces immenses ciels crus et gros de menaces
    amoncelées de drame, pareils à certains ciels, d'une modernité presque
    parisienne, de Mantegna ou de Véronèse, et sous lequel ne pouvait
    s'accomplir que quelque acte terrible et solennel comme un départ en
    chemin de fer ou l'érection de la Croix.

    Tant que je m'étais contenté d'apercevoir du fond de mon lit de Paris
    l'église persane de Balbec au milieu des flocons de la tempête, aucune
    objection à ce voyage n'avait été faite par mon corps. Elles avaient
    commencé seulement quand il avait compris qu'il serait de la partie et
    que le soir de l'arrivée on me conduirait à «ma» chambre qui lui
    serait inconnue. Sa révolte était d'autant plus profonde que la veille
    même du départ j'avais appris que ma mère ne nous accompagnerait pas,
    mon père, retenu au ministère jusqu'au moment où il partirait pour
    l'Espagne avec M. de Norpois, ayant préféré louer une maison dans les
    environs de Paris. D'ailleurs la contemplation de Balbec ne me
    semblait pas moins désirable parce qu'il fallait l'acheter au prix
    d'un mal qui au contraire me semblait figurer et garantir la réalité
    de l'impression que j'allais chercher, impression que n'aurait
    remplacée aucun spectacle prétendu équivalent, aucun «panorama» que
    j'eusse pu aller voir sans être empêché par cela même de rentrer
    dormir dans mon lit. Ce n'était pas la première fois que je sentais
    que ceux qui aiment et ceux qui ont du plaisir ne sont pas les mêmes.
    Je croyais désirer aussi profondément Balbec que le docteur qui me
    soignait et qui me dit s'étonnant, le matin du départ, de mon air
    malheureux: «Je vous réponds que si je pouvais seulement trouver huit
    jours pour aller prendre le frais au bord de la mer, je ne me ferais
    pas prier. Vous allez avoir les courses, les régates, ce sera exquis.»
    Pour moi j'avais déjà appris, et même bien avant d'aller entendre la
    Berma, que quelle que fût la chose que j'aimerais, elle ne serait
    jamais placée qu'au terme d'une poursuite douloureuse au cours de
    laquelle il me faudrait d'abord sacrifier mon plaisir à ce bien
    suprême, au lieu de l'y chercher.

    Ma grand'mère concevait naturellement notre départ d'une façon un peu
    différente et toujours aussi désireuse qu'autrefois de donner aux
    présents qu'on me faisait un caractère artistique, avait voulu pour
    m'offrir de ce voyage une «épreuve» en partie ancienne, que nous
    refissions moitié en chemin de fer, moitié en voiture le trajet
    qu'avait suivi Mme de Sévigné quand elle était allée de Paris à
    «L'Orient» en passant par Chaulnes et par «le Pont-Audemer». Mais ma
    grand'mère avait été obligée de renoncer à ce projet, sur la défense
    de mon père, qui savait, quand elle organisait un déplacement en vue
    de lui faire rendre tout le profit intellectuel qu'il pouvait
    comporter, combien on pouvait pronostiquer de trains manqués, de
    bagages perdus, de maux de gorge et de contraventions. Elle se
    réjouissait du moins à la pensée que jamais au moment d'aller sur la
    plage, nous ne serions exposés à en être empêchés par la survenue de
    ce que sa chère Sévigné appelle une chienne de carrossée, puisque nous
    ne connaîtrions personne à Balbec, Legrandin ne nous ayant pas offert
    de lettre d'introduction pour sa sœur. (Abstention qui n'avait pas été
    appréciée de même par mes tantes Céline et Victoire lesquelles ayant
    connu jeune fille celle qu'elles n'avaient appelée jusqu'ici, pour
    marquer cette intimité d'autrefois que «Renée de Cambremer», et
    possédant encore d'elle de ces cadeaux qui meublent une chambre et la
    conversation mais auxquels la réalité actuelle ne correspond pas,
    croyaient venger notre affront en ne prononçant plus jamais chez Mme
    Legrandin mère, le nom de sa fille, et se bornant à se congratuler une
    fois sorties par des phrases comme: «Je n'ai pas fait allusion à qui
    tu sais», «je crois qu'_on_ aura compris».)

  • 韓詩外傳, Complete

    韓詩外傳, Complete

    Aproximadamente 12.113 palavras.

    Produced by Nicole Lai

    Volume 1-2

    卷一

    曾子仕于莒,得粟三秉,方是之時,曾子重其祿而輕其身;親沒之后
    ,齊迎以相,楚迎以令尹,晉迎以上卿,方是之時,曾子重其身而輕其祿
    。怀其寶而迷其國者,不可與語仁;窘其身而約其親者,不可與語孝;任
    重道遠者,不擇地而息;家貧親老者,不擇官而仕。故君子橋褐趨時,當
    務為急。傳云:不逢時而仕,任事而敦其慮,為之使而不入其謀,貧焉故
    也。詩云:“夙夜在公,實命不同。”
    傳曰:夫行露之人許嫁矣,然而未往也,見一物不具,一禮不備,守
    節貞理,守死不往,君子以為得婦道之宜,故舉而傳之,揚而歌之,以絕
    無道之求,防污道之行乎!詩曰:“雖速我訟,亦不爾從。”
    孔子南游,适楚,至于阿谷之隧,有處子佩而浣者。孔子曰:“彼婦
    人其可與言矣乎!”抽觴以授子貢,曰:“善為之辭,以觀其語。”子貢
    曰:“吾、北鄙之人也,將南之楚,逢天之暑,思心潭潭,愿乞一飲,以
    表我心。”婦人對曰:“阿谷之隧,隱曲之泛,其水載清載濁,流而趨海
    ,欲飲則飲,何問婦人乎?”受子貢觴,迎流而挹之,奐然而棄之,促流
    而挹之,奐然而溢之,坐、置之沙上,曰:“禮固不親受。”子貢以告。
    孔子曰:“丘知之矣。”抽琴去其軫,以授子貢,曰:“善為之辭,以觀
    其語。”子貢曰:“向子之言,穆如清風,不悖我語,和暢我心。于此有
    琴而無軫,愿借子以調其音。”婦人對曰:“吾,野鄙之人也,僻陋而無
    心,五音不知,安能調琴。”子貢以告。孔子曰:“丘知之矣。”抽五兩
    ,以授子貢,曰:“善為之辭,以觀其語。”子貢曰:“吾、北鄙之人也
    ,將南之楚。于此有五兩,吾不敢以當子身,敢置之水浦。”婦人對曰:
    “客之行,差遲乖人,分其資財,棄之野鄙。吾年甚少,何敢受子,子不
    早去,今竊有狂夫守之者矣。”詩曰:“南有喬木,不可休思。漢有游女
    ,不可求思。”此之謂也。哀公問孔子曰:“有智壽乎?”孔子曰:“然
    。人有三死而非命也者,自取之也:居處不理,飲食不節,勞過者,病共
    殺之。居下而好干上,嗜欲不厭,求索不止者,刑共殺之。少以敵眾,弱
    以侮強,忿不量力者,兵共殺之。故有三死而非命者,自取之也。”詩云
    :“人而無儀,不死何為!”
    傳曰:在天者、莫明乎日月,在地者、莫明于水火,在人者、莫明乎
    禮儀。故日月不高,則所照不遠;水火不積,則光炎不博:禮義不加乎國
    家,則功名不白。故人之命在天,國之命在禮。君人者、降禮尊賢而王,
    重法愛民而霸,好利多詐而危,權謀傾覆而亡。詩曰:“人而無禮,胡不
    遄死!”
    君子有辯善之度,以治气養性,則身后彭祖;修身自強,則名配堯禹
    ;宜于時則達,厄于窮則處,信禮者也。凡用心之術,由禮則理達,不由
    禮則悖亂。飲食衣服,動靜居處,由禮則知節,不由禮則墊陷生疾。容貌
    態度,進退移步,由禮則夷國。政無禮則不行,王事無禮則不成,國無禮
    則不宁,王無禮則死亡無日矣。詩曰:“人而無禮,胡不遄死!”
    傳曰:不仁之至忽其親,不忠之至倍其君,不信之至欺其友。此三者
    、圣王之所殺而不赦也。詩曰:“人而無禮,不死何為!”
    王子比干殺身以成其忠,柳下惠殺身以成其信,伯夷叔齊殺身以成其
    廉,此三子者,皆天下之通士也,豈不愛其身哉!為夫義之不立,名之不
    顯,則士恥之,故殺身以遂其行。由是觀之,卑賤貧窮,非士之恥也;天
    下舉忠而士不與焉,舉信而士不與焉,舉廉而士不與焉,三者存乎身,名
    傳于世,與日月并而息,天不能殺,地不能生,當桀紂之世不之能污也,
    然則非惡生而樂死也,惡富貴好貧賤也,由其理,尊貴及己而仕也不辭也
    。孔子曰:“富而可求,雖執鞭之士吾亦為之。”故甋窮而不憫,勞辱而
    不苟,然后能有致也。詩曰:“我心匪石,不可轉也,我心匪席,不可卷
    也。”此之謂也。
    原憲居魯,環堵之室,茨以蒿萊,蓬戶瓮牖,桷桑而無樞,上漏下濕
    ,匡坐而弦歌。子貢乘肥馬,衣輕裘,中紺而表素,軒不容巷,而往見之
    。原憲楮冠黎杖而應門,正冠則纓絕,振襟則肘見,納履則踵決。子貢曰
    :“嘻!先生何病也!”原憲仰而應之曰:“憲聞之:無財之謂貧,學而
    不能行之謂病。憲、貧也,非病也。若夫希世而行,比周而友,學以為人
    ,教以為己,仁義之匿,車馬之飾,衣裘之麗,憲不忍為之也。”子貢逡
    巡,面有慚色,不辭而去。原憲乃徐步曳杖,歌商頌而反,聲淪于天地,
    如出金石。天子不得而臣也,諸侯不得而友也。故養身者忘家,養志者忘
    身,身且不愛,孰能忝之。詩曰:“琱葹磪菕不可轉也;我心匪席,不可
    卷也。”
    傳曰:所謂士者,雖不能盡備乎道術,必有由也;雖不能盡乎美者,
    必有處也。言不務多,務審所行而已,行既已尊之,言既已由之,若肌膚
    性命之不可易也。詩曰:“我心匪石,不可轉也;我心匪席,不可卷也。
    ”
    傳曰:君子洁其身而同者合焉,善其音而類者應焉。馬鳴而馬應之,
    牛鳴而牛應之,非知也,其勢然也。故新沐者必彈冠,新浴者必振衣,莫
    能以己之,容人之混污然。詩曰:“我心匪鑒,不可以茹。”
    荊伐陳,陳西門坏,因其降民使修之,孔子過而不式。子貢執轡而問
    曰:“禮、過三人則下,二人則式。今陳之修門者眾矣,夫子不為式,何
    也?”孔子曰:“國亡而弗知,不智也;知而不爭,非忠也;亡而不死,
    非勇也。修門者雖眾,不能行一于此,吾故弗式也。”詩曰:“憂心悄悄
    ,慍于群小。”小人成群,何足禮哉!
    傳曰:喜名者必多怨,好與者必多辱,唯滅跡于人,能隨天地自然,
    為能胜理,而無愛名;名興則道不用,道行則人無位矣。夫利為害本,而
    福為禍先,唯不求利者為無害,不求福者為無禍。詩曰:“不忮不求,何
    用不臧。”
    傳曰:聰者自聞,明者自見,聰明則仁愛著而廉恥分矣。故非道而行
    之,雖勞不至;非其有而求之,雖強不得。故智者不為非其事,廉者不求
    非其有,是以害遠而名彰也。詩云:“不忮不求,何用不臧。”
    傳曰:安命養性者,不待積委而富;名號傳乎世者,不待勢位而顯;
    德義暢乎中而無外求也。信哉!賢者之不以天下為名利者也。詩曰:“不
    忮不求,何用不臧。”
    古者、天子左五鐘,將出,則撞黃鐘,而右五鐘皆應之,馬鳴中律,
    駕者有文,御者有數,立則磬折,拱則抱鼓,行步中規,折旋中矩,然后
    太師奏升車之樂,告出也。入則撞蕤賓,以治容貌,容貌得則顏色齊,顏
    色齊則肌膚安,蕤賓有聲,鵠震馬鳴,及介之虫,無不延頸以听,在內者
    皆玉色,在外者皆金聲,然后少師奏升堂之樂,即席告入也。此言音樂有
    和,物類相感,同聲相應之義也。詩云:“鐘鼓樂之。”此之謂也。
    枯魚銜索,几何不蠹!二親之壽,忽如過;樹木欲茂,霜露不凋使;
    賢士欲成其名,二親不待。家貧親老,不擇官而仕。詩曰:“雖則如毀,
    父母孔邇。”此之謂也。
    孔子曰:“君子有三憂:弗知,可無憂與!知而不學,可無憂與!學
    而不行,可無憂與!”詩曰:“未見君子,憂心!
    魯公甫文伯死,其母不哭也。季孫聞之,曰:“公甫文伯之母、貞女
    也。子死不哭,必有方矣。”使人問焉。對曰:“昔、是子也,吾使之事
    仲尼,仲尼去魯,送之,不出魯郊,贈之,不與家珍。病、不見士之視者
    ;死、不見士之流淚者;死之日,宮女而從者,十人。此不足于士,而有
    余于婦人也。吾是以不哭也。”詩曰:“乃如之人兮,德音無良”。
    傳曰:天地有合,則生气有精矣;陰陽消息,則變化有時矣;時得則
    治,時失則亂。故人生而不具者五:目無見,不能食,不能行,不能言,
    不能施化。三月微的,而后能見;七月而生齒,而后能食;年髑就,而后
    能行;三年腦合,而后能言;十六精通,而后能施化。陰陽相反,陰以陽
    變,陽以陰變。故男、八月生齒,八歲而齠齒,十六而精化小通。女、七
    月生齒,七歲而齔齒,十四而精化小通。是故陽以陰變,陰以陽變。故不
    肖者、精化始具,而生气感動,触情縱欲,反施化,是以年壽亟夭,而性
    不長也。詩曰:“乃如之人兮,怀婚姻也,太無信也,不知命也。”賢者
    不然,精气闐溢,而后傷時不可過也。不見道端,乃陳情欲,以歌道義。
    詩曰:“靜女其姝,俟我乎城隅,愛而不見,搔首踟躕。瞻彼日月,悠悠
    我思,道之云遠,曷云能來。”急時辭也,是故稱之日月也。
    楚白公之難,有仕之善者,辭其母,將死君。其母曰:“棄母而死君
    ,可乎?”曰:“聞事君者、內其祿而外其身。今之所以養母者,君之祿
    也,請往死之。”比至朝,三廢車中。其仆曰:“子懼、何不反也?”曰
    :“懼、吾私也,死君、吾公也。吾聞君子不以私害公。”遂死之。君子
    聞之曰:“好義哉!必濟矣夫!”詩云:“深則厲,淺則揭。”此之謂也
    。
    晉靈公之時,宋人殺昭公。趙宣子請師于靈公而救之。靈公曰:“非
    晉國之急也。”宣子曰:“不然。夫大者天地,其次君臣,所以為順也。
    今殺其君,所以反天地、逆人道也,天必加災焉。晉為盟主而不救,天罰
    懼及矣。詩云:‘凡民有喪,匍匐救之。’而況國君乎!”于是靈公乃與
    師而從之。宋人聞之,儼然感說,而晉國日昌,何則?以其誅逆存順。詩
    曰:“凡民有喪,匍匐救之。”趙宣子之謂也。
    傳曰:水濁則魚喁,令苛則民亂,城削則崩,岸削則陂。故吳起削刑
    而車裂,商鞅峻法而支解。治國者譬若乎張琴然,大弦急,則小弦絕矣。
    故急轡御者、非千里之御也。有聲之聲,不過百里,無聲之聲,延及四海
    。故祿過其功者削,名過其實者損,情行合名,禍福不虛至矣。詩云:“
    何其處也?必有與也。何其久也?必有以也。”故惟其無為,能長生久視
    ,而無累于物矣。
    傳曰:衣服容貌者,所以說目也,應對言語者、所以說耳,好惡去就
    者、所以說心也。故君子衣服中,容貌得,則民之目悅矣;言語遜,應對
    給,則民之耳悅矣;就仁去不仁,則民之心悅矣。三者存乎身,雖不在位
    ,謂之素行。故中心存善而日新之,雖獨居而樂,德充而形。詩曰:何其
    處也?必有与也。何其久也?必有以也。”
    仁道有四:慨為下。有圣仁者,有智仁者、有德仁者,有慨仁者。上
    知天,能用其時;下知地,能用其財;中知人,能安樂之;是圣仁者也。
    上亦知天,能用其時;下知地、能用其財;中知人,能使人肆之;是智仁
    也。寬而容眾,百姓信之;道所以至,弗辱以時;是德仁者也。廉洁直方
    ,疾亂不治、惡邪不匡;雖居鄉里,若坐涂炭;命入朝廷,如赴湯火;非
    其民、不使,非其食、弗嘗;疾亂世而輕死,弗顧弟兄,以法度之,比于
    不詳,是慨仁者也。傳曰:山銳則不高,水徑則不深,仁慨則其德不厚,
    志與天地擬者、其人不祥,是伯夷、叔齊、卞隨、介子推、原憲、鮑焦、
    袁旌目、申徒狄之行也,其所受天命之度,適至是而亡,弗能改也,雖枯
    稿弗舍也。詩云:“亦己焉哉!天實為之,謂之何哉!”慨仁雖下,然圣
    人不廢者、匡民隱括,有在是中者也。
    申徒狄非其世,將自投于河。崔嘉聞而止之,曰:“吾聞圣人仁士之
    于天地之間也,民之父母也,今為儒雅之故,不救溺人,可乎?”申徒狄
    曰:“不然。桀殺關龍逢、紂殺王子比干,而亡天下。吳殺子胥,陳殺泄
    冶、而滅其國。故亡國殘家,非無圣智也,不用故也。”遂抱石而沉于河
    。君子聞之,曰:“廉矣!如仁歟?則吾未之見也。”詩曰:“天實為之
    ,謂之何哉!”
    鮑焦衣弊膚見,挈畚持蔬,遇子貢于道。子貢曰:“吾子何以至于此
    也?”鮑焦曰:“天下之遺德教者、眾矣,吾何以不至于此也!吾聞之:
    世不己知而行之不已者、爽行也;上不己用而干之不止者、是毀廉也。行
    爽毀廉,然且弗舍,惑于利者也。”子貢曰:“吾聞之:非其世者、不生
    其利;污其君者、不履其土。非其世而持其蔬,詩曰:‘溥天之下,莫非
    王土。’此誰有之哉?”鮑焦曰:“于戲!吾聞賢者重進而輕退,廉者易
    愧而輕死。”于是棄其蔬而立槁于洛水之上。君子聞之,曰:“廉夫!剛
    哉!夫山銳則不高,水徑則不深,行慨者德不厚,志与天地擬者,其為人
    不祥。鮑焦可謂不祥矣!其節度淺深,适至于是矣!”詩云:“亦已焉哉
    !天實為之,謂之何哉!”
    昔者、周道之盛,邵伯在朝,有司請營邵以居。邵伯曰:“嗟!以吾
    一身,而勞百姓,此非吾先君文王之志也。”于是,出而就蒸庶于阡陌隴
    畝之間,而听斷焉。邵伯暴處遠野,廬于樹下,百姓大悅,耕桑者倍力以
    勸,于是歲大稔,民給家足。其后在位者驕奢,不恤元元,稅賦繁數,百
    姓困乏,耕桑失時。于是詩人見召伯之所休息樹下,美而歌之。詩曰:“
    蔽甘棠,勿剪勿伐,召伯所茇。”此之謂也。

    卷二
    楚庄王圍宋,有七日之糧,曰:“盡此而不克,將去而歸。”于是使
    司馬子反乘闥而窺宋城,宋使華元乘闥而應之。子反曰:“子之國何若矣
    ?”華元曰:“憊矣!易子而食之,骸而爨之。”子反曰:“嘻!甚矣憊
    。雖然,吾聞圍者之國,箝馬而抹之,使肥者應客。今何吾子之情也?”
    華元曰:“吾聞君子見人之困則矜之,小人見人之困則幸之。吾望見吾子
    似于君子,是以情也。”子反曰:“諾。子其勉之矣!吾軍有七日糧爾!
    ”揖而去。子反告庄王,庄王曰:“若何?”子反曰:“憊矣!易子而食
    之,遂骸而爨之。”庄王曰:“嘻!甚矣憊。今得此而歸爾。”子反曰:
    “不可。吾已告之矣,曰:軍亦有七日糧爾。”庄王怒曰:“吾使子視之
    ,子曷為而告之?”子反曰:“區區之宋,猶有不欺之臣,何以楚國而無
    乎?吾是以告之也。”庄王曰:“雖然,吾子今得此而歸爾。”子反曰:
    “王請處此,臣請歸耳。”王曰:“子去我而歸,吾孰与處乎此?吾將從
    子而歸。”遂師而歸。君子善其平已也,華元以誠告子反,得以解圍,全
    二國之命。詩云:“彼姝者子,何以告之。”君子善其以誠相告也。
    魯監門之女嬰相從績,中夜而泣涕。其偶曰:“何謂而泣也?”嬰曰
    :“吾聞衛世子不肖,所以泣也。”其偶曰:“衛世子不肖,諸侯之憂也
    ,子曷為泣也?”嬰曰:“吾聞之异乎子之言也。昔者、宋之桓司馬得罪
    于宋君,出于魯,其馬佚而從吾園,而食吾園之葵,是歲、吾聞園人亡利
    之半。越王勾踐起兵而攻吳,諸侯畏其威,魯往獻女,吾姊与焉,兄往視
    之,道畏而死。越兵威者、吳也,兄死者、我也。由是觀之,禍与福相反
    也。今衛世子甚不肖,好兵,吾男弟三人,能無憂乎?”詩曰:“大夫跋
    涉,我心則憂。”是非類与乎!
    高子問于孟子曰:“夫嫁娶者、非己所自親也,衛女何以得編于詩也
    ?”孟子曰:“有衛女之志則可,無衛女之志則怠。若伊尹于太甲,有伊
    尹之志則可,無伊尹之志則篡。夫道二:常之謂經,變之謂權,怀其常道
    ,而挾其變權,乃得為賢。夫衛女、行中孝,慮中圣,權如之何?”詩曰
    :“既不我嘉,不能旋反。視爾不臧,我思不遠。”
    楚庄王听朝罷晏。樊姬下堂而迎之,曰:“何罷之晏也?得無飢倦乎
    ?”庄王曰:“今日听忠賢之言,不知飢倦也。”樊姬曰:“王之所謂忠
    賢者,諸侯之客歟?中國之士歟?”庄王曰:“則沈令尹也!”樊姬掩口
    而笑。庄王曰:“姬之所笑,何也?”姬曰:“妾得于王,尚湯沐,執巾
    櫛,振衽席,十有一年矣;然妾未嘗不遣人之梁鄭之間,求美女而進之于
    王也;与妾同列者、十人,賢于妾者、二人,妾豈不欲擅王之寵哉!不敢
    私愿蔽眾美,欲王之多見則娛。今沈令尹相楚數年矣,未嘗見進賢而退不
    肖也,又焉得為忠賢乎!”庄王旦朝,以樊姬之言告沈令尹,令尹避席而
    進孫叔敖。叔敖治楚,三年,而楚國霸。楚史援筆而書之于策,曰:“楚
    之霸,樊姬之力也。”詩曰:“百爾所思,不如我所之。”樊姬之謂也!
    閔子騫始見于夫子,有菜色,后有芻豢之色。子貢問曰:“子始有菜
    色,今有芻豢之色,何也?”閔子曰:“吾出蒹葭之中,入夫子之門,夫
    子內切?以孝,外為之陳王法,心竊樂之;出見羽蓋龍旗裘旃相隨,心又樂
    之;二者相攻炊丑A而不能任,是以有菜色也。今被夫子之文深,又賴二
    三子切而進之,內明于去就之義,出見羽蓋龍旗旃裘隨,視之如壇土矣,
    是以有芻豢之色。”詩曰:“如切如,如琢如磨。”
    傳曰:“昔而雨者,何也?”曰:“無何也,猶不雨而雨也。”“星
    墜木鳴,國人皆恐,何也?”“是天地之變,陰陽之化,物之罕至者也,
    怪之、可也,畏之,非也。夫日月之薄蝕,怪星之党見,風雨之不時,是
    無世而不嘗有也,上明政平,是雖并至,無傷也;上政險,是雖無一,無
    益也。夫万物之有災,人妖最可畏也。”曰:“何謂人妖乎?”曰:“枯
    耕傷稼,枯耘傷歲,政險失民;田穢稼惡,糴貴民飢,道有死人;寇盜并
    起,上下乖窮离,鄰人相暴,對門相盜,禮義不修;牛馬相生,六畜作妖
    ;臣下殺上,父子相疑,是謂人妖,是生于亂。”傳曰:“天地之災,隱
    而廢也;萬物之怪,書不說也。無用之變,不急之災,棄而不治;若夫君
    臣之義,父子之親,男女之別,切而不舍也。”詩曰:“如切如琢,如琢
    如磨。”
    孔子曰:“口欲味,心欲佚,教之以仁;心欲兵,身惡勞,教之以恭
    ;好辯論而畏懼,教之以勇;目好色,耳好聲,教之以義。”易曰:“艮
    其限,列銦插因厲熏心。”詩曰:“吁嗟女兮,無與士耽。”皆防邪禁佚
    ,調和心志。
    高牆丰上激下,未必崩也;降雨興,流潦至,則崩必先矣。草木根淺
    ,未必撅也;飄風興,暴雨墜,則撅必先矣。君子居是邦也,不崇仁義,
    尊賢臣,以理万物,未必亡也;一旦有非常之變,諸侯交爭,人趨車馳,
    迫然禍至,乃始憂愁,干喉焦唇,仰天而嘆,庶几乎望其安也,不亦晚乎
    !孔子曰:“不慎其前,而悔其后。”嗟乎!雖悔無及矣。詩曰:“掇其
    泣矣,何嗟及矣。”
    曾子曰:“君子有三言可貫而佩之:一曰:無內疏而外親,二曰:身
    不善而怨他人,三曰:患至而后呼天。”子貢曰:“何也?”曾子曰:“
    內疏而外親,不亦反乎!身不善而怨他人,不亦遠乎!患至而后呼天,不
    亦晚乎!”詩曰:“菲第撠藈嚝伔狾L!
    夫霜雪雨露、殺生万物者也,天無事焉,猶之貴天也。執法厭文,治
    官治民者、有司也,君無事焉,猶之尊君也。夫辟土殖谷者、后稷也,決
    江流河者,禹也,听獄執中者,皋陶也,然而圣后者,堯也。故有道以御
    之,身雖無能也,必使能者為己用也;無道以御之,彼雖多能,猶將無益
    于存亡矣。詩曰:“執轡如組,兩驂如舞。”貴能御也。
    傳曰:孔子云:“美哉!顏無父之御也。馬知后有輿而輕之,知上有
    人而愛之,馬親其正,而愛其事,如使馬能言,彼將必曰:‘樂哉!今日
    之騶也。’至于顏淪少衰矣,馬知后有輿而輕之,知上有人而敬之,馬親
    其正,而敬其事,如使馬能言,彼將必曰:‘騶來!其人之使我也。’至
    于顏夷而衰矣,馬知后有輿而重之,知上有人而畏之,馬親其正,而畏其
    事,如使馬能言,彼將必曰:‘騶來!騶來!女不騶,彼將殺女。”故御
    馬有法矣,御民有道矣,法得則馬和而歡,道得則民安而集。詩曰:‘執
    轡如組,兩驂如舞。’馱尿蚺。”
    顏淵侍坐魯定公于台,東野畢御馬于台下。定公曰:“善哉!東野畢
    之御也。”顏淵曰:“善則善矣!其馬將佚矣。”定公不說,以告左右曰
    :“聞君子不譖人,君子亦譖人乎?”顏淵退,俄而、廄人以東野畢馬佚
    聞矣。定公揭席而起,曰:“趣駕召顏淵。”顏淵至,定公曰:“鄉寡人
    曰:‘善哉!東野畢之御也。’吾子曰:‘善則善矣!然則馬將佚矣。’
    不識吾子以何知之?”顏淵曰:“臣以政知之。昔者舜工于使人,造父工
    于使馬,舜不窮其民,造父不极其馬,是以舜無佚民,造父無佚馬。今東
    野畢之上車執轡,御体正矣,周旋步驟,朝禮畢矣,歷險致遠,馬力殫矣
    ,然猶策之不已,所以知佚也。”定公曰:“善。可少進。”顏淵曰:“
    獸窮則嚙,鳥窮則啄,人窮則詐。自古及今,窮其下能不危者,未之有也
    。詩曰:‘執轡如組,兩驂如舞。’善御之謂也。”定公曰:“寡人之過
    矣。”
    崔杼s庄公,合士大夫盟,盟者皆脫劍而入,言不疾,措血至者死,
    所殺者十余人,次及晏子,奉杯血,仰天而嘆曰:“惡乎!崔杼將為無道
    ,而殺其君。”于是盟者皆視之。崔杼謂晏子曰:“子与我,吾將与子分
    國;子不与,我殺子。直兵將推之,曲兵將鉤之。吾愿子之圖之也。”晏
    子曰:“留以利而倍其君,非仁也;劫以刃而失其志者、非勇也。詩曰:
    ‘莫莫葛?,延于條枚。愷悌君子,求福不回。’嬰其可回矣!直兵推之,
    曲兵鉤之,嬰不之革也。”崔杼曰:“舍晏子。”晏子起而出,授綏而乘
    ,其仆馳,晏子撫其手曰:“麋鹿在山林,其命在庖廚。命有所懸,安在
    疾驅。”安行成節,然后去之。詩曰:“羔裘如濡,恂直且侯;彼已之子
    ,舍命不偷。”晏子之謂也。
    楚昭王有士曰石奢,其為人也,公而好直,王使為理。于是道有殺人
    者,石奢追之,則父也,還返于廷,曰:“殺人者,臣之父也。以父成政
    ,非孝也;不行君法,非忠也;弛罪廢法,而伏其辜,臣之所守也。”遂
    伏斧噳,曰:“命在君。”君曰:“追而不及,庸有罪乎?子其治事矣。
    ”石奢曰:“不然。不私其父,非孝也;不行君法、非忠也;以死罪生、
    不廉也。君欲赦之,上之惠也;臣不能失法,下之義也。”遂不去榥噳,
    刎頸而死乎廷。君子聞之曰:“貞夫法哉!石先生乎!”孔子曰:“子為
    父隱,父為子隱,直在其中矣。”詩曰:“彼已之子,邦之司直。”石先
    生之謂也。
    外寬而內直,自設于隱括之中,直己不直人,善廢而不悒悒,蘧伯玉
    之行也。故為人父者,則愿以為子,為人子者,則愿以為父,為人君者、
    則愿以為臣,為人臣者,則愿以為君。名昭諸侯,天下愿焉。詩曰:“彼
    已之子,邦之彥兮。”此君子之行也。
    傳曰:孔子遭齊程本子于郯之間,傾蓋而語,終日,有間,顧子路曰
    :“由,東帛十匹,以贈先生。”子路不對,有間,又顧曰:“東帛十匹
    ,以贈先生。”子路率爾而對曰:“昔者、由也聞之于夫子,士不中道相
    見,女無媒而嫁者、君子不行也。”孔子曰:“夫詩不云乎!野有蔓草,
    零露`兮。有美一人,清揚婉兮。邂逅相遇,适我愿兮。且夫齊程本子,
    天下之賢士也,吾于是不贈,終身不之見也。大德不菖閑,小德出入可也
    。”
    君子有主善之心,而無胜人之色;德足以君天下,而無驕肆之容;行
    足以及后世,而不以一言非人之不善。故曰:君子盛德而卑,虛己以受人
    ,旁行不流,應物而不窮,雖在下位,民愿戴之,雖欲無尊,得乎哉!詩
    曰:“彼己之子,美如英,美如英,殊异乎公行。”
    君子易和而難狎也,易懼而不可劫也,畏患而不避義死,好利而不為
    所非,交親而不比,言辯而不亂。蕩蕩乎!其易不可失也,慨乎!其廉而
    不劌也,溫乎!其仁厚之光大也,超乎!其有以殊于世也。詩曰:“美如
    玉,美如玉,殊异乎公族。”
    商容嘗執羽鑰,馮于馬徒,欲以伐紂而不能,遂去,伏于太行。及武
    王克殷,立為天子,欲以為三公。商容辭曰:“吾常馮于馬徒,欲以伐紂
    而不能,愚也;不爭而隱,無勇也;愚且無勇,不足以備乎三公。”遂固
    辭不受命。君子聞之曰:“商容可謂內省而不誣能矣!君子哉!去素餐遠
    矣!”詩曰:“彼君子兮,不素餐兮。”商先生之謂也。
    晉文侯使李离為大理,過听殺人,自拘于廷,請死于君。君曰:“官
    有貴賤,罰有輕重,下吏有罪,非子之罪也。”李离對曰:“臣居官為長
    ,不与下吏讓位;受爵為多,不與下吏分利。今過听殺人,而下吏蒙其死
    ,非所聞也。不受命。”君曰:“自以為罪,則寡人亦有罪矣。”李离曰
    :“法失則刑,刑失則死。君以臣為能听微決疑,故使臣為理。今過听殺
    人之罪,罪當死。”君曰:“棄位委官,伏法亡國,非所望也。趣去,無
    憂寡人之心。”李离對曰:“政亂國危,君之憂也;軍敗卒亂,將之憂也
    。夫無能以事君,行以臨官,是無功不公食祿也。臣不能以虛自誣。”遂
    伏劍而死。君子聞之曰:“忠矣乎!”詩曰:“彼君子兮,不素餐兮。”
    李先生之謂也。
    楚狂接輿躬耕以食。其妻之市,未返,楚王使使者賚金百鎰,造門曰
    :“大王使臣奉金百鎰,愿請先生治河南。”接輿笑而不應,使者遂不得
    辭而去。妻從市而來曰:“先生少而為義,豈將老而遺之哉!門外車軼,
    何其深也!”接輿曰:“今者、王使使者賚金百鎰,欲使我治河南。”其
    妻曰:“豈許之乎?”曰:“未也。”妻曰:“君使不從,非忠也;從之
    ,是遺義也。不如去之。”乃夫負釜甑,妻戴經器,變易姓字,莫知其所
    之。論語曰:
    “色斯舉矣,翔而后集。”接輿之妻是也。詩曰:“逝將去汝,适彼樂土
    ;樂土樂土,爰得我所。”
    昔者桀為酒池糟堤,縱靡靡之樂,而牛飲者三千,群臣皆相持而歌,
    “江水沛兮!舟楫敗兮!我王廢兮!趣歸于亳,亳亦大兮!”又曰:“樂
    兮樂兮!四壯驕兮!六轡沃兮!去不善兮善,何不樂兮!”伊尹知大命之
    將去,舉觴造桀曰:“君王不听臣言,大命去矣,亡無日矣。”桀相然而
    ,盍然而笑曰:“子又妖言矣。吾有天下,猶天之有日也,日有亡乎?
    日亡,吾亦亡也。”于是伊尹接履而趨,遂适于湯,湯以為相。可謂适彼
    樂土,爰得其所矣。詩曰:“逝將去汝,适彼樂土;樂土樂土,爰得我所
    。”
    伊尹去夏入殷,田饒去魯适燕,介之推去晉入山。田饒事魯哀公而不
    見察,田饒謂哀公曰:“臣將去君,黃鵠舉矣。”哀公曰:“何謂也?”
    曰:“君獨不見夫雞乎!首戴冠者,文也,足搏距者,武也,敵在前敢斗
    者、勇也,得食相告,仁也,守夜不失時,信也。雞有此五德,君猶日瀹
    而食之者,何也?則以其所從來者近也。夫黃鵠一舉千里,止君園池,食
    君魚鱉,啄君黍粱,無此五者,君猶貴之,以其所從來者遠矣。臣將去君
    ,黃鵠舉矣!”哀公曰:“止。吾將書子言也。”田饒曰:“臣聞:食其
    食者,不毀其器;陰其樹者,不折其枝。有臣不用,何書其言?”遂去,
    之燕。燕立以為相,三年,燕政大平,國無盜賊。哀公喟然太息,為之辟
    寢三月,減損上服。曰:“不慎其前,而悔其后,何可复得。”詩云:“
    逝將去汝,适彼樂國;樂國樂國,爰得我直。”
    子賤治單父,彈鳴琴,身不下堂,而單父治。巫馬期以星出,以星入
    ,日夜不處,以身親之,而單父亦治。巫馬期問于子賤,子賤曰:“我任
    人,子任力。任人者佚,任力者勞。”人謂子賤,則君子矣,佚四肢,全
    耳目,平心气,而百官理,任其數而已。巫馬期則不然,乎然事惟,勞力
    教詔,雖治,猶未至也。詩曰:“子有衣裳,弗曳弗婁;子有車馬,弗馳
    弗驅。”
    子路曰:“士不能勤苦,不能輕死亡,不能恬貧窮,而曰我行義,吾
    不信也。昔者申包胥立于秦廷,七日七夜,哭不絕聲,是以存楚,不能勤
    苦,焉得行此!比干且死,而諫愈忠;伯夷叔齊餓于首陽,而志益彰;不
    輕死亡,焉能行此。曾子褐衣緒,未嘗完也,米之食,未嘗飽也;義不之
    合,則辭上卿,不恬貧窮,焉能行此!夫士欲立身行道,無顧難易,然后
    能行之;欲行義白名,無顧利害,然后能行之。”詩曰:“彼己之子,碩
    大且篤。”良非篤修身行之君子,其孰能与之哉!
    子路与巫馬期薪于韞丘之下,陳之富人有虞師氏者,脂車百乘,觴于
    韞丘之上。子路与巫馬期曰:“使子無忘子之所知,亦無進子之所能,得
    此富,終身無复見夫子,子為之乎?”巫馬期喟然仰天而嘆,熽然投潪于
    地,曰:“吾嘗聞之夫子,勇士不忘喪其元,志士仁人不忘在溝壑。子不
    知予与?試予与?意者、其志与?”子路心慚,故負薪先歸。孔子曰:“
    由來,何為偕出而先返也?”子路曰:“向也,由与巫馬期薪于韞丘之下
    ,陳之富人有處師氏者,脂車百乘,觴于韞丘之上,由謂巫馬期曰:‘使
    子無忘子之所知,亦無進子之所能,得此富,終身無复見夫子,子為之乎
    ?’巫馬期喟然仰天而嘆,熽然投潪于地,曰:‘吾嘗聞夫子:勇士不忘
    喪其元,志士仁人不忘在溝壑。子不知予与?試予与?意者,其志与?’
    由也心慚,故先負薪歸。”孔子援琴而彈:“詩曰:‘肅肅鴇羽,集于苞
    栩。王事靡崢,不能稷黍。父母何怙?悠悠蒼天,曷其有所?’予道不行
    邪,使汝愿者。”
    孔子曰:“士有五:有鴯笳擼燦屑腋緩裾擼燦凶視潞氛擼燦行鬧腔菡
    擼燦忻裁籃者。有鴯笳擼膊灰園疵襉幸謇恚捕匆員健腋緩裾擼膊灰哉袂罹
    炔蛔悖捕匆猿廾無度。資勇悍者,不以衛上攻戰,而反以侵陵私斗。心智
    惠者,不以端計數,而反以事奸飾詐。貌美好者,不以統朝蒞民,而反以
    蠱女從欲。此五者,所謂士失其美質者也。詩曰:“溫其如玉,在其板屋
    ,亂我心曲。”
    上之人所遇,色為先,聲音次之,事行為后。故望而宜為人君者、容
    也,近而可信者、色也,發而安中者、言也,久而可觀者、行也。故君子
    容色,天下儀象而望之,不假言而知為人君者。詩曰:“顏如渥丹,其君
    也哉!”
    子夏讀詩已畢。夫子問曰:“爾亦何大于詩矣?”子夏對曰:“詩之
    于事也,昭昭乎若日月之光明,燎燎乎如星辰之錯行,上有堯舜之道,下
    有三王之義,弟子不敢忘,雖居蓬戶之中,彈琴以詠先王之風,有人亦樂
    之,無人亦樂之,亦可發憤忘食矣。詩曰:‘衡門之下,可以栖遲;泌之
    洋洋,可以樂飢。’”夫子造然變容,曰:“嘻!吾子始可以言詩已矣,
    然子以見其表,未見其里。”顏淵曰:“其表已見,其里又何有哉?”孔
    子曰:“窺其門,不入其中,安知其奧藏之所在乎!然藏又非難也。丘嘗
    悉心盡志,已入其中,前有高岸,后有深谷,冷冷然如此既立而已矣,不
    能見其里,未謂精微者也。”
    傳曰:國無道,則飄風厲疾,暴雨折木,陰陽錯氛,夏寒冬溫,春熱
    秋榮,日月無光,星辰錯行,民多疾病,國多不祥,群生不壽,而五谷不
    登。當成周之時,陰陽調,寒暑平,群生遂,万物宁,故曰:其風治,其
    樂連,其驅馬舒,其民依依,其行遲遲,其意好好,詩曰:“匪風發兮,
    匪車偈兮。顧瞻周道,中心怛兮。”
    夫治气養心之術:血气剛強,則務之以調和;智慮潛深,則一之以易
    諒;勇毅強果,則輔之以道術;齊給便捷,則安之以靜退;卑攝貪利,則
    抗之以高志;容眾好散,則劫之以師友;怠慢檡蒼恐匆曰鱸鄭蒼竿穸隧 
    蒼蚝現匆岳窶幀倉紋鬧詞材熬隊衫瘢材优得師,莫慎一好。好一則博,博
    則精,精則神,神則化,是以君子務結心乎一也。詩曰:“淑人君子,其
    儀一兮,其儀一兮,心如結兮。”
    玉不琢,不成器;人不學,不成行。家有千金之玉,不知治,猶之貧
    也;良工宰之,則富及子孫。君子謀之,則為國用。故動則安百姓,議則
    延民命。詩曰:“淑人君子,正是國人;正是國人,胡不万年。”
    嫁女之家,三夜不息燭,思相离也。取婦之家,三日不舉樂,思嗣親
    也。是故婚禮不賀,人之序也。三月而廟見,稱來婦也。厥明見舅姑,舅
    姑降于西階,婦升自阼階,授之室也。憂思三日,不殺三月,孝子之情也
    。故禮者、因人情為文。詩曰:“親結其縭,九十其儀。”言多儀也。
    原天命,治心術,理好惡,适情性,而治道畢矣。原天命則不惑禍福
    ,不惑禍福則動靜修。治心術則不妄喜怒,不妄喜怒則賞罰不阿。理好惡
    則不貪無用,不貪無用則不害物性。适情性則不過欲,不過欲則養性知足
    。四者不求于外,不假于人,反諸已而存矣。夫人者、說人者也,形而為
    仁義,動而為法則。詩曰:“伐柯伐柯,其則不遠。”

    Volume 3-4

    卷三
    傳曰:昔者、舜甑盆無膻,而下不以余獲罪;飯乎土簋,啜乎土型,
    而農不以力獲罪;衣而領,而女不以巧獲罪;法下易由,事寡易為功,而
    民不以政獲罪。故大道多容,大德多下,圣人寡為,故用物常壯也。傳曰
    :易簡而天下之理得矣。詩曰:“政有夷之行,子孫保之。”忠易為禮,
    誠易為辭,賢人易為民,工巧易為材。詩曰:“政有夷之行,子孫保之。
    ”
    有殷之時,谷生湯之廷,三日而大拱。湯問伊尹曰:“何物也?”對
    曰:“谷樹也。”湯問:“何為而生于此?”伊尹曰:“谷之出澤,野物
    也,今生天子之庭,殆不吉也。”湯曰:“奈何?”伊尹曰:“臣聞:妖
    者、禍之先,祥者、福之先。見妖而為善,則禍不至,見祥而為不善,則
    福不臻””湯乃齋戒靜處,夙興夜寐,吊死問疾,赦過賑窮,七日而谷亡
    ,妖孽不見,國家昌。詩曰:“畏天之威,于時保之。”
    昔者、周文王之時,蒞國八年,夏六月,文王寢疾,五日而地動,東
    西南北不出國郊。有司皆曰:“臣聞:地之動,為人主也。今者、君王寢
    疾,五日而地動,四面不出國郊,群臣皆恐,請移之。”文王曰:“奈何
    其移之也?”對曰:“興事動眾,以增國城,其可移之乎!”文王曰:“
    不可。夫天之道見妖,是以罰有罪也,我必有罪,故此罰我也。今又專興
    事動眾,以增國城,是重吾罪也,不可以之。昌也請改行重善移之,其可
    以免乎!”于是遂謹其禮節硬皮革,以交諸侯;飾其辭令幣帛,以禮俊士
    ;頒其爵列等級田疇,以賞有功。遂與群臣行此,無幾何而疾止。文王即
    位八年而地動,之后四十三年,凡蒞國五十一年而終,此文王之所以踐妖
    也。詩曰:“畏天之威,于時保之。”
    王者之論德也,而不尊無功,不官無德,不誅無罪。朝無幸位,民無
    幸生。故上賢使能,而等級不菖;折暴禁悍,而刑罰不過。百姓曉然皆知
    夫為善于家,取賞于朝也;為不善于幽,而蒙刑于顯。夫是之謂定論,是
    王者之德。詩曰:“明昭有周,式序在位。”
    傳曰:以從俗為善,以貨財為寶,以養性為己為道,是民德也,未及
    于士也。行法而志堅,不以私欲害其所聞,是勁士也,未及于君子也。行
    法而志堅,好修其所聞,以矯其情;言行多當,未安諭也;知慮多當,未
    周密也;上則能大其所隆也,下則能開道不若己者,是篤厚君子,未及圣
    人也。若夫百王之法,若別白黑;應當世之變,若數三綱;行禮要節,若
    運四支;因化之功,若推四時;天下得序,群物安居,是圣人也。詩曰:
    “明昭有周,式序在位。”
    魏文侯欲置相,召李克問曰:“寡人欲置相,非翟黃則魏成子,愿卜
    之于先生。”李克避席而辭曰:“臣聞之;卑不謀,疏不間親。臣外居高
    者也,不敢當命。”文侯曰:“先生臨事勿讓。”李克曰:“夫觀士也,
    居則視其所親,富則視其所與,達則視其所舉,窮則視其所不為,貧則視
    其所不取。此五者足以觀矣。”文侯曰:“請先生就舍,寡人之相定矣。
    ”李克出,遇翟黃,曰:“今日聞君召先生而卜相,果誰為之?”李克曰
    :“魏成子為之。”翟黃悖然作色,曰:“吾何負于魏成子!西河之守,
    吾所進也;君以鄴為憂,吾進西門豹,君欲伐中山,吾進樂羊;中山既拔
    ,無守之者,吾進先生;君欲置太子傅,吾進趙蒼。皆有成功就事,吾何
    負于魏成子!”克曰:“子之言克于子之君也,豈比周以求大官哉!君問
    置相,非成則黃,二子何如?臣對曰:君不察故也。居則視其所親,富則
    視其所与,達則視其所舉,窮則視其所不為,貧則視其所不取。五者以定
    矣,何待克哉!是以知魏成子為相也。且子焉得与魏成子比!魏成子食祿
    日千鐘,什一在內,以聘約天下之士,是以得卜子夏,田子方,段干木,
    此三人,君皆師友之,子之所進皆臣之,子焉得与魏成子比乎!”翟黃逡
    巡再拜曰:“鄙人固陋,失對于夫子。”詩曰:“明昭有周,式序在位。
    ”
    成侯嗣公,聚a計數之君也,未及取民也;子產取民也,未及為政也
    ;管仲為政也,未及修禮。故修禮者王,為政者強,取民者安,聚者亡。
    故合聚之以招谷,積財以肥敵,危身亡國之道也,明君不蹈也。將修禮以
    齊朝,正法以齊官,平政以齊下,然后節奏齊乎朝,法則度量正乎官,忠
    信愛刑平乎下。如是,百姓愛之如父母,畏之如神明。是以德澤洋乎海內
    ,福祉歸乎王公。詩曰:“降福簡簡,威儀反反,既醉既飽,福祿來反。
    ”
    楚庄王寢疾,卜之,曰:“河為崇。”大夫曰:“請用牲。”庄王曰
    :“止。古者、圣王制祭不過望,濉漳江漢,楚之望也,寡人雖不德,河
    非所獲罪也。”遂不祭,三日而疾有瘳。孔子聞之,曰:“楚庄王之霸,
    其有方矣,制節守職,反身不貳,其霸不亦宜乎!”詩曰:“嗟嗟保介!
    ”庄王之謂也。
    人主之疾,十有二發,非有賢醫,莫能治也。何謂十二發?痿、蹶、
    逆、脹、滿、支、膈、盲、煩、喘、痹、風,此之曰十二發。賢醫治之何
    ?曰:省事輕刑,則痿不作;無使小民飢寒,則蹶不作;無令財貨上流,
    則逆不作;無令倉廩積腐,則脹不作;無使府庫充實,則滿不作;無使群
    臣縱恣,則支不作;無使下情不上通,則隔不作;上材恤下,則肓不作;
    法令奉行,則煩不作;無使下怨,則喘不作;無使賢伏匿,則痹不作;無
    使百姓歌吟誹謗,則風不作。夫重臣群下者,人主之心腹支体也,心腹支
    体無疾,則人主無疾矣,故非有賢醫,莫能治也。人皆有此十二疾,而不
    用賢醫,則國非其國也。詩曰:“多將儢豢刪藥。”終亦必亡而已矣。故
    賢醫用,則眾庶無疾,況人主乎!
    傳曰:太平之時,無、跛、眇、鰜叭濉鄱蹋哺覆豢拮櫻殘植豢薜埽駁
    牢襁負之遺育,然各以序終者,賢醫之用也。故安止平正除疾之道無他焉
    ,用賢而已矣。詩曰:“有瞽有瞽,在周之庭。”紂之遺民也。
    傳曰:“喪祭之禮廢,則臣子之恩薄,臣子之恩薄,則背死亡生者眾
    。”小雅曰:“子子孫孫,勿替引之。”
    人事倫,則順于鬼神;順于鬼神,則降福孔皆。詩曰:“以享以祀,
    以介景福。”
    武王伐紂,到于邢丘,J折為三,天雨,三日不休。武王心懼,召太
    公而問曰:“意者,紂未可伐乎?”太公對曰:“不然。因折為三者,軍
    當分為三也。天雨、三日不休,欲洒吾兵也。”武王曰:“然何若矣?”
    太公曰:“愛其人,及屋上烏;惡其人者,憎其骨余。咸劉厥敵,靡使有
    余。”武王曰:“于戲!天下未定也!”周公趨而進曰:“不然。使各度
    其宅,而佃其田,無獲舊新。百姓有過,在予一人。”武王曰:“于戲!
    天下已定矣。”乃修武勒兵于宁,更名邢丘曰怀,宁曰修武,行克紂于牧
    之野。詩曰:“牧野洋洋,檀車皇皇,駟矄彭彭,維師尚父,時維鷹揚,
    涼彼武王,肆伐大商,會朝清明。”既反商,及下車,封黃帝之后于蒯,
    封帝堯之后于祝,封舜之后于陳。下車而封夏后氏之后于杞,封殷之后于
    宋,封比干之墓,釋箕子之囚,表商容之閭。濟河而西,馬放華山之陽,
    示不复乘;牛放桃林之野,示不复服也;車甲而藏之于府庫,示不复用也
    。于是廢軍而郊射,左射狸首,右射騶虞,然后天下知武王不复用兵也。
    祀乎明堂,而民知孝;朝覲,然后諸侯知以敬;坐三老于大學,天子執醬
    而饋,執爵而嘄,所以教諸侯之悌也。此四者,天下之大教也。夫武之久
    ,不亦宜乎!詩曰:“胜殷遏劉,耆定爾功。”言伐紂而殷亡武也。
    孟嘗君請學于閔子;使車往迎閔子。閔子曰:“禮有來學,而無往教
    。致師而學,不能學;往教,則不能化君也。君所謂不能學者也,臣所謂
    不能化者也。”于是孟嘗君曰:“敬聞命矣。”明日、衣請受業。詩曰:
    “日就月將。”
    劍雖利,不厲不斷;材雖美,不學不高。雖有旨酒嘉怀膊恢捌渲跡凰
    漵猩頻潰不學,不達其功。故學然后知不足,教然后知不究。不足,故自
    愧而勉,不究、故盡師而熟。由此觀之,則教學相長也。子夏問詩,學一
    以知二,孔子曰:“起予者,商也,始可与言詩已矣。”孔子賢乎英杰,
    而圣德備,弟子被光景而德彰。詩曰:“日就月將。”
    凡學之道,嚴師為難。師嚴然后道尊;道尊然后民知敬學。故太學之
    禮,雖詔于天子,無北面,尊師尚道也。故不言而信,不怒而威,師之謂
    也。詩曰:“日就月將,學有緝熙于光明。”
    傳曰:宋大水。魯人吊之曰:“天降淫雨,害于粢盛,延及君地,以
    憂執政,使臣敬吊。”宋人應之,曰:“寡人不仁,齋戒不修,使民不時
    ,天加以災,又遺君憂,拜命之辱。”孔子聞之,曰:“宋國其庶几矣。
    ”弟子曰:“何謂?”孔子曰:“昔桀紂不任其過,其亡也忽焉。成湯文
    王知任其過,其興也勃焉。過而改之,是不過也。”宋人聞之,乃夙興夜
    寐,吊死問疾,戮力宇內,三歲,年丰政平。鄉使宋人不聞孔子之言,則
    年谷未丰,而國家未宁。詩曰:“佛時仔肩,示我顯德行。”
    齊桓公設庭燎,為便人欲造見者,幾年而士不至。于是東野有以九九
    見者,桓公使戲之曰:“九九足以見乎?”鄙人曰:“臣聞君設庭燎以待
    士,期年而士不至。夫士之所以不至者,君、天下之賢君也,四方之士皆
    自以不及君,故不至也。夫九九、薄能耳,而君猶禮之,況賢于九九者乎
    !夫太山不讓礫石,江海不辭小流,所以成其大也。詩曰:‘先民有言,
    詢于芻蕘。’博謀也。”桓公曰:“善。”乃固禮之。四月,四方之士相
    導而至矣。詩曰:“自堂徂基,自羊徂牛。”以小成大。
    太平之時,民行役者不菖時,男女不失時以偶。孝子不失時以養;外
    無曠夫,內無怨女;上無不慈之父,下無不孝之子;父子相成,夫婦相保
    ;天下和平,國家安宁;人事備乎下,天道應乎上。故天不變經,地不易
    形,日月昭明,列宿有常;天施地化,陰陽和合;動以雷電,潤以風雨,
    節以山川,均其寒暑,万民育生,各得其所,而制國用。故國有所安,地
    有所主,圣人刳木為舟,剡木為W,以通四方之物,使澤人足乎水,山人
    足乎魚,余衍之財有所流。故丰膏不獨樂,磽确不獨苦,雖遭凶年飢歲,
    禹湯之水旱,而民無凍餓之色。故生不乏用,死不轉尸,夫是之謂樂。詩
    曰:“于鑠王師,遵養時晦。”
    能制天下,必能養其民也;能養其民者,為自養也。飲食适乎藏,滋
    味适乎气,勞佚适乎筋骨,寒暖适乎肌膚;然后气藏平,心術治,思慮得
    ,喜怒時,起居而游樂,事時而用足,夫是之謂能自養者也。故圣人不淫
    佚侈靡者,非鄙夫色而愛財用也,養有适,過則不樂,故不為也。是以夏
    不數浴,非愛水也;冬不頻湯,非愛火也;不高台榭,非無土木也;不大
    鐘鼎,非無金錫也;不沈于酒,不貪于色,非辟丑也;直行情性之所安而
    制度,可以為天下法矣。故用不靡財,足以養其生,而天下稱其仁也;養
    不害性,足以成教,而天下稱其義也;适情辟余,不求非其有,而天下稱
    其廉也;行成不可掩,息刑不可犯,執一道而輕万物,天下稱其勇也。四
    行在乎民,居則婉愉,怒則胜敵;故審其所以養,而治道具矣;治道具,
    而遠近畜矣。詩曰:“于鑠王師,遵養時晦。”言相養者之至于晦也。
    公儀休相魯而嗜魚,一國人獻魚而不受。其弟諫曰:“嗜魚不受,何
    也?”曰:“夫欲嗜魚,故不受也。受魚而免于相,則不能自給魚;無受
    而不免于相,長自給于魚。”此明于魚為己者也。故老子曰:“后其身而
    身先,外其身而身存。非以其無私乎?故能成其私。”詩曰:“思無邪。
    ”此之謂也。
    傳曰:魯有父子訟者、康子欲殺。孔子曰:“未可殺也。夫民父子訟
    之為不義久矣,是則上失其道,上有道,是人亡矣。”訟者聞之,請無訟
    。康子曰:“治民以孝,殺一不義,以J不孝,不亦可乎?”孔子曰:“
    否。不教而听其獄,殺不辜也;三軍大敗,不可誅也;獄讞不治,不可刑
    也。上陳之教,而先服之,則百姓從風矣;邪行不從,然后俟之以刑,則
    民知罪矣。夫一仞之牆,民不能菖,百仞之山,童子登游焉,凌遲故也。
    今其仁義之陵遲久矣,能謂民無菖乎?詩曰:‘俾民不迷。’昔之君子道
    其百姓不使迷,是以威厲而刑措不用也。故形其仁義,謹其教道,使民目
    晰焉而見之,使民耳晰焉而聞之,使民心晰焉而知之,則道不迷,而民志
    不惑矣。詩曰:‘示我顯德行。’故道義不易,民不由也;禮樂不明,民
    不見也。詩曰:‘周道如砥,其直如矢。’言其易也。‘君子所履,小人
    所視。’言其明也。‘涎言顧之,潸焉出涕。’哀其不聞禮教而就刑誅也
    。夫散其本教,而施之刑辟,猶決其牢,而發以毒矢也,不亦哀乎!故曰
    :未可殺也。昔者、先王使民以禮,譬之如御也,刑者,鞭策也,今猶無
    轡銜而鞭策以御也,欲馬之進,則策其后,欲馬之退,則策其前,御者以
    勞,而馬亦多傷矣。今猶此也,上憂勞而民多罹刑。詩曰:‘人而無禮,
    胡不遄死!’為上無禮,則不免乎患;為下無禮,則不免乎刑;上下無禮
    ,胡不遄死!”康子避席再拜曰:“仆雖不敏,請承此語矣。”孔子退朝
    ,門人子路難曰:“父子訟、道邪?”孔子曰:“非也。”子路曰:“然
    則夫子胡為君子而免之也?”孔子曰:“不戒責成,害也,慢令致期,暴
    也,不教而誅、賊也。君子為政,避此三者。且詩曰:‘載色載笑,匪怒
    伊教。’”
    當舜之時,有苗不服,其不服者,衡山在南,岐山在北,左洞庭之波
    ,右彭澤之水,由此險也。以其不服,禹請伐之,而舜不許,曰:“吾喻
    教猶未竭也。”久喻教,而有苗民請服。天下聞之,皆薄禹之義,而美舜
    之德。詩曰:“載色載笑,匪怒伊教。”舜之謂也。問曰:“然則禹之德
    不及舜乎?”曰:“非然也。禹之所以請伐者,欲彰舜之德也。故善則稱
    君,過則稱己,臣下之義也。假使禹為君,舜為臣,亦如此而已矣。夫禹
    可謂達乎為人臣之大体也。”
    季孫氏之治魯也,眾殺人,而必當其罪;多罰人,而必當其過。子貢
    曰:“暴哉!治乎!”季孫聞之,曰:“吾殺人,必當其罪;罰人,必當
    其過。先生以為暴,何也?”子貢曰:“夫奚不若子產之治鄭,一年而負
    罰之過省,二年而刑殺之罪亡,三年而庫無拘人。故民歸之,如水就下;
    愛之、如孝子敬父母。子產病,將死,國人皆吁嗟,曰:‘誰可使代子產
    死者乎?’及其不免死也,士大夫哭之于朝,商賈哭之于市,農夫哭之于
    野。哭子產者皆如喪父母。今竊聞夫子疾之時,則國人喜,活則國人皆駭
    。以死相賀,以生相恐,非暴而何哉!賜聞之:托法而治,謂之暴;不戒
    致期,謂之虐;不教而誅,謂之賊;以身胜人,謂之責。責者失身,賊者
    失臣,虐者失政,暴者失民。且賜聞:居上位,行此四者而不亡者,未之
    有也。”于是季孫稽首謝曰:“謹聞命矣。”詩曰:“載色載笑,匪怒伊
    教。”
    問者曰:“夫智者何以樂于水也?”曰:“夫水者,緣理而行,不遺
    小間,似有智者;動而下之,似有禮者;蹈深不疑,似有勇者;障防而清
    ,似知命者;歷險致遠,卒成不毀,似有德者。天地以成,群物以生,國
    家以宁,万事以平,品物以正。此智者所以樂于水也。”詩曰:“思樂泮
    水,薄采其茆。魯侯戾止,在泮飲酒。”樂水之謂也。
    問者曰:“夫仁者何以樂于山也?”曰:“夫山者、万民之所瞻仰也
    。草木生焉,万物植焉,飛鳥集焉,走獸休焉,四方益取与焉,出云道風
    ,曊斕醇洹斕匾猿桑補乙宁。此仁者所以樂于山也。”詩曰:“太山岩岩
    ,魯邦所瞻。”樂山之謂也。
    傳曰:晉文公嘗約亡,反國,三行賞而不及陶叔狐。陶叔狐謂咎犯曰
    :“吾從而亡,十有一年,顏色黯黑,手足胼胝。今反國,三行賞,而我
    不與焉,君其忘我乎?其有大過乎?子試為我言之。”咎犯言之。文公曰
    :“噫!我豈忘是子哉!高明至賢,志行全成,湛我以道,說我以仁,變
    化我行,昭明我,使我為成人者,吾以為上賞。恭我以禮,防我以義,藩
    援我,使我不為非者,吾以為次。勇猛強武,氣勢自御,難在前則處在,
    難在后則處后,免我危難之中,吾以為次。然勞苦之士次之。詩曰:‘率
    履不越,遂視既發。’今不內自訟過,不悅百姓,將何錫之哉!”
    夫詐人者曰:“古今异情,其所以治亂异道。”而眾人皆愚而無知、
    陋而無度者也,于其所見,猶可欺也,況乎千歲之后乎!彼詐人者、門庭
    之間猶挾欺,而況乎千歲之上乎!然則圣人何以不可欺也?曰:圣人以己
    度人者也。以心度心,以情度情,以類度類,古今一也。類不悖,雖久同
    理,故性緣理而不迷也。夫五帝之前無傳人,非無賢人,久故也;五帝之
    中無傳政,非無善改,久故也;虞夏有傳政,不如殷周之察也,非無善政
    ,久故也。夫傳者久則愈略,近則愈詳,略則舉大,詳則舉細。故愚者聞
    其大不知其細,聞其細不知其大,是以久而差。三王五帝,政之至也。詩
    曰:“帝命不違,至于湯齊。”言古今一也。
    舜生于諸馮,遷于負夏,卒于鳴條,東夷之人也。文王生于岐周,卒
    于畢郢,西夷之人也。地之相去也,千有余里,世之相后也,千有余歲,
    然得志行乎中國,若合符節。孔子曰:“先圣后圣,其揆一也。”詩曰:
    “帝命不違,至于湯齊。”
    孔子觀于周廟,有欹器焉。孔子問于守廟者曰:“此謂何器也?”對
    曰:“此蓋為宥座之器。”孔子曰:“聞宥座器滿則覆,虛則欹,中則正
    ,有之乎?”對曰:“然。”孔子使子路取水試之,滿則覆,中則正,虛
    則欹。孔子喟然而嘆曰:“嗚呼!惡有滿而不覆者哉!”子路曰:“敢問
    持滿有道乎?”孔子曰:“持滿之道,抑而損之。”子路曰:“損之有道
    乎?”孔子曰:“德行寬裕者、守之以恭;土地廣大者,守之以儉;祿位
    尊盛者,守之以卑,人眾兵強者,守之以畏;聰明睿智者、守之以愚;博
    聞強記者,守之以淺。夫是之謂抑而損之。”詩曰:“湯降不遲,圣敬日
    躋。”
    周公踐天子之位,七年,布衣之士所贄而師者十人,所友見者十二人
    ,窮巷白屋先見者四十九人,時進善者百人,教士千人,宮朝者万人。成
    王封伯禽于魯,周公誡之曰:“往矣!子無以魯國驕士。吾、文王之子,
    武王之弟,成王之叔父也,又相天下,吾于天下,亦不輕矣。然一沐三握
    發,一飯三吐哺,猶恐失天下之士。吾聞德行寬裕,守之以恭者榮;土地
    廣大,守之以儉者安;祿位尊盛,守之以卑者貴;人眾兵強,守之以畏者
    胜;聰明睿智,守之以愚者善;博聞強記,守之以淺者智。夫此六者、皆
    謙德也。夫貴為天子,富有四海,由此德也;不謙而失天下,亡其身者,
    桀紂是也;可不慎歟!故易有一道,大足以守天下,中足以守其國家,近
    足以守其身,謙之謂也。夫天道虧盈而益謙,地道變盈而流謙,鬼神害盈
    而福謙,人道惡盈而好謙。是以衣成則必缺,宮成則必缺隅,屋成則必加
    拙,示不成者、天道然也。易曰:‘謙、亨、君子有終、吉。’詩曰:‘
    湯降不遲,圣敬日躋。’誡之哉!其無以魯國驕士也。”傳曰:子路盛服
    以見孔子。孔子曰:“由、疏疏者何也?昔者、江于汶,其始出也,不足
    以濫觴;及其至乎江之津也,不方舟,不避風,不可渡也,非其眾川之多
    歟!今汝衣服其盛,顏色充滿,天下有誰加汝哉!”子路趨出,改服而入
    ,蓋揖如也。孔子曰:“由志之,吾語女;夫慎于言者不嘩,慎于行者不
    伐。色知而有長者、小人也。故君子知之為知之,不知為不知,言之要也
    ;能之為能之,不能為不能,行之要也。言要則知,行要則仁,既知且仁
    ,又何加哉!”詩曰:“湯降不遲,圣敬日躋。”
    君子行不貴苟難,說不貴苟察,名不貴苟傳,惟其當之為貴。夫負石
    而赴河,行之難為者也,而申徒狄能之,君子不貴者,非禮義之中也。山
    淵平,天地比,齊秦襲,入乎耳,出乎口,鉤有須,卵有毛,此說之難持
    者也,而鄧s惠施能之,君子不貴者,非禮義之中也。盜跖吟口,名聲若
    日月,与舜禹俱傳而不息,君子不貴者,非禮義之中也。故君子行不貴苟
    難,說不貴苟察,名不貴苟傳,維其當之為貴。詩曰:“不競不亢,不剛
    不柔。”
    伯夷叔齊目不視惡色,耳不听惡聲;非其君不事,非其民不使;橫政
    之所出,橫民之所止,弗忍居也;思与鄉人居,若朝衣朝冠坐于涂炭也。
    故聞伯夷之風者、貪夫廉,懦夫有立志。至柳下惠則不然,不羞污君,不
    辭小官;進不隱賢,必由其道;甋窮而不憫,遺佚而不怨;与鄉人居,愉
    愉然不去也,雖袒裼裸裎于我側,彼安能浼我哉!故聞柳下惠之風,鄙夫
    寬,薄夫厚。至乎孔子去魯,遲遲乎其行也,可以去而去,可以止而止,
    去父母國之道也。伯夷、圣人之清者也,柳下惠、圣人之和者也,孔子、
    圣人之中者也。詩曰:“不競不?,不剛不柔。”中庸和通之謂也。
    王者之等賦正事,田野什一,關市譏而不征,山林澤梁,以時入而不
    禁。相地而正壤,理道而致貢。万物群來,無有流滯,以相通移。近者不
    隱其能,遠者不疾其勞。雖幽間僻陋之國,莫不趨使而安樂之。夫是之謂
    王者之等賦正事。詩曰:“敷政优优,百祿是遒。”
    孫卿与臨武君議兵于趙孝成王之前。王曰:“敢問兵之要?”臨武君
    曰:“夫之要義,上得天時,下得地利,后之發,先之至,此兵之要也。
    ”孫卿曰:“不然。夫兵之要,在附親士民而已。六馬不和,造父不能以
    致遠;弓矢不調,羿不能以中微;士民不親附,湯武不能以戰胜。由此觀
    之,要在于附親士民而已矣。”臨武君曰:“不然。夫兵之用,變故也,
    其所貴,謀詐也,善用之者,猶脫兔莫知其出;孫吳用之,無敵于天下。
    由此觀之,豈待親士民而后可哉!”孫卿曰:“不然。君之所道者、諸侯
    之兵、謀臣之事也;臣之所道者、仁人之兵,圣王之事也。彼可詐者,必
    怠慢者也,君臣上下之際,突然有离德者也。夫以跖而詐桀,猶有工拙焉
    。以桀詐堯,如以指撓沸,以卵投石,抱羽毛而赴烈火,入則饕玻太怚i
    詐也!且夫暴國將孰焉與至哉?彼其与至者,必欺其民,民之親我也,芬
    若椒蘭,歡如父子,彼顧其上,如毒蜂蠆之人哉,雖桀跖豈肯為其所至惡
    ,賊其所至愛哉!是猶使人之子孫,自賊其父母也,彼則先覺其失,何可
    詐哉!且仁人之兵,聚則成卒,散則成列,延居則若莫邪之長刃,嬰之者
    斷,銳居則若莫邪之利鋒,當之者潰,圓居則若丘山之不可移也,方居則
    若盤石之不可拔也,触之,摧角折節而退爾,夫何可詐也。詩曰:‘武王
    載旆,有虔秉鉞;如火烈烈,則莫我敢曷。’此謂湯武之兵也。”孝成王
    避席仰首曰:“寡人雖不敏,請依先生之兵也。”
    受命之士,正衣冠而立,儼然,人望而信之;其次、聞其言而信之;
    其次、見其行而信之;既見其行,而眾皆不信,斯下矣。詩曰:“慎与言
    矣,謂爾不信。”
    昔者、不出戶而知天下,不窺牖而見天道,非目能視乎千里之前,非
    耳能聞乎千里之外,以己之情量之也。己惡飢寒焉,則知天下之欲衣食也
    ;己惡勞苦焉,則知天下之欲安佚也;己惡衰乏焉,則知天下之欲富足也
    。知此三者、圣王之所以不降席而匡天下。故君子之道,忠恕而已矣。夫
    處飢渴,苦血气,困寒暑,動肌膚,此四者,民之大害也,害不除,未可
    教御也。四体不掩,則鮮仁人;五藏空虛,則無立士。故先王之法,天子
    親耕,后妃親蚕,先天下憂衣与食也。詩曰:“父母何嘗?心之憂矣,之
    子無裳。”

    卷四
    紂作炮烙之刑。王子比干曰:“主暴不諫,非忠也;畏死不言,非勇
    也。見過即諫,不用即死,忠之至也。”遂諫,三日不去朝,紂囚殺之。
    詩曰:“昊天大憮,予慎無辜!”
    桀為酒池,可以運舟:糟丘,足以望十里;而牛飲者三千人。關龍逢
    進諫曰:“古之人君,身行禮義,愛民節財,故國安而身壽。今君用財若
    無窮,殺人若恐弗胜,君若弗革,天殃必降,而誅必至矣。君其革之!”
    立而不去朝。桀囚而殺之。君子聞之曰:“天之命矣!”詩曰:“昊天太
    憮,予慎無辜!”
    有大忠者,有次忠者,有下忠者,有國賊者。以道覆君而化之,是謂
    大忠也;以德調君而輔之,是謂次忠也;以諫非君而怨之,是謂下忠也;
    不恤乎公道之達義,偷合苟同,以持祿養者,是謂國賊也。若周公之于成
    王,可謂大忠也;管仲之于桓公,可謂次忠也;子胥之于夫差,可謂下忠
    也;曹触龍之于紂,可謂國賊也。皆人臣之所為也,吉凶賢不肖之效也。
    詩曰:“匪其止共,惟王之邛。”
    哀公問取人。孔子曰:“無取健,無取佞,無取口讒。健、驕也,佞
    、諂也,讒、誕也。故弓調然后求勁焉,馬服然后求良焉,士信愨然后求
    知焉,士不信焉,又多知,譬之豺狼,其難以身近也。周書曰:‘為虎傅
    翼也。’不亦殆乎!”詩曰:‘匪其止共,惟王之邛。’言其不恭其職事
    ,而病其主也。
    齊桓公獨以管仲謀伐莒,而國人知之。桓公謂管仲曰:“寡人獨為仲
    父言,而國人知之,何也?”管仲曰:“意若國中有圣人乎!今東郭牙安
    在?”桓公顧曰:“在此。”管仲曰:“子有言乎?”東郭牙曰:“然。
    ”管仲曰:“子何以知之?”曰:“臣聞君子有三色,是以知之。”管仲
    曰:“何謂三色?”曰:“歡忻愛說,鐘鼓之色也;愁悴哀憂,衰之色也
    ;猛厲充實,兵革之色也。是以知之。”管仲曰:“何以知其莒也?”對
    曰:“君東南面而指,口張而不掩,舌舉而不下,是以知其莒也。”桓公
    曰:“善。詩曰:‘他人有心,予忖度之。’”東郭先生曰:“目者、心
    之符也,言者、行之指也。夫知者之于人也,未嘗求知而后能知也,觀容
    貌,察氣志,定取舍,而人情畢矣。”詩曰:“他人有心,予忖度之。”
    今有堅甲利兵,不足以施敵破虜;弓良矢調,不足射遠中微,與無兵
    等爾。有民不足強用嚴敵,与無民等爾。故盤石千里,不為有地;愚民百
    万,不為有民。詩曰:“維南有箕,不可以簸揚;維北有斗,不可以挹酒
    漿。”
    傳曰:舜彈五弦之琴,以歌南風,而天下治。周平公酒不离于前,鐘
    石不解于懸,而宇內亦治。匹夫百畝一室,不遑啟處,無所移之也。夫以
    一人而兼听天下,其日有余而下治,是使人為之也。夫擅使人之權,而不
    能制眾于下,則在位者,非其人也。詩曰:“維南有箕,不可以簸揚;維
    北有斗,不可以挹酒漿。”言有位無其事也。
    齊桓公伐山戎,其道過燕,燕君送之出境。桓公問管仲曰:“諸侯相
    送,固出境乎?”管仲曰:“非天子不出境。”桓公曰:“然畏而失禮也
    。寡人不可使燕失禮。”乃割燕君所至之地以与之。諸侯聞之,皆朝于齊
    。詩曰:“靜恭爾位,好是正直。神之听之,介爾景福。”
    韶用干戚,非至樂也;舜兼二女,非達禮也;封黃帝之子十九人,非
    法義也;往田號泣,未盡命也。以人觀之則是也,以法量之則未也。禮曰
    :“禮儀三百,威儀三千。”詩曰:“靜恭爾位,正直是与,神之听之,
    式谷以女。”
    禮者、治辯之极也,強國之本也,威行之道也,功名之統也,王公由
    之,所以一天下也,不由之,所以隕社稷也。是故堅甲利兵,不足以為武
    ;高城深池,不足以為固;嚴令繁刑,不足以為威;由其道則行,不由其
    道則廢。昔楚人蛟革犀兕以為甲,堅如金石,宛如鉅蛇,慘若蜂蠆,輕利
    剛疾,卒如飄風,然兵殆于垂沙,唐子死,庄軨走,楚分為三四者,此豈
    無堅甲利兵也哉!所以統之非其道故也。汝淮以為險,江漢以為池,緣之
    以方城,限之以鄧林,然秦師至于鄢郢舉,若振槁然,是豈無固塞限險也
    哉!其所以統之者、非其道故也。紂殺比干,而囚箕子,為炮烙之刑,殺
    戮無時,群下愁怨,皆莫冀其命,然周師至,令不行乎左右,而豈其無嚴
    令繁刑也哉!其所以統之者、非其道故也。若夫明道而均分之,誠愛而時
    使之,則下之應上,如影響矣;有不由命,然后俟之以刑,刑一人而天下
    服,下不非其上,知罪在己也。是以刑罰競消,而威行如流者、無他,由
    是道故也。詩曰:“自東自西,自南自北,無思不服。”如是則近者歌謳
    之,遠者赴趨之,幽閑僻陋之國,莫不趨使而安樂之,若赤子之歸慈母者
    、何也?仁刑義立,教誠愛深,禮樂交通故也。詩曰:“禮儀卒度,笑語
    卒獲。”
    君人者、以禮分施,均遍而不偏,臣以禮事君,忠順而不解,父寬惠
    而有禮,子敬愛而致恭,兄慈愛而見友,弟敬 而不慢,夫照臨而有別,
    妻柔順而听從,若夫行之而不中道,即恐懼而自竦。此全道也,偏立則亂
    ,具立則治。請問兼能之奈何?曰審禮。昔者、先王審禮以惠天下,故德
    及天地。動無不當。夫君子恭而不難,敬而不鞏,貧窮而不約,富貴而不
    驕,應變而不窮,審之禮也。故君子于禮也,敬而安之;其于事也,經而
    不失;其于人也,寬裕寡怨而弗阿;其于儀也,修飾而不危;其應變也,
    齊給便捷而不累;其于百官伎藝之人也,不与爭能而致用其功;其于天地
    万物也,不拂其所而謹裁其盛;其待上也,忠順而不解;其使下也,均遍
    而不偏;其于交游也,緣類而有義;其于鄉曲也,容而不亂。是故窮則有
    名,通則有功,仁義兼覆天下而不窮,明通天地、理万變而不疑,血气平
    和,志意廣大,行義塞天地,仁知之极也,夫是謂先王審之禮也。若是、
    則老者安之,少者怀之,朋友信之,如赤子之歸慈母也。曰:仁刑義立,
    教誠愛深,禮樂交通故也。詩曰:“禮儀卒度,笑語卒獲。”
    晏子聘魯,上堂則趨,授玉則跪。子貢怪之,問孔子曰:“晏子知禮
    乎?今者晏子來聘魯,上堂則趨,授玉則跪,何也?”孔子曰:“其有方
    矣。待其見我,我將問焉。”俄而晏子至,孔子問之。晏子對曰:“夫上
    堂之禮,君行一,臣行二。今君行疾,臣敢不趨乎!今君之授幣也卑,臣
    敢不跪乎!”孔子曰:“善。禮中又有禮。賜、寡使也,何足以識禮也!
    ”詩曰:“禮儀卒度,笑語卒獲。”晏子之謂也。
    古者八家而井田。方里為一井,廣三百步,長三百步,為一里,其田
    九百畝。廣一步、長百步,為一畝;廣百步,長百步,為百畝。八家為鄰
    ,家得百畝,余夫各得二十五畝,家為公田十畝,余二十畝共為廬舍,各
    得二畝半。八家相保,出入更守,疾病相憂,患難相救,有無相貸,飲食
    相召,嫁娶相謀,漁獵分得,仁恩施行,是以其民和親而相好。詩曰:“
    中田有廬,疆場有瓜。”今或不然,令民相伍,有罪相伺,有刑相舉,使
    构造怨仇,而民相殘,傷和睦之心,賊仁恩,害士化,所和者寡,欲敗者
    多,于仁道泯焉。詩曰:“其何能淑,載胥及溺。”
    天子不言多少,諸侯不言利害,大夫不言得喪,士不言通財貨,不賈
    于道。故駟馬之家,不持雞豚之息,伐冰之家,不圖牛馬之入,千乘之君
    ,不通貨財,冢卿不修幣施,大夫不為場圃,委積之臣,不貪市井之利。
    是以貧窮有所歡,而孤寡有所措手足也。詩曰:“彼有遺秉,此有滯穗,
    伊寡婦之利。”
    人主欲得善射及遠中微,則懸貴爵重賞以招致之,內不阿子弟,外不
    隱遠人,能中是者取之,是豈不謂之大道也哉!雖圣人弗能易也。今欲治
    國馭民,調一上下,將內以固城,外以拒難,治則制人,人弗能制,亂則
    危削滅亡可立待也。然而求卿相輔佐,獨不如是之公,惟便僻比己之是用
    ,豈不謂過乎!故有社稷,莫不欲安,俄則危矣,莫不欲存,俄則亡矣。
    古之國千余,今無數十,其故何也?莫不失于是也。故明主有私人以百金
    名珠玉,而無私以官職事業者,何也?曰:本不利所私也。彼不能而主使
    之,是主也;臣不能而為之,是詐臣也。主于上,臣詐于下,滅亡無日矣
    ,俱害之道也。故惟明主能愛其所愛,主則必危其所愛。夫文王非無便之
    辟親己者,超然乃舉太公于舟人而用之,豈私之哉!以為親邪?則异族之
    人也;以為故耶?則未嘗相識也;以為姣好耶?則太公年七十二,焉然而
    齒墮矣!然而用之者,文王欲立貴道,欲白貴名,兼制天下,以惠中國,
    而不可以獨,故舉是人而用之,貴道果立,貴名果白,兼制天下,立國七
    十一,姬姓獨居五十二,周之子孫苟不狂惑,莫不為天下顯諸侯,夫是之
    謂能愛其所愛矣。故惟明主能愛其所愛,其主必危其所愛,此之謂也。大
    雅曰:“貽厥孫謀,以燕翼子。”小雅曰:“死喪無日,無幾相見。”危
    其所愛之謂也。
    問者不告,告者勿問,有諍气者勿与論。必由其道至然后接之,非其
    道則避之。故禮恭然后可與言道之方,辭順然后可与言道之理,色從然后
    可與言道之极。故未可与言而言,謂之瞽,可與言而不与言,謂之隱,君
    子不瞽,言謹其序。詩曰:“彼交匪紓,天子所予。”言必交吾志然后予
    。
    子為親隱,義不得正;君誅不義,仁不得受。雖違仁害義,法在其中
    矣。詩曰:“优哉游哉!亦是戾矣。”
    齊桓公問于管仲曰:“王者何貴?”曰:“貴天。”桓公仰而視天。
    管仲曰:“所謂天,非蒼莽之天也。王者以百姓為天,百姓与之則安,輔
    之則強,非之則危,倍之則亡。詩曰:‘民之無良,相怨一方。’民皆居
    一方而怨其上,不亡者、未之有也。”
    善御者不忘其馬,善射者不忘其弓,善為上者不忘其下。誠愛而利之
    ,四海之內,闔若一家;不愛而利,子或殺父,而況天下乎!詩曰:“民
    之無良,相怨一方。”
    出則為宗族患,入則為鄉里憂。詩曰:“如蠻如髦,我是用憂。”小
    人之行也。
    有君不能事,有臣欲其忠;有父不能事,有子欲其孝;有兄不能敬,
    有弟欲其從令。詩曰:“受爵不讓,至于己斯亡。”言能知于人,而不能
    自知也。
    夫當世之愚,飾邪說,文奸言,以亂天下,欺惑眾愚,使混然不知是
    非治亂之所存者、則是范睢、魏牟、田文、庄周、慎到、田駢、墨翟、宋
    綦、鄧s、惠施之徒也。此十子者、皆順非而澤,聞見雜博,然而不師上
    古,不法先王,按往舊造說,務自為工,道無所遇,而人相從,故曰:十
    子者之工說,說皆不足合大道,美風俗,治綱紀,然其持之各有故,言之
    皆有理,足以欺惑眾愚,交亂朴鄙,則是十子之罪也。若夫總方略,一統
    類,齊言行,群天下之英杰,告之以大道,教之以至順,蕝要之間,衽席
    之上,簡然圣王之文具,沛然平世之俗趨,工說者不能入也,十子者不能
    親也,無置錐之地,而王公不能与爭名,則是圣人之未得志者也,仲尼是
    也,一天下,財万物,長養人民,兼利天下,通達之屬,莫不從服,工說
    者立息,十子者遷化,則圣人之得穿蚽乘從硎且病嗜私焙撾裨眨可戲從碇
    粗疲蚕則仲尼之義,以務息十子之說,如是者、人之事畢矣,天下之害除
    矣,圣人之跡著矣。詩曰:“雨雪,見曰消。”
    君子大心則敬天而道,小心則畏義而節;知則明達而類,愚則端愨而
    法;喜則和而治,憂則靜而違;達則宁而容,窮則納而詳。小人大心則慢
    而暴,小心則淫而傾;知則攫盜而徼,愚則毒賊而亂;喜則輕易而快,憂
    則挫而懾;達則驕而偏,窮則棄而累;其肢体之序,与禽獸同節,言語之
    暴,与蠻夷不殊,出則為宗族患,入則為鄉里憂。詩曰:“如蠻如髦。我
    則用憂。”
    傳曰:愛由情出,謂之仁,節愛理宜,謂之義,致愛恭謹,謂之禮,
    文禮謂之容,禮容之美,自足以為治。故其言可以為民道,民從是言也;
    行可以為民法,民從是行也;書之于策,傳之于志,万世子子孫孫道而不
    舍。由之則治,失之則亂,由之則生,失之則死。今夫肢体之序,与禽獸
    同節,言語之暴,与蠻夷不殊,混然無道,此明王圣主之所罪。詩曰:“
    如蠻如髦,我是用憂。”
    客有說春申君者曰:“湯以七十里,文王百里,皆兼天下,一海內。
    今夫孫子者,天下之賢人也,君借之百里之勢,臣竊以為不便于君。若何
    ?”春申君曰:“善。”于是使人謝孫子,去而之趙,趙以為上卿。客又
    說春申君曰:“昔伊尹去夏之殷,殷王而夏亡;管仲去魯而入齊,魯弱而
    齊強。由是觀之,夫賢者之所在,其君未嘗不善,其國未嘗不安也。今孫
    子、天下之賢人,何謂辭而去?”春申君又云:“善。”于是使請孫子。
    孫子因偽喜謝之:“鄙語曰:‘癘怜王。’此不恭之語也,雖不可不審也
    ,非比為劫殺死亡之主者也,夫人主年少而放,無術法以知奸,即大臣以
    專斷圖私,以禁誅于己也,故舍賢長而立幼弱,廢正直而用不善。故春秋
    之志曰:楚王之子圍聘于鄭,未出境,聞王疾,返問疾,遂以冠纓絞王而
    殺之,因自立。齊崔杼之妻美,庄公通之,〔崔杼帥其党而攻庄公,庄公
    請与分國,〕崔杼不許,欲自刃于廟,〔崔杼又不許,〕庄公走出,菖于
    外牆,射中其股,遂殺而立其弟景公。近世所見,李兌用趙,餓主父于沙
    丘,百日而殺之。淖齒用齊,擢閔王之筋,而懸之于廟,宿昔而殺之。夫
    癘雖姜~痂疵,上比遠世,未至絞頸射股也,下比近世,未至擢筋餓死也
    。夫劫殺死亡之主,心之憂勞,形之苦痛,必甚于癘矣。由此觀之,癘雖
    怜王,可也。”因為賦曰:“旋玉瑤珠不知佩,雜布与錦不知异,閭佣寄
    爸疵劍叉頗噶甘侵聰病悅為明,以聾為聰,以是為非,以吉為凶。嗚呼!
    上天!曷維其同!”詩曰:“上帝甚蹈,無自瘵焉。”
    南苗异獸之,猶犬羊也,与之于人,猶死之藥也,安舊侈質,習貫易
    性而然也。夫狂者自,忘其非芻豢也,飯土,忘其非粱飯也,然則楚之狂
    者楚言,齊之狂者齊言,習使然也。夫習之于人,而著,深而固,是暢于
    筋骨,貞于膠漆,是以君子務為學也。詩曰:“既見君子,德音孔膠。”
    孟子曰:“仁、人心也,義、人路也。舍其路弗由,放其心而弗求。
    人有雞犬放,則知求之,有放心,而不知求,其于心為不若雞犬哉!不知
    類之甚矣,悲矣!終亦必亡而已矣。故學問之道無他焉,求其放心而已。
    ”詩曰:“中心藏之,何日忘之?”
    道雖近,不行不至;事雖小,不為不成;每自多者,出人不遠矣。夫
    巧弓在此手也,傳角被筋,膠漆之和,即可以為万乘之寶也。及其彼手,
    而賈不數銖。人同材鈞,而貴賤相万者、盡心致志也。詩曰:“中心藏之
    ,何日忘之?”
    傳曰:誠惡惡,知刑之本,誠善善,知敬之本。惟誠感神,達乎民心,知
    刑敬之本,則不怒而威,不言而信,誠、德之主也。詩曰:“鼓鐘于宮,
    聲聞于外。”
    孔子見客,客去。顏淵曰:“客、仁也。”孔子曰:“恨兮其心,顙
    兮其口,仁則吾不知也,言之所聚也。”顏淵蹴然變色。曰:“良玉度尺
    ,雖有十仞之土,不能掩其光;良珠度寸,雖有百仞之水,不能掩其瑩。
    夫形、体也,色、心也,閔閔乎其薄也。苟有溫良在中,則眉睫著之矣;
    疵瑕在中,則眉睫不能匿之。詩曰:“鼓鐘于宮,聲聞于外。”
    偽詐不可長,空虛不可守,朽木不可雕,情亡不可久。詩曰:“鐘鼓
    于宮,聲聞于外。”言有中者必能見外也。
    所謂庸人者,口不能道乎善言,心不能知先王之法,動作而不知所務
    ,止立而不知所定,日選于物,而不知所貴,不知選賢人善士而托其身焉
    ,從物而流,不知所歸,五藏無政,心從而坏遂不反,是以動而形危,靜
    則名辱。詩曰:“之子無良,二三其德。”
    客有見周公者,應之于門曰:“何以道旦也?”客曰:“在外即言外
    ,在內即言內,入乎?將毋?”周公曰:“請入。”客曰:“立即言義,
    坐即言仁,坐乎?將毋?”周公曰:“請坐。”客曰:“疾言則翕翕,徐
    言則不聞,言乎?將毋?”周公唯唯,旦也菖。明日興師而誅管蔡。故客
    善以不言之說,周公善听不言之說,若周公可謂能听微言矣。故君子之告
    人也微,其救人之急也婉。詩曰:“豈敢憚行?畏不能趨。”

    Volume 5-6

    卷五
    子夏問曰:“關睢何以為國風始也?”孔子曰:“關睢至矣乎!夫關
    睢之人,仰則天,俯則地,幽幽冥冥,德之所藏,紛紛沸沸,道之所行,
    如神龍變化,斐斐文章。大哉!關睢之道也,万物之所系,群生之所懸命
    也,河洛出圖書,麟鳳翔乎郊,不由關睢之道,則關睢之事將奚由至矣哉
    !夫六經之策,皆歸論汲汲,蓋取之乎關睢,關睢之事大矣哉!馮馮翊翊
    ,自東自西,自南自北,無思不服。子其勉強之,思服之,天地之間,生
    民之屬,王道之原,不外此矣。”子夏喟然嘆曰:“大哉!關睢乃天地之
    基也。”詩曰:“鐘鼓樂之。”
    孔子抱圣人之心,彷徨乎道德之城,逍遙乎無形之鄉。倚天理,觀人
    情,明終始,知得失,故興仁義,厭勢利,以持養之。于是周室微,王道
    絕,諸侯力政,強劫弱,眾暴寡,百姓靡安,莫之紀綱,禮儀廢坏,人倫
    不理,于是孔子自東自西,自南自北,匍匐救之。
    王者之政,賢能不待次而舉,不肖不待須臾而廢,元惡不待教而誅,
    中庸不待政而化。分未定也,則有昭穆。雖公卿大夫之子孫也,行絕禮儀
    ,則歸之庶人。遂傾覆之民,牧而試之。雖庶民之子孫也,積學而正身,
    行能禮儀,則歸之士大夫。敬而待之,安則蓄,不安則棄。反側之民,上
    收而事之,官而衣食之,王覆無遺,材行反時者,死之無赦,謂之天誅。
    是王者之政也。詩曰:“人而無儀,不死何為!”
    君者、民之源也,源清則流清,源濁則流濁。故有社稷者、不能愛其
    民,而求民親己愛己,不可得也。民不親不愛,而求為己用,為己死,不
    可得也。民弗為用,弗為死,而求兵之勁,城之固,不可得也。兵不勁,
    城不固,而欲不危削滅亡,不可得也。夫危削滅亡之情,皆積于此,而求
    安樂是聞,不亦難乎!是枉生者也。悲夫!枉生者不待時而滅亡矣。故人
    主欲強固安樂,莫若反己;欲附下一民,則莫若及之政;欲修政美俗,則
    莫若求其人。彼其人者,生今之世,而志乎古之世,以天下之王公莫之好
    也,而是子獨好之;以民莫之為也,而是子獨為之也。抑為之者窮,而是
    子猶為之,而無是須臾怠焉差焉。獨明夫先王所以遇之者,所以失之者,
    知國之安危臧否,若別白黑,則是其人也。人主欲強固安樂,則莫若与其
    人為之,巨用之,則天下為一,諸侯為臣;小用之,則威行鄰國,莫之能
    御。若殷之用伊尹,周之遇太公,可謂巨用之矣;齊之用管仲,楚之用孫
    叔敖,可為小用之矣。巨用之者如彼,小用之者如此也。故曰:“粹而王
    ,駁而霸,無一而亡。”詩曰:“四國無政,不用其良。”不用其良臣而
    不亡者,未之有也。
    造父、天下之善御者矣,無車馬,則無所見其能。羿、天下之善射者
    矣,無弓矢,則無所見其巧。彼大儒者、調一天下者也,無百里之地,則
    無所見其功。夫車固馬選,而不能致千里者、則非造父也。弓調矢直,而
    不能射遠中微,則非羿也。用百里之地,而不能調一天下,制四夷者,則
    非大儒也。彼大儒者、雖隱居窮巷陋室,無置錐之地,而王公不能与爭名
    矣;用百里之地,則千里國不与之爭胜矣;棰笞暴國,一齊天下,莫之能
    傾,是大儒之勛。其言有類,其行有禮,其舉事無悔,其持檢應變曲當,
    與時遷徙,与世偃仰,千舉万變,其道一也,是大儒之稽也。故有俗人者
    、有俗儒者、有雅儒者、有大儒者。耳不聞學,行無正義,迷迷然以富利
    為隆,是俗人也。逢衣博帶,略法先王,而足亂世,術謬學雜,其衣冠言
    行,為已同于世俗,而不知其惡也,言談議說,已無异于老墨,而不知分
    ,是俗儒者也。法先王,一制度,言行有大法,而明不能濟法教之所不及
    、聞見之所未至,知之為知之,不知為不知,內不自誣,外不誣人,以是
    尊賢敬法,而不敢怠傲焉,是雅儒者也。法先王,依禮義,以淺持博,以
    一行万;苟有仁義之類,雖鳥獸若別黑白;奇物變,所未嘗聞見,卒然起
    一方,則舉統類以應之,無所疑;援法而度之,奄然如合符節,是大儒者
    也。故人主用俗人,則万乘之國亡;用俗儒,則萬乘之國存;用雅儒,則
    千里之國安;用大儒,則百里之地久,而三年,天下諸侯為臣;用萬乘之
    國,則舉錯定于一朝之間。詩曰:“周雖舊邦,其命維新。”文王亦可謂
    大儒已矣。
    楚成王讀書于殿上,而倫扁在下,作而問曰:“不審主君所讀何書也
    ?”成王曰:“先圣之書。”倫扁曰:“此真先圣王之糟粕耳!非美者也
    。”成王曰:“子何以言之?”倫扁曰:“以臣輪言之。夫以規為圓,矩
    為方,此其可付乎子孫者也。若夫合三木而為一,應乎心,動乎体,其不
    可得而傳者也。則凡所傳,真糟粕耳。故唐虞之法,可得而考也,其喻人
    心,不可及矣。”詩曰:“上天之載,無聲無臭。”其孰能及之!
    孔子學鼓琴于師襄子而不進。師襄子曰:“夫子可以進矣!”孔子曰
    :“丘已得其曲矣,未得其數也。”有間,曰:“天子可以進矣!”曰:
    “丘已得其數矣,未得其意也。”有間,复曰:“夫子可以進矣!”曰:
    “丘已得其人矣,未得其類也。”有間,曰:“邈然遠望,洋洋乎!翼翼
    乎!必作此樂也,默然思,戚然而悵,以王天下,以朝諸侯者,其惟文王
    乎?”師襄子避席再拜曰:“善!師以為文王之操也。”孔子持文王之聲
    ,知文王之為人。師襄子曰:“敢問何以知其文王之操也?”孔子曰:“
    然。夫仁者好偉,和者好粉,智者好彈,有殷匆庹吆美觥鶚且災拔耐踔床
    僖病!
    傳曰:聞其末而達其本者、圣也。紂之為主,勞民力,冤酷之令加于
    百姓,凄之惡施于大臣,群下不信,百姓疾怨,故天下叛,而愿為文王臣
    ,紂自取之也。夫貴為天子,富有天下,及周師至,而令不行乎左右,悲
    夫!當是之時,索為匹夫,不可得也。詩曰:“天位殷适,使不俠四方。
    ”
    夫五色雖明,有時而渝;丰交之木,有時而落;物有成衰,不得自若
    。故三王之道,周而复始,窮則反本,非務變而已,將以止惡扶微,絀繆
    淪非,調和陰陽,順万物之宜也。詩曰:“勉勉我王,綱紀四方。”
    禮者、則天地之体,因人情而為之節文者也。無禮,何以正身?無師
    、安知禮之是也。禮然而然,是情安于禮也;師云而云,是知若師也。情
    安禮,知若師,則是君子之道。言中倫,行中理,天下順矣。詩曰:“不
    識不知,順帝之則。”
    上不知順孝,則民不知反本。君不知敬長,則民不知貴親。診祭不敬
    ,山川失時,則民無畏矣。不教而誅,則民不識勸也。故君子修身及孝,
    則民不倍矣。敬孝達乎下,則民知慈愛矣。好惡喻乎百姓,則下應其上,
    如影響矣。是則兼制天下,定海內,臣万姓之要法也,明王圣主之所不能
    須臾而舍也。詩曰:“成王之孚,下土之式,永言孝思,孝思惟則。”
    成王之時,有三苗貫桑而生,同為一秀,大機滿車,長几充箱。成王
    問周公曰:“此何物也?”周公曰:“三苗同一秀,意者、天下殆同一也
    。”比几三年,累有越嘗氏重九譯而至,獻白雉于周公:“道路悠遠,山
    川幽深,恐使人之未達也,故重譯而來。”周公曰:“吾何以見賜也?”
    譯曰:“吾受命國之黃發曰:‘久矣!天之不迅風疾雨也,海不波溢也,
    三年于茲矣!意者、中國殆有圣人,盍往朝之!’于是來也。”周公乃敬
    求其所以來。詩曰:“于万斯年,不遐有佐”。
    登高臨深,遠見之樂,台榭不如丘山所見高也;平原廣望,博觀之樂
    ,沼池不如川澤所見博也。勞心苦思,從欲极好,靡財傷情,毀名損壽,
    悲夫傷哉!窮君之反于是道,而愁百姓。詩曰:“上帝板板,下民卒癉。
    ”
    儒者、儒也,儒之為言無也,不易之術也,千舉万變,其道不窮,六
    經是也。若夫君臣之義,父子之親,夫婦之別,朋友之序,此儒者所謹守
    、日切磋而不舍也。雖居窮巷陋室之下,而內不足以充虛,外不足以蓋形
    ,無置錐之地,明察足以持天下,大舉在人上,則王公之材也,小用使在
    位,則社稷之臣也,雖岩居穴處,而王侯不能与爭名,何也?仁義之化存
    爾。如使王者听其言,信其行,則唐虞之法可得而觀,頌聲可得而听。詩
    曰:“先民有言,詢于芻蕘。”取謀之博也。
    傳曰:天子居廣廈之下,帷帳之內,旃茵之上,被 舄,視不出閫,
    莽然而知天下者,以其賢左右也。故獨視不若与眾視之明也,獨听不若与
    眾听之聰也,獨慮不若与眾慮之工也。故明主使賢臣輻湊并進,所以通中
    正而致隱居之士。詩曰:“先民有言,詢于芻蕘。”此之謂也。
    天設其高,而日月成明;地設其厚,而山陵成名;上設其道,而百事
    得序。自周衰坏以來,王道廢而不起,禮義絕而不繼。秦之時,非禮義,
    棄詩書,略古昔,大滅圣道,專為苟妄,以貪利為俗,以較獵為化,而天
    下大亂,于是兵作而火起,暴露居外,而民以侵漁遏奪相攘為服習,离圣
    王光烈之日久遠,未嘗見仁義之道,被禮義之風,是以縹蘩瘢捕嗑益凌遲
    ,以威武相攝,妄為佞人,不避禍患,此其所以難治也。人有六情:目欲
    視好色,耳欲听宮商,鼻欲嗅芬香,口欲嗜甘旨,其身体四肢欲安而不作
    ,衣欲被文繡而輕暖,此六者、民之六情也,失之則亂,從之則穆。故圣
    王之教其民也,必因其情,而節之以禮,必從其欲,而制之以義,義簡而
    備,禮易而法,去情不遠,故民之從命也速。孔子知道之易行,曰:“詩
    云:‘牖民孔易。’非虛辭也。”
    之性為絲,弗得女工燔以沸湯,抽其統理,不成為絲。卵之性為雛,
    不得良雞覆伏孚育,積日累久,則不成為雛。夫人性善,非得明王圣主扶
    攜,內之以道,則不成為君子。詩曰:“天生蒸民,其命匪諶。靡不有初
    ,鮮克有終。”言惟明王圣然后使之然也。
    智如泉源,行可以為表儀者、人師也。智可以砥,行可以為輔弼者、
    人友也。据法守職,而不敢為非者、人吏也。當前決意,一呼再喏者、人
    隸也。故上主以師為佐,中主以友為佐,下主以吏為佐,危亡之主以隸為
    佐。語曰:“淵廣者、其魚大,主明者,其臣慧,相觀而志合,必由其中
    。”故同明相見,同音相聞,同志相從,非賢者莫能用賢。故輔弼左右所
    任使者、有存亡之机,得失之要也,可無慎乎!詩曰:“不明爾德,時無
    背無側;爾德不明,以無陪無卿。”
    昔者,禹以夏王,桀以夏亡;湯以殷王,紂以殷亡。故無常安之國,
    宜治之民,得賢則昌,不肖則亡,自古及今,未有不然者也。夫明鏡者、
    所以照形也;往古者、所以知今也。夫知惡往古之所以危亡,而不襲蹈其
    所以安存者、則無以异乎卻行而求逮于前人。鄙語曰:“不知為吏,視已
    成事。”或曰:“前車覆,后車不誡,是以后車覆也。”故夏之所以亡者
    、而殷為之,殷之所以亡者、而周為之。故殷可以鑒于夏,而周可以鑒于
    殷。詩曰:“殷鑒不遠,在夏后之世。”
    傳曰:驕溢之君寡忠,口惠之人鮮信。故盈把之木無合拱之枝,榮澤
    之水無吞舟之魚,根淺則枝葉短,本絕則枝葉枯。詩曰:“枝葉未有害,
    本實先撥。”禍福自己出也。
    水淵深廣,則龍魚生之;山林茂盛,則禽獸歸之;禮義修明,則君子
    怀之。故禮及身而行修,禮及國而政明。能以禮扶身,則貴名自揚,天下
    順焉,令行禁止,而王者之事畢矣。詩曰:“有覺德行,四國順之。”夫
    此之謂也。
    孔子曰:“夫談說之術:齊庄以立之,端誠以處之,堅強以待之,辟
    稱以喻之,分以明之,歡忻芬芳以送之,寶之珍之,貴之神之,如是、則
    說痤L不行矣,夫是之謂能貴其所貴。若夫無類之說,不形之行,不贊之
    辭,君子慎之。”詩曰:“無易由言,無曰苟矣。”
    夫百姓內不乏食,外不患寒,則可教御以禮義矣。詩曰:“蒸畀祖妣
    ,以洽百禮。”百禮洽則百意逐,百意逐則陰陽調,陰陽調則寒暑均,寒
    暑均則三光清,三光清則風雨時,風雨時則群生宁,如是、則天道得矣。
    是以不出戶而知天下,不窺牖而知天道。詩曰:“惟此圣人,瞻言百里。
    于鑠王師,遵養時晦。”言相養之至于晦也。
    天有四時:春夏秋冬,風雨霜露,無非教也。清明在躬,气志如神,
    嗜欲將至,有開必先。天降時雨,山川出云。詩曰:“崧高維岳,駿极于
    天。維岳降神,生甫及申。維申及甫,維周之翰。四國于蕃,四方于宣。
    ”此文武之德也。三代之王也,必先其令名。詩曰:“明明天子,令聞不
    己。矢其文德,洽此四國。”此大王之德也。
    藍有青,而絲假之,青于藍;地有黃,而絲假之,黃于地。藍青地黃
    ,猶可假也,仁義之事,不可假乎哉!東海之魚,名曰鰈,比目而行,不
    相得,不能達。北方有獸,名曰婁,更食而更視,不相得,不能飽。南方
    有鳥,名曰鶼,比翼而飛,不相得,不能舉。西方有獸,名曰洟,前足鼠
    ,后足兔,得甘草,必銜以遺蛩蛩距虛,其性非能蛩蛩距虛,將為假之故
    也。夫鳥獸魚猶相假,而況万乘之主而獨不知假此天下英雄俊士,与之為
    伍,則豈不病哉!故曰:以明扶明,則升于天;以明扶,則歸其人;兩瞽
    相扶,不傷牆木,不陷井阱,則其幸也。詩曰:“惟彼不順,往以垢。”
    行也。
    福生于無為,而患生于多欲。知足、然后富從之,德宜君人,然后貴
    從之。故貴爵而賤德者,雖為天子,不尊矣;貪物而不知止者,雖有天下
    ,不富矣。夫土地之生不益,山澤之出有盡,怀不富之心,而求不益之物
    ;挾百倍之欲,而求有盡之財,是桀紂所以失其位也。詩曰:“大風有隧
    ,貪人敗類。”
    哀公問于子夏曰:“必學然后可以安國保民乎?”子夏曰:“不學而
    能安國保民者,未之有也。”哀公曰:“然則五帝有師乎?”子夏曰:“
    臣聞黃帝學乎大墳,顓頊學乎祿圖,帝嚳學乎赤松子,堯學乎務成子附,
    舜尹壽,禹學乎西王國,湯學乎貸乎相,文王學乎錫疇子斯,武王學乎太
    公,周公學乎虢叔,仲尼學乎老聃。此十一圣人,未遭此師,則功業不能
    著乎天下,名號不能傳乎后世者也。”詩曰:“不愆不忘,率由舊章。”
    德也者、包天地之大,配日月之明,立乎四時之周,臨乎陰陽之交。
    寒暑不能動也,四時不能化也,a乎太陰而不濕,散乎太陽而不枯。鮮洁
    清明而備,嚴威毅疾而神,至精而妙乎天地之間者、德也,微圣人,其孰
    能與于此矣。詩曰:“德如毛,民鮮克舉之。”
    如歲之旱,草不潰茂,然天勃然興云,沛然下雨,則万物無不興起之
    者。民非無仁義根于心者也,王政怵迫,而不得見,憂郁而不得出。圣王
    在,彼 舄,視不出合,而天下隨,倡而天下和,何如在此,有以應哉!
    詩曰:“如彼歲旱,草不潰茂。”
    “道者,何也?”曰:“君之所道也。”“君者,何也?”曰:“群
    也。為天下万物而除其害者、謂之君。”“王者何也?”曰:“往也。天
    下往之,謂之王。”曰:“善養生者、故人尊之;善辯治人者,故人安之
    ;善顯設人者、故人親之;善粉飾人者、故人樂之。四統者具,天下往之
    ,四統無一,而天下去之,往之謂之王,去之謂之亡,故曰:道存則國存
    ,道亡則國亡。夫省工商,眾農人,謹盜賊,除奸邪,是所以生養之也。
    天子三公,諸侯一相,大夫擅官,士保職,莫不治理,是所以辯治之也。
    決德而定次,量能而授官,賢以為三公,賢以為諸侯,次則為大夫,是所
    以顯設之也。修冠弁衣裳,黼黻文章,柳琢刻鏤,皆有等差,是所以粉飾
    之也。故自天子至于庶人,莫不稱其能,得其意,安樂其事,是所同也。
    若夫重色而成文,累味而備珍,則圣人所以分賢愚,明貴賤。故道得則澤
    流群生,而福歸王公,澤流群生,則下安而和,福歸王公,則上尊而榮,
    百姓皆怀安和之心,而樂戴其上,夫是之謂下治而上通,下治而上通,頌
    聲之所以興也。”詩曰:“降福簡簡,威儀反反。既醉既飽,福祿來反。
    ”
    圣人養一性而御夫气,持一命而節滋味,奄治天下,不遺其小,存其
    精神,以補其中,謂之士。詩曰:“不競不,不剛不柔。”言得中也。朝
    廷之士為祿,故人而不出,山林之士為名,故往而不返。入而亦能出,往
    而亦能返,通移有常,圣也。詩曰:“不競不亢,不剛不柔。”言得中也
    。
    孔子侍坐于季孫。季孫之宰通曰:“君使人假馬,其与之乎?”孔子
    曰:“吾聞君取于臣,謂之取,不曰假。”季孫悟,告宰通曰:“今以往
    ,君有取,謂之取,無曰假。”孔子曰正假馬之言,而君臣之義定矣。論
    語曰:“必也正名乎!”詩曰:“君子無易由言。”

    卷六
    比干諫而死。箕子曰:“知不用而言,愚也,殺身以彰君之惡,不忠
    也。二者不可,然且為之,不祥莫大焉。”遂解發佯狂而去。君子聞之,
    曰:“勞矣!箕子!盡其精神,竭其忠愛,見比干之事,免其身,仁知之
    至。”詩曰:“人亦有言,靡哲不愚。”
    齊桓公見小臣,三往不得見。左右曰:“夫小臣、國之賤臣也,君三
    往而不得見,其可已矣!”桓公曰:“惡!是何言也!吾聞之:布衣之士
    不欲富貴,不輕身于万乘之君;万乘之君不好仁義,不輕身于布衣之士。
    縱夫子不欲富貴,可也,吾不好仁義、不可也。”五往而得見也。天下諸
    侯聞之,謂桓公猶下布衣之士,而況國君乎!于是相率而朝,靡有不至。
    桓公之所以九合諸侯,一匡天下者、此也。詩曰:“有覺德行,四國順之
    。”
    賞勉罰偷,則民不怠;兼听齊明,則天下歸之。然后明其分職,考其
    事業,較其官能,莫不理法,則公道達而私門塞,公義立而私事息。如是
    、則持厚者進,而佞諂者止,貪戾者退,而廉洁者起。周制曰:“先時者
    、死無赦;不及時者、死無赦。”人習事而因,人之事,使如耳目鼻口之
    不可相錯也。故曰:職分而民不慢,次定而序不亂,兼听齊明而百事不留
    。如是、則群下百吏莫不修己然后敢安仕,成能然后敢受職,小人易心,
    百姓易俗,奸宄之屬,莫不反愨,夫是之謂政教之极,則不可加矣。詩曰
    :“吁謨定命,遠猶辰告。敬慎威儀,惟民之則。”
    子路治蒲三年,孔子過之。入境而善之,曰:“由恭敬以信矣。”入
    邑,曰:“善哉!由忠信以寬矣。”至庭,曰:“善哉!由明察以斷矣。
    ”子貢執轡而問曰:“夫子未見由,而三稱善,可得聞乎?”孔子曰:“
    入其境,田疇草萊甚辟,此恭敬以信,故民盡力。入其邑,墉屋甚尊,樹
    木甚茂,此忠信以寬,其民不偷。其庭甚閑,此明察以斷,故民不扰也。
    ”詩曰:“夙興夜寐,洒掃庭內。”
    古者有命:民之有能敬長怜孤、取舍好讓、居事力者、命于其君,然
    后命得乘飾車駢馬,未得命者、不得乘飾車駢馬,皆有罰。故民雖有余財
    侈物,而無禮義功德,則無所用。故皆興仁義而賤財利,賤財利則不爭,
    不爭則強不陵弱,眾不暴寡,是君之所以象典刑而民莫犯法,民莫犯法,
    而亂斯止矣。詩曰:“質爾人民,謹爾侯度,用戒不虞。”
    天下之辯,有三至五胜,而辭置下。辯者、別殊類,使不相害;序异
    端,使不相悖;輸公通意,揚其所謂,使人預知焉,不務相迷也。是以辯
    者不失所守,不胜者得其所求,故辯可觀也。夫繁文以相假,飾辭以相悖
    ,數譬以相移,外人之身,使不得反其意,則論便然后害生也。夫不疏其
    指而弗知,謂之隱;外意外身,謂之諱;几廉倚跌,謂之移;指緣謬辭,
    謂之苟;四者所不為也,故理可同睹也。夫隱諱移苟,爭言競為而后息,
    不能無害其為君子也,故君子不為也。論語曰:“君子于其言,無所苟而
    已矣。”詩曰:“無易由言,無曰苟矣。”
    吾語子:“夫服人之心,高上尊貴,不以驕人;聰明圣知,不以幽人
    ;勇猛強武不以侵人;齊給便捷,不以欺誣人。不能則學,不知則問,雖
    知必讓,然后為知。遇君則修臣下之義,出鄉則修長幼之義,遇長老則修
    弟子之義,遇等夷則修朋友之義,遇少而賤者則修告道寬裕之義。故無不
    愛也,無不敬也,無与人爭也,曠然而天地苞万物也。如是、則老者安之
    ,少者怀之、朋友信之。”詩曰:“惠于朋友,庶民小子。子孫繩繩,万
    民靡不承。”
    仁者必敬其人。敬其人有道,遇賢者則愛親而敬之,遇不肖者則畏疏
    而敬之。其敬一也,其情二也。若夫忠信端愨而不害傷,則無接而不然,
    是仁之質也。仁以為質,義以為理,開口無不可以為人法式者。詩曰:“
    不僭不賊,鮮不為則。”
    子曰:“不學而好思,雖知不廣矣;學而慢其身,雖學不尊矣。不以
    誠立,雖立不久矣;誠未著而好言,雖言不信矣。美材也,而不聞君子之
    道,隱小物以害大物者,災必及身矣。”詩曰:“其何能淑,載胥及溺。
    ”
    民勞思佚,治暴思仁,刑危思安,國亂思天。詩曰:“靡有旅力,以
    念穹蒼。”
    問者曰:“古之謂知道者曰先生,何也?”“猶言先醒也。不聞道術
    之人,則冥于得失,不知亂之所由,庵庵乎其猶醉也。故世主有先生者,
    有后生者、有不生者。昔者、楚庄王謀事而居有憂色。申公巫臣問曰:‘
    王何為有憂也?’庄王曰:‘吾聞諸侯之德,能自取師者王,能自取友者
    霸,而与居不若其身者亡。以寡人之不肖也,諸大夫之論,莫有及于寡人
    ,是以憂也。’庄王之德宜君人,威服諸侯,日猶恐懼,思索賢佐。此其
    先生者也。昔者、宋昭公出亡,謂其御曰:‘吾知其所以亡矣。’御者曰
    :‘何哉?’昭公曰:‘吾被服而立,侍御者數十人,無不曰:吾君、麗
    者也。吾發言動事,朝臣數百人,無不曰:吾君、圣者也。吾外內不見吾
    過失,是以亡也。’于是改操易行,安義行道,不出二年,而美聞于宋,
    宋人迎而复之,謚為昭。此其后生者也。昔郭君出郭,謂其御者曰:‘吾
    渴,欲飲。’御者進清酒。曰:‘吾飢,欲食。’御者進干脯梁糗。曰:
    ‘何備也!’御者曰:‘臣儲之。’曰:‘奚儲之?’御者曰:‘為君之
    出亡,而道飢渴也。’曰:‘子知吾且亡乎?’御者曰:‘然。’曰:‘
    何不以諫也?’御者曰:‘君喜道諛,而惡至言。臣欲進諫,恐先郭亡,
    是以不諫也。’郭君作色而怒曰:‘吾所以亡者、誠何哉?’御轉其辭曰
    :‘君之所以亡者、太賢。’曰:‘夫賢者所以不為存而亡者、何也?’
    御曰:‘天下無賢而獨賢,是以亡也。’伏軾而嘆曰:‘嗟乎!失賢人者
    如此乎?’于是身倦力解,枕御膝而臥,御自易以備,疏行而去。身死中
    野,為虎狼所食。此其不生者也。故先生者、當年霸,楚庄王是也。后生
    者、三年而复,宋昭公是也。不生者、死中野,為虎狼所食,郭君是也。
    有先生者、有后生者、有不生者。”詩曰:“听言則對,誦言如醉。”
    田常s簡公,乃盟于國人,曰:“不盟者、死及家。”石他曰:“古
    之事君者、死其君之事。舍君以全親,非忠也;舍親以死君之事,非孝也
    ;他則不能。然不盟,是殺吾親也,從人而盟,是背吾君也。嗚呼!生亂
    世,不得正行;劫乎暴人,不得全義,悲夫!”乃進盟,以免父母;退伏
    劍,以死其君。聞之者曰:“君子哉!安之命矣!”詩曰:“人亦有言;
    進退維谷。”石先生之謂也。
    易曰:“困于石,据于蒺藜,入于其宮,不見其妻,凶。”此言困而
    不見据賢人者也。昔者、秦繆公困于ィ布簿菸﹞j夫、蹇叔、公孫友而是
    小霸。晉文困于驪氏,疾据咎犯、趙衰、介子推而遂為君。越王勾踐困于
    會稽,疾据范蠡、大夫种、而霸南國。齊桓公困于長勺,疾据管仲、宁戚
    、隰朋,而匡天下。此皆困而知疾据賢人者也。夫困而不知疾据賢人,而
    不亡者、未嘗有之也。詩曰:“人之云亡,邦國殄瘁。”無善人之謂也。
    孟子說齊宣王而不說。淳于髡侍,孟子曰:“今日說公之君,公之君
    不說,意者、其未知善之為善乎?”淳于髡曰:“夫子亦誠無善耳。昔者
    瓠巴鼓瑟,而潛魚出听;伯牙鼓琴,而六馬仰秣;魚馬猶知善之為善,而
    況君人者也。”孟子曰:“夫雷電之起也,破竹折木,震惊天下,而不能
    使聾者卒有聞;日月之明,遍照天下,而不能使盲者卒有見。今公之君若
    此也。”淳于髡曰:“不然。昔者、揖封生高商,齊人好歌;杞梁之妻悲
    哭,而人稱詠。夫聲無細而不聞,行無隱而不形。夫子苟賢,居魯而魯國
    之削,何也?”孟子曰:“不用賢,削何有也!吞舟之魚不居潛澤,度量
    之士不居污世。夫、冬至必雕,吾亦時矣。”詩曰:“不自我先,不自我
    后。”非遭雕世者歟!
    孔子曰:“可与言終日而不倦者、其惟學乎!其身体不足觀也,勇力
    不足憚也,族姓不足稱也,宗祖不足道也;而可以聞于四方,而昭于諸侯
    者、其惟學乎!”詩曰:“不愆不忘,率由舊章。”夫學之謂也。
    子曰:“不知命,無以為君子。”言天之所生,皆有仁義禮智順善之
    心,不知天之所以命生,則無仁義禮智順善之心,無仁義禮智順善之心,
    謂之小人。故曰:“不知命,無以為君子。”小雅曰:“天保定爾,亦孔
    之固。”言天之所以仁義禮智保定人之甚固也。大雅曰:“天生蒸民,有
    物有則。民之秉彝,好是懿德。”言民之秉德以則天也。不知所以則天,
    又焉得為君子乎!
    王者必立牧,方二人,使窺遠牧眾也。遠方之民有飢寒而不得衣食、
    有獄訟而不平其冤,失賢而不舉者、入告乎天子,天子于其君之朝也,揖
    而進之,曰:“噫!朕之政教有不得爾者邪?何如乃有飢寒而不得衣食,
    有獄訟而不平其冤、失賢而不舉。”然后其君退,而与其卿大夫謀之。遠
    方之民聞之,皆曰:“誠天子也!夫我居之僻,見我之近也;我居之幽,
    見我之明也。可欺乎哉!”故牧者所以開四目、通四聰也。詩曰:“邦國
    若否,仲山甫明之。”此之謂也。
    楚庄王伐鄭,鄭伯肉袒,左把茅旌,右執鸞刀以進,言于庄王曰:“
    寡人無良邊陲之臣,以干大褐,使大國之君沛焉,遠辱至此。”庄王曰:
    “君子不令臣交易為言,是以使寡人得見君之玉面也,而微至乎此。”庄
    王受節,左右麾楚軍,退舍七里。將軍子重進諫曰:“夫南郢之与鄭,相
    去數千里,大夫死者數人, 役者數百人,今克而弗有,無乃失民臣之力
    乎!”庄王曰:“吾聞:古者f不穿,皮不蠹,不出于四方,以是君子之
    重禮而賤財也,要其人,不要其土,人告以從而不舍,不祥也。吾以不祥
    立于天下,災及吾身,何取之有?”既、晉之救鄭者至,曰:“請戰。”
    庄王許之。將軍子重進諫曰:“晉、強國也,道近兵銳,楚師奄罷,君其
    勿許。”庄王曰:“不可。強者、我避之,弱者、我威之,是寡人無以立
    乎天下也。”乃遂還師,以逆晉寇。庄王援桴而鼓之,晉師大敗,士卒奔
    者爭舟,而指可掬也。庄王曰:“噫!吾兩君不相好,百姓何罪?”乃退
    楚師,以佚晉寇。詩曰:“柔亦不茹,剛亦不吐。”
    君子崇人之德,揚人之美,非道諛也;正言直行,指人之過,非毀疵
    也; 柔順從,剛強猛毅,与物周流,道德不外。詩曰:“柔亦不茹,剛
    亦不吐;不侮矜寡,不畏強御。”
    衛靈公晝寢而起,志气益衰,使人馳召勇士公孫,道遭行人卜商,卜
    商曰:“何驅之疾也?”對曰:“公晝寢而起,使我召勇士公孫。”子夏
    曰:“微?而勇若?者、可乎?”御者曰:“可。”子夏曰:“載我而反。
    ”至,君曰:“使子召勇士,何為召儒?”使者曰:“行人曰:‘微而勇
    若者、可乎?’臣曰:‘可。’即載与來。”君曰:“諾。延先生上,趣
    召公孫。”至,入門杖劍疾呼曰:“商下,我存若頭。”子夏顧咄之,曰
    :“咄!內劍,吾將与若言勇。”于是、君令內劍而上。子夏曰:“來、
    吾嘗与子從君而西,見趙簡子,簡子披發杖矛而見我君,我從十三行之后
    ,趨而進曰:‘諸侯相見,不宜不朝服,不朝服,行人卜商將以頸血濺君
    之服矣。’使反朝服,而見吾君,子耶?我耶?”曰:“子也。”子夏曰
    :“子之勇不若我一矣。又与子從君而東至阿,遭齊君重而坐,吾君單而
    坐,我從十三行之后,趨而進曰:‘禮、諸侯相見,不宜相臨。’以庶揄
    其一而去之者、子耶?我耶?”曰:“子也。”子夏曰:“子之勇不若我
    二矣。又与子從君于囿中,于是兩寇肩逐我君,拔矛下格而還。子耶?我
    耶?”曰:“子也。”子夏曰:“子之勇不若我三矣。所貴為士者、上攝
    万乘,下不敢敖乎匹夫;外立節矜,而敵不侵扰;內禁殘害,而君不危殆
    ;是士之所長,君子之所致貴也。若夫以長掩短,以眾暴寡,凌轢無罪之
    民,而成威于閭巷之間者、是士之甚毒,而君子之所致惡也,眾之所誅鋤
    也。詩曰:‘人而無儀,不死何為。’夫何以論勇于人主之前哉!”于是
    靈公避席抑手曰:“寡人雖不敏,請從先生之勇。”詩曰:“不侮矜寡,
    不畏強御。”卜先生也。
    孔子行,簡子將殺陽虎,孔子似之,帶甲以圍孔子舍,子路慍怒,奮
    戟將下,孔子止之,曰:“由。何仁義之寡裕也!夫詩書之不習,禮樂之
    不講,是丘之罪也。若吾非陽虎,而以我為陽虎,則非丘之罪也,命也!
    我歌,子和若。”子路歌,孔子和之,三終而圍罷。詩曰:“來游來歌。
    ”以陳盛德之和而無為也。
    詩曰:“愷悌君子,民之父母。”君子為民父母何如?曰:“君子者
    、貌恭而行肆,身儉而施博,故不肖者不能逮也。殖盡于己,而區略于人
    ,故可盡身而事也。篤愛而不奪,厚施而不伐;見人有善,欣然樂之;見
    人不善,惕然掩之;有其過而兼包之;授衣以最,授食以多;法下易由,
    事寡易為;是以中立而為人父母也。筑城而居之,別田而養之,立學以教
    之,使人知親尊,親尊故為父服斬三年,為君亦服斬三年,為民父母之謂
    也。”
    事強暴之國難,使強暴之國事我易。事之以貨寶,則貨單而交不結;
    約契盟誓,則約定而反無日;割國之強乘以賂之,則割定而欲無厭。事之
    彌順,其侵之愈甚,必致寶單國舉而后已,雖左堯右舜,未有能以此道免
    者也。故非有圣人之道,持以巧敏拜請畏事之,則不足以持國安身矣,故
    明君不道也。必修禮以齊朝,正法以齊官,平政以齊下,然后禮義節奏齊
    乎朝,法則度量正乎官,忠信愛利平乎下。行一不義,殺一無罪,而得天
    下,不為也。故近者競親,而遠者愿至,上下一心,三軍同力;名聲足以
    熏炙之,威強足以一齊之,則拱揖指麾,而強暴之國莫不趨使,如赤子歸
    慈母者、何也?仁形義立,教誠愛深故。詩曰:“王猷允塞,徐方既來。
    ”
    勇士一呼,三軍皆避,士之誠也。昔者、楚熊渠子夜行,寢石以為伏
    虎,彎弓而射之,沒金飲羽,下視,知其為石,石為之開,而況人乎!夫
    倡而不和,動而不僨,中心有不全者矣。夫不降席而匡天下者、求之己也
    。孔子曰:“其身正,不令而行;其身不正,雖令不從。”先王之所以拱
    揖指麾,而四海來賓者、誠德之至也,色以形于外也。詩曰:“王猷允塞
    ,徐方既來。”
    昔者、趙簡子薨而未葬,中牟畔之,葬五日,襄子興師而次之,圍未
    匝,而城自坏者十丈,襄子擊金而退之。軍吏諫曰:“君誅中牟之罪,而
    城自坏者、是天助之也,君曷為而退之?”襄子曰:“吾聞之于叔向曰:
    ‘君子不乘人于利,不厄人于險。’使其城,然后攻之。”中牟聞其義而
    請降。曰:“善哉!襄子之謂也。詩曰:‘王猷允塞,徐方既來。’”
    威有三術:有道德之威者、有暴察之威者,有狂妄之威者,此三威不
    可不審察也。何謂道德之威?曰:“禮樂則修,分義則明;舉措則時,愛
    利則刑;如是、則百姓貴之如帝王,親之如父母,畏之如神明;故賞不用
    而民勸,罰不加而威行,是道德之威也。”何謂暴察之威?曰:“禮樂則
    不修,分義則不明,舉措則不時,愛利則不刑,然而其禁非也暴,其誅不
    服也繁審,其刑罰而信,其誅殺猛而必,如雷擊之,如牆壓之;百姓劫則
    致畏,怠則傲上,執拘則聚,遠聞則散,非劫之以刑勢,振之以誅殺,則
    無以有其下,是暴察之威也。”何謂狂妄之威?曰:“無愛人之心,無利
    人之事,而日為亂人之道,百姓嘩,則從而放執于刑灼;不和人心,悖逆
    天理;是以水旱為之不時,年谷以之不升;百姓上困于暴亂之患,而下窮
    衣食之用,愁哀而無所告訴,比周憤潰以离上,傾覆滅亡可立而待,是狂
    妄之威也。夫道德之威成乎眾強,暴察之威成乎危弱,狂妄之威成乎滅亡
    。故威名同而吉凶之效遠矣,故不可不審察也。”詩曰:“昊天疾威,天
    篤降喪,我飢饉,民卒流亡。”
    晉平公游于河而樂,曰:“安得賢士,与之樂此也!”船人盍胥跪而
    對曰:“主君亦不好士耳!夫珠出于江海,玉出于昆山,無足而至者,猶
    主君之好也。士有足而不至者,蓋主君無好士之意耳,無患乎無士也。”
    平公曰:“吾食客門左千人,門右千人;朝食不足,夕收市賦;暮食不足
    ,朝收市賦。吾可謂不好士乎?”盍胥對曰:“夫鴻鵠一舉千里,所恃者
    、六翮爾;背上之毛,腹下之毳,益一把,飛不為加高,損一把,飛不為
    加下。今君之食客,門左門右各千人,亦有六翮其中矣,將皆背上之毛,
    腹下之毳耶!”詩曰:“謀夫孔多,是用不集。”

    Volume 7-8

    卷七
    齊宣王謂田過曰:“吾聞:儒者親喪三年。君与父孰重?”過對曰:
    “殆不如父重。”王忿然曰:“曷為士去親而事君?”對曰:“非君之土
    地,無以處吾親;非君之祿,無以養吾親;非君之爵,無以尊顯吾親;受
    之于君,致之于親,凡事君以為親也。”宣王悒然,無以應之。詩曰:“
    王事靡崢,不遑將父。”
    趙王使人于楚,鼓瑟而遣之,曰:“慎無失吾言。”使者受命,伏而
    不起,曰:“大王鼓瑟,未嘗若今日之悲也。”王曰:“調。”使者曰:
    “調則可記其柱。”王曰:“不可。天有燥濕,弦有緩急,柱有推移,不
    可記也。”使者曰:“請借此以喻。楚之去趙也,千有余里,亦有吉凶之
    變,凶則吊之,吉則賀之,猶柱之有推移,不可記也。故王之使人,必慎
    其所之,而不任以辭。”詩曰:“征夫捷捷,每怀靡及。”蓋傷自上而御
    下也。
    齊有隱士東郭先生、梁石君,當曹相國為齊相也。客謂匱生曰:“夫
    東郭先生梁石君,世之賢也,隱于深山,終不 身下志以求仕者也。吾聞
    先生得謁曹相國,愿先生為之先。臣里母相善,婦見疑盜肉,其姑去之,
    恨而告于里母,里母曰:‘安行,今令姑呼汝。’即束蘊請火,去婦之家
    ,曰:‘吾犬爭肉相殺,請火治之。’姑乃直使人追去婦,還之。故里母
    非談說之士,束蘊請火,非還婦之道也。然物有所感,事有可适,何不為
    之先?”匱生曰:“愚恐不及,然請盡力為東郭先生、梁石君束蘊請火。
    ”于是乃見曹相國,曰:“臣之里、有夫死三日而嫁者,有終身不嫁者,
    則自為娶,將何娶焉?”相國曰:“吾亦娶其終身不嫁者耳。”匱生曰:
    “齊有隱士東郭先生、梁石君,世之賢士也,隱于深山,終不 身下志以
    求仕。相國娶婦,欲娶其不嫁者,取臣獨不取其不仕之臣耶?”于是曹相
    國因匱生束帛安車迎東郭先生、梁石君,厚客之。詩曰:“既見君子,我
    心則降。”
    孔子曰:“昔者、周公事文王,行無專制,事無由己,身若不胜衣,
    言若不出口,有奉持于前,洞洞焉若將失之,可謂子矣。武王崩,成王幼
    ,周公承文武之業,履天子之位,听天子之政,征夷狄之亂,誅管蔡之罪
    ,抱成王而朝諸侯,誅賞制斷,無所顧問,威動天下,振恐海內,可謂能
    武矣。成王壯,周公致政,北面而事之,請然后行,無伐矜之色,可謂臣
    矣。故一人之身,能三變者、所以應時也。”詩曰:“左之左之,君子宜
    之;右之右之,君子有之。”
    傳曰:“鳥之美羽勾啄者、鳥畏之;魚之侈口垂腴者、魚畏之;人之
    利口贍辭者、人畏之。是以君子避三端:避文士之筆端,避武士之鋒端,
    避辯士之舌端。”詩曰:“我友敬矣,讒言其興。”
    孔子困于陳蔡之間,即三經之席,七日不食,藜羹不糝,弟子有飢色
    ,讀書習禮樂不休。子路進諫曰:“為善者、天報之以福,為不善者、天
    報之以賊。今夫子積德累仁,為善久矣,意者、當遣行乎?奚居之隱也?
    ”孔子曰:“由來!汝小人也,未講于論也。居,吾語汝:子以知者為無
    罪乎?則王子比干何為刳心而死;子以義者為听乎?則伍子胥何為抉目而
    懸吳東門;子以廉者為用乎?則伯夷叔齊何為餓于首陽之山;子以忠者為
    用乎?則鮑叔何為而不用,葉公子高終身不仕,鮑焦抱木而泣,子推登山
    而燔。故君子博學深謀,不遇時者眾矣,豈獨丘哉!賢不肖者、材也,遇
    不遇者、時也,今無有時,賢安所用哉!故虞舜耕于歷山之陽,立為天子
    ,其遇堯也;傅說負土而版筑,以為大夫,其遇武丁也;伊尹故有莘氏僮
    也,負鼎操俎,調五味,而立為相,其遇湯也;呂望行年五十,賣食棘津
    ,年七十,屠于朝歌,九十乃為天子師,則遇文王也;管夷吾束縛自檻車
    ,以為仲父,則遇齊桓公也;百里奚自賣五羊之皮,為秦伯牧牛,舉為大
    夫,則遇秦繆公也;虞丘于天下以為令尹,讓于孫叔敖,則遇楚庄王也;
    伍子胥前功多,后戮死,非知有盛衰也,前遇闔閭,后遇夫差也。夫驥罷
    鹽車,此非無形容也,莫知之也,使驥不得伯樂,安得千里之足,造父亦
    無千里之手矣。夫蘭生于茂林之中,深山之間,人莫見之故不芬;夫學者
    非為通也,為窮而不困,憂而志不衰,先知禍福之始,而心無惑焉,故圣
    人隱居深念,獨聞獨見。夫舜亦賢圣矣,南面而治天下,惟其遇堯也,使
    舜居桀紂之世,能自免于刑戮之中,則為善矣,亦何位之有?桀殺關龍逢
    ,紂殺王子比干,當此之時,豈關龍逢無知,而王子比干不慧哉!此皆不
    遇時也。故君子務學修身端行而須其時者也,子無惑焉。”詩曰:“鶴鳴
    于九皋,聲聞于天。”
    曾子曰:“往而不可還者、親也,至而不可加者、年也。是故孝子欲
    養而親不待也,木欲直而時不待也。是故椎牛而祭墓,不如雞豚逮存親也
    。故吾嘗仕齊為吏,祿不過鐘釜,尚猶欣欣而喜者,非以為多也,樂其逮
    親也;既沒之后,吾嘗南游于楚,得尊官焉,堂高九仞,榱題三圍,轉轂
    百乘,猶北鄉而泣涕者,非為賤也,悲不逮吾親也。故家貧親老,不擇官
    而仕;若夫信其志、約其親者,非孝也。”詩曰:“有母之尸雍。”
    趙簡子有臣曰周舍,立于門下,三日三夜,簡子使問之,曰:“子欲
    見寡人何事?”周舍對曰:“愿為諤諤之臣,墨筆操牘,從君之過而,日
    有記也,月有成也,歲有效也。”簡子居、則与之居,出、則与之出。居
    無几何,而周舍死,簡子如喪子。后与諸大夫飲于洪波之台,酒酣,簡子
    涕泣,諸大夫皆出走,曰:“臣有罪而不自知。”簡子曰:“大夫皆無罪
    。昔者、吾有周舍有言曰:‘千羊之皮,不若一狐之腋;眾人諾諾,不若
    一士之諤諤。昔者、商紂默默而亡,武王諤諤而昌。’今自周舍之死,吾
    未嘗聞吾過也,吾亡無日矣,是以寡人泣也。”
    傳曰:齊景公問晏子:“為人何患?”晏子對曰:“患夫社鼠。”景
    公曰:“何謂社鼠?”晏子曰:“社鼠出竊于外,入托于社,灌之恐坏牆
    ,熏之恐燒木,此鼠之患。今君之左右,出則賣君以要利,入則托君不罪
    乎亂法,又餺楚矗泊松縭籩椿家病!本肮痹唬?“嗚呼!豈其然?”“人有
    市酒而甚美者,置表甚長,然至酒酸而不售,問里人其故。里人曰:‘公
    之狗甚猛,而人有持器而欲往者,狗輒迎而嚙之,是以酒酸不售也。’士
    欲白万乘之主,用事者迎而嚙之,亦國之惡狗也。左右者為社鼠,用事者
    為惡狗,此國之大患也。”詩曰:“瞻彼中林,侯薪侯蒸。”言朝廷皆小
    人也。
    昔者、司城子罕相宋,謂宋君曰:“夫國家之安危,百姓之治亂,在
    君之行。夫爵祿賞賜舉,人之所好也,君自行之;殺戮刑罰,民之所惡也
    ,臣請當之。”君曰:“善。寡人當其美,子受其惡,寡人自知不為諸侯
    笑矣。”國人知殺戮之刑專在子罕也,大臣親之,百姓畏之,居不期年,
    子罕遂去宋君,而專其政。故老子曰:“魚不可脫于淵,國之利器不可以
    示人。”詩曰:“胡為我作,不即我謀。”
    衛懿公之時、有臣曰弘演者、受命而使,未反,而狄人攻衛,于是懿
    公欲興師迎之,其民皆曰:“君之所貴而有祿位者、鶴也,所愛者、宮人
    也,亦使鶴与宮人戰,余安能戰?”遂潰而皆去。狄人至,攻懿公于熒澤
    ,殺之,盡食其肉,獨舍其肝。弘演至,報使于肝,辭畢,呼天而號,哀
    止,曰:“若臣者、獨死可耳。”于是,遂自刳出腹實,內懿公之肝,乃
    死。桓公聞之,曰:“衛之亡也,以無道,今有臣若此,不可不存。”于
    是复立衛于楚丘。如弘演、可謂忠士矣,殺身以捷其君,非徒捷其君,又
    令衛之宗廟复立,祭祀不絕,可謂有大功矣。詩曰:“四方有羡,我獨居
    憂,民莫不,我獨不敢休。”
    孫叔敖遇狐丘丈人。狐丘丈人曰:“仆聞之:有三利,必有三患,子
    知之乎?”孫叔敖蹴然易容曰:“小子不敏,何足以知之!敢問何謂三利
    ?何謂三患?”狐丘丈人曰:“夫爵高者、人妒之,官大者、主惡之,祿
    厚者、怨歸之,此之謂也。”孫叔敖曰:“不然。吾爵益高,吾志益下;
    吾官益大,吾心益小;吾祿益厚,吾施益博。可以免于患乎?”狐丘丈人
    曰:“善哉!言乎!堯舜其猶病諸!”詩曰:“溫溫恭人,如集于木;惴
    惴小心,如臨于谷。”
    孔子曰:“明王有三懼:一曰處尊位而恐不聞其過,二曰得志而恐驕
    ,三曰聞天下之至道而恐不能行。昔者、越王勾踐与吳戰,大敗之,兼有
    南夷,當是之時,君南面而立,近臣三,遠臣五,令諸大夫曰:‘聞過而
    不以告我者、為上戮。’此處尊位而恐不聞其過也。昔者、晉文王与楚戰
    ,大胜之,燒其草,火三日不息,文公退而有憂色,侍者曰:‘君大胜楚
    ,而有憂色,何也?’文公曰:‘吾聞能以戰胜安者、惟圣人;若夫詐胜
    之徒,未嘗不危,吾是以憂也。’此得志而恐驕也。昔者、齊桓公得管仲
    隰朋,南面而立,桓公曰:‘吾得二子也,吾目加明,吾耳加聰,不敢獨
    擅,進之先祖。’此聞至道而恐不能行者也。由桓公晉文越王勾踐觀之,
    三懼者、明君之務也。”詩曰:“溫溫恭人,如集于木;惴惴小心,如臨
    于谷;戰戰兢兢,如履薄冰。”此言大王居人上也。
    楚庄王賜其群臣酒,日暮酒酣、左右皆醉,殿上燭滅,有牽王后衣者
    ,后M冠纓而絕之,言于王曰:“今燭滅,有牽妾衣者,妾M其纓而絕之
    ,愿趣火視絕纓者。”王曰:“止。”立出令曰:“與寡人飲、不絕纓者
    ,不為樂也。”于是冠纓無完者,不知王后絕冠纓者誰,于是王遂与群臣
    歡飲乃罷。后吳興師攻楚,有人常為應行,合戰者五,陷陣卻敵,遂取大
    軍之首而獻之。王怪而問之曰:“寡人未嘗有异于子,子何為于寡人厚也
    。”對曰:“臣先殿上絕纓者也,當時宜以肝膽涂地,負日久矣,未有所
    效,今幸得用,于臣之義,尚可為王破吳而強楚。”詩曰:“有者淵,褦
    葦。”言大者無不容也。
    傳曰:“伯奇孝而棄于親,隱公慈而殺于弟,叔武賢而殺于兄,比干
    忠而誅于君。”詩曰:“予慎無辜。”
    紂殺比干,箕子被發佯狂;陳靈公殺泄冶,鄧元去陳以族從;自此以
    后,殷謚埽渤亡于楚,以其殺比干泄冶,而失箕子鄧元也。燕昭王得郭隗
    鄒衍樂毅,是以魏趙興兵而攻齊,栖于莒。燕之地計眾,不与齊均也,然
    所以信燕至于此者,由得士也。故無常安之國,無宜治之民,得賢者昌,
    失賢者亡,自古及今,未有不然者也。明鏡者、所以照形也,往古者、所
    以知今也。知惡古之所以危亡,而不務襲蹈其所以安存,則未有以异乎卻
    走而求逮前人也。太公知之,故舉微子之后,而封比干之墓。夫圣人之于
    賢者之后,尚如是厚也,而況當世之存者乎!詩曰:“昊天太憮,予慎無
    辜。”
    宋玉因其友見楚襄王,襄王待之無以异,乃讓其友。友曰:“夫姜桂
    因地而生,不因地而辛;女因媒而嫁,不因媒而親。子之事王未耳,何怨
    于我?”宋玉曰:“不然。昔者、齊有狡兔,盡一日走五百里,使之瞻見
    指注,雖良狗猶不及狡兔之塵,若攝纓而縱紲之,〔則狡兔不能离也。今
    子之屬臣也,攝纓而縱紲与〕瞻見指注與!”詩曰:“將安將樂,棄予作
    遺。”
    宋燕相齊,見逐,罷歸之舍,召門尉陳饒等二十六人曰:“諸大夫有
    能与我赴諸侯者乎?”陳饒等皆伏而不對。宋燕曰:“悲乎哉!何士大夫
    易得而難用也。”饒曰:“〔非士大夫易得而難用也,〕君弗能用也,〔
    君不能用,〕則有不平之心,是失之己而責諸人也。”宋燕曰:“夫失諸
    己而責諸人者何?”陳饒曰:“三斗之稷,不足于士,而君雁 有余粟,
    是君之一過也。果園梨栗,后宮婦人以相提擲,士曾不得一嘗,是君之二
    過也。綾紈綺瞠,靡麗于堂,從風而弊,士曾不得以為緣,是君之三過也
    。且夫財者、君之所輕也,死者、士之所重也。君不能行君之所輕,而欲
    使士致其所重,猶譬榵刀畜之,而干將用之,不亦難乎!”宋燕面有慚色
    ,逡巡避席曰:“是燕之過也。”詩曰:“或以其酒,不以其漿。”
    傳曰:善為政者、循情性之宜,順陰陽之序,通本末之理,合天人之
    際,如是、則天地奉養,而生物丰美矣。不知為政者、使情厭性,使陰乘
    陽,使末逆本,使人詭天气,鞠而不信,郁而不宜,如是,則災害生,怪
    异起,群生皆傷,而年谷不熟,是以其動傷德,其靜無救,故緩者事之,
    急者弗知,日反理而欲以為治。詩曰:“廢為殘賊,莫知其尤。”
    魏文侯之時,子質仕而獲罪焉,去而北游,謂簡主曰:“從今已后,
    吾不复樹德于人矣。”簡主曰:“何以也?”質曰:“吾所樹堂上之士半
    ,吾所樹朝廷之大夫半,吾所樹邊境之人亦半。今堂上之士〔惡我于君,
    朝廷之大夫〕恐我以法,邊境之人劫我以兵,是以不樹德于人也。”簡主
    曰:“噫!子之言過矣。夫春樹桃李,夏得陰其下,秋得食其實。春樹蒺
    藜,夏不可采其葉,秋得其刺焉。由此觀之,在所樹也。今子所樹,非其
    人也。故君子先擇而后种也。”詩曰:“無將大車,惟塵冥冥。”
    正直者、順道而行,順理而言,公平無私,不為安肆志,不為危激行
    。昔衛獻公出走,反國,及郊,將班邑于從者而后入。太史柳庄曰:“如
    皆守社稷,則孰負羈縶而從;如皆從,則孰守社稷。君反國而有私,無乃
    不可乎!”于是不班也。柳庄正矣!昔者、衛大夫史魚病且死,謂其子曰
    :“我數言蘧伯玉之賢而不能進,彌子瑕不肖而不能退。為人臣,生不能
    進賢而退不肖,死不當治喪正堂,殯我于室、足矣。”衛君問其故,子以
    父言聞,君造然召蘧伯玉而貴之,而退彌子瑕,從殯于正堂,成禮而后去
    。生以身諫,死以尸諫,可謂直矣。詩曰:“靖共爾位,好是正直。”
    孔子閑居,子貢侍坐,“請問為人下之道奈何?”孔子曰:“善哉!
    爾之問也!為人下,其猶土乎?”子貢未達,孔子曰:“夫土者、掘之得
    甘泉焉,樹之得五谷焉,草木植焉,鳥獸魚鱉遂焉;生則立焉,死則入焉
    ;多功不言,賞世不絕,故曰:能為下者、其惟土乎!”子貢曰:“賜雖
    不敏,請事斯語。”詩曰:“式禮莫愆。”
    傳曰:南假子過程本,本為之烹鱺魚。南假子曰:“聞君子不食鱺魚
    。”本子曰:“此乃君子食也,我何与焉?”假子曰:“夫高比、所以廣
    德也,下比、所以狹行也;比于善者、自進之階,比于惡者,自退之原也
    。且詩不云乎!高山仰止,景行行止。吾豈自比君子哉!志慕之而已矣。
    ”
    子貢問大臣,子曰:“齊有鮑叔,鄭有子皮。”子貢曰:“否。齊有
    管仲,鄭有東里子產。”孔子曰:“產、荐也。”子貢曰:“然則荐賢賢
    于賢。”曰:“知賢、知也,推賢、仁也,引賢、義也。有此三者,又何
    加焉!”
    孔子游于景之上,子路子貢顏淵從。孔子曰:“君子登高必賦,小子
    愿者何?言其愿,丘將啟汝。”子路曰:“由愿奮長戟,蕩三軍,乳虎在
    后,仇敵在前,蠡躍蛟奮,進救兩國之患。”孔子曰:“勇士哉!”子貢
    曰:“兩國构難,壯士列陣,塵埃漲天,賜不持一尺之兵,一斗之糧,解
    兩國之難,用賜者存,不用賜者亡。”孔子曰:“辯士哉!”顏回不愿,
    孔子曰:“回何不愿?”顏淵曰:“二子已愿,故不敢愿。”孔子曰:“
    不同意,各有事焉,回其愿,丘將啟汝。”顏淵曰:“愿得小國而相之,
    主以道制,臣以德化,君臣同心,外內相應,列國諸侯莫不從義向風,壯
    者趨而進,老者扶而至,教行乎百姓,德施乎四蠻,莫不釋兵,輻輳乎四
    門,天下咸獲永宁,姺飛蠕動,各樂其性,進賢使能,各任其事,于是君
    綏于上,臣和于下,垂拱無為,動作中道,從容得禮,言仁義者賞,言戰
    斗者死,則由何進而救,賜何難之解。”孔子曰:“圣士哉!大人出,小
    子匿,圣者起,賢者伏。回与執政,則由賜焉施其能哉!”詩曰:“雨雪
    ,見曰消。”
    昔者、孔子鼓瑟,曾子子貢側門而听,曲終,曾子曰:“嗟乎!夫子
    瑟聲殆有貪狼之志,邪僻之行,何其不仁,趨利之甚。”子貢以為然,不
    對而入。夫子望見子貢有諫過之色,應難之狀,釋瑟而待之,子貢以曾子
    之言告。子曰:“嗟乎!夫參、天下賢人也,其習知音矣!鄉者,丘鼓瑟
    ,有鼠出游,狸見于屋,循梁微行,造焉而避,厭目曲脊,求而不得,丘
    以瑟淫其音,參以丘為貪狼邪僻,不亦宜乎!”詩曰:“鼓鐘于宮,聲聞
    于外。”
    為人父者、必怀慈仁之愛,以畜養其子,撫循飲食,以全其身;及其
    有識也,必嚴居正言,以先導之;及其束發也,授明師以成其技;十九見
    志,請賓冠之,足以死其意;血脈澄靜,娉內以定之,信承親授,無有所
    疑;冠子不言,發子不笞,听其微諫,無令憂之,此為人父之道也。詩曰
    :“父兮生我,母兮鞠我。拊我畜我,長我育我。顧我复我,出入腹我。
    ”
    卷八
    越王勾踐使廉稽獻民于荊王,荊王使者曰:“越、夷狄之國也,臣請
    欺其使者。”荊王曰:“越王、賢人也,其使者亦賢,子其慎之!”使者
    出,見廉稽曰:“冠、則得以俗見,不冠、不得見。”廉稽曰:“夫越、
    亦周室之列封也,不得處于大國,而處江海之陂,與之讌魚鱉為伍,文身
    翦發,而后處焉。今來至上國,必曰:‘冠、得俗見,不冠、不得見。’
    如此、則上國使适越,亦將劓墨文身翦發,而后得以俗見,可乎?”荊王
    聞之,披衣出謝。孔子曰:“使于四方,不辱君命,可謂士矣。”
    人之所以好富貴安樂,為人所稱譽者、為身也;惡貧賤危辱,為人所
    謗毀者、亦為身也。然身何貴也?莫貴于气;人得气則生,失氣則死;其
    气非金帛珠玉也,不可求于人也;非繒布五谷也,不可糴買而得也;在吾
    身耳,不可不慎也。詩曰:“既明且哲,以保其身。”
    吳人伐楚,昭王去國,國有屠羊說從行,昭王反國,賞從者,及說,
    說辭曰:“君失國,臣所失者屠;君反國,臣亦反其屠。臣之祿既厚,又
    何賞之?”辭不受命,君強之,說曰:“君失國,非臣之罪,故不伏誅;
    君反國,非臣之功、故不受其賞。吳師入郢,臣畏寇避患,君反國,說何
    事焉。”君曰:“不受,則見之。”說對曰:“楚國之法,商人欲見于君
    者,必有大獻重質,然后得見。今臣智不能存國,節不能死君,勇不能待
    寇,然見之,非國法也。”遂不受命,入于澗中。昭王謂司馬子期曰:“
    有人于此,居處甚約,議論甚高,為我求之,愿為兄弟,請為三公。”司
    馬子期舍車徒求之,五日五夜,見之,謂曰:“國危不救,非仁也;君命
    不從,非忠也;惡富貴于上,甘貧苦于下,意者過也。今君愿為兄弟,請
    為三公,不听君,何也?”說曰:“三公之位,我知其貴于刀俎之肆矣;
    万鐘之祿,我知其富于屠年之利矣。今見爵祿之利,而忘辭受之禮,非所
    聞也。”遂辭三公之位,而反乎屠羊之肆。君子聞之曰:“甚矣哉!屠羊
    子之為也,約己持窮,而處人之國矣。”說曰:“何謂窮?吾讓之以禮,
    而終其國也。”曰:“在深淵之中,而不援彼之危,見昭王德衰于吳,而
    怀寶絕跡,以病其國,欲獨全己者也,是厚于己而薄于君,狷乎!非救世
    者也。”“何如則可謂救世矣?”曰:“若申伯仲山甫可謂救世矣!昔者
    、周德大衰,道廢于厲,申伯仲山甫輔相宣王,撥亂世,反之正,天下略
    振,宗廟复興,申伯仲山甫乃并順天下,匡救邪失,喻德教,舉遺士,海
    內翕然向風。故百姓勃然詠宣王之德。詩曰:‘周邦咸喜,戎有良翰。’
    又曰:‘邦國若否,仲山甫明之。既明且哲,以保其身。夙夜匪懈,以事
    一人。’如是、可謂救世矣。”
    齊崔杼s庄公,荊蒯芮使晉而反。其仆曰:“崔杼s庄公,子將奚如
    ?”荊蒯芮曰:“驅之!將入死而報君。”其仆曰:“君之無道也,四鄰
    諸侯莫不聞也,以夫子而死之,不亦難乎?”荊蒯芮曰:“善哉!而言也
    !早言,我能諫;諫而不用,我能去;今既不諫,又不去。吾聞之;食其
    食,死其事,吾既食亂君之食,又安得治君而死之!”遂驅車而入,死其
    事。仆曰:“人有亂君,猶必死之;我有治長,可無死乎!”乃結轡自刎
    于車上。君子聞之,曰:“荊蒯芮可謂守節死義矣,仆夫則無為死也,猶
    飲食而遇毒也。”詩曰:“風夜匪懈,以事一人。”荊先生之謂也。易曰
    :“不琩隡w,或承之羞。”仆夫之謂也。
    遜而直、上也,切次之,謗諫為下,懦為死。詩曰:“柔亦不茹。”
    宋万与庄公戰,獲乎庄公,庄公敗舍諸宮中,數月,然后歸之,反為
    大夫于宋。宋万与閔公博,婦人皆在側,万曰:“甚矣!魯侯之淑,魯侯
    之美也,天下諸侯宜為君者、惟魯侯耳!”閔公矜此婦人,妒其言,顧曰
    :“爾虜,焉知魯侯之美惡乎?”宋万怒,博閔公,絕。仇牧聞君s,趨
    而至,遇之于門,手劍而叱之,万臂仇牧,碎其首,齒著乎門闔。仇牧可
    謂不畏強御矣。詩曰:“惟仲山甫,柔亦不茹,剛亦不吐。”
    可于君,不可于父,孝子不為也;可于父,不可于君,君子不為也。
    故君不可奪,親亦不可奪也。詩曰:“愷悌君子,四方為則。”
    黃帝即位,施惠承天,一道修德,惟仁是行,宇內和平,未見鳳凰,
    惟思其象,夙寐晨興,乃召天老而問之,曰:“鳳象何如?”天老對曰:
    “夫鳳象、鴻前麟后,蛇頸而魚尾,龍文而龜身,燕頷而雞啄;戴德負仁
    ,抱中挾義;小音金,大音鼓;延頸奮翼,五彩備明;舉動八風,气應時
    雨;食有質,飲有儀;往即文始,來即嘉成;惟鳳為能通天祉,應地靈,
    律五音,覽九德。天下有道,得鳳象之一,則鳳過之,得鳳象之二,則鳳
    翔之,得鳳象之三,則鳳集之,得鳳象之四,則鳳春秋下之,得鳳象之五
    ,則鳳沒身居之。”黃帝曰:“于戲!允哉!朕何敢与焉。”于是黃帝乃
    服黃衣,戴黃冕,致齋于宮,鳳乃蔽日而至,黃帝降于東階,西面再拜稽
    首,曰:“皇天降祉,不敢不承命。”鳳乃止帝東國,集帝梧桐,食帝竹
    實,沒身不去。詩曰:“鳳凰于飛,劌劌其羽,亦集爰止。”
    魏文侯有子曰擊,次曰訴,訴少而立以嗣,封擊中山。三年莫往來,
    其傅趙蒼唐曰:“父忘子,子不可忘父,何不遣使乎?”擊曰:“愿之,
    而未有所使也。”蒼唐曰:“臣請使。”擊曰:“諾。”于是乃問君所好
    与所嗜,曰:“君好北犬,嗜晨鷫。”遂求北犬晨鷫賚行。蒼唐至,曰:
    “北蕃中山之君有北犬晨鷫,使蒼唐再拜獻之。”文侯曰:“擊知吾好北
    犬晨鷫也,則見使者。”文侯曰:“擊無恙乎?”蒼唐唯唯而不對,三問
    而三不對。文侯曰:“不對何也?”蒼唐曰:“臣聞:諸侯不名。君既已
    賜弊邑,使得小國侯,君問以名,不敢對也。”文侯曰:“中山之君無恙
    乎?”蒼唐曰:“今者、臣之來,拜送于郊。”文侯曰:“中山之君長短
    若何矣?”蒼唐曰:“問諸侯,比諸侯;諸侯之朝,則側者皆人臣,無所
    比之,然則、所賜衣裘,几能胜之矣。”文侯曰:“中山之君亦何好乎?
    ”對曰:“好詩。”文侯曰:“于詩何好?”曰:“好黍离与晨風。”文
    侯曰:“黍离何哉?”對曰:“彼黍离离,彼稷之苗。行邁靡靡,中心搖
    搖。知我者、謂我心憂;不知我者、謂我何求。悠悠蒼天,此何人哉?”
    文侯曰:“怨乎?”曰:“非敢怨也,時思也。”文侯曰:“晨風謂何?
    ”對曰:“彼晨風,郁彼北林。未見君子,憂心欽欽。如何如何!忘我實
    多。”于是文侯大悅,曰:“欲知其子,視其母;欲知其君,視其所使。
    中山君不賢,惡能得賢。”遂廢太子訴,召中山君以為嗣。詩曰:“鳳凰
    于飛,劌劌其羽,亦集爰止。藹藹王多吉士,惟君子使,媚于天子。”君
    子曰:“夫使、非直敝車罷馬而已,亦將喻誠信,通气志,明好惡,然后
    可使也。”
    子賤治單父其民附,孔子曰:“告丘之所以治之者。”對曰:“不齊
    時發倉廩,振困窮,補不足。”孔子曰:“是小人附耳,未也。”對曰:
    “賞有能,招賢才,退不肖。”孔子曰:“是士附耳,未也。”對曰:“
    所父事者三人,所兄事者五人,所友者十有二人,所師者一人。”孔子曰
    :“所父事者三人,〔足以教孝矣,〕所兄事者五人,足以教弟矣;所友
    者十有二人,足以壅蔽矣;所師者一人,足以慮無失策,舉無敗功矣。惜
    乎!不齊〔之所為者小也,〕為之大,功乃与堯舜參矣。”詩曰:“愷悌
    君子,民之父母。”子賤其似之矣。
    度地圖居以立國,崇恩博利以怀眾,明好惡以正法度,率民力稼,學
    校庠序以立教,事老養孤以化民,升賢賞功以勸善,懲奸絀失以丑惡,講
    御習射以防患,禁奸止邪以除害,接賢連友以廣智,宗親族附以益強。詩
    曰:“愷悌君子。”
    齊景公使人于楚,楚王与之上九重之台,顧使者曰:“齊有台若此乎
    ?”使者曰:“吾君有治位之坐,土階三等,茅茨不翦,朴椽不壅擼燦
    蝺w轎爸湊呃停簿又湊嚀 參峋醷?台若此者!”楚王蓋悒如也。使者可
    謂不辱君命,其能專對矣。
    傳曰:予小子使爾繼邵公之后。受命者必以其祖命之。孔子為魯司寇
    ,命之曰:“宋公之子弗甫有孫魯孔丘,命爾為司寇。”孔子曰:“弗甫
    敦及厥辟,將不堪。”公曰:“不妄。”
    傳曰:諸侯之有德,天子錫之:一錫車馬,再錫衣服,三錫虎賁,四
    錫樂器,五錫納陛,六錫朱戶,七錫弓矢,八錫榥鉞,九錫鬯。詩曰:“
    厘爾圭瓚,鬯一卣。”齊景公問子貢曰:“先生何師?”對曰:“魯仲尼
    。”曰:“仲尼賢乎?”曰:“圣人也,豈直賢哉!”景公嘻然而笑曰:
    “其圣何如?”子貢曰:“不知也。”景公悖然作色曰:“始言圣人,今
    言不知,何也?”子貢曰:“臣終身戴天,不知天之高也;終身踐地,不
    知地之厚也。若臣之事仲尼,譬猶渴操壺杓,就江海而飲之,腹滿而去,
    又安知江海之深乎?”景公曰:“先生之譽,得無太甚乎!”子貢曰:“
    臣賜何敢甚言,尚慮不及耳!臣譽仲尼,譬猶兩手捧土而附泰山,其無益
    亦明矣;使臣不譽仲尼,譬猶兩手杷泰山,無損亦明矣。”景公曰:“善
    豈其然!善豈其然!”詩曰:“綿綿翼翼,不測不克。”
    一谷不升謂之荒,二谷不升謂之飢,三谷不升謂之饉,四谷不升謂之
    荒,五谷不升謂之大侵。大侵之禮,君食不兼味,台榭不飾,道路不除,
    百官補而不制,鬼神禱而不祠,此大侵之禮也。詩曰:“我居御卒荒。”
    此之謂也。
    古者、天子為諸侯受封,謂之采地,百里諸侯以三十里,七十里諸侯
    以二十里,五十里諸侯以十里。其后子孫雖有罪而絀,使子孫賢者守其地
    ,世世以祠其始受封之君,此之謂興滅國,繼絕世也。書曰:“茲予享于
    先王,爾祖其從享之。”
    梁山崩,晉君召大夫伯宗,道逢輦者,以其輦服其道,伯宗使其右下
    ,欲鞭之。輦者曰:“君趨道豈不遠矣,不知事而行,可乎?”伯宗喜,
    問其所居。曰:“絳人也。”伯宗曰:“子亦有聞乎?”曰:“梁山崩,
    壅河,顧三日不流,是以召子。”伯宗曰:“如之何?”曰:“天有山,
    天崩之;天有河,天壅之。伯宗將如之何!”伯宗私問之。曰:“君其率
    群臣,素服而哭之,既而祠焉,河斯流矣。”伯宗問其姓名,弗告。伯宗
    到,君問,伯宗以其言對。于是君素服,率群臣而哭之,既而祠焉,河斯
    流矣。君問伯宗何以知之,伯宗不言受輦者,詐以自知。孔子聞之,曰:
    “伯宗其無后,攘人之善。”詩曰:“天降喪亂,滅我立王。”又曰:“
    畏天之威,于時保之。”
    晉平公使范昭觀齊國之政,景公錫之宴,晏子在前,范昭趨曰:“愿
    君之y樽以為壽。”景公顧左右曰:“酌寡人樽,獻之客。”〔“范昭已
    飲。”〕晏子對曰:“徹去樽。”范昭不說,起舞,顧太師曰:“子為我
    奏成周之樂,愿舞。”太師對曰:“盲臣不習。”范昭起,出門。景公謂
    晏子曰:“夫晉、天下大國也,使范昭來觀齊國之政,今子怒大國之使者
    ,將奈何?”晏子曰:“范昭之為人也,非陋而不知禮也,是欲試吾君,
    嬰故不從。”于是景公召太師而問之曰:“范昭使子奏成周之樂,何故不
    調?”對如晏子。于是范昭歸,報平公曰:“齊未可找砟玨Z碴套爸矗晃
    岱鈣淅鄭蔡筆爸礎!笨鬃游之,曰:“善乎!晏子不出俎豆之,折衝千里
    。”詩曰:“實右序有周,薄言震之,莫不震疊。”
    三公者何?曰:司空、司馬、司徒也。司馬主天,司空主土,司徒主
    人。故陰陽不和,四時不節,星辰失度,災變异常,則責之司馬。山陵崩
    竭,川谷不流,五谷不植,草木不茂,則責之司空。君臣不正,人道不和
    ,國多盜賊,下怨其上,則責之司徒。故三公典其職,憂其分,舉其辯,
    明其隱,此三公之任也。詩曰:“濟濟多士,文王以宁。”又曰:“明昭
    有周,式序在位。”言各稱職也。
    夫賢君之治也:溫良而和,寬容而愛,刑清而省,喜賞而惡罰,移風
    崇教,生而不殺,布惠施恩,仁不偏与,不奪民力,役不菖時,百姓得耕
    ,家有收聚,民無凍餒,食無腐敗,士不造無用,雕文不粥于肆,斧斤以
    時入山林,國無佚士,皆用于世,黎庶歡樂,衍盈方外,遠人歸義,重譯
    執贄,故得風雨不烈。小雅曰:“有{萋萋,興雨祈祈。”以是知太平無
    飄風暴雨明矣。
    昨日何生?今日何成?必念歸厚,必念治生;日慎一日,完如金城。
    詩曰:“我日斯邁,而月斯征。夙興夜寐,無忝爾所生。”
    官怠于有成,病加于小愈,禍生于懈惰,孝衰于妻子,察此四者、慎
    終如始。易曰:“小狐汔濟,濡其尾。”詩曰:“靡不有初,鮮克有終。
    ”
    孔子燕居,子貢攝齊而前曰:“弟子事夫子有年矣,才竭而智罷,振
    于學問,不能复進,請一休焉。”子曰:“賜也,欲焉休乎?”曰:“賜
    欲休于事君。”孔子曰:“詩云:‘夙夜匪懈,以事一人。’為之若此其
    不易也,若之何其休也!”曰:“賜休于事父。”孔子曰:“詩云:‘孝
    子不匱,永錫爾類。’為之若此其不易也,如之何其休也!”曰:“賜欲
    休于事兄弟。”孔子曰:“詩云:‘妻子好合,如鼓瑟琴。兄弟既翕,和
    樂且耽。’為之若此其不易也,如之何其休也!”曰:“賜欲休于耕田。
    ”孔子曰:“詩云:‘晝爾于茅,宵爾索;亟其乘屋,其始播百谷。’為
    之若此其不易也,若之何其休也。”子貢曰:“君子亦有休乎?”孔子曰
    :“闔棺兮乃止播耳,不知其時之易遷兮,此之謂君子所休也。故學而不
    已,闔棺乃止。”詩曰:“日就月將。”言學者也。
    魯哀公問冉有曰:“凡人之質而已,將必學而后為君子乎?”冉有對
    曰:“臣聞之:雖有良玉,不刻鏤,則不成器;雖有美質,不學,則不成
    君子。”曰:“何以知其然也?”“夫子路、卞之野人也,子貢、衛之賈
    人也,皆學問于孔子,遂為天下顯士,諸侯聞之,莫不尊敬,卿大夫聞之
    ,莫不親愛,學之故也。昔吳楚燕代謀為一舉而欲伐秦,祧賈、監門之子
    也,為秦往使也,遂絕其謀,止其兵,及其反國,秦王大悅,立為上卿。
    夫百里奚、齊之乞者也,逐于齊西,無以進,自賣五羊皮,為一軛車,見
    秦繆公,立為相,遂霸西戎。太公望少為人婿,老而見去,屠牛朝歌,賃
    于棘津,釣于溪,文王舉而用之,封于齊。管仲親射桓公,遂除報讎之心
    ,立以為相,存亡繼絕,九合諸侯,一匡天下。此四子者、皆嘗卑賤窮辱
    矣、然其名聲馳于后世,豈非學問之所致乎?由此觀之,士必學問然后成
    君子。詩曰:‘日就月將。’”于是哀公嘻然而笑曰:“寡人雖不敏,請
    奉先生之教矣。”
    曾子有過,曾引杖擊之,仆地,有間,乃蘇,起曰:“先生得無病乎
    ?”魯人賢曾子,以告夫子。夫子告門人:“參來,〔勿內也。”曾參自
    以無罪,使人謝孔子,孔子曰:“〕汝不聞:昔者、舜為人子乎?小棰則
    待笞,大杖則逃。索而使之,未嘗不在側;索而殺之,未嘗可得。今汝委
    身以待暴怒,拱立不去,殺身以陷父不義,其不孝孰大焉?汝非王者之民
    〔也,殺王者之民〕,其罪何如?”詩曰:“优哉柔哉!亦是戾矣!”又
    曰:“載色載笑,匪怒伊教。”
    齊景公使人為弓,三年乃成,景公得弓而射,不穿三札,景公怒,將
    殺弓人。弓人之妻往見景公曰:“蔡人之子,弓人之妻也。此弓者、太山
    之南,烏號之柘,軂牛之角,荊麋之筋,河魚之膠也。四物、天下之練材
    也,不宜穿札之少如此。且妾聞:奚公之車,不能獨走;莫邪雖利,不能
    獨斷;必有以動之。夫射之道:在手若附枝,掌若握卵,四指如斷短杖,
    右手發之,左手不知,此蓋射之道。”景公以為儀而射之,穿七札,蔡人
    之夫立出矣。詩曰:“好是正直。”
    齊有得罪于景公者,景公大怒,縛置之殿下,召左右肢解之,敢諫者
    誅。晏子左手持頭,右手磨刀,仰而問曰:“古者明王圣主其肢解人,不
    審從何肢解始也?”景公离席曰:“縱之,罪在寡人。”詩曰:“好是正
    直。”
    傳曰:“居處齊則色姝,食飲齊則气珍,言語齊則信听,思齊則成,
    志齊則盈。五者齊,斯神居之。詩曰:“既和且平,依我磬聲。”
    魏文侯問狐卷子曰:“父賢足恃乎?”對曰:“不足。”“子賢足恃
    乎?”對曰:“不足。”“兄賢足恃乎?”曰:“不足。”“弟賢足恃乎
    ?”對曰:“不足。”“臣賢足恃乎?”對曰:“不足。”文侯勃然作色
    而怒曰:“寡人問此五者于子,一一皆以為不足者,何也?”對曰:“父
    賢不過堯,而丹朱放;子賢不過舜,而瞽瞍頑;兄賢不過舜,而象傲;弟
    賢不過周公,而管叔誅;臣賢不過湯武,而桀紂伐。望人者不至,恃人者
    不久。君欲治,從身始,人何可恃乎?”詩曰:“自求伊祜。”
    湯作護。聞其宮聲,使人溫良而寬大;聞其商聲,使人方廉而好義;
    聞其角聲,使人惻隱而愛仁;聞其征聲,使人樂養而好施;聞其羽聲,使
    人恭敬而好禮。詩曰:“湯降不遲,圣敬日躋。”
    孔子曰:“易先同人,后大有,承之以謙,不亦可乎?”故天道虧盈
    而益謙,地道變盈而流謙,鬼神害盈而福謙,人道惡盈而好謙。謙者、抑
    事而損者也,持盈之道,抑而損之,此謙德之于行也,順之者吉,逆之者
    凶。五帝既沒,三王既衰,能行謙德者,其惟周公乎!文王之子,武王之
    弟,成王之叔父,假天子之尊位七年,所執贄而帥見者十人,所還質而友
    見者十三人,窮巷白屋之士所先見者四十九人,時進善者百人,宮朝者千
    人,諫臣五人,輔臣五人,拂臣六人,載干戈以至于封侯,而同姓之士百
    人。孔子曰:“猶以周公為天下賞,則以同族為眾,而异族為寡也。”故
    德行寬容、而守之以恭者榮;土地廣大、而守之以儉者安;位尊祿重、而
    守之以卑者貴;人眾兵強、而守之以畏者胜;聰明睿智、而守之以愚者哲
    ;博聞強記、而守之以淺者不溢。此六者皆謙德也。易曰:“謙、亨,君
    子有終,吉。”能以此終吉者、君子之道也。貴為天子,富有四海,而德
    不謙,以亡其自身者、桀紂是也,而況眾庶乎!夫易有一道焉,大足以治
    天下,中足以安家國,近足以守其身者、其惟謙德乎!詩曰:“湯降不遲
    ,圣敬日躋。”
    昔者、田子方出,見老馬于道,喟然有志焉,以問御者曰:“此何馬
    也?”曰:“故公家畜也,罷而不為用,故出放也。”田子方曰:“少盡
    其力,而老去其身,仁者不為也。”
    束帛而贖之。窮士聞之,知所歸心矣。詩曰:“湯降不遲,圣敬日躋。”
    齊庄公出獵,有螳舉足將摶其輪。問其御曰:“此何虫也?”御曰:
    “此螳也。其為虫、知進而不知退,不量力而輕就敵。”庄公曰:“以為
    人,必為天下勇士矣。”于是回車避之。而勇士歸之。詩曰:“湯降不遲
    。”
    魏文侯問李克曰:“人有惡乎?”李克曰:“有。夫貴者、則賤者惡
    之,富者、則貧者惡之,智者、則愚者惡之。”文侯曰:“善行此三者、
    使人勿惡,亦可乎?”李克曰:“可。臣聞:貴而下賤,則眾弗惡也;富
    能分貧,則窮士弗惡也;智而教愚,則童蒙者弗惡也。”文侯曰:“善哉
    言乎!堯舜其猶病諸!寡人雖不敏,請守斯語矣。”詩曰:“不遑啟處。
    ”
    有鳥于此,架巢于葭葦之顛,天喟然而風,則葭折而巢坏何?其所托
    者弱也。稷蜂不攻,而社鼠不熏,非以稷蜂社鼠之神,其所托者善也。故
    圣人求圣者以輔。夫吞舟之魚大矣,蕩而失水,則為螻蟻所制,失其輔也
    。故曰:不明爾德,時無背無側;爾德不明,以無陪無卿。”

    Volume 9-10

    卷九
    孟子少時誦,其母方織,孟輟然中止,乃复進,其母知其也,呼而問
    之曰:“何為中止?”對曰:“有所失复得。”其母引刀裂其織,以此誡
    之,自是之后,孟子不复矣。孟子少時,東家殺豚,孟子問其母曰:“東
    家殺豚,何為?”母曰:“欲啖汝。”其母自悔而言曰:“吾怀妊是子,
    席不止,不坐;割不正,不食;胎教之也。今适有知而欺之,是教之不信
    也。”乃買東家豚肉以食之,明不欺也。詩曰:“宜爾子孫繩繩兮。”言
    賢母使子賢也。
    田子為相,三年歸休,得金百鎰,奉其母。母曰:“子安得此金?”
    對曰:“所受俸祿也。”母曰:“為相三年,不食乎?治官如此,非吾所
    欲也。孝子之事親也,盡力致誠,不義之物,不入于館,為人子不可不孝
    也!子其去之。”田子愧慚,走出,造朝還金,退請就獄。王賢其母,說
    其義,即舍田子罪,令复為相,以金賜其母。詩曰:“宜爾子孫繩繩兮。
    ”
    孔子行,聞哭聲甚悲。孔子曰:“驅!驅!前有賢者。”至、則皋魚
    也。被褐擁潪,哭于道傍。孔子辟車与之言曰:“子非有喪,何哭之悲也
    ?”皋魚曰:“吾失之三矣:少而學,游諸侯,以后吾親,失之一也;高
    尚吾志,間吾事君,失之二也;与友厚而小絕之,失之三矣。樹欲靜而風
    不止,子欲養而親不待也。往而不可〔追者,年也,去而不可〕得見者、
    親也。吾請從此辭矣。”立槁而死。孔子曰:“弟子誡之,足以識矣。”
    于是門人辭歸而養親者十有三人。
    子路曰:“有人于斯,夙興夜寐,手足胼胝,而面目黧黑,樹藝五谷
    ,以事其親,而無孝子之名者、何也?”孔子曰:“吾意者、身未敬邪!
    色不順邪!辭不遜邪!古人有言曰:‘衣歟!食歟!曾不爾即。’子勞以
    事其親,無此三者,何為無孝之名!意者、所友非仁人邪!坐,語汝,雖
    有國士之力,不能自舉其身,非無力也,勢不便也。是以君子入則篤孝,
    出則友賢,何為其無孝子之名!詩曰:“父母孔邇。”
    伯牙鼓琴,鐘子期听之,方鼓琴,志在山,鐘子期曰:“善哉!鼓琴
    !巍巍乎如太山。”志在流水,鐘子期曰:“善哉!鼓琴!洋洋乎若江河
    。”鐘子期死,伯牙僻琴絕弦,終身不复鼓琴,以為世無足与鼓琴也。非
    獨琴如此,賢者亦有之,苟非其時,則賢者將奚由得遂其功哉!
    秦攻魏,破之。少子亡而不得。令魏國曰:“有得公子者,賜金千斤
    ;匿者、罪至十族。”公子乳母与俱亡。人謂乳母曰:“得公子者賞甚重
    ,乳母當知公子處而言之。”乳母應之曰:“我不知其處,雖知之,死則
    死,不可以言也。為人養子,不能隱而言之,是畔上畏死。吾聞:忠不畔
    上,勇不畏死。凡養人子者,生之,非務殺之也,豈可見利畏誅之故,廢
    義而行詐哉!吾不能生而使公子獨死矣。”遂与公子俱逃澤中。秦軍見而
    射之,乳母以身蔽之,著十二矢,遂不令中公子。秦王聞之,饗以太牢,
    且爵其兄為大夫。詩曰:“我心匪石,不可轉也。”
    子路曰:“人善我,我亦善之;人不善我,我不善之。”子貢曰:“
    人善我,我亦善之;人不善我,我則引之進退而己耳。”顏回曰:“人善
    我,我亦善之;人不善我,我亦善之。”三子所持各异,問于夫子。夫子
    曰:“由之所持,蠻貊之言也;賜之所言,朋友之言也;回之所言,親屬
    之言也。”詩曰:“人之無良,我以為兄。”
    齊景公縱酒,醉,而解衣冠,鼓琴以自樂。顧左右曰:“仁人亦樂此
    乎?”左右曰:“仁人耳目猶人,何為不樂乎!”景公曰:“駕車以迎晏
    子。”晏子聞之,朝服而至。景公曰:“今者、寡人此樂,愿與大夫同之
    。”晏子曰:“君言過矣!自齊國五尺已上,力皆能胜嬰与君,所以不敢
    者、畏禮也。故自天子無禮,則無以守社稷;諸侯無禮,則無以守其國;
    為人上無禮,則無以使其下;為人下無禮,則無以事其上;大夫無禮,則
    無以治其家;兄弟無禮,則不同居;人而無禮,不若遄死。”景公色,离
    席而謝曰:“寡人不仁無良,左右淫湎寡人,以至于此,請殺左右,以補
    其過。”晏子曰:“左右無過。君好禮,則有禮者至,無禮者去;君惡禮
    ,則無禮者至,有禮者去。左右何罪乎?”景公曰:“善哉!”乃更衣而
    坐,觴酒三行,晏子辭去,景公拜送。詩曰:“人而無禮,胡不遄死。”
    傳曰:堂衣若扣孔子之門,曰:“丘在乎?丘在乎?”子貢應之曰:
    “君子尊賢而容眾,嘉善而矜不能,親內及外,己所不欲,勿施于人。子
    何言吾師之名焉?”堂衣若曰:“子何年少言之絞?”子貢曰:“大車不
    絞,則不成其任;琴瑟不絞,則不成其音。子之言絞,是以絞之也。”堂
    衣若曰:“吾始以鴻之力,今徒翼耳!”子貢曰:“非鴻之力,安能舉其
    翼!”詩曰:“如切如?,如琢如磨。”
    齊景公出弋昭華之池,顏鄧聚主鳥而亡之,景公怒,而欲殺之。晏子
    曰:“夫鄧聚有死罪四,請數而誅之。”景公曰:“諾。”晏子曰:“鄧
    聚為吾君主鳥而亡之,是罪一也;使吾君以鳥之故而殺人,是罪二也;使
    四國諸侯聞之,以吾君重鳥而輕士,是罪三也;天子聞之,必將貶絀吾君
    ,危其社稷,絕其宗廟,是罪四也。此四罪者、故當殺無赦,臣請加誅焉
    。”景公曰:“止。此亦吾過矣,愿夫子為寡人敬謝焉。”詩曰:“邦之
    司直。”
    魏文侯問于解狐曰:“寡人將立西河之守,誰可用者?”解狐對曰:
    “荊伯柳者、賢人,殆可。”〔文侯曰:“是非子之讎也?”對曰:“君
    問可,非問讎也。”〕文侯將以荊伯柳為西河守。荊伯柳問左右,誰言我
    于吾君。左右皆曰:“解狐。”荊伯柳見解狐而謝之曰:“子乃寬臣之過
    也,言于君,謹再拜謝。”解狐曰:“言子者,公也;怨子者,吾私也。
    公事已行,怨子如故。”張弓射之,走十步而沒,可謂勇矣。詩曰:“邦
    之司直。”
    楚有善相人者,所言無遺美,聞于國中。庄王召見而問焉。對曰:“
    臣非能相人也,能相人之友者也。觀布衣者,其友皆孝悌篤謹畏令,如此
    者,家必日益,而身日安,此所謂吉人者也。觀事君者,其友皆誠信有行
    好善,如此者、措事日益,官職日進,此所謂吉臣者也。人主朝臣多賢,
    左右多忠,主有失敗,皆交爭正諫,如此者、國日安,主日尊,名聲日顯
    ,此所謂吉主者也。臣非能相人也,觀友者也。”王曰:“善。”其所以
    任賢使能,而霸天下者,始遇之于是也。詩曰:“彼己之子,邦之彥兮。
    ”
    孔子出游少源之野。有婦人中澤而哭,其音甚哀。孔子使弟子問焉,
    曰:“夫人何哭之哀?”婦人曰:“鄉者、刈蓍薪,亡吾蓍簪,吾是以哀
    也。”弟子曰:“刈蓍薪而亡蓍簪,有何悲焉!”婦人曰:“非傷亡簪也
    ,蓋不忘故也。”
    傳曰:君子之聞道,入之于耳,藏之于心,察之以仁,守之以信,行
    之以義,出之以遜,故人無不虛心而听也。小人之聞道,入之于耳,出之
    于口,苟言而已,譬如飽食而嘔之,其不惟肌膚無益,而于志亦戾矣。詩
    曰:“胡能有定。”
    孔子與子貢子路顏淵游于戎山之上。孔子喟然嘆曰:“二三子各言爾
    志,予將覽焉。由、爾何如?”對曰:“得白羽如月,赤羽如朱,擊鐘鼓
    者、上聞于天,下槊于地,使將而攻之,惟由為能。”孔子曰:“勇士哉
    !賜、爾何如?”對曰:“得素衣縞冠,使于兩國之間,不持尺寸之兵,
    斗升之糧,使兩國相親如弟兄。”孔子曰:“辯士哉!回、爾何如?”對
    曰:“鮑魚不与蘭同笥而藏,桀紂不与堯舜同時而治。二子已言,回何言
    哉!”孔子曰:“回有鄙之心。”顏淵曰:“愿得明王圣主為之相,使城
    郭不治,溝池不鑿,陰陽和調,家給人足,鑄庫兵以為農器。”孔子曰:
    “大士哉!由來區區汝何攻?賜來便便汝何使?愿得之冠,為子宰焉。”
    賢士不以恥食,不以辱得。老子曰:“名与身孰親?身与貨孰多?得
    与亡孰病?是故甚愛必大費,多藏必厚亡。知足不辱,知止不殆,可以長
    久。大成若缺,其用不敝;大盈若衝,其用不窮;大直若 大辯若訥,大
    巧若拙,其用不屈。罪莫大于多欲,禍莫大于不知足。故知足之足,常足
    矣。”
    孟子妻獨居,踞,孟子入戶視之。白其母曰:“婦無禮,請去之。”
    母曰:“何也?”曰:“踞。”其母曰:“何知之?”孟子曰:“我親見
    之。”母曰:“乃汝無禮也,非婦無禮。禮不云乎:‘將入門,〔問孰存
    ;〕將上堂,聲必揚;將入戶,視必下。’不掩人不備也。今汝往燕私之
    處,入戶不有聲,令人踞而視之,是汝之無禮也,非婦無禮也。”于是孟
    子自責,不敢出婦。詩曰:“采葑采菲,無以下體?”
    孔子出衛之東門,逆姑布子卿。曰:“二三子引車避,有人將來,必
    相我者也,志之。”姑布子卿亦曰:“二三子引車避,有圣人將來。”孔
    子下,步。姑布子卿迎而視之五十步,從而望之五十步。顧子貢曰:“是
    何為者也?”子貢曰:“賜之師也,所謂魯孔丘也。”姑布子卿曰:“是
    魯孔丘歟!吾固聞之。”子貢曰:“賜之師何如?”姑布子卿曰:“得堯
    之顙,舜之目,禹之頸,皋陶之喙。從前視之,盎盎乎似有王者;從后視
    之,高肩弱脊,此惟不及四圣者也。”子貢吁然。姑布子卿曰:“子何患
    焉。污面而不惡,葭喙而不借,遠而望之,羸乎若喪家之狗,子何患焉!
    子何患焉!”子貢以告孔子。孔子無所辭,獨辭喪家之狗耳,曰:“丘何
    敢乎?”子貢曰:“污面而不惡,葭喙而不借,賜以知之矣。不知喪家狗
    ,何足辭也?”子曰:“賜、汝獨不見夫喪家之狗歟!既斂而槨,布器而
    祭,顧望無人。意欲施之,上無明王,下無賢士方伯,王道衰,政教失,
    強陵弱,眾暴寡,百姓縱心,莫之綱紀。是人固以丘為欲當之者也。丘何
    敢乎!”
    修身不可不慎也:嗜欲侈則行虧,讒毀行則害成;患生于忿怒,禍起
    于纖微;污辱難湔洒,敗失不复追。不深念遠慮,后悔何益!徼幸者、伐
    性之斧也,嗜欲者、逐禍之馬也,謾誕者、趨禍之路也,毀于人者、困窮
    之舍也。是故君子不徼幸,節嗜欲,務忠信,無毀于一人,則名聲尚尊,
    稱為君子矣。詩曰:“何其處兮,必有与也。”
    君子之居也,綏如安裘,晏如覆f。天下有道,則諸侯畏之;天下無
    道,則庶人易之。非獨今日,自古亦然。昔者,范蠡行游,与齊屠地居,
    奄忽龍變,仁義沈浮,湯湯慨慨,天地同憂。故君子居之,安得自若!詩
    曰:“心之憂矣,其誰知之?”
    田子方之魏。魏太子從車百乘而迎之郊,太子再拜謁田子方,田子方
    不下車。太子不說曰:“敢問何如則可以驕人?”田子方曰:“吾聞以天
    下驕人而亡者、有矣。〔以一國驕人而亡者,有矣。〕由此觀之,則貧賤
    可以驕人矣。夫志不得,則授履而适秦楚耳,安往而不得貧賤乎?”于是
    太子再拜而后退,田子方遂不下車。
    戴晉生弊衣冠而往見梁王。梁王曰:“前日寡人以上大夫之祿要先生
    ,先生不留;今過寡人邪!”戴晉生欣然而笑,仰而永嘆曰:“嗟乎!由
    此觀之,君曾不足与游也。君不見大澤中雉乎?五步一,終日乃飽;羽毛
    悅澤,光照于日月;奮翼爭鳴,聲響于陵澤者何?彼樂其志也。援置之种
    校渤粱粟,不旦時而飽;然猶羽毛憔悴,志气益下,低頭不鳴,夫食豈不
    善哉?彼不得其志故也。今臣不遠千里而從君游者,豈食不足?竊慕君之
    道耳,臣始以君為好士,天下無雙,乃今見君不好士明矣!”辭而去,終
    不复往。
    楚庄王使使賚金百斤,聘北郭先生。先生曰:“臣有箕帚之使,愿入
    計之。”即謂夫人曰:“楚欲以我為相,今日相,即結駟列騎,食方丈于
    前,如何?”婦人曰:“夫子以織屨為食,食粥綽模參漪c從欽摺臥眨坑
    胛鏤拗我病袢緗徭崍舋錚菜 膊還菹皇撤丈于前,所甘不過一肉。以容膝
    之安,一肉之味,而殉楚國之憂,其可乎?”于是遂不應聘,與婦去之。
    詩曰:“彼美淑姬,可与晤言。”
    傳曰:昔戎將由余使秦。秦繆公問以得失之要,對曰:“古有國者,
    未嘗不以恭儉也,失國者、未嘗不以驕奢也。”由余因論五帝三王之所以
    衰,及至布衣之所以亡,繆公然之。于是告內史王繆曰:“鄰國有圣人,
    敵國之憂也。由余、圣人也,將奈之何?”王繆曰:“夫戎王居僻陋之地
    ,未嘗見中國之聲色也,君其遺之女樂,以淫其志,亂其政,其臣下必疏
    ,因為由余請緩期,使其君臣有間,然后可圖。”繆公曰:“善。”乃使
    王繆以女樂二列遺戎王,為由余請期,戎王大悅,許之。于是張酒听樂,
    日夜不休,終歲淫縱,卒馬多死。由余歸,數諫不听,去,之秦,秦公子
    迎,拜之上卿。
    子夏過曾子。曾子曰:“入食。”子夏曰:“不為公費乎?”曾子曰
    :“君子有三費,飲食不在其中;君子有三樂,鐘磬琴瑟不在其中。”子
    夏曰:“敢問三樂?”曾子曰:“有親可畏,有君可事,有子可遺,此一
    樂也。有親可諫,有君可去,有子可怒,此二樂也。有君可喻,有友可助
    ,此三樂也。”子夏問:“敢問三費?”曾子曰:“少而學,長而忘,此
    一費也。事君有功,而輕負之,此二費也,久交友而中絕之,此三費也。
    ”子夏曰:“善哉!謹身事一言,愈于終身之誦;而事一士,愈于治万民
    之功;夫人不可以不知也。吾嘗?焉,吾田?歲不收,土莫不然,何況于人
    乎!与人以實,雖疏必密;与人以虛,雖戚必疏。夫實之与實,如膠如漆
    ;虛之与虛,如薄冰之見晝日。君子可不留意哉!”詩曰:“神之听之,
    終和且平。”
    晏子之妻使人布衣表。田無宇譏之曰:“出于室,何為者也?”晏子
    曰:“家臣也。”田無宇曰:“位為中卿,食田七十万,何用是人為畜之
    ?”晏子曰:“棄老取少,謂之瞽;貴而忘漶謂之亂;見色而說,謂之逆
    。吾豈以逆亂瞽之道哉!”
    夫鳳凰之初起也,嚮嚮十步,〔藩篱〕之雀喔咿而笑之,及其升于高
    ,一 一信,展而云間,藩木之雀超然自知不及遠矣。士褐衣著,未嘗完
    也, 藿之食,未嘗飽也,世俗之士即以為羞耳;及其出則安百議,用則
    延民命,世俗之士超然自知不及遠矣。詩曰:“正是國人,胡不万年!”
    齊王厚送女,欲妻屠牛吐,屠牛吐辭以疾。其友曰:“子終死腥臭之
    肆而已乎!何為辭之?”吐應之曰:“其女丑。”其友曰:“子何以知之
    ?”吐曰:“以吾屠知之。”其友曰:“何謂也?”吐曰:“吾肉善,〔
    如量〕而去苦少耳;吾肉不善,雖以吾附益之,尚猶賈不售。今厚送子,
    子丑故耳。”其友后見之,果丑。傳曰:“目如擗杏,齒如編貝。”
    傳曰:孔子過康子,子張子夏從。孔子入座。二子相与論,終日不決
    。子夏辭气甚隘,顏色甚變。子張曰:“子亦聞夫子之議論邪?徐言掮掮
    ,威儀翼翼,后言先默,得之推讓,巍巍乎!蕩蕩乎!道有歸矣。小人之
    論也,專意自是,言人之非,淪目~腕,疾言噴噴,口沸目赤,一幸得胜
    ,疾笑嗌嗌,威儀固陋,辭气鄙俗,是以君子賤之也。”

    卷十
    齊桓公逐白鹿,至麥丘之邦,遇人,曰:“何謂者也?”對曰:“臣
    、麥丘之邦人。”桓公曰:“叟年几何?”對曰:“臣年八十有三矣。”
    桓公曰:“美哉!”與之飲。曰:“叟盍為寡人壽也?”對曰:“野人不
    知為君王之壽。”桓公曰:“盍以叟之壽祝寡人矣?”邦人奉觴再拜曰:
    “使吾君固壽,金玉之賤,人民是寶。”桓公曰:“善哉!祝乎!寡人聞
    之矣:至德不孤,善言必再。叟盍优之?”邦人奉觴再拜曰:“使吾君好
    學士而不惡問,賢者在側,諫者得入。”桓公曰:“善哉!祝乎!寡人聞
    之;至德不孤,善言必三。叟盍优之?”邦人奉觴再拜曰:“無使群臣百
    姓得罪于吾君,無使吾君得罪于群臣百姓。”桓公不說,曰:“此言者,
    非夫前二言之祝。叟其革之矣!”邦人潸然而涕下,曰:“愿君熟思之,
    此一言者、夫前二言之上也。臣聞子得罪于父,可因姑娣妹謝也,父乃赦
    之。臣得罪于君,可使左右謝也,君乃赦之。昔者、桀〔得罪于湯,紂得
    罪于武王,此君〕得罪于臣也,至今未有為謝也。”桓公曰:“善哉!寡
    人賴宗廟之福,社稷之靈,使寡人遇叟于此。”扶而載之,自御以歸,荐
    之于廟,而斷政焉。桓公之所以九合諸侯,一匡天下,不以兵車者,非獨
    管仲也,亦遇之于此。詩曰:“濟濟多士,文王以宁。”
    鮑叔荐管仲,曰:“臣所不如管夷吾者五:寬惠柔愛,臣弗如也;忠
    信可結于百姓,臣弗如也;制禮約法于四方,臣弗如也;決獄折中,臣弗
    如也;執模擦 誥ㄓ彩故孔勇,臣弗如也。”詩曰:“濟濟多士,文王
    以宁。”
    晉文公重耳亡,過曹,里鳧須從,因盜重耳資而亡,重耳無糧,餒不
    能行,子推割股肉以食重耳,然后能行。及重耳反國,國中多不附重耳者
    ,于是里鳧須造見,曰:“臣能安晉國。”文公使人應之曰:“子尚何面
    目來見寡人!欲安晉國也!”里鳧須曰:“君沐邪?”使者曰:“否。”
    鳧須曰:“臣聞沐者其心倒,心倒者其言悖。今君不沐,何言之悖也?”
    使者以聞,文公見之。里鳧須仰首曰:“离國久,臣民多過君;君反國,
    而民皆自危。里鳧須又襲竭君之資,避于深山,而君以餒,介子推割股,
    天下莫不聞,臣之為賊亦大矣,罪至十族,未足塞責,然君誠赦之罪,與
    驂乘,游于國中,百姓見之,必知不念舊惡,人自安矣。”于是文公大悅
    ,從其計,使驂乘于國中,百姓見之,皆曰:“夫里鳧須且不誅而驂乘,
    吾何懼也?”是以晉國大宁。故書云:“文王卑服,即康功田功。”若里
    鳧須罪無赦者也。詩曰:“濟濟多士,文王以宁。”
    傳曰:言為王之不易也。大命之至,其太宗太史太祝斯素服執策,北
    面而吊乎天子,曰:“大命既至矣,如之何憂之長也!”授天子策一矣。
    曰:“敬享以祭,永主天命,畏之無疆,厥躬無敢宁。”授天子策二矣。
    曰:“敬之夙夜,伊祝厥躬無怠,万民望之。”授天子策三矣。曰:“天
    子南面受于帝位,以治為憂,未以位為樂也。”詩曰:“天難忱斯,不易
    惟王。”
    君子溫儉以求于仁,恭讓以求于禮,得之自是,不得自是。故君子之
    于道也,猶農夫之耕,雖不獲年之优,無以易也。大王甫有子曰太伯、仲
    雍、季歷,歷有子曰昌,太伯知大王賢昌,而欲季為后,太伯去,之吳。
    大王將死,謂曰:“我死,汝往讓兩兄,彼即不來,汝有義而安。”大王
    薨,季之吳告伯仲,伯仲從季而歸,群臣欲伯之立季,季又讓。伯謂仲之
    曰:“今群臣欲我立季,季又讓,何以處之?”仲曰:“刑有所謂矣,要
    于扶微者。可以立季。”季遂立,而養文王,文王果受命而王。孔子曰:
    “太伯獨見,王季獨知;伯見父志,季知父心。故大王太伯王季可謂見始
    知終,而能承志矣。”詩曰:“自太伯王季,惟此王季,因心則友。則友
    其兄,則篤其慶,載錫之光。受祿無喪,奄有四方。”此之謂也。太伯反
    吳,吳以為君,至夫差二十八世而滅。
    齊宣王與魏惠王會田于郊。魏王曰:“亦有寶乎?”齊王曰:“無有
    。”魏王曰:“若寡人之小國也,尚有徑寸之珠,照車前后十二乘者十枚
    ,奈何以万乘之國無寶乎?”齊王曰:“寡人之所以為寶与王异。吾臣有
    檀子者、使之守南城,則楚人不敢為寇,泗水上有十二諸侯皆來朝。吾臣
    有盼子者、使之守高唐,則趙人不敢東漁于河。吾臣有黔夫者,使之守徐
    州,則燕人祭北門,趙人祭西門,從而歸之者十千余家。吾臣有种首者、
    使之備盜賊,而道不拾遺。吾將以照千里之外,豈特十二乘哉!”魏王慚
    ,不懌而去。詩曰:“辭之懌矣,民之莫矣。”
    東海有勇士曰丘欣,以勇猛聞于天下。遇神淵曰飲馬,其仆曰:“飲
    馬于此者,馬必死。”曰:“以欣之言飲之。”其馬果沈。丘欣去朝服,
    拔劍而入,三日三夜,殺三蛟一龍而出,雷神隨而擊之,十日十夜,眇其
    左目。要离聞之,往見之,曰:“欣在乎?”曰:“送有喪者。”往見欣
    于墓,曰:“聞雷神擊子,十日十夜,眇子左目。夫天怨不全日,人怨不
    旋踵。至今弗報,何也?”叱而去,墓上振憤者,不可胜數。要离歸,謂
    門人曰:“丘欣、天下之勇士也。今日、我辱之人中,是其必來攻我。暮
    無閉門,寢無閉戶。”丘欣果夜來,拔劍住要离頸曰:“子有死罪三:辱
    我以人中,死罪一也;暮不閉門,死罪二也;寢不閉戶,死罪三也。”要
    离曰:“子待我一言:〔子有三不肖,昏暮〕來謁,不肖一也;拔劍不刺
    ,不肖二也;刃先辭后,不肖三也。能殺我者、是毒藥之死耳。”丘欣引
    劍而去,曰:“嘻!所不若者,天下惟此子爾!”傳曰:“公子目夷以辭
    得國,今要离以辭得身。言不可不文,猶若此乎!”詩曰:“辭之懌矣,
    民之莫矣。”
    傳曰:齊使使獻鴻于楚,鴻渴,使者道飲,鴻促笞潰失。使者遂之楚
    ,曰:“齊使者獻鴻,鴻渴,道飲,促笞潰失。臣欲亡,為失兩君之使不
    通;欲拔劍而死,人將以吾君賤士貴鴻也。促笞在此,愿以污事。”楚王
    賢其言,辯其詞,因留而賜之,終身以為上客。故使者必矜文辭,喻誠信
    ,明气志,解結申屈,然后可使也。詩曰:“辭之懌矣。”
    扁鵲過虢侯,世子暴病而死。扁鵲造宮,曰:“吾聞國中卒有壤土之
    事,得無有急乎?”曰:“世子暴病而死。”扁鵲曰:“入言鄭醫秦越人
    能治之。”庶子之好方者出應之,曰:“吾聞上古醫者曰弟父,弟父之為
    醫也,以莞為席,以芻為狗,北面而祝之,發十言耳,諸扶輿而來者,皆
    平复如故。子之方豈能若是乎?”扁鵲曰:“不能。”又曰:“吾聞中古
    之醫者曰菖跗,菖跗之為醫也,木為腦,芷草為軀,吹竅定腦,死者复之
    生。子之方豈能若是乎?”扁鵲曰:“不能。”中庶子曰:“苟如子之方
    ,譬如以管窺天,以錐刺地,所窺者大,所見者小,所刺者巨,所中者少
    ,如子之方,豈足以變童子哉?”扁鵲曰:“不然。事故有昧投而中頭,
    掩目而別白黑者。夫世子病,所謂尸蹶者,以為不然,試入診,世子股陰
    當溫,耳焦焦如有啼者聲,若此者、皆可活也。”中庶子遂入診世子,以
    病報,虢侯聞之,足跣而起,至門曰:“先生遠辱,幸臨寡人,先生幸而
    治之,則糞土之息,得蒙天地載長為人;先生弗治,則先犬馬填壑矣。”
    言未卒,而涕泣沾襟。扁鵲入,砥針礪石,取三陽五輸,為先軒之灶,八
    拭之陽,子同藥,子明灸陽,子游按磨,子儀反神,子越扶形,于是世子
    复生。天下聞之,皆以扁鵲能起死人也。扁鵲曰:“吾不能起死人,直使
    夫當生者起。”死者猶可藥,而況生者乎!悲夫!罷君之治,無可藥而息
    也。詩曰:“不可救藥。”言必亡而已矣。
    楚丘先生披蓑帶索,往見孟嘗君。孟嘗君曰:“先生老矣!春秋高矣
    !多遺忘矣!何以教文?”楚丘先生曰:“惡君謂我老!惡君謂我老!意
    者、將使我投石超距乎?追車赴馬乎?逐麋鹿、搏豹虎乎?吾則死矣,何
    暇老哉!將使我深計遠謀乎?定猶豫而決嫌疑乎?出正辭而當諸侯乎?吾
    乃始壯耳,何老之有!”孟嘗君赧然,汗出至踵,曰:“文過矣!文過矣
    !”詩曰:“老夫灌灌。”
    齊景公游于牛山之上,而北望齊,曰:“美哉國乎!郁郁泰山。使古
    無死者,則寡人將去此而何之?”俯而泣沾襟。國子高子曰:“然臣賴君
    之賜,疏食惡肉可得而食也,駑馬柴車可得而乘也,且猶不欲死,況君乎
    !”俯泣。晏子曰:“樂哉!今日嬰之游也。見怯君一,而諛臣二,使古
    而無死者,則太公至今猶存,吾君方今將被蓑躪而立乎畎畝之中,惟事之
    恤,何暇念死乎!”景公慚,而舉觴自罰,因罰二臣。
    秦繆公將田,而喪其馬,求三日,而得之莖山之陽,有鄙夫乃相与食
    之。繆公曰:“此駁馬之肉,不得酒者死。”繆公乃求酒,遍飲之,然后
    去。明年、晉師与繆公戰,晉之左格右者、圍繆公而擊之,甲已墮者六矣
    。食馬者三百余人皆曰:“吾君仁而愛人,不可不死。”還擊晉之左格右
    ,免繆公之死。
    傳曰:卞庄子好勇,母無恙時,三戰而三北,交游非之,國君辱之,
    卞庄子受命,顏色不變。及母死三年,魯興師,卞庄子請從,至,見于將
    軍曰:“前猶与母處,是以戰而北也,辱吾身!今母沒矣,請塞責。”遂
    走敵而斗,獲甲首而獻之,“請以此塞一北”。又獲甲首而獻之,“請以
    此塞再北。”將軍止之,曰:“足。”不止,又獲甲首而獻之,曰:“請
    以此塞三北。”將軍止之,曰:“足,請為兄弟。”卞庄子曰:“夫北、
    以養母也,今母歿矣,吾責塞矣。吾聞之,節士不以辱生。”遂奔敵,殺
    七十人而死。君子聞之,曰:“三北已塞責,又滅世斷宗,士節小具矣,
    而于孝未終也。”詩曰:“靡不有初,鮮克有終。”
    天子有爭臣七人,雖無道,不失其天下。昔殷王紂殘賊百姓,絕逆天
    道,至袤肅蹼孕婦,脯鬼侯,醢梅伯,然所以不亡者、以其有箕子比干之
    故。微子去之,箕子執囚為奴,比干諫而死,然后周加兵而誅絕之。諸侯
    有爭臣五人,雖無道,不失其國。吳王夫差為無道,至驅一市之民以葬闔
    閭,然所以不亡者,有伍子胥之故也。胥以死,越王勾踐欲伐之,范蠡諫
    曰:“子胥之計策尚未忘于吳王之腹心也。”子胥死后三年,越乃能攻之
    。大夫有爭臣三人,雖無道,不失其家。季氏為無道,僭天子,舞八佾,
    旅泰山,以雍徹,孔子曰:“是可忍也,孰不可忍也?”然不亡者,以冉
    有季路為宰臣也。故曰:“有諤諤爭臣者、其國昌,有默默諛臣者、其國
    亡。”詩曰:“不明爾德,時無背無側;爾德不明,以無陪無卿。”言大
    王咨嗟,痛殷商無輔弼諫諍之臣,而亡天下矣。
    齊桓公出游,遇一丈夫,裒衣應步,帶著桃殳。桓公怪而問之曰:“
    是何名?何經所在?何篇所居?何以斥逐?何以避余?”丈夫曰:“是名
    二桃,桃之為言亡也。夫日日慎桃,何患之有?故亡國之社,以戒諸侯;
    庶人之戒,在于桃殳。”桓公說其言,与之共載。來年正月,庶人皆佩。
    詩曰:“殷監不遠。”
    齊桓公置酒,令諸侯大夫曰:“后者飲一經程。”管仲后,當飲一經
    程,飲其一半,而棄其半。桓公曰:“仲父當飲一經程而棄之,何也?”
    管仲曰:“臣聞之:酒入口者、舌出,舌出者、〔言失,言失者、〕棄身
    ,與其棄身,不宁棄酒乎?”桓公曰:“善。”詩曰:“荒湛于酒。”
    齊景公遣晏子南使楚。楚王聞之,謂左右曰:“齊遣晏子使寡人之國
    ,几至矣。”左右曰:“晏子、天下之辯士也,与之議國家之務,則不如
    也;与之論往古之術,則不如也。王獨可以与晏子坐,使有司束人過王,
    王問之,使言齊人善盜,故束之。是宜可以困之。”王曰:“善。”晏子
    至,即与之坐,圖國之急務,辨當世之得失,再舉再窮,王默然無以續語
    。居有間,束徒以過之。王曰:“何為者也?”有司對曰:“是齊人,善
    盜,束而詣吏。”王欣然大曰:“齊乃冠帶之國,辯士之化,固善盜乎?
    ”晏子曰:“然、固取之。王不見夫江南之樹乎!名橘,樹之江北,則化
    為枳,何則?地土使然爾。夫子處齊之時,冠帶而立,儼有伯夷之廉,今
    居楚而善盜,意土地之化使然爾。王又何怪乎!”詩曰:“無言不讎,無
    德不報。”
    吳延陵季子游于齊,見遺金〔于路〕,呼牧者取之。牧者曰:“子〔
    何〕居之高,視之下;貌之君子,而言之野也。吾有君不君,有友不友,
    當暑衣裘,君疑取金者乎?”延陵子知其為賢者,請問姓字。牧者曰:“
    子乃皮相之士也;何足語姓字哉!”遂去。延陵季子立而望之,不見乃止
    。孔子曰:“非禮勿視,非禮勿听。”
    顏淵問于孔子曰:“淵愿貧如富,賤如貴,無勇而威,与士交通,終
    身無患難。亦且可乎?”孔子曰:“善哉!回也!夫貧而如富,其知足而
    無欲也;賤而如貴,其讓而有禮也;無勇而威,其恭敬而不失于人也;終
    身無患難,其擇言而出之也。若回者、其至乎!雖上古圣人亦如此而已。
    ”
    齊景公出田,十有七日而不反。晏子乘而往,比至,衣冠不正,景公
    見而怪之,曰:“夫子何遽乎?得無急乎?”晏子對曰:“然,有急。國
    人皆以君為惡民好禽。臣聞之:魚鱉厭深淵而就干淺,故得于釣网;禽獸
    厭深山而下都澤,故得于田獵。今君出田,十有七日而不反,不亦過乎?
    ”景公曰:“不然。為賓客莫應待邪?則行人子牛在;為宗廟而不血食邪
    ?則祝人太宰在;為獄不中邪?則大理子几在;為國家有余不足邪?則巫
    賢在。寡人有四子,猶有四肢也,而得代焉,不可患焉!”晏子曰:“然
    。人心有四肢,而得代焉,則善矣;令四肢無心十有七日,不死乎?”景
    公曰:“善哉言!”遂援晏子之手,与驂乘而歸。若晏子者、可謂善諫者
    矣。
    楚庄王將興師伐晉,告士大夫曰:“敢諫者死無赦。”孫叔敖曰:“
    臣聞:畏鞭棰之嚴,而不敢諫其父,非孝子也;懼斧鉞之誅,而不敢諫其
    君,非忠臣也。”于是遂進諫曰:“臣園中有榆,其上有蟬,蟬方奮翼悲
    鳴,欲飲清露,不知螳螂之在后,曲其頸,欲攫而食之也;螳螂方欲食蟬
    ,而不知黃雀在后,舉其頸,欲啄而食之也;黃雀方欲食螳螂,不知童挾
    彈丸在下,迎而欲彈之;童子方欲彈黃雀,不知前有深坑,后有窟也。此
    皆言前之利,而不顧后害者也,非獨昆虫眾庶若此也,人主亦然。君今知
    貪彼之土,而樂其士卒。”國不怠,而晉國以宁,孫叔敖之力也。
    晉平公之時,藏寶之台燒,士大夫聞,皆趨車馳馬救火,三日三夜乃
    胜之。公子晏子獨束帛而賀曰:“甚善矣!”平公勃然作色,曰:“珠玉
    之所藏也,國之重寶也,而天火之,士大夫皆趨車走馬而救之,子獨束帛
    而賀,何也?有說則生,無說則死。”公子晏子曰:“何敢無說?臣聞之
    :王者藏于天下,諸侯藏于百姓〔農夫藏于鐔祝秧`采碳植賾隗尕選今之
    百姓之于外,短褐不蔽形,糟糠不充口,虛而賦a無已,收太半而藏之台
    ,是以天火之。且臣聞之:昔者桀殘賊海內,賦a無度,万民甚苦,是故
    湯誅之,為天下戮笑。今皇天降災于藏台,是君之福也,而不自知變悟,
    亦恐君之為鄰國笑矣”。公曰:“善。自今已往,請藏于百姓之間。”詩
    曰:“稼穡維寶,代食維好。”
    魏文侯問里克曰:“吳之所以亡者、何也?”里克對曰:“數戰而數
    胜。”文侯曰:“〔數戰〕數胜,國之福也。其獨亡,何也?”里克對曰
    :“數戰則民疲,數胜則主驕;驕則恣,恣則极〔物,疲則怨,怨則极慮
    〕。上下俱极,吳之亡猶晚矣!此夫差所以自喪于干遂。”詩曰:“天降
    喪亂,滅我立王。”
    楚有士曰申鳴,治園以養父母,孝聞于楚,王召之,申鳴辭不往。其
    父曰:“王欲用汝,何為辭之?”申鳴曰:“何舍為子,乃為臣乎?”其
    父曰:“使汝有祿于國,有位于廷,汝樂,而我不憂矣。我欲汝之仕也。
    ”申鳴曰:“諾。”遂之朝受命,楚王以為左司馬。其年、遇白公之亂,
    殺令尹子西、司馬子期,申鳴因以兵之衛。白公謂石乞曰:“申鳴、天下
    勇士也,今將兵,為之奈何?”石乞曰:“吾聞申鳴、孝也,劫其父以兵
    。”使人謂申鳴曰:“子与我,則与子楚國;不与我,則殺乃父。”申鳴
    流涕而應之曰:“始則父之子,今則君之臣,已不得為孝子,安得不為忠
    臣乎!”援桴鼓之,遂殺白公,其父亦死焉。王歸、賞之。申鳴曰:“受
    君之祿,避君之難,非忠臣也;正君之法,以殺其父,又非孝子也。行不
    兩全,名不兩立。悲夫!若此而生,亦何以示天下之士哉!”遂自刎而死
    。詩曰:“進退惟谷。”
    昔者、太公望周公旦受封而見,太公問周公何以治魯?周公曰:“尊
    尊親親。”太公曰:“魯從此弱矣。”周公問太公曰:“何以治齊?”太
    公曰:“舉賢賞功。”周公曰:“后世必有劫殺之君矣。”后齊日以大,
    至于霸,二十四世而田氏代之。魯日以削,三十四世而亡。猶此觀之,圣
    人能知微矣。詩曰:“惟此圣人,瞻言百里。”

  • 鄧析子

    鄧析子

    Aproximadamente 751 palavras.

    Produced by Wan Ting Gong

    Deng Xi Zi (Thought Of Deng Xi Zi)

    by Deng Xi

    The original Chinese:

    鄧析子

    鄧析

    無厚篇

    天於人,無厚也。君於民,無厚也。父於子,無厚也。兄於弟,無厚也。
    何以言之?天不能屏勃厲之氣,全夭折之人,使為善之民必壽,此於民無
    厚也。凡民有穿窬為盜者,有詐偽相迷者,此皆生於不足,起於貧窮,而
    君必執法誅之,此於民無厚也。堯舜位為天子,而丹朱商均為布衣,此於
    子無厚也。周公誅管蔡,此於弟無厚也。推此言之,何厚之有?循名責實
    ,君之事也。奉法宣令,臣之職也。下不得自擅,上操其柄而不理者,未
    之有也。君有三累,臣有四責。何謂三累:惟親所信,一累。以名取士,
    二累。近故親疏,三累。何謂四責:受重賞而無功,一責。居大位而不治
    ,二責。理官而不平,三責。御軍陣而奔北,四責。君無三累,臣無四責
    ,可以安國。

    勢者,君之輿。威者,君之策。臣者,君之馬。民者,君之輪。世固則輿
    安,威定則策勁。臣順則馬良,民和則輪利。為國失此,必有覆車奔馬折
    輪敗載之患。安得不危!輪敗策折,馬奔輿覆,則載者亦傾矣(此三句從
    意林補)。異同之不可別,是非之不可定,白黑之不可分,清濁之不可理
    。久矣。誠聽能聞於無聲,視能見於無形,計能規於未兆,慮能防於未然
    。斯無他也,不以耳聽,則通於無聲矣。不以目視,則照於無形矣。不以
    心計,則達於無兆矣。不以知慮,則合於未然矣。君者藏形匿影,群下無
    私,掩目塞耳,萬民恐震。

    循名責實,察法立威,是明王也。夫明於形者分,不遇於事。察於動者用
    ,不失則利。故明君審一,萬物自定。名不可以外務,智不可以從他,求
    諸己之謂也。

    治世位不可越,職不可亂。百官有司各務其刑。上循名以督實,下奉教而
    不違。所美觀其所終,所惡計其所窮。喜不以賞,怒不以罰。可謂治世。

    夫負重者患塗遠,據貴者憂民離。負重塗遠者,身疲而無功。在上離民者
    ,雖勞而不治。故智者量塗而後負,明君視民而出政。

    獵羆虎者,不於外圂。釣鯨鯢者,不於清池。何則?圂非羆虎之窟也,池
    非鯨鯢之泉也。楚之不泝流,陳之不束麾,長盧之不士,呂子之蒙恥。

    夫游而不見敬,不恭也。居而不見愛,不仁也。言而不見用,不信也。求
    而不能得,無始也。謀而不見喜,無理也。計而不見從,遺道也。因勢而
    發譽,則行等而名殊。人齊而得時,則力敵而功倍。其所以然者,乘勢之
    在外,推辯說,非所聽也。虛詞,非所應也。無益之辭,非所舉也。故談
    者別殊類,使不相害。序異端,使不相亂。諭志通意,非務相乖也。若飾
    詞以相亂,匿詞以相移;非古之辯也。

    慮不先定,不可以應卒。兵不閑習,不可以當敵。廟算千里,帷幄之奇。
    百戰百勝,黃帝之師。

    死生自命,貧富自時。怨夭折者,不知命也。怨貧賤者,不知時也。故臨
    難不懼,知天命也。貧窮無懾,達時序也。凶饑之歲,父死於室,子死於
    戶,而不相怨者,無所顧也。同舟渡海,中流遇風,救患若一,所憂同也
    。張羅而畋,唱和不差者,其利等也。故體痛者口不能不呼,心悅者顏不
    能不笑。責疲者以舉千鈞,責兀者以及走兔。驅逸足於庭,求猿捷於檻,
    斯逆理而求之,猶倒裳而索領。事有遠而親,近而疏。就而不用,去而反
    求。風此四行,明主大憂也。

    夫水濁則無掉尾之魚,政苛則無逸樂之士。故令煩則民詐,政擾則民不定
    。不治其本,而務其末。譬如拯溺錘之以石,救火投之以薪。

    夫達道者,無知之道也,無能之道也。是知大道不知而中,不能而成,無
    有而足。守虛責實,而萬事畢。忠言於不忠,義生於不義。音而不收謂之
    放,言出而不督謂之闇。故見其象,致其形,循其理,正其名,得其端,
    知其情。若此何往不復,何事不成!有物者,意也。無外者,德也。有人
    者,行也。無人者,道也。故德非所履,處非所處,則失道。非其道不道
    ,則諂意。無賢慮,無忠行,無道言,虛如受實,萬事畢。

    夫言榮不若辱,非誠辭也。得不若失,非實談也。不進則退,不喜則憂,
    不得則亡。此世人之常,真人危斯,十者而為一矣。所謂大辯者,別天下
    之行,具天下之物。選善退惡,時措其宜,而功立德至矣。小辯則不然。
    別言異道,以言相射,以行相伐,使民不知其要。無他故焉,故淺知也。
    君子并物而措之,兼塗而用之。五味未嘗,而辨于口。五行在身,而布於
    人。故何方之道不從。面從之義不行,治亂之法不用,惔然寬裕,蕩然簡
    易,略而無失,精詳入纖微也。

    夫舟浮於水,車轉於陸,此自然道也。有不治者,知不豫焉。

    夫木擊折c,水戾破舟,不怨木石,而罪巧拙,故不載焉。故有知則惑,
    有心則嶮,有目則眩。是以規矩一而不易,不為秦楚緩節,不為胡越改容
    。一而不邪,方行而不流。一日形之,萬世傳之,無為為之也。

    夫自見之明,借人見之,闇也。自聞之聰,借人聞之,聾也。明君知此,
    則去就之分定矣。為君當若冬日之陽,夏日之陰,萬物自歸,莫之使也。
    恬臥而功自成,優游而政自治。豈在振目搤腕,手據鞭扑,而後為治與?

    夫合事有不合者,知與未知也。合而不結者,陽親而陰疏。故遠而親者,
    志相應也。近而疏者,志不合也。就而不用者,策不得也。去而反求者,
    無違行也。近而不御者,心相乖也。遠而相思者,合其謀也。故明君擇人
    ,不可不審。士之進趣,亦不可不詳。

    轉辭篇

    世間悲哀喜樂嗔怒憂愁,久惑於此,今轉之在己。為哀在他,為悲在己。
    為樂在他,為喜在己。為嗔在他,為怒在己。為愁在他,為憂在己。若扶
    之與攜,謝之與議。故之與右,諾之與己,相去千里也。夫言之術:與智
    者言,依於博。與博者言,依於辯。與辯者言,依於安。與貴者言,依於
    勢。與富者言,依於豪。與貧者言,依於利。與勇者言,依於敢。與愚者
    言,依於說。此言之術也。不用在早圖,不窮在早稼。非所宜言,勿言。
    非所宜為,勿為以避其危。非所宜取,勿取以避其咎。非所宜爭,勿爭以
    避其聲。一聲而非,駟馬勿追。一言而急,駟馬不及。故惡言不出口,苟
    語不留耳。此謂君子也。夫任臣之法,闇則不任也,慧則不從也,仁則不
    親也,勇則不近也,信則不信也。不以人用人,故謂之神。怒出於不怒,
    為出於不為。視於無有,則得其所見。聽於無聲,則得其所聞。故無形者
    ,有形之本。無聲者,有聲之母。循名責實,實之極也。按實定名,名之
    極也。參以相平,轉而相成,故得之形名。

    夫川竭而谷虛,丘夷而淵實。聖人以死,大盜不起,天下平而故也。聖人
    不死,大盜不止,何以知其然?為之斗斛而量之,則并斗斛而竊之。為之
    權衡以平之,則并與權衡而竊之。為之符璽以信之,則并與符璽而竊之。
    為之仁義以教之,則并仁義而竊之。何以知其然?彼竊財誅,竊國者為諸
    侯。諸侯之門,仁義存焉。是非竊仁義耶?故遂於大盜霸諸侯,此重利也
    。盜跖所不可桀者,乃聖人之罪也。欲之與惡,善之與惡,四者變之失。
    恭之與儉,敬之與傲,四者失之修。故善素朴。任惔憂而無失,未有脩焉
    ,此德之永也。言有信而不為信,言有善而不為善者,不可不察也。

    夫治之法,莫大於使私不行。君之功,莫大於使民不爭。今也,立法而行
    私與法爭。其亂也,甚於無法。立君而尊賢與君爭,其亂也,甚於無君。
    故有道之國,法立則私善不行,君立而賢者不尊。民一於君,事斷於法,
    此治國之道也。明君之督大臣,緣身而責名,緣名而責形,緣形而責實,
    臣懼其重誅之至,於是不敢行其私矣。

    心欲安靜,慮欲深遠。心安靜則神策生,慮深遠則計謀成。心不欲躁,慮
    不欲淺。心躁則精神滑,慮淺則百事傾。治世之禮,簡而易行。亂世之禮
    ,煩而難遵。上古之樂,質而不悲。當今之樂,邪而為淫。上古之民,質
    而敦朴。今世之民,詐而多行。上古象刑而民不犯;教有墨劓,不以為恥
    ,斯民所以亂多治少也。堯置敢諫之鼓,舜立誹謗之木,湯有司直之人,
    武有戒慎之銘。此四君子者,聖人也,而猶若此之勤。至於栗陸氏殺東里
    子,宿沙氏戮箕文,桀誅龍逢,紂刳比干,四主者亂君,故其疾賢若仇。
    是以賢愚之相覺,若百丈之谿,與萬仞之山;若九地之下,與重山之巔。

    明君之御民,若御奔而無轡,履冰而負重。親而疏之,疏而親之,故畏檢
    則福生,驕奢則禍起。聖人逍遙一世,罕匹萬物之形。寂然無鞭扑之罰,
    漠然無叱吒之聲,而家給人足,天下太平。視昭昭,知冥冥,推未運,睹
    未然,故神而不可見,幽而不可見,此之謂也。

    君人者不能自專,而好任下,則智日困而數日窮,迫於下則不能申。行隨
    於國,則不能持。知不足以為治,威不足以行誅,無以與下交矣。故喜而
    使賞,不必當功。怒而使誅,不必值罪。不慎喜怒,誅賞從其意,而欲委
    任臣下,故亡國相繼,殺君不絕。古人有言,眾口鑠金,三人成虎,不可
    不察也。

    夫人情發言欲勝,舉事欲成。故明者不以其短,疾人之長。不以其拙,病
    人之工。言有善者,則賞之。言有非者,則罰之。塞邪枉之路,蕩浮辭之
    端。臣下閔之,左右結舌,可謂明君。為善者君與之賞。為惡者君與之罰
    ,因其所以來而報之,循其所以進而答之。聖人因之,故能用之。因之循
    理,故能長久。今之為君,無堯舜之才,而慕堯舜之治,故終顛殞乎混冥
    之中,而事不覺於昭明之術。是以虛慕欲治之名,無益亂世之理也。

    忠怠於宦成,病始于少瘳。禍生於懈慢,孝衰於妻子。此四者,慎終如始
    也。富必給貧,壯必給老。快情恣欲,必多侈侮。故曰:尊貴無以高人,
    聰明無以籠人,資給無以先人,剛勇無以勝人,能履行此,可以為天下君
    。

    夫謀莫難於必聽,事莫難於必成。成必合於數,聽必合於情,故抱薪加火
    ,爍者必先燃。平地注水,溼者必先濡。故曰:動之以其類,安有不應者
    ,獨行之術也。

    明君立法之後,中程者賞,缺繩者誅。此之謂君曰亂君,國曰亡國。

    智者寂於是非,故善惡有別。明者寂於去就,故進退無類。若智不能察是
    非,明不能審去就,斯謂虛妄。

    目貴明,耳貴聰,心貴公。以天下之目視,則無不見。以天下之耳聽,則
    無不聞。以天下之智慮,則無不知。得此三術,則存於不為也。

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  • 道德經

    道德經

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    老子《道德經》 第一~四十章

    老子道經

    第一章

    道可道,非常道。名可名,非常名。無,名天地之始﹔有,名萬物之母。
    故常無,欲以觀其妙;常有,欲以觀其徼。此兩者,同出而異名,同謂之
    玄。玄之又玄,眾妙之門。

    第二章

    天下皆知美之為美,斯惡矣﹔皆知善之為善,斯不善矣。故有無相生,難
    易相成,長短相形,高下相傾,音聲相和,前後相隨。是以聖人處「無為
    」之事,行「不言」之教。萬物作焉而不辭,生而不有,為而不恃,功成
    而弗居。夫唯弗居,是以不去。

    第三章

    不尚賢,使民不爭﹔不貴難得之貨,使民不為盜﹔不見可欲,使民心不亂
    。是以「聖人」之治,虛其心,實其腹,弱其志,強其骨。常使民無知無
    欲。使夫智者不敢為也。為「無為」,則無不治。

    第四章

    「道」沖,而用之或不盈。淵兮,似萬物之宗﹔挫其銳,解其紛,和其光
    ,同其塵﹔湛兮似或存。吾不知誰之子?象帝之先。

    第五章

    天地不仁,以萬物為芻狗﹔聖人不仁,以百姓為芻狗。天地之間,其猶橐
    蘥乎?虛而不屈,動而愈出。多言數窮,不如守中。

    第六章

    谷神不死,是謂玄牝。玄牝之門,是謂天地根。綿綿若存,用之不勤。

    第七章

    天長地久。天地所以能長且久者,以其不自生,故能長久。是以聖人後其
    身而身先,外其身而身存。非以其無私邪?故能成其私。

    第八章

    上善若水。水善利萬物而不爭。處眾人之所惡,故幾於道。居善地,心善
    淵,與善仁,言善信,政善治,事善能,動善時。夫唯不爭,故無尤。

    第九章

    持而盈之,不如其已﹔揣而銳之,不可長保。金玉滿堂,莫之能守﹔富貴
    而驕,自遺其咎。功遂身退,天之道。

    第十章

    載營魄抱一,能無離乎?專氣致柔,能嬰兒乎?滌除玄覽,能無疵乎?愛
    國治民,能無為乎?天門開闔,能為雌乎?明白四達,能無知乎?生之畜
    之,生而不有,為而不恃,長而不宰,是謂玄德。

    第十一章

    三十輻共一轂,當其無,有車之用。埏埴以為器,當其無,有器之用。鑿
    戶牖以為室,當其無,有室之用。故有之以為利,無之以為用。

    第十二章

    五色令人目盲﹔五音令人耳聾﹔五味令人口爽﹔馳騁畋獵,令人心發狂﹔
    難得之貨,令人行妨。是以聖人為腹不為目,故去彼取此。

    第十三章

    寵辱若驚,貴大患若身。何謂寵辱若驚?寵為下,得之若驚,失之若驚,
    是謂寵辱若驚。何謂貴大患若身?吾所以有大患者,為吾有身,及吾無身
    ,吾有何患?故貴以身為天下,若可寄天下﹔愛以身為天下,若可托天下
    。

    第十四章

    視之不見,名曰「夷」﹔聽之不聞,名曰「希」﹔搏之不得,名曰「微」
    。此三者不可致詰,故混而為一。其上不皦,其下不昧。繩繩不可名,復
    歸於無物。是謂無狀之狀,無物之象,是謂惚恍。迎之不見其首,隨之不
    見其後。執古之道,以御今之有。能知古始,是謂道紀。

    第十五章

    古之善為士者,微妙玄通,深不可識。夫唯不可識,故強為之容:豫兮若
    冬涉川﹔猶兮若畏四鄰﹔儼兮其若客﹔渙兮若冰之釋﹔敦兮其若朴﹔曠兮
    其若谷﹔混兮其若濁。孰能晦以理之徐明?孰能濁以靜之徐清?孰能安以
    動之徐生?保此道者不欲盈。夫唯不盈,故能蔽而新成。

    第十六章

    致虛極,守靜篤,萬物並作,吾以觀復。夫物芸芸,各復歸其根。歸根曰
    靜,靜曰復命。復命曰常,知常曰明。不知常,妄作凶。知常容,容乃公
    。公乃王,王乃天,天乃道,道乃久,沒身不殆。

    第十七章

    太上,下不知有之﹔其次,親而譽之﹔其次,畏之﹔其次,侮之。信不足
    焉,有不信焉。悠兮其貴言。功成事遂,百姓皆謂:「我自然」。

    第十八章

    大道廢,有仁義﹔智慧出,有大偽﹔六親不和,有孝慈﹔國家昏亂,有忠
    臣。

    第十九章

    絕聖棄智,民利百倍﹔絕仁棄義,民復孝慈﹔絕巧棄利,盜賊無有。此三
    者,以為文不足。故令有所屬:見素抱朴,少私寡欲。

    第二十章

    絕學無憂。唯之與阿,相去幾何?善之與惡,相去若何?人之所畏,不可
    不畏。荒兮其未央哉!眾人熙熙,如享太牢,如登春台。我獨泊兮其未兆
    ,如嬰兒之未孩。 兮,若無所歸。眾人皆有餘,而我獨若遺。我愚人
    之心也哉!沌沌兮。俗人昭昭,我獨昏昏。俗人察察,我獨悶悶。澹兮其
    若海,飉兮若無止。眾人皆有以,我獨頑且鄙。我獨異於人,而貴食母。

    第二十一章

    孔德之容,惟道是從。道之為物,惟恍惟惚。惚兮恍兮,其中有象﹔恍兮
    惚兮,其中有物。窈兮冥兮,其中有精﹔其精甚真,其中有信。自今及古
    ,其名不去,以閱眾甫。吾何以知眾甫之狀哉?以此。

    第二十二章

    曲則全,枉則直,窪則盈,敝則新,少則多,多則惑。是以聖人抱一為天
    下式。不自見,故明﹔不自是,故彰﹔不自伐,故有功﹔不自矜,故長。
    夫唯不爭,故天下莫能與之爭。古之所謂「曲則全」者,豈虛言哉!誠全
    而歸之。

    第二十三章

    希言自然。故飄風不終朝,驟雨不終日。孰為此者?天地。天地尚不能久
    ,而況于人乎?故從事于道者,同于道﹔德者,同于德﹔失者,同于失。
    同于道者,道亦樂得之﹔同于德者,德亦樂得之﹔于失者,失亦樂得之。
    信不足焉,有不信焉。

    第二十四章

    企者不立﹔跨者不行﹔自見者不明﹔自是者不彰﹔自伐者無功﹔自矜者不
    長。其在道也,曰:餘食贅形。物或惡之,故有道者不處。

    第二十五章

    有物混成,先天地生。寂兮寥兮,獨立而不改,周行而不殆,可以為天地
    母。吾不知其名,強字之曰道,強為之名曰大。大曰逝,逝曰遠,遠曰反
    。故道大,天大,地大,人亦大。域中有四大,而人居其一焉。人法地,
    地法天,天法道,道法自然。

    第二十六章

    重為輕根,靜為躁君。是以君子終日行不離輜重。雖有榮觀,燕處超然。
    奈何萬乘之主,而以身輕天下?輕則失根,躁則失君。

    第二十七章

    善行,無轍跡,善言,無瑕謫﹔善數,不用籌策﹔善閉,無關楗而不可開
    ,善結,無繩約而不可解。是以聖人常善救人,故無棄人﹔常善救物,故
    無棄物。是謂襲明。故善人者,不善人之師﹔不善人者,善人之資。不貴
    其師,不愛其資,雖智大迷,是謂要妙。

    第二十八章

    知其雄,守其雌,為天下谿。為天下谿,常德不離,復歸于嬰兒。知其白
    ,守其黑,為天下式,常德不忒,復歸于無極。知其榮,守其辱,為天下
    谷。為天下谷,常德乃足,復歸于朴。為天下式。朴散則為器,聖人用之
    ,則為官長,故大制不割。

    第二十九章

    將欲取天下而為之,吾見其不得已。天下神器,不可為也,不可執也。為
    者敗之,執者失之。故物或行或隨,或噓或吹,或強或羸,或載或隳,是
    以聖人去甚,去奢,去泰。

    第三十章

    以道佐人主者,不以兵強天下。其事好還。師之所處,荊棘生焉。大軍之
    后,必有凶年。善者果而已,不敢以取強。果而勿矜,果而勿伐,果而勿
    驕。果而不得已,果而勿強。物壯則老,是謂不道,不道早已。

    第三十一章

    夫佳兵者,不祥之器,物或惡之,故有道者不處。君子居則貴左,用兵則
    貴右。兵者不祥之器,非君子之器,不得已而用之,恬淡為上。勝而不美
    ,而美之者,是樂殺人。夫樂殺人者,則不可得志于天下矣。吉事尚左,
    凶事尚右。偏將軍居左,上將軍居右,言以喪禮處之。殺人之眾,以悲哀
    泣之,戰勝以喪禮處之。

    第三十二章

    道常無名,朴雖小,天下莫能臣。侯王若能守之,萬物將自賓。天地相合
    ,以降甘露,民莫之令而自均。始制有名,名亦既有,夫亦將知止,知止
    可以不殆。譬道之在天下,猶川谷之于江海。

    第三十三章

    知人者智,自知者明。勝人者有力,自勝者強。知足者富。強行者有志。
    不失其所者久。死而不亡者壽。

    第三十四章

    大道氾兮,其可左右。萬物恃之以生而不辭,功成不名有,衣養萬物而不
    為主。常無欲,可名于小﹔萬物歸焉而不為主,可名為大。以其終不自為
    大,故能成其大。

    第三十五章

    執大象,天下往。往而不害,安平太。樂與餌,過客止。道之出口,淡乎
    其無味。視之不足見,聽之不足聞,用之不足既。

    第三十六章

    將欲歙之,必固張之﹔將欲弱之,必固強之﹔將欲廢之,必固興之﹔將欲
    取之,必固與之。是謂微明。柔勝剛,弱勝強。魚不可脫于淵,國之利器
    ,不可以示人。

    第三十七章

    道常無為而無不為。侯王若能守之,萬物將自化。化而欲作,吾將鎮之以
    無名之朴。鎮之以無名之朴,夫亦將不欲。不欲以靜,天下將自正。

    老子德經

    第三十八章

    上德不德,是以有德﹔下德不失德,是以無德。上德無為而無以為﹔下德
    無為而有以為。上仁為之而無以為﹔上義為之而有以為。上禮為之而莫之
    應,則攘臂而扔之。故失道而后德,失德而后仁,失仁而后義,失義而后
    禮。夫禮者,忠信之薄,而亂之首。前識者,道之華,而愚之始。是以大
    丈夫處其厚,不居其薄﹔處其實,不居其華。故去彼取此。

    第三十九章

    昔之得一者:天得一以清﹔地得一以寧﹔神得一以靈﹔谷得一以盈﹔萬物
    得一以生﹔侯王得一以為天下正。其致之也,天無以清,將恐裂﹔地無以
    寧,將恐廢﹔神無以靈,將恐歇﹔谷無以盈,將恐竭﹔萬物無以生,將恐
    滅﹔侯王無以貞,將恐蹶。故貴以賤為本,高以下為基。是以侯王自稱孤
    、寡、不穀。此非以賤為本邪?非乎?故致譽無譽。是故不欲琭琭如玉,
    珞珞如石。

    第四十章

    反者道之動﹔弱者道之用。天下萬物生于有,有生于無。

    第四十一章

    上士聞道,勤而行之﹔中士聞道,若存若亡﹔下士聞道,大笑之。不笑不
    足以為道。故建言有之:明道若昧﹔進道若退﹔夷道若纇﹔上德若谷﹔大
    白若辱﹔廣德若不足﹔建德若偷﹔質真若渝﹔大方無隅﹔大器晚成﹔大音
    希聲﹔大象無形﹔道隱無名。夫唯道,善貸且成。

    第四十二章

    道生一,一生二,二生三,三生萬物。萬物負陰而抱陽,沖氣以為和。人
    之所惡,唯孤、寡、不谷,而王公以為稱。故物或損之而益,或益之而損
    。人之所教,我亦教之。強梁者不得其死,吾將以為教父。

    第四十三章

    天下之至柔,馳騁天下之至堅。無有入無間。吾是以知無為之有益,不言
    之教,無為之益,天下希及之。

    第四十四章

    名與身孰親?身與貨孰多?得與亡孰病?是故甚愛必大費﹔多藏必厚亡。
    故知足不辱,知止不殆,可以長久。

    第四十五章

    大成若缺,其用不弊。大盈若沖,其用不窮。大直若屈,大巧若拙,大辯
    若訥。靜勝躁,寒勝熱。清靜為天下正。

    第四十六章

    天下有道,卻走馬以糞。天下無道,戎馬生于郊。禍莫大于不知足﹔咎莫
    大于欲得。故知足之足,常足矣。

    第四十七章

    不出戶,知天下﹔不窺牖,見天道。其出彌遠,其知彌少。是以聖人不行
    而知,不見而明,不為而成。

    第四十八章

    為學日益,為道日損。損之又損,以至于無為。無為而無不為。取天下常
    以無事,及其有事,不足以取天下。

    第四十九章

    聖人常無心,以百姓心為心。善者,吾善之﹔不善者,吾亦善之﹔德善。
    信者,吾信之﹔不信者,吾亦信之﹔德信。聖人在天下,歙歙焉,為天下
    渾其心,百姓皆注其耳目,聖人皆孩之。

    第五十章

    出生入死。生之徒十有三﹔死之徒十有三。人之生,動之于死地,亦十有
    三。夫何故?以其生生之厚。蓋聞善攝生者,路行不遇兕虎,入軍不被甲
    兵。兕無所投其角,虎無所措其爪,兵無所容其刃。夫何故?以其無死地
    。

    第五十一章

    道生之,德畜之,物形之,勢成之。是以萬物莫不尊道而貴德。道之尊,
    德之貴,夫莫之命而常自然。故道生之,德畜之﹔長之育之﹔成之熟之﹔
    養之覆之。生而不有,為而不恃,長而不宰。是謂玄德。

    第五十二章

    天下有始,以為天下母。既得其母,以知其子,復守其母,沒身不殆。塞
    其兌,閉其門,終身不勤。開其兌,濟其事,終身不救。見小曰明,守柔
    曰強。用其光,復歸其明,無遺身殃﹔是為習常。

    第五十三章

    使我介然有知,行于大道,唯施是畏。大道甚夷,而人好徑。朝甚除,田
    甚蕪,倉甚虛﹔服文采,帶利劍,厭飲食,財貨有餘﹔是為盜夸。非道也
    哉!

    第五十四章

    善建者不拔,善抱者不脫,子孫以祭祀不輟。修之于身,其德乃真﹔修之
    于家,其德乃餘﹔修之于鄉,其德乃長﹔修之于國,其德乃豐﹔修之于天
    下,其德乃普。故以身觀身,以家觀家,以鄉觀鄉,以國觀國,以天下觀
    天下。吾何以知天下然哉?以此。

    第五十五章

    含「德」之厚,比于赤子。毒蟲不螫,猛獸不據,攫鳥不搏。骨弱筋柔而
    握固。未知牝牡之合而朘作,精之至也。終日號而不嗄,和之至也。知和
    曰「常」,知常曰「明」。益生曰「祥」。心使氣曰「強」。物壯則老,
    謂之不道,不道早已。

    第五十六章

    知者不言,言者不知。塞其兌,閉其門,挫其銳,解其紛,和其光,同其
    塵,是謂「玄同」。故不可得而親,不可得而疏﹔不可得而利,不可得而
    害﹔不可得而貴,不可得而賤。故為天下貴。

    第五十七章

    以正治國,以奇用兵,以無事取天下。吾何以知其然哉?以此:天下多忌
    諱,而民彌貧﹔人多利器,國家滋昏﹔人多伎巧,奇物滋起﹔法令滋彰,
    盜賊多有。故聖人云:「我無為,而民自化﹔我好靜,而民自正﹔我無事
    ,而民自富﹔我無欲,而民自朴」。

    第五十八章

    其政悶悶,其民淳淳﹔其政察察,其民缺缺。禍兮,福之所倚,福兮,禍
    之所伏。孰知其極?其無正也。正復為奇,善復為妖。人之迷,其日固久
    。是以聖人方而不割,廉而不劌,直而不肆,光而不耀。

    第五十九章

    治人事天,莫若嗇。夫為嗇,是謂早服﹔早服謂之重積德﹔重積德則無不
    克﹔無不克則莫知其極﹔莫知其極,可以有國﹔有國之母,可以長久﹔是
    謂深根固柢,長生久視之道。

    第六十章

    治大國,若烹小鮮。以道蒞天下,其鬼不神﹔非其鬼不神,其神不傷人﹔
    非其神不傷人,聖人亦不傷人。夫兩不相傷,故德交歸焉。

    第六十一章

    大國者下流,天下之交也,天下之牝。牝常以靜勝牡,以靜為下。故大國
    以下小國,則取小國﹔小國以下大國,則取大國。故或下以取,或下而取
    。大國不過欲兼畜人,小國不過欲入事人。夫兩者各得所欲,大者宜為下
    。

    第六十二章

    道者萬物之奧。善人之寶,不善人之所保。美言可以市尊,美行可以加人
    。人之不善,何棄之有?故立天子,置三公,雖有拱璧以先駟馬,不如坐
    進此道。古之所以貴此道者何?不曰求以得,有罪以免耶?故為天下貴。

    第六十三章

    為無為,事無事,味無味。大小多少,報怨以德。圖難于其易,為大于其
    細。天下難事,必作于易,天下大事,必作于細。是以聖人終不為大,故
    能成其大。夫輕諾必寡信,多易必多難。是以聖人猶難之,故終無難矣。

    第六十四章

    其安易持,其未兆易謀,其脆易泮,其微易散,為之于未有,治之于未亂
    。合抱之木,生于毫末﹔九層之臺,起于累土﹔千里之行,始于足下。為
    者拜之,執者失之,是以聖人無為,故無敗,無執,故無師。民之從事,
    常于几成而敗之﹔慎終如始,則無敗事。是以聖人欲不欲,不貴難得之貨
    ﹔學不學,復眾人之所過。以輔萬物之自然,而不敢為。

    第六十五章

    古之善為道者,非以明民,將以愚之。民之難治,以其智多。故以智治國
    ,國之賊﹔不以智治國,國之福。知此兩者,亦稽式。常知稽式,是謂「
    玄德」,「玄德」深遠﹔與物反矣,然后乃至大順。

    第六十六章

    江海之所以能為百谷王者,以其善下之,故能為百谷王。是以聖人欲上民
    ,必以言下之﹔欲先民,必以身后之。是以聖人處上而民不重,處前而民
    不害。是以天下樂推而不厭。以其不爭,故天下莫能與之爭。

    第六十七章

    天下皆謂我道大,似不肖。夫唯大,故似不肖﹔若肖,久矣其細也夫!我
    有三寶,持而保之。一曰慈,二曰儉,三曰不敢為天下先。慈故能勇﹔儉
    故能廣﹔不敢為天下先,故能成器長。今舍慈且勇﹔舍儉且廣﹔舍后且先
    ﹔死矣!夫慈以戰則勝,以守則固。天將救之,以慈衛之。

    第六十八章

    善為士者不武﹔善戰者不怒﹔善勝敵者不與﹔善用人者為之下。是謂不爭
    之德,是謂用人之力,是謂配天古之極。

    第六十九章

    用兵有言:「吾不敢為主而為客﹔不敢進寸而退尺。」是謂行無行﹔攘無
    臂﹔扔無敵﹔執無兵。禍莫大于輕敵,輕敵几喪吾寶。故抗兵相若,哀者
    勝矣。

    第七十章

    吾言甚易知,甚易行。天下莫能知,莫能行。言有宗,事有君。夫唯無知
    ,是以不我知。知我者希,則我者貴。是以聖人被褐而懷玉。

    第七十一章

    知,不知,上矣﹔不知,知,病也。聖人不病,以其病病。夫唯病病,是
    以不病。

    第七十二章

    民不畏威,則大威至。無狎其所居,無厭其所生。夫唯不厭,是以不厭。
    是以聖人自知不自見﹔自愛不自貴。故去彼取此。

    第七十三章

    勇于敢則殺,勇于不敢則活。此兩者,或利或害。天之所惡,孰知其故?
    是以聖人猶難之。天之道,不爭而善勝,不言而善應,不召而自來,繕然
    而善謀。天網恢恢,疏而不失。

    第七十四章

    民不畏死,奈何以死懼之?若使民常畏死,而為奇者,吾得執而殺之,孰
    敢?常有司殺者殺。夫代司殺者殺,是謂代大匠斲,夫代大匠斲者,希有
    不傷其手矣。

    第七十五章

    民之飢,以其上食稅之多,是以飢。民之難治,以其上之有為,是以難治
    。民之輕死,以其上求生之厚,是以輕死。夫唯無以生為者,是賢于貴生
    。

    第七十六章

    人之生也柔弱,其死也堅強。草木之生也柔脆,其死也枯槁。故堅強者死
    之徒,柔弱者生之徒。是以兵強則滅,木強則折。強大處下,柔弱處上。

    第七十七章

    天之道,其猶張弓歟?高者抑之,下者舉之﹔有餘者損之,不足者補之。
    天之道,損有餘而補不足。人之道,則不然,損不足以奉有餘。孰能有餘
    以奉天下,唯有道者。是以聖人為而不恃,功成而不處,其不欲見賢。

    第七十八章

    天下莫柔弱于水,而攻堅強者,莫之能勝,以其無以易之。弱之勝強,柔
    之勝剛,天下莫不知,莫能行。是以聖人云:「受國之垢,是謂社稷主﹔
    受國不祥,是為天下王。」正言若反。

    第七十九章

    和大怨,必有餘怨﹔報怨以德,安可以為善?是以聖人執左契,而不責于
    人。有德司契,無德司徹。天道無親,常與善人。

    第八十章

    小國寡民。使有什伯之器而不用﹔使民重死而不遠徙。雖有舟輿,無所乘
    之,雖有甲兵,無所陳之。使民復結繩而用之。甘其食,美其服,安其居
    ,樂其俗。鄰國相望,雞犬之聲相聞,民至老死,不相往來。

    第八十一章

    信言不美,美言不信。善者不辯,辯者不善。知者不博,博者不知。聖人
    不積,既以為人己愈有,既以與人己愈多。天之道,利而不害﹔聖人之道
    ,為而不爭。

  • 說苑

    說苑

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    卷二十 反質

    孔子卦得賁,喟然仰而嘆息,意不平。子張進,舉手而問曰:“師聞
    賁者吉卦,而嘆之乎?”孔子曰:“賁非正色也,是以嘆之。吾思夫質素
    ,白當正白,黑當正黑。夫質又何也?吾亦聞之,丹漆不文,白玉不雕,
    寶珠不飾,何也?質有余者,不受飾也。”
    信鬼神者失謀,信日者失時,何以知其然?夫賢圣周知,能不時日而
    事利;敬法令,貴功勞,不卜筮而身吉;謹仁義,順道理,不禱祠而福。
    故卜數擇日,洁齋戒,肥犧牲,飾圭璧,精祠祀,而終不能除悖逆之禍,
    以神明有知而事之,乃欲背道妄行而以祠祀求福,神明必違之矣。天子祭
    天地、五岳、四瀆,諸侯祭社稷,大夫祭五祀,士祭門戶,庶人祭其先祖
    。圣王承天心,制禮分也。凡古之卜日者,將以輔道稽疑,示有所先而不
    敢自專也;非欲以顛倒之惡而幸安之全。孔子曰:“非其鬼而祭之,諂也
    。”是以泰山終不享李氏之旅,易稱東鄰殺牛,不如西鄰之跌祭,蓋重禮
    不貴牲也,敬實而不貴華。誠有其德而推之,則安往而不可。是以圣人見
    人之文,必考其質。
    歷山之田者善侵畔,而舜耕焉;雷澤之漁者善爭陂,而舜漁焉;東夷
    之陶器窳,而舜陶焉。故耕漁与陶非舜之事,而舜為之,以救敗也。民之
    性皆不胜其欲,去其實而歸之華,是以苦窳之器,爭斗之患起,爭斗之患
    起,則所以偷也。所以然者何也?由离誠就詐,棄朴而取偽也,追逐其末
    而無所休止。圣人抑其文而抗其質,則天下反矣,詩云:“尸鳩在桑,其
    子七兮;淑人君子,其儀一兮。”傳曰:“尸鳩之所以養七子者,一心也
    ;君子所以理万物者,一儀也。以一儀理物,天心也;五者不离,合而為
    一,謂之天心。在我能因自深結其意于一,故一心可以事百君,百心不可
    以事一君,是故誠不遠也。夫誠者一也,一者質也;君子雖有外文,必不
    离內質矣。”
    衛有五丈夫,俱負缶而入井灌韭,終日一區。鄧析過,下車為教之,
    曰:“為机,重其后,輕其前,命曰橋。終日灌韭,百區不倦。”五丈夫
    曰:“吾師言曰:有机知之巧,必有机知之敗;我非不知也,不欲為也。
    子其往矣,我一心溉之,不知改已!”鄧析去,行數十里,顏色不悅懌,
    自病。弟子曰:“是何人也?而恨我君,請為君殺之。”鄧析曰:“釋之
    ,是所謂真人者也。可令守國。”
    禽滑厘問于墨子曰:“錦繡,將安用之?”墨子曰:“惡,是非吾用
    務也。古有無文者得之矣,夏禹是也。卑小宮室,損薄飲食,土階三等,
    衣裳細布;當此之時,黻無所用,而務在于完堅。殷之盤庚,大其先王之
    室,而改遷于殷,茅茨不剪,采椽不鷚員涮下之視;當此之時,文采之帛
    ,將安所施?夫品庶非有心也,以人主為心,苟上不為,下惡用之?二王
    者以化身先于天下,故化隆于其時,成名于今世也。且夫錦繡,亂君之所
    造也,其本皆興于齊,景公喜奢而忘儉,幸有晏子以儉鐫之,然猶几不能
    胜。夫奢安可窮哉?紂為鹿台糟丘,酒池肉林,宮牆文畫,雕琢刻鏤,錦
    繡被堂,金玉珍瑋,婦女优倡,鐘鼓管弦,流漫不禁,而天下愈竭,故卒
    身死國亡,為天下戮,非惟錦繡之用耶?今當凶年,有欲予子隨侯之珠者
    ,不得賣也,珍寶而以為飾;又欲予子一鐘粟者,得珠者不得粟,得粟者
    不得珠,子將何擇?”禽滑厘曰:“吾取粟耳,可以救窮。”墨子曰:“
    誠然,則惡在事夫奢也?長無用,好末淫,非圣人所急也。故食必常飽,
    然后求美;衣必常暖,然后求麗;居必常安,然后求樂。為可長,行可久
    ,先質而后文,此圣人之務。”禽滑厘曰:“善。”
    秦始皇既兼天下,大侈靡,即位三十五年猶不息,治大馳道,從九原
    抵云陽,塹山堙谷直通之。厭先王宮室之小,乃于丰鎬之間,文武之處,
    營作朝宮,渭南山林苑中作前殿,阿房東西五百步,南北五十丈,上可坐
    万人,下可建五丈旗,周為閣道;自殿直抵南山之岭以為闕,為复道,自
    阿房渡渭水屬咸陽,以象天极,閣道絕漢,抵營室也。又興驪山之役,錮
    三泉之底,關中离宮三百所,關外四百所,皆有鐘盤帷帳,婦女倡优。立
    石闕東海上朐山界中,以為秦東門。于是有方士韓客侯生,齊客盧生,相
    与謀曰:“當今時不可以居,上樂以刑殺為威,天下畏罪;持祿莫敢盡忠
    ,上不聞過而日驕,下懾伏以慢欺而取容,諫者不用而失道滋甚。吾党久
    居,且為所害。”乃相与亡去。始皇聞之大怒,曰:“吾异日厚盧生,尊
    爵而事之,今乃誹謗我,吾聞諸生多為妖言以亂黔首。”乃使御史悉上諸
    生,諸生傳相告,犯法者四百六十余人,皆坑之。盧生不得,而侯生后得
    ,始皇聞之,召而見之,升阿東之台,臨四通之街,將數而車裂之。始皇
    望見侯生,大怒曰:“老虜不良,誹謗而主,乃敢复見我!”侯生至,仰
    台而言曰:“臣聞知死必勇,陛下肯听臣一言乎?”始皇曰:“若欲何言
    ?言之!”侯生曰:“臣聞禹立誹謗之木,欲以知過也。今陛下奢侈失本
    ,淫u趨末,宮室台閣,連屬增累,珠玉重寶,積襲成山,錦繡文采,滿
    府有余,婦女倡优,數巨万人,鐘鼓之樂,流漫無窮,酒食珍味,盤錯于
    前,衣服輕暖,輿馬文飾,所以自奉,麗靡爛熳,不可胜极。黔首匱竭,
    民力單盡,尚不自知,又急誹謗,嚴威克下,下喑上聾,臣等故去。臣等
    不惜臣之身,惜陛下國之亡耳。聞古之明王,食足以飽,衣足以暖,宮室
    足以處,輿馬足以行,故上不見棄于天,下不見棄于黔首。堯茅茨不剪,
    采椽不鷩兩茲齲捕种丈者,俗以其文采之少,而質素之多也。丹朱傲虐好
    慢淫,不修理化,遂以不升。今陛下之淫,万丹朱而十昆吾桀紂,臣恐陛
    下之十亡也,而曾不一存。”始皇默然久之,曰:“汝何不早言?”侯生
    曰:“陛下之意,方乘青云飄搖于文章之觀,自賢自健,上侮五帝,下凌
    三王,棄素朴,就末技,陛下亡征見久矣。臣等恐言之無益也,而自取死
    ,故逃而不敢言。今臣必死,故為陛下陳之,雖不能使陛下不亡,欲使陛
    下自知也。”始皇曰:“吾可以變乎?”侯生曰:“形已成矣,陛下坐而
    待亡耳!若陛下欲更之,能若堯与禹乎?不然無冀。陛下之佐又非也,臣
    恐變之不能存也。”始皇喟然而嘆,遂釋不誅。后三年始皇崩;二世即位
    ,三年而秦亡。
    魏文侯問李克曰:“刑罰之源安生?”李克曰:“生于奸邪淫u之行
    。凡奸邪之心,飢寒而起,淫者,久飢之詭也;雕文刻鏤,害農事者也;
    錦繡纂組,傷女工者也。農事害,則飢之本也;女工傷,則寒之源也。飢
    寒并至而能不為奸邪者,未之有也;男女飾美以相矜而能無淫者,未嘗有
    也。故上不禁技巧,則國貧民侈,國貧窮者為奸邪,而富足者為淫,則驅
    民而為邪也;民以為邪,因之法隨,誅之不赦其罪,則是為民設陷也。刑
    罰之起有原,人主不塞其本,而替其末,傷國之道乎?”文侯曰:“善。
    ”以為法服也。
    秦穆公閑,問由余曰:“古者明王圣帝,得國失國當何以也?”由余
    曰:“臣聞之,當以儉得之,以奢失之。”穆公曰:“愿聞奢儉之節。”
    由余曰:“臣聞堯有天下,飯于土簋,啜于土,其地南至交趾,北至幽都
    ,東西至日所出入,莫不賓服。堯釋天下,舜受之,作為食器,斬木而裁
    之,銷銅鐵,修其刃,猶漆黑之以為器。諸侯侈國之不服者十有三。舜釋
    天下而禹受之,作為祭器,漆其外而朱畫其內,繒帛為茵褥,觴勺有彩,
    為飾彌侈,而國之不服者三十有二。夏后氏以沒,殷周受之,作為大器,
    而建九傲,食器雕琢,觴勺刻鏤,四壁四帷,茵席雕文,此彌侈矣,而國
    之不服者五十有二。君好文章,而服者彌侈,故曰儉其道也。”由余出,
    穆公召內史廖而告之曰:“寡人聞鄰國有圣人,敵國之憂也。今由余圣人
    也,寡人患之。吾將奈何?”內史廖曰:“夫戎辟而遼遠,未聞中國之聲
    也,君其遺之女樂以亂其政,而厚為由余請期,以疏其間,彼君臣有間,
    然后可圖。”君曰:“諾。”乃以女樂三九遺戎王,因為由余請期;戎王
    果具女樂而好之,設酒听樂,終年不遷,馬牛羊半死。由余歸諫,諫不听
    ,遂去,入秦,穆公迎而拜為上卿。問其兵勢与其地利,既已得矣,舉兵
    而伐之,兼國十二,開地千里。穆公奢主,能听賢納諫,故霸西戎,西戎
    淫于樂,誘于利,以亡其國,由离質朴也。
    經侯往适魏太子,左帶羽玉具劍,右帶環佩,左光照右,右光照左;
    坐有頃,太子不視也,又不問也。經侯曰:“魏國亦有寶乎?”太子曰:
    “有。”經侯曰:“其寶何如?”太子曰:“主信臣忠,百姓上戴。此魏
    之寶也。”經侯曰:“吾所問者,非是之謂也。乃問其器而已。”太子曰
    :“有。徒師沼治魏而市無豫賈, 辛治陽而道不拾遺,芒卯在朝而四鄰
    賢士無不相因而見。此三大夫乃魏國之大寶。”于是經侯默然不應,左解
    玉具,右解環佩,委之坐,愆然而起,默然不謝,趨而出,上車驅去。魏
    太子使騎操劍佩逐与經侯,使告經侯曰:“吾無德所寶,不能為珠玉所守
    ;此寒不可衣,飢不可食,無為遺我賊。”于是經侯杜門不出,傳死。
    晉平公為馳逐之車,龍旌象色,挂之以犀象,錯之以羽芝,車成題金
    千鎰,立之于殿下,令群臣得觀焉。田差三過而不一顧,平公作色大怒,
    問田差“爾三過而不一顧,何為也?”田差對曰:“臣聞說天子者以天下
    ,說諸侯者以國,說大夫者以官,說士者以事,說農夫者以食,說婦姑者
    以織。桀以奢亡,紂以淫敗,是以不敢顧也。”平公曰:“善。”乃命左
    右曰:“去車!”
    魏文侯御廩災,文侯素服辟正殿五日,群臣皆素服而吊,公子成父獨
    不吊。文侯复殿,公子成父趨而入賀,曰:“甚大善矣!夫御廩之災也。
    ”文侯作色不悅,曰:“夫御廩者,寡人寶之所藏也,今火災,寡人素服
    辟正殿,群臣皆素服而吊;至于子,大夫而不吊。今已复辟矣,猶入賀何
    為?”公子成父曰:“臣聞之,天子藏于四海之內,諸侯藏于境內,大夫
    藏于其家,士庶人藏于篋櫝。非其所藏者必有天災,必有人患。今幸無人
    患,乃有天災,不亦善乎!”文侯喟然嘆曰:“善!”
    齊桓公謂管仲曰:“吾國甚小,而財用甚少,而群臣衣服輿駕甚汰,
    吾欲禁之,可乎?”管仲曰:“臣聞之,君嘗之,臣食之;君好之,臣服
    之。今君之食也必桂之漿,衣練紫之衣,狐白之裘。此群臣之所奢汰也。
    詩云:‘不躬不親,庶民不信。君欲禁之,胡不自親乎?”桓公曰:“善
    。”于是更制練帛之衣,大白之冠,朝一年而齊國儉也。
    季文子相魯,妾不衣帛,馬不食粟。仲孫它諫曰:“子為魯上卿,妾
    不衣帛,馬不食粟,人其以子為愛,且不華國也。”文子曰:“然乎?吾
    觀國人之父母衣食蔬,吾是以不敢。且吾聞君子以德華國,不聞以妾与馬
    。夫德者得于我,又得于彼,故可行;若淫于奢侈,沈于文章,不能自反
    ,何以守國?”仲孫它慚而退。
    趙簡子乘弊車瘦馬,衣翼羊裘,其宰進諫曰:“車新則安,馬肥則往
    來疾,狐白之裘溫且輕。”簡子曰:“吾非不知也。吾聞之,君子服善則
    益恭,細人服善則益倨;我以自備,恐有細人之心也。傳曰:周公位尊愈
    卑,胜敵愈懼,家富愈儉,故周氏八百余年,此之謂也。”
    魯筑郎囿,季平子欲速成,叔孫昭子曰:“安用其速成也?以虐其民
    ,其可乎?無囿尚可乎,惡聞嬉戲之游,罷其所治之民乎?”
    衛叔孫文子問于王孫夏曰:“吾先君之廟小,吾欲更之,可乎?”對
    曰:“古之君子,以儉為禮;今之君子,以汰易之。夫衛國雖貧,豈無文
    履一奇,以易十稷之繡哉?以為非禮也。”文子乃止。
    晉文公合諸侯而盟曰:“吾聞國之昏,不由聲色,必由奸利好樂,聲
    色者,淫也;貪奸者,惑也,夫淫惑之國,不亡必殘。自今以來,無以美
    妾疑妻,無以聲樂妨政,無以奸公,無以貨利示下。其有之者,是謂伐其
    根素,流于華葉;若此者,有患無憂,有寇勿弭。不如言者盟示之。”于
    是君子聞之曰:“文公其知道乎?其不王者猶無佐也。”
    晏子飲景公酒,日暮,公呼具火,晏子辭曰:“詩曰:‘側牟之俄。
    ’言失德也;‘屢舞漶笛允菀病!醇茸硪躍疲布缺緣隆!怠醇茸磯觶膊芷
    涓!當鮒髦蠢褚病‘醉而不出,是謂伐德。’賓主之罪也。嬰已卜其日,
    未卜其夜。”公曰:“善。”舉酒而祭之,再拜而出,曰:“豈過我哉?
    吾托國于晏子也。以其家貧善寡人,不欲淫侈也,而況与寡人謀國乎?”
    楊王孫病且死,令其子曰:“吾死欲裸葬,以返吾真,必無易吾意。
    ”祁侯聞之,往諫曰:“竊聞王孫令葬必裸而入地,必若所聞,愚以為不
    可。令死人無知則已矣,若死有知也,是戮尸于地下也,將何以見先人?
    愚以為不可!”王孫曰:“吾將以矯世也。夫厚葬誠無益于死者,而世以
    相高,靡財殫幣而腐之于地下,或乃今日入而明日出,此真与暴骸于中野
    何异?且夫死者終生之化,而物之歸者;歸者得至,而化者得變,是物各
    返其真。其真冥冥,視之無形,听之無聲,乃合道之情。夫飾外以夸眾,
    厚葬以矯真,使歸者不得至,化者不得變,是使物各失其然也。且吾聞之
    ,精神者,天之有也,形骸者,地之有也;精神离形而各歸其真,故謂之
    鬼。鬼之為言歸也,其尸塊然獨處,豈有知哉?厚裹之以幣帛,多送之以
    財寶,以奪生者財用。古圣人緣人情,不忍其親,故為之制禮;今則越之
    ,吾是以欲裸葬以矯之也。昔堯之葬者,空木為櫝,葛為緘;其穿地也,
    下不亂泉,上不泄臭。故圣人生易尚,死易葬,不加于無用,不損于無益
    ,謂今費財而厚葬,死者不知,生者不得用,謬哉!可謂重惑矣。”祁侯
    曰:“善。”遂裸葬也。
    魯有儉者,瓦鬲煮食,食之而美,盛之土?之器,以進孔子。孔子受
    之,歡然而悅,如受太牢之饋。弟子曰:“瓦堉,陋器也;煮食,薄膳也
    。而先生何喜如此乎?”孔子曰:“吾聞好諫者思其君,食美者念其親,
    吾非以饌為厚也,以其食美而思我親也。”
    晏子病將死,斷楹內書焉,謂其妻曰:“楹也,語子壯而視之!”及
    壯發書,書之言曰:“布帛不窮,窮不可飾;牛馬不窮,窮不可服;士不
    可窮,窮不可任。窮乎?窮乎?窮也!”
    仲尼問老聃曰:“甚矣!道之于今難行也!吾比執道委質以當世之君
    ,而不我受也。道之于今難行也。”老子曰:“夫說者流于听,言者亂于
    辭,如此二者,則道不可委矣。”
    子貢問子石:“子不學詩乎?”子石曰:“吾暇乎哉?父母求吾孝,
    兄弟求吾悌,朋友求吾信。吾暇乎哉?”子貢曰:“請投吾詩,以學于子
    。”
    公明宣學于曾子,三年不讀書。曾子曰:“宣,而居參之門,三年不
    學,何也?”公明宣曰:“安敢不學?宣見夫子居宮庭,親在,叱 之聲
    未嘗至于犬馬,宣說之,學而未能;宣見夫子之應賓客,恭儉而不懈惰,
    宣說之,學而未能;宣見夫子之居朝廷,嚴臨下而不毀傷,宣說之,學而
    未能。宣說此三者學而未能,宣安敢不學而居夫子之門乎?”曾子避席謝
    之曰:“參不及宣,其學而已。”
    魯人身善織屨,妻善織縞,而徙于越。或謂之曰:“子必窮!”魯人
    曰:“何也?”曰:“屨為履,縞為冠也,而越人徒跣剪發,游不用之國
    ,欲無窮得乎?”

    End of Project Gutenberg's Shouyuan, Volume 1-20, Complete, by Xiang Liu

  • 說苑, Volume 17-20

    說苑, Volume 17-20

    Aproximadamente 5.566 palavras.

    Produced by Nicole Lai

    卷十七 雜言

    賢人君子者,通乎盛衰之時,明乎成敗之端,察乎治亂之紀,審乎人
    情。知所去就,故雖窮不處亡國之勢,雖貧不受污君之祿;是以太公七十
    而不自達,孫叔敖三去相而不自悔;何則?不強合非其人也。太公一合于
    周而侯七百歲,孫叔敖一合于楚而封十世;大夫种存亡越而霸,句踐賜死
    于前;李斯積功于秦,而卒被五刑。盡忠憂君,危身安國,其功一也;或
    以封侯而不絕,或以賜死而被刑;所慕所由异也。故箕子去國而佯狂,范
    蠡去越而易名,智過去君弟而更姓,皆見遠識微,而仁能去富勢,以避萌
    生之禍者也。夫暴亂之君,孰能离縶以役其身,而与于患乎哉?故賢者非
    畏死避害而已也,為殺身無益而明主之暴也。比干死紂而不能正其行,子
    胥死吳而不能存其國;二子者強諫而死,适足明主之暴耳,未始有益如秋
    毫之端也。是以賢人閉其智,塞其能,待得其人然后合;故言無不听,行
    無見疑,君臣兩与,終身無患。今非得其時,又無其人,直私意不能已,
    閔世之亂,憂主之危;以無貲之身,涉蔽塞之路;經乎讒人之前,造無量
    之主,犯不測之罪;傷其天性,豈不惑哉?故文信侯、李斯,天下所謂賢
    也,為國計揣微射隱,所謂無過策也;戰胜攻取,所謂無強敵也。積功甚
    大,勢利甚高。賢人不用,讒人用事,自知不用,其仁不能去;制敵積功
    ,不失秋毫;避患去害,不見丘山。積其所欲,以至其所惡,豈不為勢利
    惑哉?詩云:“人知其一,莫知其它。”此之謂也。
    子石登吳山而四望,喟然而嘆息曰:“嗚呼悲哉!世有明于事情,不
    合于人心者;有合于人心,不明于事情者。”弟子問曰:“何謂也?”子
    石曰:“昔者吳王夫差不听伍子胥,盡忠极諫,抉目而辜;太宰彼秭茫餐
    島瞎度藎慘運撤蠆鈧粗徑狻軀由蟶斫澈懸越旗。昔者費仲、惡來革、長鼻
    決耳,崇侯虎順紂之心,欲以合于意,武王伐紂、四子身死牧之野,頭足
    异所,比干盡忠剖心而死。今欲明事情,恐有抉目剖心之禍,欲合人心,
    恐有頭足异所之患。由是觀之,君子道狹耳。誠不逢其明主,狹道之中,
    又將危險閉塞,無可從出者。”
    祁射子見秦惠王,惠王說之,于是唐姑讒之,复見,惠王怀怒以待之
    。非其說异也,所听者易也。故以征為羽,非弦之罪也;以甘為苦,限味
    之過也。
    彌子瑕愛于衛君,衛國之法:竊駕君車罪刖。彌子瑕之母疾,人聞,
    夜往告之。彌子瑕擅駕君車而出,君聞之,賢之曰:“孝哉!為母之故犯
    刖罪哉!”君游果園,彌子瑕食桃而甘,不盡而奉君,君曰:“愛我而忘
    其口味。”及彌子瑕色衰而愛弛,得罪于君,君曰:“是故嘗矯吾車,又
    嘗食我以余桃。”故子瑕之行未必變初也,前見賢后獲罪者,愛憎之生變
    也。
    舜耕之時不能利其鄰人,及為天子,天下戴之。故君子窮則善其身,
    達則利于天下。
    孔子曰:“自季孫之賜我千鐘而友益親,自南宮項叔之乘我車也,而
    道加行。故道有時而后重,有勢而后行,微夫二子之賜,丘之道几于廢也
    。”
    太公田不足以償种,漁不足以償网,治天下有余智。文公种米,曾子
    架羊,孫叔敖相楚,三年不知軛在衡后,務大者固忘小。智伯廚人亡炙而
    知之,韓魏反而不知;邯鄲、子陽園人亡桃而知之,其亡也不知。務小者
    亦忘大也。”
    淳于髡謂孟子曰:“先名實者,為人者也;后名實者,自為者也。夫
    子在三卿之中,名實未加上下而去之,仁者固如此乎?”孟子曰:“居下
    位,不以賢事不肖者,伯夷也;五就湯,五就桀者,伊尹也;不惡污君,
    不辭小官者,柳下惠也。三子者不同道,其趣一也。一者何也?曰仁也。
    君子亦仁而已,何必同?”曰:“魯穆公之時,公儀子為政,子思、子庚
    為臣,魯之削也滋甚。若是乎賢者之無益于國也。”曰:“虞不用百里奚
    而亡,秦穆公用之而霸,故不用賢則亡,削何可得也。”曰:“昔者王豹
    處于淇,而河西善謳;綿駒處于高唐,而齊右善歌。華舟杞梁之妻,善哭
    其夫而變國俗。有諸內必形于外;為其事,無其功,髡未睹也。是故無賢
    者也,有則髡必識之矣。”曰:“孔子為魯司寇而不用,從祭肉不至,不
    脫冕而行;其不善者以為為肉也,其善者以為為禮也。乃孔子欲以微罪行
    ,不欲為苟去,故君子之所為,眾人固不得識也。”
    梁相死,惠子欲之梁,渡河而遽墮水中,船人救之。船人曰:“子欲
    何之而遽也?”曰:“梁無相,吾欲往相之。”船人曰:“子居船W之間
    而困,無我則子死矣,子何能相梁乎?”惠子曰:“子居艘楫之間則吾不
    如子;至于安國家,全社稷,子之比我,蒙蒙如未視之狗耳。”
    西閭過東渡河中流而溺,船人接而出之,問曰:“今者子欲安之?”
    西閭過曰:“欲東說諸侯王。”船人掩口而笑曰:“子渡河中流而溺,不
    能自救,安能說諸侯乎?”西閭過曰:“無以子之所能相為傷也。子獨不
    聞和氏之璧乎?价重千金,然以之間紡,曾不如瓦磚;隨侯之珠,國寶也
    ,然用之彈,曾不如泥丸;騏驥旝,倚衡負軛而趨,一日千里,此至疾也
    ,然使捕鼠,曾不如百錢之狸;干二蔗崱,物不知,刃离金斬羽契鐵斧,
    此至利也,然以之補履,曾不如兩錢之錐。今子持楫乘扁舟,處廣水之中
    ,當陽侯之波,而臨淵流,适子之所能耳。若誠与子東說諸侯王,見一國
    之王,子之蒙蒙,無异夫未視之狗耳。”
    甘戊使于齊,渡大河。船人曰:“河水間耳,君不能自渡,能為王者
    之說乎?”甘戊曰:“不然,汝不知也。物各有短長,謹愿敦厚,可事主
    不施用兵;騏驥、旝,足及千里,置之宮室,使之捕鼠,曾不如小狸;干
    將為利,名聞天下,匠以治木,不如斤斧。今持楫而上下隨流,吾不如子
    ;說千乘之君,万乘之主,子亦不如戊矣。”
    今夫世异則事變,事變則時移,時移則俗易;是以君子先相其土地,
    而裁其器,觀其俗,而和其風,總眾議而定其教。愚人有學遠射者,參矢
    而發,已射五步之內,又复參矢而發;世以易矣,不更其儀,譬如愚人之
    學遠射。目察秋毫之末者,視不能見太山;耳听清濁之調者,不聞雷霆之
    。何也?唯其意有所移也。百人操,不可為固結;千人謗獄,不可為直辭
    ,万人比非,不可為顯士。
    麋鹿成群,虎豹避之;飛鳥成列,鷹鷲不擊;眾人成聚,圣人不犯。
    騰蛇游于霧露,乘于風雨而行,非千里不止;然則暮托宿于讌之穴,所然
    者,何也?用心不一也。夫蚯蚓內無筋骨之強,外無爪牙之;然下飲黃泉
    ,上墾土。所以然者,何也?用心一也。聰者耳聞,明者目見,聰明形則
    仁愛者,廉恥分矣。故非其道而行之,雖勞不至;非其有而求之,雖強不
    得;智者不為非其事,廉者不求非其有;是以遠容而名章也。詩云:“不
    忮不求,何用不臧。”此之謂也。
    楚昭王召孔子,將使執政而封以書社七百。子西謂楚王曰:“王之臣
    用兵有如子路者乎?使諸侯有如宰予者乎?長官五官有如子貢者乎?昔文
    王處酆、武王處鎬之間百乘之地,伐上殺主立為天子,世皆曰圣。王今以
    孔子之賢而有書社七百里之地,而三子佐之,非楚之利也。”楚王遂止。
    夫善惡之難分也,圣人獨見疑,而況于賢者乎!是以賢圣罕合,諂諛常興
    也。故有千歲之亂而無百歲之治,孔子之見疑,豈不痛哉!
    魯哀公問于孔子曰:“有智者壽乎?”孔子曰:“然。人有三死而非
    命也者,人自取之。夫寢處不時,飲食不節,佚勞過度者,疾共殺之;居
    下位而上忤其君,嗜欲無厭,而求不止者,刑共殺之;以少犯眾,弱以侮
    強,忿怒不量力者,兵共殺之。此三者,非命也,人自取之。詩云:‘人
    而無儀,不死何為?’此之謂也。”
    孔子遭難陳、蔡之境,絕糧,弟子皆有飢色,孔子歌兩柱之間。子路
    入見曰:“夫子之歌,禮乎?”孔子不應,曲終而曰:“由,君子好樂為
    無驕也,小人好樂為無懾也,其誰知之?子不我知而從我者乎?”子路不
    悅,援干而舞,三終而出。及至七日,孔子修樂不休,子路慍見曰:“夫
    子之修樂,時乎?”孔子不應,樂終而曰:“由,昔者齊桓霸心生于莒,
    句踐霸心生于會稽,晉文霸心生于驪氏,故居不幽,則思不遠,身不約則
    智不廣,庸知而不遇之。”于是興,明日免于厄。子貢執轡曰:“二三子
    從夫子而遇此難也,其不可忘也!”
    孔子曰:“惡是何也?語不云乎?三折肱而成良醫。夫陳、蔡之間,丘之
    幸也。二三子從丘者皆幸人也。吾聞人君不困不成王,列士不困不成行。
    昔者湯困于呂,文王困于縿里,秦穆公困于牖咐誄祝簿浼諢嶧步睦阪曄稀
    蚶次暗潰泊雍粗醇芭擔才抵及寒也,唯賢者獨知而難言之也。易曰:‘困
    亨貞,大人吉,無咎。有言不信。’圣人所与人難言信也。”
    孔子困于陳、蔡之間,居環堵之內,席三經之席,七日不食,藜羹不
    糝,弟子皆有飢色,讀詩書治禮不休。子路進諫曰:“凡人為善者天報以
    福,為不善者天報以禍。今先生積德行,為善久矣。意者尚有遺行乎?奚
    居隱也!”孔子曰:“由,來,汝不知。坐,吾語汝。子以夫知者為無不
    知乎?則王子比干何為剖心而死?以諫者為必听耶?伍子胥何為抉目于吳
    東門?子以廉者為必用乎?伯夷、叔齊何為餓死于首陽山之下?子以忠者
    為必用乎?則鮑庄何為而肉枯?荊公子高終身不顯,鮑焦抱木而立枯,介
    子推登山焚死。故夫君子博學深謀不遇時者眾矣,豈獨丘哉!賢不肖者才
    也,為不為者人也,遇不遇者時也,死生者命也;有其才不遇其時,雖才
    不用,苟遇其時,何難之有!故舜耕歷山而逃于河畔,立為天子則其遇堯
    也。傅說負壤土、釋板筑,而立佐天子,則其遇武丁也。伊尹,有莘氏媵
    臣也,負鼎俎調五味而佐天子,則其遇成湯也。呂望行年五十賣食于棘津
    ,行年七十屠牛朝歌,行年九十為天子師,則其遇文王也。管夷吾束縛膠
    目,居檻車中,自車中起為仲父,則其遇齊桓公也。百里奚自賣取五羊皮
    ,伯氏牧羊以為卿大夫,則其遇秦穆公也。沈尹名聞天下,以為令尹,而
    讓孫叔敖,則其遇楚庄王也。伍子胥前多功,后戮死,非其智益衰也,前
    遇闔廬,后遇夫差也。夫驥厄罷鹽車,非無驥狀也,夫世莫能知也;使驥
    得王良、造父,驥無千里之足乎?芝蘭生深林,非為無人而不香。故學者
    非為通也,為窮而不困也,憂而不衰也,此知禍福之始而心不惑也,圣人
    之深念獨知獨見。舜亦賢圣矣,南面治天下,唯其遇堯也;使舜居桀紂之
    世,能自免于刑戮固可也,又何官得治乎?夫桀殺關龍逄而紂殺王子比干
    ,當是時,豈關龍逄無知,而比干無惠哉?此桀紂無道之世然也。故君子
    疾學修身端行,以須其時也。”
    孔子之宋,匡簡子將殺陽虎,孔子似之。甲士以圍孔子之舍,子路怒
    ,奮戟將下斗。孔子止之,曰:“何仁義之不免俗也?夫詩、書之不習,
    禮、樂之不修也,是丘之過也。若似陽虎,則非丘之罪也,命也夫。由,
    歌予和汝。”子路歌,孔子和之,三終而甲罷。
    孔子曰:“不觀于高岸,何以知顛墜之患;不臨深淵,何以知沒溺之
    患;不觀于海上,何以知風波之患。失之者其不在此乎?士慎三者,無累
    于人。”
    曾子曰:“響不辭聲,鑒不辭形,君子正一而万物皆成。夫行非為影
    也,而影隨之;呼非為響也,而響和之。故君子功先成而名隨之。”
    子夏問仲尼曰:“顏淵之為人也,何若?”曰:“回之信,賢于丘也
    。”曰:“子貢之為人也,何若?”曰:“賜之敏,賢于丘也。”曰:“
    子路之為人也,何若?”曰:“由之勇,賢于丘也。”曰:“子張之為人
    也,何若?”曰:“師之庄,賢于丘也。”于是子夏避席而問曰:“然則
    四者何為事先生?”曰:“坐,吾語汝。回能信而不能反,賜能敏而不能
    屈,由能勇而不能怯,師能庄而鄏。兼此四子者,丘不為也。夫所謂至圣
    之士,必見進退之利,屈伸之用者也。”
    東郭子惠問于子貢曰:“夫子之門何其雜也?”子貢曰:“夫隱括之
    旁多枉木,良醫之門多疾人,砥礪之旁多頑鈍。夫子修道以俟天下,來者
    不止,是以雜也。詩云:‘苑彼柳斯,鳴蜩;有y者淵,莞葦淠淠。’言
    大者之旁,無所不容。”
    昔者南瑕子過程太子,太子為烹鯢魚。南瑕子曰:“吾聞君子不食鯢
    魚。”程太子曰:“乃君子否?子何事焉?”南瑕子曰:“吾聞君子上比
    所以廣德也,下比所以狹行也,于惡自退之原也。詩云:‘高山仰止,景
    行行止。’吾豈敢自以為君子哉?志向而已。孔子曰:‘見賢思齊焉,見
    不賢而內自省。’”
    孔子觀于呂梁,懸水四十仞,環流九十里,魚鱉不能過,黿鼉不敢居
    ;有一丈夫,方將涉之。孔子使人并崖而止之曰:“此懸水四十仞,圜流
    九十里,魚鱉不敢過,黿鼉不敢居,意者難可濟也!”丈夫不以錯意,遂
    渡而出。孔子問:“子巧乎?且有道術乎?所以能入而出者何也?”丈夫
    曰:“始吾入,先以忠信,吾之出也,又從以忠信;忠信錯吾軀于波流,
    而吾不敢用私。吾所以能入而复出也。”孔子謂弟子曰:“水而尚可以忠
    信,義久而身親之,況于人乎?”
    子路盛服而見孔子。孔子曰:“由,是涀涀者何也?昔者江水出于岷
    山;其始也,大足以濫觴,及至江之津也,不方舟,不避風,不可渡也,
    非唯下流眾川之多乎?今若衣服甚盛,顏色充盛,天下誰肯加若者哉?”
    子路趨而出,改服而入,蓋自如也。孔子曰:“由,記之,吾語若:于言
    者,華也,奮于行者,伐也。夫色智而有能者,小人也。故君子知之為知
    之,不知為不知,言之要也;能之為能,不能為不能,行之至也。言要則
    知,行要則仁;既知且仁,夫有何加矣哉?由,詩曰:‘湯降不遲,圣教
    日躋’。此之謂也。”
    子路問孔子曰:“君子亦有憂乎?”孔子曰:“無也。君子之修其行
    未得,則樂其意;既已得,又樂其知。是以有終生之樂,無一日之憂。小
    人則不然,其未之得則憂不得,既已得之又恐失之。是以有終身之憂,無
    一日之樂也。”
    孔子見榮啟期,衣鹿皮裘,鼓瑟而歌。孔子問曰:“先生何樂也?”
    對曰:“吾樂甚多。天生万物唯人為貴,吾既已得為人,是一樂也。人以
    男為貴,吾既已得為男,是二樂也。人生不免襁褓,吾年已九十五,是三
    樂也。夫貧者士之常也,死者民之終也,處常待終,當何憂乎?”
    曾子曰:“吾聞夫子之三言,未之能行也。夫子見人之一善而忘其百
    非,是夫子之易事也。夫子見人有善若已有之,是夫子之不爭也。聞善必
    躬親行之,然后道之,是夫子之能勞也。夫子之能勞也,夫子之不爭也,
    夫子之易事也,吾學夫子之三言而未能行。”
    孔子說:“回,若有君子之道四:強于行己,弱于受諫,怵于待祿,
    慎于持身。”
    仲尼曰:“史有君子之道三:不仕而敬上,不祀而敬鬼,直能曲于人
    。”
    孔子曰:“丘死之后,商也日益,賜也日損;商也好与賢己者處,賜
    也好說不如己者。”
    孔子將行,無蓋。弟子曰:“子夏有蓋,可以行。”孔子曰:“商之
    為人也,甚短于財。吾聞与人交者,推其長者,違其短者,故能久長矣。
    ”
    子路行,辭于仲尼曰:“敢問新交取親若何?言寡可行若何?長為善
    士而無犯若何?”仲尼曰:“新交取親,其忠乎!言寡可行,其信乎!長
    為善士而無犯,其禮乎!”
    子路將行,辭于仲尼,曰:“贈汝以車乎?以言乎?”子路曰:“請
    以言!”仲尼曰:“不強不遠,不勞無功,不忠無親,不信無复,不恭無
    禮。慎此五者,可以長久矣。”
    曾子從孔子于齊,齊景公以下卿禮聘曾子,曾子固辭,將行,晏子送
    之,曰:“吾聞君子贈人以財,不若以言。今夫蘭本三年,湛之以鹿醢,
    既成則易以匹馬,非蘭本美也。愿子詳其所湛。既得所湛,亦求所湛。吾
    聞君子居必擇處,所以求士也;游必擇士,所以修道也。吾聞反常移性者
    欲也,故不可不慎也。”
    孔子曰:“中人之情,有余則侈,不足則儉,無禁則淫,無度則失,
    縱欲則敗。飲食有量,衣服有節,宮室有度,畜聚有數,車器有限,以防
    亂之源也。故夫度量不可不明也,善言不可不听也。”
    孔子曰:“巧而好度必工,勇而好同必胜,知而好謀必成;愚者反是
    ,夫處重擅寵,專事妒賢,愚者之情也。志驕傲而輕舊怨,是以尊位則必
    危,任重則必崩,擅寵則必辱。”
    孔子曰:“鞭扑之子,不從父之教;刑戮之民,不從君之政,言疾之
    難行。故君子不急斷,不意使,以為亂源。”
    孔子曰:“終日言不遺己之憂,終日行不遺己之患,唯智者有之。故
    恐懼所以除患也,恭敬所以越難也;終身為之,一言敗之,可不慎乎!”
    孔子曰:“以富貴為人下者,何人不与?以富貴敬愛人者,何人不親
    ?眾言不逆,可謂知言矣,眾向之,可謂知時矣。”
    孔子曰:“夫富而能富人者,欲貧而不可得也;貴而能貴人者,欲賤
    而不可得也;達而能達人者,欲窮而不可得也。”
    仲尼曰:“非其地而樹之,不生也,非其人而語之,弗听也;得其人
    ,如聚沙而雨之,非其人,如聚聾而鼓之。”
    孔子曰:“船非水不可行,水入船中,則其沒也,故曰:君子不可不
    嚴也,小人不可不閉也!”
    孔子曰:“依賢固不困,依富固不窮,馬趼斬而复行者何,以輔足眾
    也。”
    孔子曰:“不知其子,視其所友;不知其君,視其所使。”又曰:“
    与善人居,如入蘭芷之室,久而不聞其香,則与之化矣;与惡人居,如入
    鮑魚之肆,久而不聞其臭,亦与之化矣。故曰:丹之所藏者赤,烏之所藏
    者黑。君子慎所藏。”
    子貢問曰:“君子見大水必觀焉,何也?”孔子曰:“夫水者,君子
    比德焉。遍予而無私,似德;所及者生,似仁;其流卑下句倨,皆循其理
    ,似義;淺者流行,深者不測,似智;其赴百仞之谷不疑,似勇;綿弱而
    微達,似察;受惡不讓,似包蒙;不清以入,鮮洁以出,似善化;至量必
    平,似正;盈不求概,似度;其万折必東,似意。是以君子見大水觀焉爾
    也。”
    “夫智者何以樂水也?”曰:“泉源潰潰,不釋晝夜,其似力者;循
    理而行,不遺小間,其似持平者;動而之下,其似有禮者;赴千仞之壑而
    不疑,其似勇者;障防而清,其似知命者;不清以入,鮮洁以出,其似善
    化者;眾人取平品類以正,万物得之則生,失之則死,其似有德者;淑淑
    淵淵,深不可測,其似圣者。通潤天地之間,國家以成,是知之所以樂水
    也。詩云:‘思樂泮水,薄采其茆;魯侯戾止,在泮飲酒。’樂水之謂也
    。”“夫仁者何以樂山也?”曰:“夫山,万民之所觀仰。草木生焉,眾
    木立焉,飛禽萃焉,走獸休焉,寶藏殖焉,奇夫息焉,育群物而不倦焉,
    四方并取而不限焉。出云風通气于天地之間,國家以成,是仁者所以樂山
    也。詩曰:‘太山岩岩,魯侯是瞻。’樂山之謂矣。”
    玉有六美,君子貴之:望之溫潤,近之栗理,聲近徐而聞遠,折而不
    撓,闕而不荏,廉而不劌,有瑕必示之于外,是以貴之。望之溫潤者,君
    子比德焉,近于栗理者,君子比智焉;聲近徐而聞遠者,君子比義焉;折
    而不撓,闕而不荏者,君子比勇焉;廉而不劌者,君子比仁焉;有瑕必見
    于外者,君子比情焉。
    道吾問之夫子:“多所知,無所知,其身孰善者乎?”對曰:“無知
    者,死人屬也;雖不死,累人者必眾甚矣。然多所知者好,其用心也多;
    所知者出于利人即善矣,出于害人即不善也。”道吾曰:“善哉!”
    越石父曰:“不肖人,自賢也;愚者,自多也;佞人者,皆莫能相其
    心口以出之,又謂人勿言也。譬之猶渴而穿井,臨難而后鑄兵,雖疾從而
    不及也。”
    夫臨財忘貧,臨生忘死,可以遠罪矣。夫君子愛口,孔雀愛羽,虎豹
    愛爪,此皆所以治身法也。上交者不失其祿,下交者不离于患,是以君子
    擇人以交,農人擇田而田。君子樹人,農夫樹田;田者擇种而种之,丰年
    必得粟;士擇人而樹之,丰時必得祿矣。
    天下失道,而后仁義生焉,國家不治,而后孝子生焉,民爭不分,而
    后慈惠生焉,道逆時反,而后權謀生焉。凡善之生也,皆學之所由。一室
    之中,必有主道焉,父母之謂也;故君正則百姓治,父母正則子孫孝慈。
    是以孔子家儿不知罵,曾子家儿不知怒;所以然者,生而善教也。夫仁者
    好合人,不仁者好离人,故君子居人間則治,小人居人間則亂;君子欲和
    人,譬猶水火不相能然也,而鼎在其間,水火不亂,乃和百味。是以君子
    不可不慎擇人在其間!
    齊景公問晏子曰:“寡人自坐地,二三子皆坐地;吾子獨搴草而坐之
    ,何也?”晏子對曰:“嬰聞之:唯喪与獄坐于地。今不敢以喪獄之事侍
    于君矣。”
    齊高廷問于孔子曰:“廷、不曠山,不直地,衣蓑提執精气,以問事
    君之道,愿夫子告之。”孔子曰:“貞以干之,敬以輔之,待人無倦,見
    君子則舉之,見小人則退之;去爾惡心而忠与之,敏其行,修其禮,千里
    之外親如兄弟;若行不敏,禮不合,對門不通矣。”

    卷十八 辨物

    顏淵問于仲尼曰:“成人之行何若?”子曰:“成人之行達乎情性之
    理,通乎物類之變,知幽明之故,睹游气之源,若此而可謂成人。既知天
    道,行躬以仁義,飭身以禮樂。夫仁義禮樂成人之行也,窮神知化德之盛
    也。”
    易曰:“仰以觀于天文,俯以察于地理”,是故知幽明之故。夫天文
    地理、人情之效存于心,則圣智之府。是故古者圣王既臨天下,必變四時
    ,定律歷,考天文,揆時變,登靈台以望气氛,故堯曰:“咨爾舜,天之
    歷數在爾躬,允執其中,四海困窮。”書曰:“在璇璣玉衡,以齊七政。
    ”璇璣謂此辰勾陳樞星也。以其魁杓之所指二十八宿為吉凶禍福;天文列
    舍盈縮之占,各以類為驗。夫占變之道,二而已矣。二者陰陽之數也,故
    易曰:“一陰一陽之謂道,道也者,物之動莫不由道也。”是故發于一,
    成于二,備于三,周于四,行于五;是故玄象著明,莫大于日月;察變之
    動,莫著于五星。天之五星運气于五行,其初猶發于陰陽,而化极万一千
    五百二十。所謂二十八星者:東方曰角亢氐房心尾箕,北方曰斗牛須女虛
    危營室東壁,西方曰奎婁胃昂畢觜參,南方曰東井輿鬼柳七星張翼軫。所
    謂宿者,日月五星之所宿也。其在宿運外內者,以宮名別,其根皆發于地
    而華形于天。所謂五星者,一曰歲星、二曰熒惑、三曰鎮星、四曰太白、
    五曰辰星。僨瑰繰茫熊紀魘福豺坑戎雌歟步暈逍盈縮之所生也。五星之
    所犯,各以金木水火土為占。春秋冬夏伏見有時,失其常,离其時,則為
    變异,得其時,居其常,是謂吉祥。古者有主四時者:主春者張,昏而中
    ,可以种谷,上告于天子,下布之民;主夏者大火,昏而中,可以种黍菽
    ,上告于天子,下布之民;主秋者虛,昏而中,可以种麥,上告于天子,
    下布之民;主冬者昴,昏而中,可以斬伐田獵蓋藏,上告之天子,下布之
    民。故天子南面視四星之中,知民之緩急,急利不賦籍,不舉力役。書曰
    :“敬授民時。”詩曰:“物其有矣,維其時矣。”物之所以有而不絕者
    ,以其動之時也。
    易曰:“天垂象,見吉凶,圣人則之。”昔者高宗、成王感于螅雉暴
    風之變,修身自改而享丰昌之福也;逮秦皇帝即位,彗星四見,蝗虫蔽天
    ,冬雷夏凍,石隕東郡,大人出臨洮,妖孽并見,熒惑守心,星大角,大
    角以亡;終不能改。二世立,又重其惡;及即位,日月薄蝕,山林淪亡,
    辰星出于四孟,太白經天而行,無云而雷,枉矢夜光,熒惑襲月,孽火燒
    宮,野禽戲庭,都門內崩。天變動于上,群臣昏于朝,百姓亂于下,遂不
    察,是以亡也。
    八荒之內有四海,四海之內有九州,天子處中州而制八方耳。兩河間
    曰冀州,河南曰豫州,河西曰雍州,漢南曰荊州,江南曰揚州,濟南間曰
    兗州,濟東曰徐州,燕曰幽州,齊曰青州。山川污澤,陵陸丘阜,五土之
    宜,圣王就其勢,因其便,不失其性。高者黍,中者稷,下者,蒲葦菅蒯
    之用不乏,麻麥黍梁亦不盡,山林禽獸川澤魚鱉滋殖,王者京師四通而致
    之。
    周幽王二年,西周三川皆震,伯陽父曰:“周將亡矣。夫天地之气,
    不失其序,若過其序,民亂之也。陽伏而不能出,陰迫而不能,于是有地
    震。今三川震,是陽失其所而填陰也;陽溢而壯,陰源必塞,國必亡。夫
    水土演而民用足也,土無所演,民乏財用,不亡何待?昔伊雒竭而夏亡,
    河竭而商亡,今周德如二代之季矣;其川源塞,塞必竭,夫國必依山川,
    山崩川竭,亡之征也。川竭山必崩,若國亡不過十年,數之紀也,天之所
    棄不過紀。”是歲也,三川竭,岐山崩,十一年幽王乃滅,周乃東遷。
    五岳者,何謂也?泰山,東岳也;霍山,南岳也;華山,西岳也;常
    山,北岳也;嵩高山,中岳也。五岳何以視三公?能大布云雨焉,能大斂
    云雨焉;云触石而出,膚寸而合,不崇朝而雨天下,施德博大,故視三公
    也。
    四瀆者,何謂也?江、河、淮、濟也。四瀆何以視諸侯?能蕩滌垢濁
    焉,能通百川于海焉,能出云雨千里焉,為施甚大,故視諸侯也。
    山川何以視子男也?能出物焉,能潤澤物焉,能生云雨;為恩多,然
    品類以百數,故視子男也。書曰:“于六宗,望秋于山川,遍于群神矣”
    齊景公為露寢之台,成而不通焉。柏常騫曰:“為台甚急,台成,君
    何為不通焉?”公曰:“然。梟昔者鳴,其聲無不為也,吾惡之甚,是以
    不通焉。”柏常騫曰:“臣請禳而去之!”公曰:“何具?”對曰:“筑
    新室,為置白茅焉。”公使為室,成,置白茅焉。柏常騫夜用事,明日問
    公曰:“今昔聞梟聲乎?”公曰:“一鳴而不复聞。”使人往視之,梟當
    陛布翼伏地而死。公曰:“子之道若此其明也!亦能益寡人壽乎?”對曰
    :“能。”公曰:“能益几何?”對曰:“天子九、諸侯七、大夫五。”
    公曰:“亦有征兆之見乎?”對曰:“得壽,地且動。”公喜,令百官趣
    具騫之所求。柏常騫出,遭晏子于涂,拜馬前,辭曰:“騫為君禳梟而殺
    之,君謂騫曰:子之道若此其明也,亦能益寡人壽乎?騫曰能。今且大祭
    ,為君請壽,故將往。以聞。”晏子曰:“嘻,亦善矣!能為君請壽也。
    雖然,吾聞之:惟以政与德順乎神,為可以益壽。今徒祭可以益壽乎?然
    則福名有見乎?”對曰:“得壽地將動。”晏子曰:“騫,昔吾見維星絕
    ,樞星散,地其動。汝以是乎?”柏常騫俯有間,仰而對曰:“然。”晏
    子曰:“為之無益,不為無損也。薄賦斂,無費民,且令君知之!”
    夫水旱俱天下陰陽所為也。大旱則雩祭而請雨,大水則鳴鼓而劫社。
    何也?曰:陽者陰之長也,其在鳥則雄為陽,雌為陰,在獸則牡為陽而牝
    為陰;其在民則夫為陽而婦為陰,其在家則父為陽而子為陰,其在國則君
    為陽而臣為陰。故陽貴而陰賤,陽尊而陰卑,天之道也。今大旱者,陽气
    太盛以厭于陰,陰厭陽固,陽其填也,惟填厭之太甚,使陰不能起也,亦
    雩際拜請而已,無敢加也。至于大水及日蝕者,皆陰气太盛而上減陽精,
    以賤乘貴,以卑陵尊,大逆不義,故鳴鼓而懾之,朱絲縈而劫之。由此觀
    之,春秋乃正天下之位,征陰陽之失。蔔逆者不避其難,是亦春秋之不畏
    強御也。故劫嚴社而不為惊靈,出天王而不為不尊上,辭蒯聵之命不為不
    听其父,絕文姜之屬而不為不愛其母,其義之盡耶!其義之盡耶!
    齊大旱之時,景公召群臣問曰:“天不雨久矣,民且有飢色,吾使人
    卜之,崇在高山廣水,寡人欲少賦斂以祠靈山可乎?”群臣莫對。晏子進
    曰:“不可,祠此無益也。夫靈山固以石為身,以草木為發;天久不雨,
    發將焦,身將熱,彼獨不欲雨乎?祠之無益。”景公曰:“不然,吾欲祠
    河伯可乎?”晏子曰:“不可,祠此無益也。夫河伯以水為國,以魚鱉為
    民;天久不雨,水泉將下,百川竭,國將亡,民將滅矣,彼獨不用雨乎?
    祠之何益?”景公曰:“今為之奈何?”晏子曰:“君誠避宮殿暴露,与
    靈山河伯共憂;其幸而雨乎!”于是景公出野,暴露三日,天果大雨,民
    盡得种樹。景公曰:“善哉!晏子之言可無用乎?其惟右德也!”
    夫天地有德,合則生气有精矣;陰陽消息,則變化有時矣。時得而治
    矣,時得而化矣,時失而亂矣;是故人生而不具者五:目無見,不能食,
    能行,不能言,不能施化。故三月達眼而后能見,七月生齒而后能食,期
    年生而後能行,三年合而後能言,十六精通而后能施化。陰窮反陽,陽窮
    反陰,故陰以陽變,陽以陰變。故男八月而生齒,八歲而毀齒,二八十六
    而精小通;女七月而生齒,七歲而毀齒,二七十四而精化小通。不肖者精
    化始至,而生气感動,触情縱欲,故反施亂化。故詩云:“乃如之人,怀
    婚姻也;大無信也,不知命也。”賢者不然,精化填盈后,傷時之不可遇
    也,不見道端,乃陳情欲以。詩曰:“靜女其姝,俟我乎城隅;愛而不見
    ,搔首踟躕。”“瞻彼日月,遙遙我思;道之云遠,曷云能來?”急時之
    辭也,甚焉,故稱日月也。
    度量權衡以黍生之為一分,十分為一寸,十寸為一尺,十尺為一丈。
    十六黍為一豆,六豆為一銖,二十四銖重一兩,十六兩為一斤,三十斤為
    一鈞,四鈞重一石。千二百黍為一龠,十龠為一合,十合為一升,十升為
    一斗,十斗為一石。
    凡六經帝王之所著,莫不致四靈焉;德盛則以為畜,治平則時气至矣
    。故麒麟身、牛尾,圓頂一角,合仁怀義,音中律呂,行步中規,折旋中
    矩,擇土而踐,位平然后處,不群居,不旅行,紛兮其有質文也,幽閑則
    循循如也,動則有儀容。黃帝即位,惟圣恩承天,明道一修,惟仁是行,
    宇內和平,未見鳳凰,維思影像,夙夜晨興,于是乃問天老曰:“鳳儀如
    何?”天老曰:“夫鳳,鴻前麟后,蛇頸魚尾,鶴植鴛鴦,思麗化枯折所
    志,龍文龜身,燕喙雞,駢翼而中注,首戴德,頂揭義,背負仁,心信志
    ,食則有質,飲則有儀,往則有文,來則有嘉。晨鳴曰發明,晝鳴曰保長
    ,飛鳴曰上翔,集鳴曰歸昌。翼挾義,衷抱忠,足履正,尾系武,小聲合
    金,大音合鼓;延頸奮翼,五先備舉,光興八風,气降時雨,此謂鳳像。
    夫惟鳳為能究万物,通天祉,象百狀,達于道。去則有災,見則有福,覽
    九州,觀八极,備文武,正王國,嚴照四方,仁圣皆伏。故得鳳之像一者
    鳳過之,得二者鳳下之,得三者春秋下之,得四者四時下之,得五者終身
    居之。”黃帝曰:“于戲盛哉!”于是乃備黃冕,帶黃紳,齋于中宮,鳳
    乃蔽日而降。黃帝降至東階,西面啟首曰:“皇天降茲,敢不承命?”于
    是鳳乃遂集東囿,食帝竹實,栖帝梧樹,終身不去。詩云:“鳳凰鳴矣,
    于彼高岡;梧桐生矣,于彼朝陽。EE萋萋,雍雍喈喈。”此之謂也。靈
    龜文五色,似玉似金,背陰向陽,上隆象天,下平法地,盤衍象山,四趾
    轉運應四時,文著象二十八宿。蛇頭龍翅,左精象日,右精象月,千歲之
    化,下气上通,能知吉凶存亡之變。宁則信信如也,動則著矣。神龍能為
    高,能為下,能為大,能為小,能為幽,能為明,能為短,能為長。昭乎
    其高也,淵乎其下也,薄乎天光,高乎其著也。一有一亡忽微哉,斐然成
    章,虛無則精以知,動作者靈以化。于戲允哉!君子辟神也,觀彼威儀,
    游燕幽間,有似鳳也。書曰:“鳥獸,鳳凰來儀。”此之謂也。
    成王時有三苗貫桑而生,同為一秀,大几盈車,民得而上之成王,成
    王問周公:“此何也?”周公曰:“三苗同秀為一,意天下其和而為一乎
    ?”后三年則越裳氏重譯而朝,曰:“道路悠遠,山川阻深,恐一使之不
    通,故重三譯而來朝也。”周公曰:“德澤不加,則君子不饗其質;政令
    不施,則君子不臣其人。”譯曰:“吾受命于吾國之黃發久矣,天之無烈
    風淫雨,意中國有圣人耶?有則盍朝之!”然后周公敬受其所以來矣。
    周惠王十五年,有神降于莘。王問于內史過曰:“是何故有之乎?”
    對曰:“有之國將興,其君齋明衷正,精洁惠和,其德足以昭其馨香,其
    惠足以同其民人,神饗而民听,民神無怨,故明神降焉,觀其政德而均布
    福焉。國將亡,其君貪冒淫僻,邪佚荒怠,蕪穢暴虐;其政腥臊,馨香不
    登,其刑矯誣,百姓攜貳,明神不蠲,而民有遠意,民神痛怨,無所依怀
    ,故神亦往焉,觀其苛慝而降之禍。是以或見神而興,亦有以亡。昔夏之
    興也,祝融降于崇山;其亡也,回祿信于亭隧。商之興也,杌次于丕山;
    其亡也,夷羊在牧。之興也,
    N|鳴于岐山;其衰也,杜伯射宣王于鎬。是皆明神之紀者也。”王曰:
    “今是何神耶?”對曰:“昔昭王娶于房曰房后,是有爽德協于丹朱,丹
    朱憑身以儀之,生穆王焉。是監燭周之子孫而福禍之。夫一神不遠徙遷,
    若由是觀之,其丹朱耶?”王曰:“其誰受之?”對曰:“在虢。”王曰
    :“然則何為?”對曰:“臣聞之。道而得神,是謂丰福;淫而得神,是
    謂貪福。今虢少荒,其亡也。”王曰:“吾其奈何?”對曰:“使太宰以
    祝史率狸姓,奉犧牲粢盛玉帛往獻焉,無有祈也。”王曰:“虢其几何?
    ”對曰:“昔堯臨民以五,今其胄見;鬼神之見也,不失其物。若由是觀
    之,不過五年。”王使太宰己父率傅氏及祝,奉犧牲玉觴往獻焉。內史過
    從至虢,虢公亦使祝史請土焉,內史過歸告王曰:“虢必亡矣。不于神,
    而求福焉,神必禍之;不親于民,而求用焉,民必違之。精意以享,也;
    慈保庶民,親也。今虢公動匱百姓以盈,其違离民怒神怨,而求利焉,不
    亦難乎?”十九年,晉取虢也。
    齊桓公北征孤竹,未至卑耳溪中十里,熽然而止,瞠然而視有頃,奉
    矢未敢發也。喟然嘆曰:“事其不濟乎!有人長尺,冠冕大人物具焉,左
    衣走馬前者。”管仲曰:“事必濟,此人知道之神也。走馬前者導也,左
    衣者,前有水也。”從左方渡,行十里果有水,曰遼水。表之,從左方渡
    至踝,從右方渡至膝。已渡,事果濟。桓公拜管仲馬前曰:“仲父之圣至
    如是,寡人得罪久矣。”管仲曰:“夷吾聞之,圣人先知無形,今已有形
    乃知之,是夷吾善承教,非圣也。”
    吳伐越,隳會稽,得骨專車,使使問孔子曰:“骨何者最大?”孔子
    曰:“禹致群臣會稽山,防風氏后至,禹殺而戮之,其骨節專車,此為大
    矣。”使者曰:“誰為神?”孔子曰:“山川之靈,足以紀綱天下者,其
    守為神。社稷為公侯,山川之祀為諸侯,皆屬于王者。”曰:“防風氏何
    守?”孔子曰:“汪芒氏之君守封徽攪蟆瀋裎襖逍眨蒼謨菹為防風氏,商
    為汪芒氏,于周為長狄氏,今謂之大人。”使者曰:“人長几何?”孔子
    曰:“僬僥氏三尺,短之至也;長者不過十,數之极也。”使者曰:“善
    哉!圣人也。”
    仲尼在陳,有隼集于陳侯之廷而死。疙鰼党矢長尺而咫。陳侯使問孔
    子,孔子曰:“隼之來也遠矣,此肅慎氏之矢也。昔武王克商,信道九夷
    百蠻,使各以其方賄來貢,思無忘職業。于是肅慎氏貢炙昐溳長尺而咫
    ,先王欲昭其令德之致,故銘其栝曰:肅慎氏的硅岳痛蠹才漵鶯倍庵畛隆
    滯殘找哉漵瘢艙骨滓玻環直鸚找栽斗街肮保彩刮忘服也。故分陳以肅慎氏
    之矢。”試求之故府,果得焉。
    季桓子穿井得土缶,中有羊,以問孔子,言得狗。孔子曰:“以吾所
    聞,非狗,乃羊也。木之怪夔罔兩,水之怪龍罔象,土之怪羊也,非狗也
    。”桓子曰:“善哉!”
    楚昭王渡江,有物大如斗,直触王舟,止于舟中;昭王大怪之,使聘
    問孔子。孔子曰:“此名萍實。”令剖而食之:“惟霸者能獲之,此吉祥
    也。”其后齊有飛鳥一足來下,止于殿前,舒翅而跳,齊侯大怪之,又使
    聘問孔子。孔子曰:“此名商羊,急告民趣治溝渠,天將大雨。”于是如
    之,天果大雨,諸國皆水,齊獨以安。孔子歸,弟子請問,孔子曰:“异
    時小儿謠曰:楚王渡江得萍實,大如拳,赤如日,剖而食之,美如蜜。此
    楚之應也。儿又有兩兩相牽,屈一足而跳,曰:天將大雨,商羊起舞。今
    齊獲之,亦其應也。夫謠之后,未嘗不有應隨者也,故圣人非獨守道而已
    也,睹物記也,即得其應矣。”
    鄭簡公使公孫成子來聘于晉,平公有疾,韓宣子贊受館客,客問君疾
    。對曰:“君之疾久矣,上下神只,無不遍諭也,而無除。今夢黃熊入于
    寢門,不知人鬼耶?亦厲鬼耶?”子產曰:“君子明,子為政,其何厲之
    有?僑聞之:昔鯀違帝命,殛之于羽山,化為黃熊,以入于羽淵,是為夏
    郊,三代舉之。夫鬼神之所及,非其族類,則紹其同位,是故天子祠上帝
    ,公侯祠百神,自卿以下不過其族。今周室少卑,晉實繼之,其或者未舉
    夏郊也?”宣子以告,祀夏郊,董伯為尸,五日瘳。公見子產賜之莒鼎。
    虢公夢在廟,有神--人面白毛,虎爪執鉞,立在西阿。公懼而走,
    神曰:“無走!帝今日使晉襲于爾門。”公拜頓首。覺,召史次踶忙弘靺
    叭緹囪裕蒼蜉曄找玻蔡捶神也。天事官成。”公使囚之,且使國人賀夢。
    舟之僑告其諸侯曰:“虢不久矣,吾乃今知之。君不度,而嘉大國之襲于
    己也,何瘳?吾聞之曰:大國無道,小國襲焉,曰服;小國傲,大國襲焉
    ,曰誅。民疾君之侈也,是以由于逆命。今嘉其夢,侈必展,是天奪之鑒
    而益其疾也!民疾其態,天又誑之;大國來誅,出令而逆。宗國既卑,諸
    侯遠,外內無親,其誰云救之?吾不忍俟,將行。”以其族适晉,三年虢
    乃亡。
    晉平公筑祁之室,石有言者。平公問于師曠曰:“石何故言?”對曰
    :“石不能言,有神憑焉;不然民听之濫也。臣聞之,作事不時,怨動于
    民,則有非言之物而言。今宮室崇侈,民力屈盡,百姓疾怨,莫安其性,
    石言不亦可乎?”
    晉平公出畋,見乳虎伏而不動,顧謂師曰:“吾聞之也,霸王之主出
    ,則猛獸伏不敢起。今者寡人出,見乳虎伏而不動,此其猛獸乎?”師曠
    曰:“鵲食,食躣,躣食豹,豹食駁,駁食虎;夫駁之狀有似駁馬,今者
    君之出必驂駁馬而出畋乎?”公曰:“然。”師曠曰:“臣聞之,一自誣
    者窮,再自誣者辱,三自誣者死。今夫虎所以不動者,為駁馬也,固非主
    君之德義也,君奈何一自誣乎?”平公异日出朝,有鳥環平公不去,平公
    顧謂師曠曰:“吾聞之也,霸王之主,鳳下之;今者出朝有鳥環寡人,終
    朝不去,是其鳳鳥乎?”師曠曰:“東方有鳥名諫珂,其為鳥也,文身而
    朱足,憎鳥而愛狐。今者吾君必衣狐裘,以出朝乎?”平公曰:“然。”
    師曠曰:“臣已嘗言之矣,一自誣者窮,再自誣者辱,三自誣者死。今鳥
    為狐裘之故。非吾君之德義也,君奈何而再自誣乎?”平公不悅。异日置
    酒祁之台,使郎中馬章布蒺藜于階上,令人召師曠;師曠至,履而上堂。
    平公曰:“安有人臣履而上人主堂者乎?”師曠解履刺足,伏刺膝,仰天
    而嘆,公起引之曰:“今者与叟戲,叟遽憂乎?”對曰:“憂夫肉自生虫
    ,而還自食也;木自生蠹,而還自刻也;人自興妖,而還自賊也。五鼎之
    具不當生藜藿,人主堂廟不當生蒺藜。”平公曰:“今為之奈何?”師曠
    曰:“妖已在前,無可奈何。入來月八日,修百官,立太子,君將死矣。
    ”至來月八日得旦,謂師曠曰:“叟以今日為期,寡人如何?”師曠不樂
    謁歸,歸未几而平公死,乃知師曠神明矣。
    趙簡子問翟封荼曰:“吾聞翟雨谷三日,信乎?”曰:“信。”“又
    聞雨血三日,信乎!”曰:“信。”“又聞馬生牛,牛生馬,信乎?”曰
    :“信。”簡子曰:“大哉,妖亦足以亡國矣!”對曰:“雨谷三日,虻
    風之所飄也;雨血三日,鷙鳥擊于上也;馬生牛,牛生馬,雜牧也,此非
    翟之妖也。”簡子曰:“然則翟之妖奚也?”對曰:“其國數散,其君幼
    弱,其諸卿貨其大夫,比党以求祿爵,其百官肆斷而無告,其政令不竟而
    數化,其士巧貪而有怨,此其妖也。”
    哀公射而中稷,其口疾不肉食,祠稷而問善卜之巫官,巫官變曰:“
    稷負五种,托株而從天下,未至于地而株絕,獵谷之老人張衽以受之,何
    不告祀之?”公從之,而疾去。
    扁鵲過趙王,王太子暴疾而死,鵲造宮門曰:“吾聞國中卒有壤土之
    事,得無有急乎?”中庶子之好方者應之曰:“然,王太子暴疾而死。”
    扁鵲曰:“人言鄭醫秦越人能活太子。”中庶子難之曰:“吾聞上古之為
    醫者曰苗父,苗父之為醫也,以菅為席,以芻為狗,北面而祝,發十言耳
    ,諸扶而來者,舉而來者,皆平复如故。子之方能如此乎?”扁鵲曰:“
    不能。”又曰:“吾聞中古之為醫者曰俞矗燦粗次耙揭玻晶B瑁彩聊埃
    泊蹲九竅而定經絡,死人复為生人,故曰俞弛憭捶僥莧羰嗆俊北餿翟唬骸
    安荒堋!敝惺曰:“子之方如此,譬若以管窺天,以錐利地;所窺者甚大
    ,所見者甚少。鈞若子之方,豈足以變駭童子哉?”扁鵲曰:“不然。物
    故有昧W而中蛟頭,掩目而別白黑者。太子之疾,所謂尸厥者也,以為不
    然,入診之,太子股陰當溫,耳中焦焦如有嘯者聲然者,皆可治也。”中
    庶子入報趙王,趙王跣而趨出門曰:“先生遠辱幸臨寡人,先生幸而有之
    ,則糞土之息,得蒙天履地而長為人矣。先生不有之,則先犬馬填溝壑矣
    。”言未已,涕泣沾襟。扁鵲遂為診之,先造軒光之鱉,八成之湯,砥針
    礪石,取三陽五輸;子容搗,子明吹耳,陽儀反神,子越扶形,子游矯摩
    。太子遂得复生。天下聞之,皆曰:“扁鵲能生死人。”鵲辭曰:“予非
    能生死人也,特使夫當生者活耳,夫死者猶不可藥而生也,悲夫亂君之治
    ,不可藥而息也。詩曰:‘多將儢豢刪紉瞪踔粗創且病!
    孔子晨立堂上,聞哭者聲音甚悲,孔子援琴而鼓之,其音同也。孔子
    出,而弟子有者,問:“誰也?”曰:“回也。”孔子曰:“回何為而”
    回曰:“今者有哭者其音甚悲,非獨哭死,又哭生离者。”孔子曰:“何
    以知之?”回曰:“似完山之鳥。”孔子曰:“何如?”回曰:“完山之
    鳥生四子,羽翼已成乃离四海,哀鳴送之,為是往而不复返也。”孔子使
    人問哭者,哭者曰:“父死家貧,賣子以葬之,將与其別也。”孔子曰:
    “善哉,圣人也!”
    景公畋于梧丘,夜猶蚤,公姑坐睡而夢有五丈夫,北面幸盧,稱無罪
    焉。公覺,召晏子而告其所夢,公曰:“我其嘗殺不辜而誅無罪耶?”晏
    子對曰:“昔者先君靈公畋,五丈夫罟而駭獸,故殺之斷其首而葬之,曰
    五丈夫之丘。其此耶?”公令人掘而求之,則五頭同穴而存焉。公曰:“
    嘻,令吏葬之。”國人不知其夢也,曰:“君憫白骨,而況于生者乎?”
    不遺余力矣,不釋余智矣,故曰,人君之為善易矣。
    子貢問孔子:“死人有知無知也?”孔子曰:“吾欲言死者有知也,
    恐孝子順孫妨生以送死也;欲言無知,恐不孝子孫棄不葬也。賜欲知死人
    有知將無知也?死徐自知之,猶未晚也!”
    王子建出守于城父,与成公干遇于疇中,問曰:“是何也?”成公干
    曰:“疇也。”“疇也者,何也?”曰:“所以為麻也。”“麻也者,何
    也?”曰:“所以為衣也。”成衣干曰:“昔者庄王伐陳,舍于有蕭氏,
    謂路室之人曰:巷其不善乎!何溝之不浚也?庄王猶知巷之不善,溝之不
    浚,今吾子不知疇之為麻,麻之為衣,吾子其不主社稷乎?”王子果不立
    。

    卷十九 修文

    天下有道,則禮樂征伐自天子出。夫功成制禮,治定作樂,禮樂者,
    行化之大者也。孔子曰:“移風易俗,莫善于樂;安上治民,莫善于禮。
    是故圣王修禮文,設庠序,陳鐘鼓,天子辟雍,諸侯泮宮,所以行德化。
    詩云:‘鎬京辟雍,自西自東,自南自北,無思不服。’此之謂也。”
    積恩為愛,積愛為仁,積仁為靈,靈台之所以靈者,積仁也。神靈者
    ,天地之本,而為万物之始也。是故文王始接民以仁,而天下莫不仁焉。
    文,德之至也,德不至則不能文。商者,常也,常者質,質主天;夏者,
    大也,大者,文也,文主地。故王者一商一夏,再而复者也,正色三而复
    者也。味尚甘,聲尚宮,一而复者,故三王術如循環,故夏后氏教以忠,
    而君子忠矣;小人之失野,救野莫如敬,故殷人教以敬,而君子敬矣。小
    人之失鬼,救鬼莫如文,故周人教以文,而君子文矣。小人之失薄,救薄
    莫如忠,故圣人之与圣也,如矩之三雜,規之雜,周則又始,窮則反本也
    。詩曰:“雕琢其章,金玉其相。”言文質美也。
    傳曰:“触情縱欲,謂之禽獸;苟可而行,謂之野人;安故重遷,謂
    之眾庶;辨然通古今之道謂之士;進賢達能,謂之大夫;敬上愛下,謂之
    諸侯;天覆地載,謂之天子。是故士服黼,大夫黻,諸侯火,天子山龍;
    德彌盛者文彌縟,中彌理者文彌章也。”詩曰:“左之左之,君子宜之;
    右之右之,君子有之。”傳曰:“君子者,無所不宜也,是故冕厲戒,立
    于廟堂之上,有司執事無不敬者;斬衰裳,苴杖,立于喪次,賓客吊唁無
    不哀者;被甲攖胄立于桴鼓之間,士卒莫不勇者。故仁者足以怀百姓,勇
    足以安危國,信足以結諸侯,強足以拒患難,威足以率三軍。故曰為左亦
    宜,為右亦宜,為君子無不宜者,此之謂也。”
    齊景公登射,晏子修禮而待。公曰:“選射之禮,寡人厭之矣。吾欲
    得天下勇士,与之圖國。”晏子對曰:“君子無禮,是庶人也;庶人無禮
    ,是禽獸也;夫臣勇多則其君,子力多則s其長,然而不敢者,惟禮之謂
    也。禮者所以御民也,轡者所以御馬也;無禮而能治國家者,嬰未之聞也
    。”景公曰:“善。”乃飭射更席以為上客,終日問禮。
    書曰五事:一曰貌。貌者男子之所以恭敬,婦人之所以姣好也;行步
    中矩,折旋中規,立則磬折,拱則抱鼓,其以入君朝,尊以嚴,其以入宗
    廟,敬以忠,其以入鄉曲,和以順,其以入州里族党之中,和以親。詩曰
    :“溫溫恭人,惟德之基。”孔子曰:“恭近于禮,遠恥辱也。”
    衣服容貌者,所以悅目也;聲音應對者,所以悅耳也;嗜欲好惡者,
    所以悅心也。君子衣服中,容貌得,則民之目悅矣;言語順,應對給,則
    民之耳悅矣;就仁去不仁,則民之心悅矣。三者存乎心,暢乎体,形乎動
    靜,雖不在位,謂之素行。故忠心好善而日新之,獨居樂德,內悅而形。
    詩曰:“何其處也?必有与也;何其久也?必有以也。”惟有以者,惟能
    長生久視,而無累于物也。
    知天道者冠粿,知地道者履軨,能治煩決亂者佩?,能射御者佩疄,
    能正三軍者|笏;衣必荷規而承矩,負繩而准下。故君子衣服中而容貌得
    ,接其服而象其德,故望玉貌而行能,有所定矣。詩曰:“鱟蘭之枝,童
    子佩?。”說行能者也。
    冠者所以別成人也,修德束躬以自申飭,所以檢其邪心,守其正意也
    。君子始冠,必祝成禮,加冠以屬其心,故君子成人,必冠帶以行事,棄
    幼少嬉戲惰慢之心,而胕胕于進德修業之志。是故服不成象,而內心不變
    ,內心修德,外被禮文,所以成顯令之名也。是故皮弁素積,百王不易,
    既以修德,又以正容。孔子曰:“正其衣冠,尊其瞻視,嚴然人望而畏之
    ,不亦威而不猛乎?”
    成王將冠,周公使祝雍祝,王曰:“達而勿多也。”祝雍曰:“使王
    近于民,遠于佞,嗇于時,惠于財,任賢使能。”于此始成之時,祝辭四
    加而后退,公冠自以為主,卿為賓,饗之以三獻之禮。公始加玄端与皮弁
    ,皆必朝服玄冕四加,諸侯、太子、庶子冠公為主,其禮与上同。冠于祖
    廟曰:“令月吉日,加子元服,去爾幼志,順爾成德。”冠禮十九見正而
    冠,古之通禮也。
    夏,公如齊逆女,何以書?親迎禮也。其禮奈何?曰:諸侯以屨二兩
    加琮,大夫庶人以屨二兩加束修二。曰:“某國寡小君,使寡人奉不珍之
    琮,不珍之屨,禮夫人貞女。”夫人曰:“有幽室數辱之產,未諭于傅母
    之教,得承執衣裳之事,敢不敬拜?”拜祝,祝答拜。夫人受琮取一兩,
    屨以履女,正笄衣裳而命之曰:“往矣,善事爾舅姑,以順為宮室,無二
    爾心,無敢回也。”女拜,乃親引其手,授夫乎戶,夫引手出戶;夫行女
    從,拜辭父于堂,拜諸母于大門。夫先升与執轡,女乃升輿,轂三轉,然
    后天下先行。大夫士庶人稱其父曰:“某之父,某之師友,使其執不珍之
    屨,不珍之束修,敢不敬禮某氏貞女。”母曰:“有草茅之產,未習于織
    ?紡績之事,得奉執箕帚之事,敢不敬拜?”
    春秋曰:“壬申,公薨于高寢。”傳曰:“高寢者何?正寢也。曷為
    或言高寢,或言路寢?曰,諸侯正寢三:一曰高寢,二曰左路寢,三曰右
    路寢。高寢者,始封君之寢也。二路寢者,繼体之君寢也。其二何?曰,
    子不居父之寢,故二寢。繼体君世世不可居高祖之寢,故有高寢,名曰高
    也。路寢其立奈何?高寢立中,路寢左右。”春秋曰:“天王入于成周。
    ”傳曰:“成周者何?東周也。然則天子之寢奈何?曰,亦二承明,繼体
    守文之君之寢,曰左右之路寢。謂之承明何?曰承乎明堂之后者也。故天
    子諸侯三寢立而名實正,父子之義章,尊卑之事別,大小之德异矣。”
    天子以鬯為贄,鬯者百草之本也,上暢于天,下暢于地,無所不暢,
    故天子以鬯為贄。諸侯以圭為贄,圭者玉也,薄而不撓,廉而不劌,有瑕
    于中,必見于外,故諸侯以玉為贄。卿以羔為贄,羔者,羊也,羊群而不
    党,故卿以為贄。大夫以鷫為贄,鷫者行列有長幼之禮,故大夫以為贄。
    士以雉為贄,贄可不可指食,籠狎而服之,故士以雉為贄。庶人以為贄,
    者也無它心,故庶人以為贄。贄者,所以質也。
    諸侯三年一貢士,士一适謂之好德,再适謂之尊賢,三适謂之有功。
    有功者,天子一賜以輿服弓矢,再賜以鬯,三賜以虎賁百人,號曰命諸侯
    。命諸侯者,鄰國有臣其君,孽其宗,雖不請乎天子而征之可也,已征而
    歸其地于天子。諸侯貢士,一不适謂之過,再不适謂之傲,三不适謂之誣
    。誣者天子黜之,一黜以爵,再黜以地,三黜而地畢。諸侯有不貢士,謂
    之不率正,不率正者,天子黜之,一黜以爵,再黜以地,三黜而地畢。然
    后天子比年秩官之無文者而黜之,以諸侯之所貢士伐之。詩云:“濟濟多
    士,文王以宁。”此之謂也。
    古者必有命民,命民能敬長怜孤,取舍好讓,居事力者,命于其君。
    命然后得乘飭輿駢馬,未得命者不得乘,乘者皆有罰。故其民雖有余財侈
    物,而無仁義功德者,則無所用其余財侈物;故其民皆興仁義而賤財利,
    賤財利則不爭,不爭則強不凌弱,眾不暴寡。是唐虞所以興象刑,而民莫
    敢犯法,而亂斯止矣。詩云:“告爾民人,謹爾侯度,用戒不虞。”此之
    謂也。
    天子曰巡狩,諸侯曰述職。巡狩者,巡其所守也;述職者,述其所職
    也。春省耕,助不給也;秋省斂,助不足也。天子五年一巡狩,歲二月東
    巡狩,至于東岳,柴而望祀山川,見諸侯,問百年者,命太師陳詩以觀民
    風,命市納賈以觀民之所好惡,志淫好僻者,命典禮,考時月定日,同律
    禮樂制度衣服正之。山川神只有不舉者為不敬,不敬者君黜以爵;宗廟有
    不順者為不孝,不孝者君削其地;有功澤于民者,然后加地。入其境,土
    地辟除,敬老尊賢,則有慶,益其地;入其境,土地荒穢,遺老失賢,掊
    克在位,則有讓,削其地。一不朝者黜其爵,再不朝者黜其地,三不朝者
    以六師移之。歲五月南巡狩,至于南岳,如東巡狩之禮;歲八月西巡狩,
    至于西岳,如南巡狩之禮;歲十一月北巡狩,至于北岳,如西巡狩之禮。
    歸格于祖檷,用特。
    春秋曰:“正月,公狩于郎。”傳曰:“春曰搜,夏曰苗,秋曰服,
    冬曰狩。”苗者奈何?曰苗者毛也,取之不圍澤,不R群,取禽不卵,不
    殺孕重者。春搜者不殺小及孕重者;冬狩皆取之,百姓皆出,不失其馳,
    不抵禽,不詭遇,逐不出防,此苗服搜狩之義也。故苗服搜狩之禮,簡其
    戎事也;故苗者毛取之,搜者搜索之,狩者守留之。夏不田,何也?曰,
    天地陰陽盛長之時,猛獸不攫,鷙鳥不搏,蝮蠆不螫,鳥獸虫蛇且知應天
    ,而況人乎哉?是以古者必有豢牢。其謂之畋何?圣人舉事必返本,五谷
    者,以奉宗廟,養万民也,去禽獸害稼穡者,故以田言之,圣人作名號而
    事義可知也。
    天子諸侯無事則歲三田,一為干豆,二為賓客,三為充君之庖。無事
    而不田,曰不敬,田不以禮,曰暴天物。天子不合圍,諸侯不R群;天子
    殺則下大駑,諸侯殺則下小駑,大夫殺則止佐滏,佐滏止則百姓畋獵。獺
    祭魚,然后漁人入澤梁;鳩化為鷫,然后設糙羅;草木零落,然后入山林
    。昆虫不蟄不以火田,不不卵,不夭,不覆巢;此皆圣人在上,君子在位
    ,能者在職,大德之發者也。是故皋陶為大理乎,民各服得其實;伯夷主
    禮,上下皆讓;為工師,百工致功;益主虞,山澤辟成;棄主稷,百谷時
    茂;契主司徒,百姓親和;龍主賓客,遠人至。十二牧行,而九州莫敢僻
    違;禹陂九澤,通九道,定九州,各以其職來貢,不失厥宜,方五十里至
    于荒服,南撫交趾、大發,西析支渠、搜氐羌,北至山戎、肅慎,東至長
    夷、島夷,四海之內皆戴帝舜之功。于是禹乃興九韶之樂,致异物,鳳凰
    來翔,天下明德也。
    射者必心平体正,持弓矢審固,然后射者能以中。詩云:“大侯既抗
    ,弓矢斯張;射夫既同,獻爾發功。”此之謂也。弧之為言豫也,豫者豫
    吾意也。故古者儿生三日,桑弧蓬矢六射天地四方,天地四方者,男子之
    所有事也,必有意其所有事,然后敢食谷,故曰:“不素飧兮。”此之謂
    也。
    生而相与交通,故曰留賓。自天子至士,各有次,贈死不及柩尸,吊
    生不及悲哀,非禮也。故古者吉行五十里,奔喪百里,贈湹及事之謂時;
    時,禮之大者也。春秋曰:“天王使宰I來歸惠公、仲子之湹。”湹者何
    ?喪事有湹者,蓋以乘馬束帛輿馬曰湹,貨財曰賻,水被曰涋,口實曰玩
    好曰贈。知生者賻湹,知死者贈涋;贈涋所以送死也,賻湹所以佐生也。
    輿馬、束帛、貨財、衣被、玩好,其數奈何?曰,天子乘馬六匹,諸侯四
    匹,大夫三匹,元士二匹,下士一匹;天子束帛五匹、玄三駢二,各五十
    尺,諸侯玄三駢二,各三十尺,大夫玄一駢二,各三十尺,元士玄一駢一
    ,各二丈,下士彩縵各一匹,庶人布帛各一匹;天子之湹,乘馬六匹乘車
    ,諸侯四匹乘輿,大夫曰參輿,元士下士不用輿;天子文繡衣各一襲到地
    ,諸侯覆跗,大夫到踝,士到髀;天子實以珠,諸侯以玉,大夫以璣,以
    貝,庶人以谷實。位尊德厚及親者賻湹i涋厚,貧富亦有差;二三四五之
    數,取之天地而制奇偶,度人情而出節文,謂之有因,禮之大宗也。
    春秋曰:“庚戌天王崩。”傳曰:“天王何以不書葬?天子記崩不記
    葬,必其時也;諸侯記卒記葬,有天子在,不必其時也。”必其時奈何?
    悀七日而殯,七月而葬;諸侯五日而殯,五月而葬;大夫三日而殯,三月
    而葬;士庶人二日而殯,二月而葬。皆何以然?曰,禮不豫凶事,死而后
    治凶服,衣衰飾,修棺槨,作穿窆宅兆,然后喪文成,外親畢至,葬墳集
    ,孝子忠臣之恩厚備盡矣。故天子七月而葬,同軌畢至;諸侯五月而葬,
    同會畢至;大夫三月而葬,同朝畢至;士庶人二月而葬,外姻畢至也。
    延陵季子适齊,于其反也,其長子死于嬴博之間,因葬焉。孔子聞之
    ,曰:“延陵季子吳之習于禮者也。”使子貢往而觀之,其穿,深不至泉
    ;其斂,以時服;既葬,封壙墳掩坎,其高可隱也;既封,左袒右旋,其
    封且號者三。言曰:“骨肉歸复于土,命也。若魂气則無不之也!無不之
    也!”而遂行。孔子曰:“延陵季子于禮其合矣。”
    子生三年,然后免于父母之怀,故制喪三年,所以報父母之恩也。期
    年之喪通乎諸侯,三年之喪通乎天子,禮之經也。子夏三年之喪畢,見于
    孔子,孔子与之琴,使之弦,援琴而弦,胕胕而樂作,而曰:“先生制禮
    不敢不及也。”孔子曰:“君子也。”閔子騫三年之喪畢,見于孔子,孔
    子与之琴,使之弦,援琴而弦,切切而悲作,而曰:“先生制禮不敢過也
    。”孔子曰:“君子也。”子貢問曰:“閔子哀不盡,子曰君子也;子夏
    哀已盡,子曰君子也。賜也惑,敢問何謂?”孔子曰:“閔子哀未盡,能
    斷之以禮,故曰君子也;子夏哀已盡,能引而致之,故曰君子也。夫三年
    之喪,固优者之所屈,劣者之所勉。”
    齊宣王謂田過曰:“吾聞儒者喪親三年,喪君三年;君与父孰重?”
    田過對曰:“殆不如父重。”王忿然怒曰:“然則何為去親而事君?”田
    過對曰:“非君之土地無以處吾親,非君之祿無以養吾親,非君之爵位無
    以尊顯吾親;受之君,致之親,凡事君所以為親也。”宣王邑邑無以應。
    古者有者謂之厲,君一時素服,使有司吊死問疾,憂以巫醫,匍匐以
    救之,湯粥以方之。善者必先乎鰥寡孤獨,及病不能相養,死無以葬埋,
    則葬埋之。有親喪者不呼其門,有齊衰大功,五月不服力役之征,有小功
    之喪者未葬,不服力役之征。其有重尸多死者,急則有聚眾,童子擊鼓苣
    火,入官宮里用之,各擊鼓苣火,逐官宮里。家之主冠立于阼,事畢出乎
    里門,出乎邑門,至野外;此匍匐救厲之道也。師大敗亦然。
    齋者思其居處也,思其笑語也,思其所為也;齋三日,乃見其所為齋
    者。祭之日,將入戶,然若有見乎其容;盤旋出戶,喟然若有聞乎嘆息之
    聲。先人之色,不絕于目;聲音咳唾,不絕于耳;嗜欲好惡,不忘于心;
    是則孝子之齋也。
    春祭曰祠,夏祭曰跌,秋祭曰嘗,冬祭曰A;春荐韭卵,夏荐麥魚;
    秋荐黍豚,冬荐稻鷫。三歲一,五年一診;者,合也;診者,諦也。者大
    合祭于祖廟也,診者諦其德而差优劣也。圣主將祭,必洁齋精思,若親之
    在;方興未登,憧憧,專一想親之容貌彷佛,此孝子之誠也。四方之助祭
    ,空而來者滿而反,虛而至者實而還,皆取法則焉。
    韓褐子濟于河,津人告之曰:“夫人過于此者,未有不快用者也;而
    子不用乎?”韓褐子曰:“天子祭海內之神,諸侯祭封域之內,大夫祭其
    親,士祭其祖檷。褐也,未得事河伯也。”津人申楫舟中水而運,津人曰
    :“向也,役人固已告矣,夫子不听役人之言也;今舟中水而運,甚殆,
    治裝衣而下游乎!”韓子曰:“吾不為人之惡我而改吾志,不為我將死而
    改吾義。”言未已,舟然行。韓褐子曰:“詩云:‘莫莫葛,施于條枚;
    愷悌君子,求福不回。’鬼神且不回,況于人乎?”
    孔子曰:“無体之禮,敬也;無服之喪,憂也;無聲之樂,歡也;不
    言而信,不動而威,不施而仁。志也,鐘鼓之聲怒而擊之則武,憂而擊之
    則悲,喜而擊之則樂;其志變,其聲亦變。其志誠,通乎金石,而況人乎
    ?”
    公孟子高見顓孫子莫曰:“敢問君子之禮何如?”顓孫子莫曰:“去
    爾外厲,与爾內折,色胜而心自取之,去三者而可矣。”公孟不知以告曾
    子,曾子愀然逡巡曰:“大哉言乎!夫外厲者必內折,色胜而心自取之必
    為人役。是故君子德行成而容不知,聞識博而辭不爭,知慮微達而能不愚
    。”
    曾子有疾,孟儀往問之。曾子曰:“鳥之將死,必有悲聲;君子集大
    辟,必有順辭。禮有三儀,知之乎?”對曰:“不識也。”曾子曰:“坐
    ,吾語汝。君子修禮以立志,則貪欲之心不來;君子思禮以蚳迭則怠惰慢
    易之節不至;君子修禮以仁義,則忿爭暴亂之辭遠。若夫置樽俎、列籩豆
    ,此有司之事也,君子雖勿能可也。”
    孔子曰可也簡。簡者,易野也,易野者,無禮文也。孔子見子桑伯子
    ,子桑伯子不衣冠而處,弟子曰:“夫子何為見此人乎?”曰:“其質美
    而無文,吾欲說而文之。”孔子去,子桑伯子門人不說,曰:“何為見孔
    子乎?”曰:“其質美而文繁,吾欲說而去其文。”故曰,文質修者謂之
    君子,有質而無文謂之易野,子桑伯子易野,欲同人道于牛馬,故仲弓曰
    太簡。上無明天子,下無賢方伯,天下為無道,臣s其君,子s其父,力
    能討之,討之可也。當孔子之時,上無明天子也,故言雍也可使南面,南
    面者天子也,雍之所以得稱南面者,問子桑伯子于孔子,孔子曰:“可也
    簡。”仲弓曰:“居敬而行簡以道民,不亦可乎?居簡而行簡,無乃太簡
    乎?”子曰:“雍之言然!”仲弓通于化術,孔子明于王道,而無以加仲
    弓之言。
    孔子至齊郭門之外,遇一嬰儿挈一壺,相与俱行,其視精,其心正,
    其行端,孔子謂御曰:“趣驅之,趣驅之。”韶樂方作,孔子至彼,聞韶
    三月不知肉味。故樂非獨以自樂也,又以樂人;非獨以自正也,又以正人
    矣哉!于此樂者,不圖為樂至于此。黃帝詔伶倫作為音律,伶倫自大夏之
    西,乃之昆侖之陰,取竹于O谷,以生竅厚薄均者,斷兩節間,其長九寸
    而吹之,以為黃鐘之宮,日含少次,制十二管,以昆侖之下,听鳳之鳴,
    以別十二律,其雄鳴為六,雌鳴亦六,以比黃鐘之宮,适合黃鐘之宮,皆
    可生之,而律之本也。故曰黃鐘微而均,鮮全而不傷,其為宮獨尊,象大
    圣之德,可以明至賢之功,故奉而荐之于宗廟,以歌迎功德,世世不忘。
    是故黃鐘生林鐘,林鐘生大呂,大呂生夷則,夷則生太簇,太簇生南呂,
    南呂生夾鐘,夾鐘生無射,無射生姑洗,姑洗生應鐘,應鐘生蕤賓。三分
    所生,益之以一分以上生;三分所生,去其一分以下生。黃鐘、大呂、太
    簇、夾鐘、姑洗、仲呂、蕤賓為上,林鐘、夷則、南呂、無射、應鐘為下
    。大圣至治之世,天地之气,合以生風,日至則日行其風以生十二律,故
    仲冬短至則生黃鐘,季冬生大呂,孟春生太簇,仲春生夾鐘,季春生姑洗
    ,孟夏生仲呂,仲夏生蕤賓,季夏生林鐘,孟秋生夷則,仲秋生南呂,季
    秋生無射,孟冬生應鐘。天地之風气正,十二律至也。
    圣人作為鼓控揭塤飼,比六者德音之音,然后鐘磬竽瑟以和之,然后
    干戚旄狄以舞之;此所以祭先王之廟也,此所以獻酢嘄之酬也,所以官序
    貴賤各得其宜也,此可以示后世有尊卑長幼之序也。
    鐘聲鏗鏗以立號,號以立橫,橫以立武,君子听鐘聲則思武臣。石聲
    磬磬以立辯,辯以致死,君子听磬聲則思死封疆之臣。絲聲哀哀以立廉,
    廉以立志,君子听琴瑟之聲,則思志義之臣。竹聲濫濫以立會,會以聚眾
    ,君子听竽笙簫管之聲,則思畜聚之臣。鼓檕之聲歡歡以立動,動以進眾
    ,君子听鼓檕之聲,則思將帥之臣。君子之听音,非听其鏗鏘而已,彼亦
    有所合之也。
    樂者,圣人之所樂也,而可以善民心,其感人深,其移風易俗,故先
    王著其教焉。夫民有血气心知之性,而無哀樂喜怒之常,應感起物而動,
    然后心術形焉。是故感激憔悴之音作,而民思憂;悸追蔽募蚪謚匆鰨捕窨
    道鄭淮質裘頭芄汴謚匆鰨捕窀找悖渙直勁正庄誠之音作,而民肅敬;寬裕
    肉好順成和動之音作,而民慈愛。流僻邪散狄成滌濫之音作,而民淫亂。
    是故先王本之情性,稽之度數,制之禮義;含生气之和,道五常之行,使
    陽而不散,陰而不密,剛气不怒,柔气不懾;四暢交于中,而發作于外,
    皆安其位,不相奪也。然后立之學等,廣其節奏,省其文彩;以繩德厚,
    律小大之稱,比終始之序,以象事行,使親疏貴賤,長幼男女之理,皆形
    見于樂,故曰樂觀其深矣。土弊則草木不長,水煩則魚鱉不大,气衰則生
    物不遂,世亂則禮慝而樂淫;是故其聲哀而不庄,樂而不安,慢易以犯節
    ,流漫以忘本,廣則容奸,狹則思欲;感滌蕩之气,滅平和之德,是以君
    子賤之也。凡奸聲感人而逆气應之,逆气成象而淫樂興焉;正聲感人而順
    气應之,順气成象而和樂興焉。唱和有應,回邪曲直,各歸其分,而万物
    之理,以類相動也。是故君子反情以和其志,比類以成其行,奸聲亂色,
    不習于听,淫樂慝禮,不接心術,惰慢邪辟之气,不設于身体;使耳目鼻
    口心智百体,皆由順正以行其義,然后發以聲音,文以琴瑟,動以干戚,
    飾以羽旄,從以簫管;奮至德之光,動四气之和,以著万物之理。是故清
    明象天,廣大象地,終始象四時,周旋象風雨;五色成文而不亂,八風從
    律而不奸,百度得數而有常。小大相成,終始相生,唱和清濁,代相為經
    ,故樂行而倫清,耳目聰明,血气和平,移風易俗,天下皆宁,故曰樂者
    樂也。君子樂得其道,小人樂得其欲,以道制欲,則樂而不亂;以欲忘道
    ,則惑而不樂,是故君子反情以和其意,廣樂以成其教,故樂行而民向方
    ,可以觀德矣。德者性之端也,樂者德之華也,金石絲竹,樂之器也。詩
    言其志,歌詠其聲,舞動其容,三者本于心,然后樂器從之;是故情深而
    文明,气盛而化神,和順積中而英華發外,惟樂不可以為偽。樂者,心之
    動也,聲者,樂之象也,文采節奏,聲之飾也。君子之動本,樂其象也,
    后治其飾,是故先鼓以警戒,三步以見方,再始以著往,复亂以飭歸;奮
    疾而不拔,极幽而不隱,獨樂其志,不厭其道,備舉其道,不私其欲。是
    故情見而義立,樂終而德尊,君子以好善,小人以飭過,故曰生民之道,
    樂為大焉。
    樂之可密者,琴最宜焉,君子以其可修德,故近之。凡音之起,由人
    心生也;人心之動,物使之然也;感于物而后動,故形于聲;聲相應故生
    變,變成方故謂之音。比音而樂之,及干戚羽旄謂之樂;樂者音之所由生
    也,其本在人心之感于物。是故其哀心感者,其聲以殺;其樂心感者,其
    聲曰海黃湎殘母姓擼財瀋隕黃澠承母姓擼財瀋騁岳鰨其敬心感者,其聲直
    以廉;其愛心感者,其聲和以調。人之善惡非牲也,感于物而后動,是故
    先王慎所以感之,故禮以定其意,樂以和其性,政以一其行,刑以防其奸
    ;禮樂刑政,其极一也,所以同民心而立治道也。
    凡音,生人心者也,情動于中而形于聲,聲成文謂之音。是故治世之
    音安以樂,其政和;亂世之音怨以怒,其政乖;亡國之音哀以思,其民困
    。聲音之道,与政通矣。宮為君,商為臣,角為民,征為事,羽為物;五
    音亂則無法,無法之音:宮亂則荒,其君驕;商亂則陂,其官坏;角亂則
    憂,其民怨;征亂則哀,其事勤;羽亂則危,其財匱;五者皆亂,代相凌
    謂之慢,如此則國之滅亡無日矣。鄭、衛之音,亂世之音也,比于慢矣;
    桑間、濮上之音,亡國之音也,其政散,其民流,誣上行私而不可止也。
    凡人之有患禍者,生于淫u暴慢,淫u暴慢之本,生于飲酒;故古者
    慎其飲酒之禮,使耳听雅音,目視正儀,足行正容,心論正道。故終日飲
    酒而無過失,近者數日,遠者數月,皆人有德焉以益善,詩云:“既醉以
    酒,既飽以德。”此之謂也。
    凡從外入者,莫深于聲音,變人最极,故圣人因而成之以德曰樂,樂
    者德之風,詩曰:“威儀抑抑,德音秩秩。”謂禮樂也。故君子以禮正外
    ,以樂正內;內須臾离樂,則邪气生矣,外須臾离禮,則慢行起矣;故古
    者天子諸侯听鐘聲,未嘗离于庭,卿大夫听琴瑟,未嘗离于前;所以養正
    心而滅淫气也。樂之動于內,使人易道而好良;樂之動于外,使人溫恭而
    文雅;雅頌之聲動人,而正气應之;和成容好之聲動人,而和气應之;粗
    厲猛賁之聲動人,而怒气應之;鄭衛之聲動人,而淫气應之。是以君子慎
    其所以動人也。
    子路鼓瑟有北鄙之聲,孔聞之曰:“信矣,由之不才也!”冉有侍,
    孔子曰:“求來,爾奚不謂由夫先王之制音也?奏中聲,為中節;流入于
    南,不歸于北。南者生育之鄉,北者殺伐之域;故君子執中以為本,務生
    以為基,故其音溫和而居中,以象生育之气也。憂哀悲痛之感不加乎心,
    暴厲淫荒之動不在乎体,夫然者,乃治存之風,安樂之為也。彼小人則不
    然,執末以論本,務剛以為基,故其音湫厲而微末,以象殺伐之气。和節
    中正之感不加乎心,溫儼恭庄之動不存乎体,夫殺者乃亂亡之風,奔北之
    為也。昔舜造南風之聲,其興也勃焉,至今王公述無不釋;紂為北鄙之聲
    ,其廢也忽焉,至今王公以為笑。彼舜以匹夫,積正合仁,履中行善,而
    卒以興,紂以天子,好慢淫荒,剛厲暴賊,而卒以滅。今由也匹夫之徒,
    布衣之丑也,既無意乎先王之制,而又有亡國之聲,豈能保七尺之身哉?
    ”冉有以告子路,子路曰:“由之罪也!小人不能,耳陷而入于斯。宜矣
    ,夫子之言也!”遂自悔,不食七日而骨立焉,孔子曰:“由之改過矣。
    ”

    卷二十 反質

    孔子卦得賁,喟然仰而嘆息,意不平。子張進,舉手而問曰:“師聞
    賁者吉卦,而嘆之乎?”孔子曰:“賁非正色也,是以嘆之。吾思夫質素
    ,白當正白,黑當正黑。夫質又何也?吾亦聞之,丹漆不文,白玉不雕,
    寶珠不飾,何也?質有余者,不受飾也。”
    信鬼神者失謀,信日者失時,何以知其然?夫賢圣周知,能不時日而
    事利;敬法令,貴功勞,不卜筮而身吉;謹仁義,順道理,不禱祠而福。
    故卜數擇日,洁齋戒,肥犧牲,飾圭璧,精祠祀,而終不能除悖逆之禍,
    以神明有知而事之,乃欲背道妄行而以祠祀求福,神明必違之矣。天子祭
    天地、五岳、四瀆,諸侯祭社稷,大夫祭五祀,士祭門戶,庶人祭其先祖
    。圣王承天心,制禮分也。凡古之卜日者,將以輔道稽疑,示有所先而不
    敢自專也;非欲以顛倒之惡而幸安之全。孔子曰:“非其鬼而祭之,諂也
    。”是以泰山終不享李氏之旅,易稱東鄰殺牛,不如西鄰之跌祭,蓋重禮
    不貴牲也,敬實而不貴華。誠有其德而推之,則安往而不可。是以圣人見
    人之文,必考其質。
    歷山之田者善侵畔,而舜耕焉;雷澤之漁者善爭陂,而舜漁焉;東夷
    之陶器窳,而舜陶焉。故耕漁与陶非舜之事,而舜為之,以救敗也。民之
    性皆不胜其欲,去其實而歸之華,是以苦窳之器,爭斗之患起,爭斗之患
    起,則所以偷也。所以然者何也?由离誠就詐,棄朴而取偽也,追逐其末
    而無所休止。圣人抑其文而抗其質,則天下反矣,詩云:“尸鳩在桑,其
    子七兮;淑人君子,其儀一兮。”傳曰:“尸鳩之所以養七子者,一心也
    ;君子所以理万物者,一儀也。以一儀理物,天心也;五者不离,合而為
    一,謂之天心。在我能因自深結其意于一,故一心可以事百君,百心不可
    以事一君,是故誠不遠也。夫誠者一也,一者質也;君子雖有外文,必不
    离內質矣。”
    衛有五丈夫,俱負缶而入井灌韭,終日一區。鄧析過,下車為教之,
    曰:“為机,重其后,輕其前,命曰橋。終日灌韭,百區不倦。”五丈夫
    曰:“吾師言曰:有机知之巧,必有机知之敗;我非不知也,不欲為也。
    子其往矣,我一心溉之,不知改已!”鄧析去,行數十里,顏色不悅懌,
    自病。弟子曰:“是何人也?而恨我君,請為君殺之。”鄧析曰:“釋之
    ,是所謂真人者也。可令守國。”
    禽滑厘問于墨子曰:“錦繡,將安用之?”墨子曰:“惡,是非吾用
    務也。古有無文者得之矣,夏禹是也。卑小宮室,損薄飲食,土階三等,
    衣裳細布;當此之時,黻無所用,而務在于完堅。殷之盤庚,大其先王之
    室,而改遷于殷,茅茨不剪,采椽不鷚員涮下之視;當此之時,文采之帛
    ,將安所施?夫品庶非有心也,以人主為心,苟上不為,下惡用之?二王
    者以化身先于天下,故化隆于其時,成名于今世也。且夫錦繡,亂君之所
    造也,其本皆興于齊,景公喜奢而忘儉,幸有晏子以儉鐫之,然猶几不能
    胜。夫奢安可窮哉?紂為鹿台糟丘,酒池肉林,宮牆文畫,雕琢刻鏤,錦
    繡被堂,金玉珍瑋,婦女优倡,鐘鼓管弦,流漫不禁,而天下愈竭,故卒
    身死國亡,為天下戮,非惟錦繡之用耶?今當凶年,有欲予子隨侯之珠者
    ,不得賣也,珍寶而以為飾;又欲予子一鐘粟者,得珠者不得粟,得粟者
    不得珠,子將何擇?”禽滑厘曰:“吾取粟耳,可以救窮。”墨子曰:“
    誠然,則惡在事夫奢也?長無用,好末淫,非圣人所急也。故食必常飽,
    然后求美;衣必常暖,然后求麗;居必常安,然后求樂。為可長,行可久
    ,先質而后文,此圣人之務。”禽滑厘曰:“善。”
    秦始皇既兼天下,大侈靡,即位三十五年猶不息,治大馳道,從九原
    抵云陽,塹山堙谷直通之。厭先王宮室之小,乃于丰鎬之間,文武之處,
    營作朝宮,渭南山林苑中作前殿,阿房東西五百步,南北五十丈,上可坐
    万人,下可建五丈旗,周為閣道;自殿直抵南山之岭以為闕,為复道,自
    阿房渡渭水屬咸陽,以象天极,閣道絕漢,抵營室也。又興驪山之役,錮
    三泉之底,關中离宮三百所,關外四百所,皆有鐘盤帷帳,婦女倡优。立
    石闕東海上朐山界中,以為秦東門。于是有方士韓客侯生,齊客盧生,相
    与謀曰:“當今時不可以居,上樂以刑殺為威,天下畏罪;持祿莫敢盡忠
    ,上不聞過而日驕,下懾伏以慢欺而取容,諫者不用而失道滋甚。吾党久
    居,且為所害。”乃相与亡去。始皇聞之大怒,曰:“吾异日厚盧生,尊
    爵而事之,今乃誹謗我,吾聞諸生多為妖言以亂黔首。”乃使御史悉上諸
    生,諸生傳相告,犯法者四百六十余人,皆坑之。盧生不得,而侯生后得
    ,始皇聞之,召而見之,升阿東之台,臨四通之街,將數而車裂之。始皇
    望見侯生,大怒曰:“老虜不良,誹謗而主,乃敢复見我!”侯生至,仰
    台而言曰:“臣聞知死必勇,陛下肯听臣一言乎?”始皇曰:“若欲何言
    ?言之!”侯生曰:“臣聞禹立誹謗之木,欲以知過也。今陛下奢侈失本
    ,淫u趨末,宮室台閣,連屬增累,珠玉重寶,積襲成山,錦繡文采,滿
    府有余,婦女倡优,數巨万人,鐘鼓之樂,流漫無窮,酒食珍味,盤錯于
    前,衣服輕暖,輿馬文飾,所以自奉,麗靡爛熳,不可胜极。黔首匱竭,
    民力單盡,尚不自知,又急誹謗,嚴威克下,下喑上聾,臣等故去。臣等
    不惜臣之身,惜陛下國之亡耳。聞古之明王,食足以飽,衣足以暖,宮室
    足以處,輿馬足以行,故上不見棄于天,下不見棄于黔首。堯茅茨不剪,
    采椽不鷩兩茲齲捕种丈者,俗以其文采之少,而質素之多也。丹朱傲虐好
    慢淫,不修理化,遂以不升。今陛下之淫,万丹朱而十昆吾桀紂,臣恐陛
    下之十亡也,而曾不一存。”始皇默然久之,曰:“汝何不早言?”侯生
    曰:“陛下之意,方乘青云飄搖于文章之觀,自賢自健,上侮五帝,下凌
    三王,棄素朴,就末技,陛下亡征見久矣。臣等恐言之無益也,而自取死
    ,故逃而不敢言。今臣必死,故為陛下陳之,雖不能使陛下不亡,欲使陛
    下自知也。”始皇曰:“吾可以變乎?”侯生曰:“形已成矣,陛下坐而
    待亡耳!若陛下欲更之,能若堯与禹乎?不然無冀。陛下之佐又非也,臣
    恐變之不能存也。”始皇喟然而嘆,遂釋不誅。后三年始皇崩;二世即位
    ,三年而秦亡。
    魏文侯問李克曰:“刑罰之源安生?”李克曰:“生于奸邪淫u之行
    。凡奸邪之心,飢寒而起,淫者,久飢之詭也;雕文刻鏤,害農事者也;
    錦繡纂組,傷女工者也。農事害,則飢之本也;女工傷,則寒之源也。飢
    寒并至而能不為奸邪者,未之有也;男女飾美以相矜而能無淫者,未嘗有
    也。故上不禁技巧,則國貧民侈,國貧窮者為奸邪,而富足者為淫,則驅
    民而為邪也;民以為邪,因之法隨,誅之不赦其罪,則是為民設陷也。刑
    罰之起有原,人主不塞其本,而替其末,傷國之道乎?”文侯曰:“善。
    ”以為法服也。
    秦穆公閑,問由余曰:“古者明王圣帝,得國失國當何以也?”由余
    曰:“臣聞之,當以儉得之,以奢失之。”穆公曰:“愿聞奢儉之節。”
    由余曰:“臣聞堯有天下,飯于土簋,啜于土,其地南至交趾,北至幽都
    ,東西至日所出入,莫不賓服。堯釋天下,舜受之,作為食器,斬木而裁
    之,銷銅鐵,修其刃,猶漆黑之以為器。諸侯侈國之不服者十有三。舜釋
    天下而禹受之,作為祭器,漆其外而朱畫其內,繒帛為茵褥,觴勺有彩,
    為飾彌侈,而國之不服者三十有二。夏后氏以沒,殷周受之,作為大器,
    而建九傲,食器雕琢,觴勺刻鏤,四壁四帷,茵席雕文,此彌侈矣,而國
    之不服者五十有二。君好文章,而服者彌侈,故曰儉其道也。”由余出,
    穆公召內史廖而告之曰:“寡人聞鄰國有圣人,敵國之憂也。今由余圣人
    也,寡人患之。吾將奈何?”內史廖曰:“夫戎辟而遼遠,未聞中國之聲
    也,君其遺之女樂以亂其政,而厚為由余請期,以疏其間,彼君臣有間,
    然后可圖。”君曰:“諾。”乃以女樂三九遺戎王,因為由余請期;戎王
    果具女樂而好之,設酒听樂,終年不遷,馬牛羊半死。由余歸諫,諫不听
    ,遂去,入秦,穆公迎而拜為上卿。問其兵勢与其地利,既已得矣,舉兵
    而伐之,兼國十二,開地千里。穆公奢主,能听賢納諫,故霸西戎,西戎
    淫于樂,誘于利,以亡其國,由离質朴也。
    經侯往适魏太子,左帶羽玉具劍,右帶環佩,左光照右,右光照左;
    坐有頃,太子不視也,又不問也。經侯曰:“魏國亦有寶乎?”太子曰:
    “有。”經侯曰:“其寶何如?”太子曰:“主信臣忠,百姓上戴。此魏
    之寶也。”經侯曰:“吾所問者,非是之謂也。乃問其器而已。”太子曰
    :“有。徒師沼治魏而市無豫賈, 辛治陽而道不拾遺,芒卯在朝而四鄰
    賢士無不相因而見。此三大夫乃魏國之大寶。”于是經侯默然不應,左解
    玉具,右解環佩,委之坐,愆然而起,默然不謝,趨而出,上車驅去。魏
    太子使騎操劍佩逐与經侯,使告經侯曰:“吾無德所寶,不能為珠玉所守
    ;此寒不可衣,飢不可食,無為遺我賊。”于是經侯杜門不出,傳死。
    晉平公為馳逐之車,龍旌象色,挂之以犀象,錯之以羽芝,車成題金
    千鎰,立之于殿下,令群臣得觀焉。田差三過而不一顧,平公作色大怒,
    問田差“爾三過而不一顧,何為也?”田差對曰:“臣聞說天子者以天下
    ,說諸侯者以國,說大夫者以官,說士者以事,說農夫者以食,說婦姑者
    以織。桀以奢亡,紂以淫敗,是以不敢顧也。”平公曰:“善。”乃命左
    右曰:“去車!”
    魏文侯御廩災,文侯素服辟正殿五日,群臣皆素服而吊,公子成父獨
    不吊。文侯复殿,公子成父趨而入賀,曰:“甚大善矣!夫御廩之災也。
    ”文侯作色不悅,曰:“夫御廩者,寡人寶之所藏也,今火災,寡人素服
    辟正殿,群臣皆素服而吊;至于子,大夫而不吊。今已复辟矣,猶入賀何
    為?”公子成父曰:“臣聞之,天子藏于四海之內,諸侯藏于境內,大夫
    藏于其家,士庶人藏于篋櫝。非其所藏者必有天災,必有人患。今幸無人
    患,乃有天災,不亦善乎!”文侯喟然嘆曰:“善!”
    齊桓公謂管仲曰:“吾國甚小,而財用甚少,而群臣衣服輿駕甚汰,
    吾欲禁之,可乎?”管仲曰:“臣聞之,君嘗之,臣食之;君好之,臣服
    之。今君之食也必桂之漿,衣練紫之衣,狐白之裘。此群臣之所奢汰也。
    詩云:‘不躬不親,庶民不信。君欲禁之,胡不自親乎?”桓公曰:“善
    。”于是更制練帛之衣,大白之冠,朝一年而齊國儉也。
    季文子相魯,妾不衣帛,馬不食粟。仲孫它諫曰:“子為魯上卿,妾
    不衣帛,馬不食粟,人其以子為愛,且不華國也。”文子曰:“然乎?吾
    觀國人之父母衣食蔬,吾是以不敢。且吾聞君子以德華國,不聞以妾与馬
    。夫德者得于我,又得于彼,故可行;若淫于奢侈,沈于文章,不能自反
    ,何以守國?”仲孫它慚而退。
    趙簡子乘弊車瘦馬,衣翼羊裘,其宰進諫曰:“車新則安,馬肥則往
    來疾,狐白之裘溫且輕。”簡子曰:“吾非不知也。吾聞之,君子服善則
    益恭,細人服善則益倨;我以自備,恐有細人之心也。傳曰:周公位尊愈
    卑,胜敵愈懼,家富愈儉,故周氏八百余年,此之謂也。”
    魯筑郎囿,季平子欲速成,叔孫昭子曰:“安用其速成也?以虐其民
    ,其可乎?無囿尚可乎,惡聞嬉戲之游,罷其所治之民乎?”
    衛叔孫文子問于王孫夏曰:“吾先君之廟小,吾欲更之,可乎?”對
    曰:“古之君子,以儉為禮;今之君子,以汰易之。夫衛國雖貧,豈無文
    履一奇,以易十稷之繡哉?以為非禮也。”文子乃止。
    晉文公合諸侯而盟曰:“吾聞國之昏,不由聲色,必由奸利好樂,聲
    色者,淫也;貪奸者,惑也,夫淫惑之國,不亡必殘。自今以來,無以美
    妾疑妻,無以聲樂妨政,無以奸公,無以貨利示下。其有之者,是謂伐其
    根素,流于華葉;若此者,有患無憂,有寇勿弭。不如言者盟示之。”于
    是君子聞之曰:“文公其知道乎?其不王者猶無佐也。”
    晏子飲景公酒,日暮,公呼具火,晏子辭曰:“詩曰:‘側牟之俄。
    ’言失德也;‘屢舞漶笛允菀病!醇茸硪躍疲布缺緣隆!怠醇茸磯觶膊芷
    涓!當鮒髦蠢褚病‘醉而不出,是謂伐德。’賓主之罪也。嬰已卜其日,
    未卜其夜。”公曰:“善。”舉酒而祭之,再拜而出,曰:“豈過我哉?
    吾托國于晏子也。以其家貧善寡人,不欲淫侈也,而況与寡人謀國乎?”
    楊王孫病且死,令其子曰:“吾死欲裸葬,以返吾真,必無易吾意。
    ”祁侯聞之,往諫曰:“竊聞王孫令葬必裸而入地,必若所聞,愚以為不
    可。令死人無知則已矣,若死有知也,是戮尸于地下也,將何以見先人?
    愚以為不可!”王孫曰:“吾將以矯世也。夫厚葬誠無益于死者,而世以
    相高,靡財殫幣而腐之于地下,或乃今日入而明日出,此真与暴骸于中野
    何异?且夫死者終生之化,而物之歸者;歸者得至,而化者得變,是物各
    返其真。其真冥冥,視之無形,听之無聲,乃合道之情。夫飾外以夸眾,
    厚葬以矯真,使歸者不得至,化者不得變,是使物各失其然也。且吾聞之
    ,精神者,天之有也,形骸者,地之有也;精神离形而各歸其真,故謂之
    鬼。鬼之為言歸也,其尸塊然獨處,豈有知哉?厚裹之以幣帛,多送之以
    財寶,以奪生者財用。古圣人緣人情,不忍其親,故為之制禮;今則越之
    ,吾是以欲裸葬以矯之也。昔堯之葬者,空木為櫝,葛為緘;其穿地也,
    下不亂泉,上不泄臭。故圣人生易尚,死易葬,不加于無用,不損于無益
    ,謂今費財而厚葬,死者不知,生者不得用,謬哉!可謂重惑矣。”祁侯
    曰:“善。”遂裸葬也。
    魯有儉者,瓦鬲煮食,食之而美,盛之土?之器,以進孔子。孔子受
    之,歡然而悅,如受太牢之饋。弟子曰:“瓦堉,陋器也;煮食,薄膳也
    。而先生何喜如此乎?”孔子曰:“吾聞好諫者思其君,食美者念其親,
    吾非以饌為厚也,以其食美而思我親也。”
    晏子病將死,斷楹內書焉,謂其妻曰:“楹也,語子壯而視之!”及
    壯發書,書之言曰:“布帛不窮,窮不可飾;牛馬不窮,窮不可服;士不
    可窮,窮不可任。窮乎?窮乎?窮也!”
    仲尼問老聃曰:“甚矣!道之于今難行也!吾比執道委質以當世之君
    ,而不我受也。道之于今難行也。”老子曰:“夫說者流于听,言者亂于
    辭,如此二者,則道不可委矣。”
    子貢問子石:“子不學詩乎?”子石曰:“吾暇乎哉?父母求吾孝,
    兄弟求吾悌,朋友求吾信。吾暇乎哉?”子貢曰:“請投吾詩,以學于子
    。”
    公明宣學于曾子,三年不讀書。曾子曰:“宣,而居參之門,三年不
    學,何也?”公明宣曰:“安敢不學?宣見夫子居宮庭,親在,叱 之聲
    未嘗至于犬馬,宣說之,學而未能;宣見夫子之應賓客,恭儉而不懈惰,
    宣說之,學而未能;宣見夫子之居朝廷,嚴臨下而不毀傷,宣說之,學而
    未能。宣說此三者學而未能,宣安敢不學而居夫子之門乎?”曾子避席謝
    之曰:“參不及宣,其學而已。”
    魯人身善織屨,妻善織縞,而徙于越。或謂之曰:“子必窮!”魯人
    曰:“何也?”曰:“屨為履,縞為冠也,而越人徒跣剪發,游不用之國
    ,欲無窮得乎?”